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Crise du papier en France : pourra-t-on imprimer le prix Goncourt ?

#PenuriePapier – En 2019, l’industrie papetière représentait 5,4 milliards €, incluant papiers et cartons, selon Copacel, organisation patronale. En somme, un douzième de ce que pèse la filière forêt-bois, matière première essentielle. Or, depuis fin 2019, plusieurs facteurs distincts provoquent une pénurie de papier. Et si les usages graphiques — incluant la production de livres — ne représentaient que 1,6 million de tonnes sur les 7,3 millions globales, la situation va en s’aggravant depuis la pandémie. 

 

Le 24/08/2021 à 14:47 par Nicolas Gary

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24/08/2021 à 14:47

Nicolas Gary

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Voilà des semaines que les éditeurs en font état : une crise papetière est à l’œuvre, avec pour conséquence immédiate d’engendrer une hausse tarifaire, doublée d’une pénurie significative, et de retards. Les origines complexes et multiples déclenchent pourtant des conséquences simples : « Fin juillet, j’ai pu constater effectivement une grande tension sur l’approvisionnement de papier d’impression et de carton (reliure et PLV) avec des délais allongés », nous indique Laurent Beccaria, directeur des Arènes.

« La reprise est forte partout et le besoin de papier et de carton est fort dans tous les secteurs. L’augmentation de la vente par internet décuple le besoin d’emballage. » En clair, l'édition commence à avoir chaud. Très chaud. Et pour cause : les arrêts de collecte de matière, aux premiers temps du Covid, se répercutent actuellement.

Editeurs, imprimeurs, papetiers : “Papiere, Bitte !

Voilà quelques semaines, alors que les maisons manga bichaient et savouraient l'instauration du Pass Culture, certains ressentaient déjà le manque. Imprimés en Italie, les titres édités par Kazé ont fait face à des problématiques d'approvisionnement en papier et en encre, ralenti par la crise sanitaire, et à des plannings déjà chargés chez les partenaires. « Toutefois, ils sont habitués à réagir vite, ce qui a permis de limiter la durée des réassorts », indiquait alors Jérôme Manceau, directeur marketing de Kazé.

Depuis, la pression augmente. Le président des Éditions du net, Henri Mojon, prestataire d’impression à la demande, abonde : « Notre fournisseur, Procop, était en rupture en juillet et a été réapprovisionné le 3 août. Nous avons immédiatement commandé deux palettes d’avance. » Une situation qui résulte « de la restructuration de la filière et des prix qui explosent ».

Dans les grands groupes, qui achètent directement leur papier, les mesures d’urgence ont été prises : Gallimard, Hachette ou Editis, qui nous indique : « Malgré les délais allongés, le groupe a anticipé la situation et n’est en rien confronté à un risque de pénurie. » De fait, le responsable des achats avait vu venir, et l'entreprise dispose de papier jusqu'à la fin de l'année.

La bande dessinée, comme la littérature, est logée à même enseigne. Laura Fortunato, de l’imprimerie belge Lesaffre-Delabie, spécialisée dans les albums jeunesse et la BD, nous le confirme : « Effectivement, les prix des matières ont grimpés et l’approvisionnement, surtout en carton, est très compliqué en cette période. Nos clients ont été informés bien à temps et largement aidés en nous donnant leurs prévisions de planning. » 

Sauf que, très clairement, il s’avère « en ce moment très difficile d’intercaler des formats hors standard qui n’étaient pas annoncés. Fort heureusement, nous travaillons avec des matières gérées en stock par des réapprovisionnements réguliers… Mais même là, des retards sont annoncés. »

Une situation inédite, en quarante années de métier, assure-t-elle. « Une première hausse des prix est intervenue en avril, une nouvelle au 1er juin. Les prix du papier sont fixés jusqu’au 30 septembre, mais après, c’est l’inconnu. » Tout est question de stock, pour le papier comme le carton, afin de répondre aux demandes des éditeurs partenaires. « Si un nouveau client se présente, nous ne serons pas en mesure de l’accepter, avant le 23 décembre. »

Et d'abonder : « Il y a des problèmes d’approvisionnement sur le papier, mais aussi sur le carton de reliure et même le film d’emballage plastique. » Rien n’est donc épargné.

Matières premières, en tête de liste

Fin juillet, le président d’Imprim Luxe, Pierre Ballet, faisait circuler à l’initiative du groupe de réflexion POPAI, un document concernant « les hausses des matières premières et leurs répercutions sur le prix de vente auprès des donneurs d’ordre ».

Cette action regroupe plusieurs associations représentatives de la filière papier – producteurs, intégrateurs, agences, enseignistes, imprimeurs... – et une étude a déjà été réalisée pour identifier l’évolution des cours de ces matières premières. Un décrochage net était observé à compter de septembre 2020 pour les papiers cartons.

« [C]es entreprises que nous représentons - par un manque de visibilité sur les délais de livraison et les prix à date -, peinent à chiffrer les opérations à venir et à répercuter ces hausses sur leurs propres tarifs, et sont donc soumises à un risque fort de pénalités de retard en cas de révision des calendriers, alors même que des prix fermes et non révisables ont été prévus aux marchés annuels et aux commandes en cours », indiquait le courrier. 

« Cette situation déstabilise par conséquent l’ensemble des professionnels qui œuvrent à vos côtés malgré cette crise et met en péril leur survie. » 

Des professionnels qui n’avaient d’ailleurs pas besoin de cela, mais font face également aux dispositions de la loi Climat et résilience : déjà en proie à des difficultés économiques, la filière, et les imprimeurs en première ligne, se voit plus fragilisée encore. D’autant que pour ces derniers, si les prix d’impression baissent, ils ne remontent pas souvent. Les garde-fous introduits dans la législation laissent une respiration, mais pas assez pour que les dangers soient écartés. 

Voilà que ces dernières semaines, plusieurs maisons d’édition remontent les mêmes constats — des structures dont le papier est fourni par l'imprimeur, assez logiquement. « On parle de guerre mondiale d’approvisionnement du papier causant des retards », pointe l’une d’elles, mi-figue, mi-raisin. La petite musique est persistante, touche différemment les uns et les autres, mais tire ses origines des mêmes problématiques.

Le Covid, meilleur ami... de l'emballage

Nicolas Perrier, fondateur de 4P, société dédiée à l’accompagnement de structures pour l’impression à la demande, pose les faits : « Le papier – imprimé livre et presse, magazine, etc. – représente à peine 10 % de la production mondiale. L’emballage pèse pour l’immense majorité. » Or, le papier est aussi la partie la plus raffinée, nécessitant une plus importante transformation. Sa pâte, originaire d’Amérique du Sud ou de Scandinavie, a connu une baisse drastique de production avec… le coronavirus.

« D’abord, les tirages ont diminué depuis 10 ans, pour le livre. Ensuite, malgré un beau chiffre d’affaires en 2020, le coronavirus a provoqué une baisse de la demande. » La bureautique, et ses ramettes de papier pour l’imprimante ont connu la même pente : le télétravail a fait fondre les achats. L’offre, souffrant d’une demande absente, ou moindre, a conduit logiquement à la hausse des prix.

Il est en revanche un autre segment qui, lui, a explosé avec la pandémie : l’emballage. « La vente en ligne, en Occident, et plus encore en Chine, a été sursollicitée du fait des confinements. » Dans le même temps, la Chine, qui importait des déchets — notamment du vieux papier — d’Europe, a cessé ce commerce à partir de novembre 2019. S’il y avait du papier, le marché pouvait assurer une production. « Désormais, les Chinois importent de nouveau, ne disposant pas des ressources pour produire suffisamment de pâte. » Des achats à l’étranger induisant des hausses de tarifs sur la matière.

« Certaines papeteries s’orienteraient sur une activité de cartonnage plutôt que le papier et que les marchés américain et chinois seraient privilégiés par rapport au marché européen, car plus importants », observe Yvan Cardona, dirigeant de IN tempo, imprimeur.

« Le fait est que les délais d’approvisionnements sont extrêmement longs (parfois 10 semaines) et que nous sommes obligés de refuser des affaires pour manque des références les plus utilisées en bouffant et offset concernant le livre », poursuit-il. « Nos autres fournisseurs rotativistes orientés sur de l’impression de magazines ou VPC (papiers couchés ou dit journal amélioré) nous font le même constat. »

La concomitance de facteurs disjoints est telle que certains papetiers – situation encore jamais vue –, ont dû dénoncer leurs accords d’approvisionnement pris pour l’année. Une mesure de protection commerciale destinée à protéger les entreprises, qui finiraient par travailler à perte. Un effet ciseau inextricable, où l’augmentation de la matière première se double avec un prix de cession trop bas : la machine menace de se bloquer. 

Emballer, c'est pesé !

Ce premier phénomène s’accompagne de plusieurs autres tendances, qui convergent toutes. La flambée des prix de la matière première vient aussi de ce que l’industrie du carton s’est portée acquéreuse de gros volumes. 

De même, les deux producteurs de papier, UPM et Stora Enso, parmi les trois plus gros opérateurs au monde, ont opéré une fermeture massive de leur production. Arrivées à un seuil où le prix du papier, toutes catégories confondues était trop bas, les entreprises ont préféré plier boutique. Devant une profitabilité insuffisante, et un marché déficitaire en termes d’offre, les joueurs ont en parallèle révisé leurs stratégies : une mutation progressive de la production industrielle… vers le packaging.

Mais Guillaume Le Jeune, président de l’association Culture Papier, pointe également que le phénomène structurel de baisse de consommation du papier, constaté au début des années 2000, et accéléré en 2008, est à l’œuvre. « Nous sommes habitués à observer des cycles de hausses et de baisses, mais ces cycles se raccourcissent, avec des variations tarifaires de plus en plus importantes. »

Plus les baisses sont fortes, plus les hausses deviennent violentes. Et comme si tout cela ne suffisait pas, les industries du papier se trouvent désormais en concurrence avec… celles du bâtiment. Car la demande en constructions en bois explose et que la matière première est souvent la même, le bois résineux.

En effet, plusieurs pays, dont la France, ont choisi de promouvoir la fabrication avec du bois. Mi-juillet, une pénurie sur la matière première entraînait des arrêts de chantier, doublés d’une envolée des prix. « Même une partie de production du bois, dévolue à la pâte à papier, est reroutée vers le bâtiment, meilleur client, qui achète plus cher. »

Le coûteux bilan carbone

Reste que jamais l’on n’avait assisté à une telle flambée des prix, dont les corrélations avec la pandémie sont multiples, jusque dans le transport. Plusieurs informations le confirment : des conteneurs qui coûtaient 2000 $ sont passés à 8000 $... voilà six mois. Depuis, les tarifs ont continué de grimper. Certains éditeurs, courageux ou désespérés, auraient tenté de faire transiter leur production par train, pour contourner le problème. « Mécaniquement, tout cela a des conséquences sur le coût de fabrication. »

Durant la pandémie, les conteneurs acheminés par les trois transporteurs mondiaux se sont retrouvés vides. L’un de ces trois plus gros est d’ailleurs chinois : durant le premier semestre 2020, des dizaines de milliers de conteneurs se retrouvaient sans marchandise. Pire encore dans le fret maritime, où les marchandises furent coincées dans les ports américains ou chinois, entraînant une rupture de la chaîne d’approvisionnement.

Une raréfaction des produits, allant jusqu’aux palettes en bois, aux encres, et même aux matières plastiques. Et conséquence : des prix exorbitants. Car depuis la reprise économique, le coût des transports n’a pas cessé de grimper dans les aigus. 

N’oublions d’ailleurs pas que le corollaire du transport, c’est l’environnement. Le respect de normes environnementales plus propres se répercutera, tôt ou tard. « Le papier est énergivore à produire, en gaz, pétrole, charbon, transports… Couper des arbres, c’est très régulé. Mais le bilan carbone d’un livre est énorme », souligne Nicolas Perrier. D’ailleurs, il en va de même pour le papier toilette, même si moins raffiné. « Cela dit, les gens réagiraient plus rapidement à une pénurie de papier hygiénique qu’à une pénurie de livres. »

Car, faire des économies carbone a un prix, plus encore lorsque de nombreuses autres industries optent pour le papier en remplacement des plastiques d’emballage. Vertueux, mais coûteux, surtout quand la matière vient à manquer. 

Ainsi, quand les imprimeurs, sous la pression des papetiers, finiront par répercuter leurs frais, que se passera-t-il ? « Les éditeurs ont déjà vu les coûts environnementaux grimper, les conséquences financières liées à la matière première se feront aussi sentir », relève Nicolas Perrier.

Même les groupes, qui achètent directement leur papier, ont vu, ou verront, le prix de leurs livres augmenter : tous les imprimeurs n'en fournissent pas, mais chacun finira par en faire les frais. « À cette heure, ce sont surtout des questions de délais qui se posent principalement : le papier bouffant peut mettre jusqu’à 14 semaines à être livré, contre 3 à 5 semaines en temps normaux. Mais vu les sérieuses difficultés qui se posent, les imprimeurs n’auront pas d’autres solutions que de répercuter les hausses sur les éditeurs. »

La concurrence de l'Europe orientale

Pour l'imprimeuse Laura Fortunato, les éditeurs partenaires — principalement en bande dessinée, donc — semblent pour l’heure opposés à cette idée de hausse. Toutefois, garantir le maintien des actuels prix de vente des ouvrages implique des solutions qui font peur… aux imprimeurs. « Nous avons déjà perdu des parts de marché du fait de la concurrence avec certains prestataires d’Europe de l’est — de Pologne, Slovaquie ou Slovénie, par exemple. Si, pour l’heure, les éditeurs ont pris acte de la hausse des tarifs en amont, qu’en sera-t-il après le 30 septembre ? » Autrement dit, après la fixation des nouveaux tarifs.

Ces territoires, également concernés par ces problématiques, représentent pourtant une double menace : « D’abord, ils ont moins de demandes locales, et sont donc plus susceptibles de répondre à celle d’éditeurs français ou belges. Ensuite, leurs coûts de main-d’œuvre sont moins élevés. » Autrement dit, aller chercher, à l’est, des prix de revient à même de ne pas répercuter sur les lecteurs et en librairies, les hausses de tarifs.

Encore faut-il que les stocks existent et que l’approvisionnement fonctionne pour ces opérateurs. « Si c’est le cas, alors les éditeurs, d’abord attirés par la nécessité, changeront peut-être leurs habitudes de travail. On imagine bien qu’il est plus difficile de revenir vers les anciens partenaires dans ces conditions. » 

Ajoutons à cela les coûts de transports, également plus attractifs, et l’équation devient extrêmement délicate. Que des frais de fabrication augmentent de 5 à 8 %, pour des grands groupes, cela reste absorbable sur le volume. Mais les maisons accepteront-elles de jouer le jeu longtemps encore — surtout quand les coûts auront pris 15 % de majoration ?

Une possibilité marginale, relativisera-t-on : les gros groupes BD impriment déjà partout. Certes, mais néanmoins.

Le livre en danger... de hausse ?

Quid, dans une logique financière, des petites maisons, aux petits volumes d'impression ? Elles se retrouveront sur le carreau. « Les gros deviendront prioritaires, du fait des exemplaires imprimés. Les petits attendront plus longtemps, et paieront plus cher encore : une double peine », redoute Nicolas Perrier.

En Allemagne, les éditeurs affirment être pris dans un goulot d’étranglement : démarrant la production de Noël, ils sont confrontés aux mêmes difficultés que leurs confrères français. Raréfaction du papier, prix explosifs, chaîne d’approvisionnement ténue.

Association des éditeurs et libraires allemands

Un état d’urgence pour les maisons, contraintes d’avancer les délais pour établir le tirage des ouvrages. Notons que le prix de la cellulose, achetée 650 € en décembre 2020, était passé à 1000 € la tonne en août 2021. 

Corollaire : un retard dans l’impression implique des retards dans l’office. « Quand il s’agit d’une ou deux semaines, les commerciaux grognent. Deux mois, ce peut être dramatique pour la vie du livre et de la maison. » Les plannings de la rentrée littéraire, réorganisés en regard de l’année 2020, ont joué leur rôle dans ce marasme.

« Quand un groupe commande 100 tonnes, et qu’un petit éditeur en commande 3, il passe évidemment au second plan », reconnaît un imprimeur. « Et la hausse de prix est en effet visible, autour de 20 %. »

Guillaume Le Jeune ne voit pas d’amélioration au second semestre. « La hausse des prix de papier pourrait continuer, notamment au 1er semestre 2022, en regard de la situation actuelle — et du point de départ de ladite situation. À savoir que les prix du marché étaient tombés à un niveau trop bas pour que les producteurs puissent continuer leur activité de façon pérenne. » Les temps sont troublés, pour l’approvisionnement, mais quand on est éditeur, « il faut attacher sa ceinture, la situation est vraiment chaotique ».

« Personnellement, je ne déplore qu’une augmentation de notre tarif annuel — nous travaillons sur un système de frais fixes et frais variables histoire de gérer “facilement” les coéditions avec les clients », relativise l'éditeur Michel Demeulenaere, fondateur de Mijade (Belgique). « Il y a effectivement — mais nous sommes très peu touchés, car nous imprimons 95 % de notre production en France ou en Europe — une augmentation vertigineuse des frais de transport depuis l’Asie », ajoute Laurent Beccaria. Pour d’autres, les retards imprimeurs s’accumulent, parfois contraignants à des mesures d’urgence, comme l’impression à l’étranger.

La lecture, dans les petits papiers

Certes, l’édition est résiliente, et devrait mieux traverser ces premières perturbations — avec des implications immédiates moins lourdes. Pour autant, la situation est identique en Europe dans les autres États, et récemment, les éditeurs québécois opéraient les mêmes constats. Avec toujours cette crainte : la hausse du prix des livres.

QUEBEC: une hausse inévitable du prix des livres ?

« Heureusement, en France, une lueur d’espoir vient de ce que le président de la République a choisi de faire de la lecture une grande cause nationale. Il est important de rappeler que s’il souhaite la favoriser, une filière en France doit pouvoir éditer et imprimer les livres. De plus les tablettes, à la différence du support papier, favoriseront une moindre maitrise dans l'apprentissage de l'écriture et dans celle de l'orthographe », conclut le président de Culture Papier. ‌

Surtout, pointe un facétieux acteur, que le paradoxe grandit. « Les gros impriment beaucoup, ce qui leur permet d’avoir des remises. Mais alors qu’une pénurie sévit, il faudrait continuer d’imprimer beaucoup, voire plus encore, pour maintenir des prix bas… » Autre démonstration de cet aphorisme de Jérôme Lindon : l'édition est la seule industrie où l'on répond à la crise de la demande par une augmentation de l'offre.

Gilles Mure Ravaud, président du Groupement des métiers de l’impression, insiste : « L’européanisation a eu des conséquences visibles dans plusieurs industries lourdes : les papetiers y compris. Les dernières grandes machines à papier en France datent des années 60-70. Contrairement aux pays scandinaves ou au Portugal, on a assisté à un manque d’investissements, aboutissant à une paupérisation de la branche. »

Et en effet, des pays avec une capacité de progression économique et de consommation plus significatives que la Vieille Europe se voient privilégiés. « Il faut apprendre à se réorganiser : moins commander à des pays lointains, travailler avec les opérateurs de proximité, pour des petites quantités. » Pour autant, s’appuyant sur une étude de COFACE (Compagnie française d’assurance pour le commerce extérieur), le président du GMI ne verse pas dans le pessimisme.

« Sur les cinq prochaines années, les projections sont plutôt dans le vert : après l’excès de consommation d’écrans du confinement, le besoin de lire sur papier se dévoile. » Et dans cette continuité, parvenir à promouvoir la filiale auprès des étudiants, « les faire venir dans nos usines, leur présenter le métier, pour attirer de nouvelles compétences ».

Pas de panique, tant qu'on a sa serviette

Pascal Lenoir se montre plus pragmatique encore : directeur de la fabrication chez Gallimard, président de la commission environnement du Syndicat national de l’édition et président de la Compagnie des Chefs de Fabrication de l’Imprimerie, voit dans cette période « un phénomène structurel et ponctuel ». De fait, « le marché du papier se restructure, en regard de la baisse de consommation — 50 % perdus en 15 ans. Et dans le même temps, un redémarrage des industries, partout dans le monde, qui provoque des tensions ».

L’édition souffre par ailleurs de mauvaises habitudes prises : le manque d’anticipation. « Chez les éditeurs qui achètent le papier à leur imprimeur, ceux qui n’ont pas anticipé seront pénalisés. » Sans pour autant s’en inquiéter trop : « Nous sortons d’une période d’arrêt quasi complet : le redémarrage est compliqué pour tout le monde, parce que le Covid a entraîné une désorganisation complète. »

L’industrie du livre, passée d’un fonctionnement basé sur les stocks à une approche de flux, a cherché ces dernières années à « réduire les stocks et n’approvisionner que si besoin », note Pascal Lenoir. Mais la surcapacité de production d’avant-Covid ne répond plus : « Les délais courts, c’est du passé : les machines sont pleines, alors si les plannings n’ont pas été bien cadrés, la pénurie sera plus violente. »

Comment ne pas mesurer que tous les professionnels sont à cran ? « Quand un cas Covid se présente dans un port de Chine, on ferme tout, avec les répercussions qu’on imagine. Cela renchérit sur les difficultés, et alimente l’urgence, quand l’activité reprend. Il en va de même quand un bateau reste coincé en travers du canal de Suez », pointe-t-il en référence à l’Ever Given, ce porte-conteneurs géant de 400 m, bloqué en mars dernier.

Ces enjeux autour de la matière « obligent à une plus grande vigilance : suivant les papiers nécessaires aux ouvrages, structurer, parler, échanger, tout ce que l’on a peut-être perdu l’habitude de faire. Quel est le programme, sur combien de mois, quel papier, quel tirage, quand doit démarrer l’impression ? Autant de questions essentielles, pour prendre de la hauteur et traverser cette crise. »

Une approche de bon gestionnaire, en somme ? « Aménager des stocks quand les marchés se tendent, oui, c’est de la bonne gestion. Mais encore faut-il la trésorerie, un imprimeur en mesure de stocker… Or, non seulement cette approche tend le marché plus encore, mais il n’est pas possible de disposer de tous les papiers. Pour ceux qui le peuvent, oui, la solution a été d’acheter un peu plus que de nécessaire, parce que le marché est devenu imprévisible. »

LOI LANG: maintenant, sécuriser toute la chaîne du livre

Quant à l’idée de voir le prix des livres augmenter, la réponse est dans l’énoncé : « Cela dépend du temps que durera cette situation. » De fait, une grande partie des ouvrages dispose déjà d’un prix, inscrit sur la quatrième de couverture. Et le prix unique, qui fête sa 40e année, ne permet pas de grande flexibilité. « Il nous faut par ailleurs annoncer les prix des ouvrages, bien avant leur parution, très en amont. Alors, oui, nous absorberons un éventuel surcoût, d’autant qu’en 2020, le prix du papier n’a jamais été aussi bas. Au moins dans un premier temps. »

Mais pour le Goncourt, que l’on se rassure. Même s’il ne connaît pas le million d’exemplaires de L’anomalie (Hervé Le Tellier), il pourra être imprimé, sans peine : que l'éditeur se rassure.

Crédits photo : paine_z, CC 0 ; offset CC 0 ; 5598375 CC 0 ; 127071 CC 0 ; Christa Dodoo / Unsplash ; Tama66 CC 0

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

DOSSIER - Pénurie de papier : crise et tensions dans le monde du livre

Par Nicolas Gary
Contact : ng@actualitte.com

9 Commentaires

 

Jacques Lucchesi

24/08/2021 à 20:08

La vie de l'esprit est dépendante aussi de la vie de la matière. C'est à ce genre de signaux qu'on peut mesurer combien notre monde est fragile.

Texier

25/08/2021 à 00:34

Enquête fouillée et témoignages pertinents. La question cruciale pour le livre se pose également pour la presse encore plus vulnérable sans marge

LOL

25/08/2021 à 08:54

« Or, le papier est aussi la partie la plus raffinée, nécessitant une plus importante transformation. Sa pâte, originaire d’Amérique du Sud ou de Scandinavie, »

Voilà. La mondialisation. Les conséquences. Tout est dit.

Même si l'article effleure le sujet, la pâte à papier vient seulement des arbres qui viennent des forêts, lesquelles sont SOUS-exploitées en France.

Donc, il y aurait bien un moyen de tout réintégrer en local, sans passer par des portes-conteneurs fort polluants, pour le bienfait de tous et de l'emploi en particulier.

Après, on peut toujours se plaindre et on peut aussi agir.

SamSam

25/08/2021 à 09:21

Pas un mot sur la spéculation qui manipule tous les prix, qui redistribue toutes les matières premières entre des mains qui ne pensent qu'à se gaver ss tenir compte des gens, des besoins, des impacts.

Par ailleurs, on apprend qu'un des managers de Gallimard est responsable au Medef de l'édition. On s'en serait douté. La littérature industrielle révèle sa vraie nature.

Ce qui fait rire (jaune) c'est ces petit patrons, égoïsme en bandoulière, qui militeraient (presque) pour des délais, des approvisionnements sûrs, des commandes définitives. Ils sont au coeur de la machine, n'espèrent rien de plus que de devenir des capos du système, et ils n'ont rien compris.
Le capitalisme s'engraisse de tout détruire, de tout déstabiliser en permanence. Le carton, le papier seront raréfiés, tenus par quelques mains ultra-riches, ils hurleront à la mort et accepteront n'importe quel prix. De toute façon, c'est le con qui paye. Nous, qui ne sommes que des con-sommateurs.
D'ailleurs, le COVID, c'est l'affaire du siècle pour les labos.
Les plus cons, les XXL de la connerie, ce sont sans aucun doute, ceux qui hurlent, au nom de la moroline la plus débile, vaccinez-vous, mais vaccinez-vous, nom de Dieu !..

Nicolas Gary - ActuaLitté

25/08/2021 à 09:23

Bonjour
Je laisse passer le commentaire, qui dérive tout de même.
En revanche, juste pour répondre sur les spéculations : manque de sources fiables et d'opérateurs en mesure de nous en parler de manière efficace. Pas du tout évité. Seul élément que l'on a pu avoir : "Les papetiers font un peu ce qu'ils veulent."
Voyez, ça ne menait pas loin.

Sidonie

25/08/2021 à 11:18

Merci pour cet article très détaillé et si bien expliqué!

Mox Fulder

25/08/2021 à 12:05

Juste une coquille à corriger, permettez-moi :

« D’abord, les tirages ont diminué depuis 10 ans, pour le livre. Ensuite, malgré un beau chiffre d’affaires en 2020, le coronavirus a provoqué une BAISE de la demande. »

("Baise de la demande" c'est presque un heureux double sens. mais je pense que vous préfèrerez le corriger quand même. et merci pour l'article).

Sic Gloria Transit

26/08/2021 à 08:07

Étant donné le peu de considération des éditeurs pour les lecteurs, je pense qu'il pourrait abandonné le papier de qualité pour du papier toilette sans trop se compromettre. Entre les fautes non corrigées et les coquilles diverses, ça donnerait à l'ensemble une couleur plus crédible et plus naturelle.

SamSam

26/08/2021 à 10:04

Effectivement, petits ou grands, d'après observations, les éditeurs partagent une même infatuation et un cynisme de plus en plus avéré. Vis-à-vis des auteurs, aussi, bien sûr.
Chez les gros, on s'en doutait, mais ça monte chez les petits aussi, et même dans le domaine poétique, où il n'est pas rare de croiser des éditeurs "participatifs". Entendre, un(e) éditeur(trice) qui, pour un service minimal, quasiment ss moyens de diff, mal distribué, demandera à l'auteur d'acheter une petit cinquantaine d'ouvrages. On notera qu'il publie beaucoup, et même de plus en plus (cf l'Harmattan, pionnier dans ce genre de cavalerie).
Bref, là aussi, la foi du charbonnier, le respect d'un travail singulier qui s'appelle création, l'envie de faire de son mieux pour faire vivre la culture au présent, et pas seulement avec petits-fours et enterrement discursif par qqes men in grey de la Culture, de la Politique ou des Médias, tout ça s'évanouit sous la loi du profit, l'angoisse de la précarité, le sentiment que tout est simulacre, alors pourquoi on ferait son petit bout de gras, en jouant des coudes et de la langue...

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À Lyon se déploie chaque année une programmation d’envergure internationale, reflet apparent de la vitalité du roman noir. Mais que révèle cette sélection lorsqu’elle se confronte aux dynamiques réelles du web littéraire ? En croisant la liste des auteurs invités avec les indicateurs de visibilité, une autre géographie du festival se dessine : moins institutionnelle, plus révélatrice des circulations effectives des œuvres, des hiérarchies d’audience et des mutations profondes du genre.

02/04/2026, 17:30

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De la Mouffe à la Cartoucherie : l’histoire d’un théâtre radical

Dans un rêve survenu dans la nuit du 15 au 16 février 2026, un ancien interprète d’Artaud retourne au Théâtre de l’Épée de Bois, comme rappelé à une filiation souterraine. De la rue Mouffetard aux laboratoires des années 1960-1970, se dessine un théâtre-champ de bataille où l’ombre d’Artaud continue de travailler les corps et les lieux. Par Ilios Chailly.

05/03/2026, 17:22

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Campagne et roman : la nouvelle vague du rural noir qui chamboule la littérature contemporaine

Ils sont irlandais, gallois, néerlandais, espagnols, belges, américains, français. Ils écrivent des polars, des sagas familiales, des romans d'apprentissage, des récits autofictionnels, des fables politiques. Leurs romans se passent dans des hameaux isolés du Cantal, des marécages de Virginie, des collines de Cumbrie, des plateaux du Jura, des forêts du Jura suisse, des montagnes de Corrèze. Ce qu'ils ont en commun, c'est de faire du monde rural le territoire central de leur fiction.

03/03/2026, 19:24

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Éditeurs, agences, organisations... Quels lobbys pour le secteur du livre ?

Lobbies, groupes de pression ou d'influence... Peu importe leur dénomination, ces entités tentent d'influencer le débat public, le vote des lois et la politique de l'État. Le secteur du livre, dont les logiques sont parfois industrielles, n'échappe pas à ce phénomène. Des données publiées par la Haute Autorité pour la Transparence de la Vie Publique (HATVP) permettent de dresser une carte du lobbying en 2024, avec une présence forte des éditeurs et des organismes de gestion collective.

02/03/2026, 16:19

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Amazon, Microsoft, Fnac-Darty... Les lobbys des multinationales à l'assaut du livre

En tant qu'industrie culturelle aux importants revenus, doublée d'une capacité d'influence non négligeable, le secteur du livre et son encadrement suscitent bien des convoitises. Quelques multinationales aux moyens conséquents n'hésitent pas à solliciter les représentants publics, afin d'influer sur les votes ou la politique générale. En 2024, Amazon et Fnac-Darty se sont montrés particulièrement offensifs...

02/03/2026, 16:18

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Lobbys et groupes de pression : une transparence insuffisante ?

Comme d'autres industries et secteurs culturels, le livre n'échappe pas aux pouvoirs de lobbies et groupes d'influence, qui informent les décisions publiques, mais tentent aussi de les orienter à leur profit. Afin d'encadrer ces pratiques et d'éviter des dérives dommageables pour la démocratie, quelques obligations existent, malgré tout très limitées.

02/03/2026, 16:18

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Witold Gombrowicz, l’ennemi radical des identités figées

Dans cet article, Charles Garatynski relit l’œuvre de Witold Gombrowicz comme une entreprise radicale de déstabilisation des identités, des rôles et des formes sociales. De Ferdydurke à Cosmos, l’écrivain polonais apparaît comme un penseur de l’inauthenticité, pour qui la littérature devient un espace de résistance contre les assignations culturelles, nationales et symboliques.  

09/02/2026, 16:33

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Hitler contre Artaud : comprendre une confrontation imaginaire

Entre 1930 et 1932, Antonin Artaud séjourne à plusieurs reprises à Berlin, au moment même où la République de Weimar s’effondre. À partir d’archives, de lettres, de manuscrits et d’une relecture attentive des textes asilaires, Ilios Chailly retrace ces séjours berlinois et interroge l’une des affirmations les plus troublantes d’Artaud : sa rencontre supposée avec Adolf Hitler.

27/01/2026, 13:06

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Heated Rivalry : comment une romance entre hockeyeurs a déclenché une folie mondiale

Il y eut After, Calendar Girl et bien d'autres : un autre phénomène se profile, sur fond de patinoire. Heated Rivalry, romance sportive homosexuelle d'après l'oeuvre de Rachel Reid, connaît un engouement fulgurant depuis son adaptation télévisée – avec un raz de marée sur les livres en bibliothèques et librairies américaines. Parue sans faire de bruit en France dès 2021 (avant de disparaître des rayons), la saga reviendra dans une nouvelle traduction. 

24/01/2026, 10:38

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Laâyoune, en attendant : entre football et Maroc, le Sahara face au réel

“Les sources“. En arabe, cela se dit Laâyoune, aujourd’hui la plus importante ville du Sahara occidental. Riche en nappes phréatiques dans une zone de désert, la ville a toujours représenté un lieu de repos. Et d’approvisionnement. En eau. Donc en vie. Et c’est là que Nicolas Rouillé installe son nouveau livre, Laâyoune, en attendant. Et malgré le silence du désert, de nombreux échos se font entendre. 

14/01/2026, 11:15

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Artaud face au marxisme : la révolution ne se limite pas à l’estomac

Le « momo » Ilios Chailly revient avec un texte ample et nerveux, consacré à Antonin Artaud et à l’idée d’une révolution vivante de l’esprit. Au fil d’une traversée du surréalisme, des ruptures avec Breton et des secousses mexicaines, notre spécialiste déroule une lecture combative, pleine d’éclats. Artaud y apparaît moins comme une figure à célébrer que comme une déchirure qui oblige à sortir des automatismes. Un long format pour qui veut prendre le temps d’une secousse intérieure.

29/12/2025, 13:11

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Ask this book : Amazon met une IA dans vos livres, un étrange assistant qui arrive sur Kindle

On l’a d’abord pris pour une commodité, un de ces petits raffinements qui rendent la lecture numérique plus fluide. Puis la question s’impose : qu’implique, au juste, un chatbot d’IA embarqué dans un livre ? Avec Ask this Book, Amazon dote l’application Kindle iOS d'un compagnon de lecture à qui poser des questions directement – personnages, intrigue, thèmes – et d’obtenir des réponses instantanées. 

15/12/2025, 10:07

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Éditions de Minuit : anatomie d’un mythe discret à l’ère des algorithmes

Que dit le web d’un éditeur lorsqu’on cesse de parler sur lui pour observer ce qui se dit autour de lui ? À l’heure où la critique littéraire se fragmente entre médias prescripteurs, plateformes numériques, blogs spécialisés et réseaux sociaux, l’image d’une maison d’édition ne se construit plus seulement dans ses catalogues ou ses manifestes, mais dans un écosystème discursif diffus, cumulatif, parfois contradictoire. Les Éditions de Minuit, réputées pour leur discrétion autant que pour leur exigence, offrent à cet égard un terrain d’observation singulier.

12/12/2025, 11:40

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Transgression au féminin : de Rim Battal à Mririda N’Aït Attik

Paris. Vendredi, 4 décembre 2025. Rim Battal présente à Montmartre, son roman, Je me regarderai dans les yeux, éditions Bayard. La narratrice, dix-sept ans, dénonce, dès la première phrase, avec des mots crus, le chantage à la virginité. « Cela n’a pas duré plus de cinq minutes, mais, j’eus l’impression de passer une journée entière, les jambes écartées, nues, sur cette table d’examen médical ». Par Mustapha Saha.

10/12/2025, 19:11

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Imaginer des mondes que la science finit par construire : l’incroyable pouvoir des néologismes

D’où viennent les mots qui façonnent notre imaginaire technologique ? Des laboratoires, des auteurs de science-fiction… ou d’un espace trouble entre les deux ? Le mémoire Néologismes, entre fiction et réalité explore précisément cette zone de frottement où se rencontrent écrivains visionnaires et ingénieurs bien réels. Une question traverse ces pages comme un fil rouge : comment les néologismes circulent-ils entre inventions fictives et réelles, jusqu’à parfois se répondre, se nourrir, se transformer ?

08/12/2025, 10:50

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3 € pour lire : mythes et réalités d’une “taxe sur la lecture”, sur fond de crise du livre

Enquête et contre-enquête... La tribune d'Amazon incriminant les frais de port obligatoires détaille un constat alarmiste : depuis l’entrée en vigueur de la loi Darcos, les lecteurs paieraient 3 € à chaque commande inférieure à 35 €, une « taxe sur la lecture », affirme Amazon France qui aurait déjà coûté plus de 100 millions d’euros aux lecteurs. Mais le discours du directeur général mérite d’être nuancé — voire contesté — à plusieurs égards.

08/12/2025, 06:30

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Derrière Les Humanoïdes associés, la mystérieuse galaxie Giger

La dégringolade des Humanoïdes associés et du groupe américain Humanoids a choqué les milieux de la bande dessinée et de la science-fiction. Cependant, ces liquidations successives ne semblent pas remettre en question l’activité éditoriale de la structure, entre un calendrier de nouvelles parutions et le maintien de Métal hurlant en kiosques. La conséquence d’un montage économique et financier basé sur une foisonnante galaxie d’entreprises…

05/12/2025, 15:18

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Henri Fellner : “On a passé toute notre vie dans un écosystème dysfonctionnel, illégal”

Lorsqu’Henri Fellner raconte son premier jour à l’AGESSA, pour préparer sa retraite, il est presque soulagé de « faire les choses dans les règles ». Il vient d’entrer dans le monde professionnel par la grande porte : des collaborations avec Bayard, des dessins publiés dans des journaux sérieux, un environnement éditorial structuré. Bref, le scénario idéal pour un artiste de bonne volonté. Pourtant, la scène qui se déroule ce jour-là est d’une absurdité glaçante.

05/12/2025, 10:38

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Les Humanoïdes associés : récit d'un crash intergalactique et transatlantique

En matière de BD et de science-fiction, difficile de faire plus mythique que Les Humanoïdes associés, maison d'édition fondée en 1974 par Moebius, Philippe Druillet, Jean-Pierre Dionnet et Bernard Farkas. Portée par le vaisseau Métal hurlant, revue qui a influencé des générations de créateurs, elle a connu une existence mouvementée, faite de succès historiques et d'échecs tout aussi retentissants. Le dernier en date, en 2025, a tout emporté sur son passage.

01/12/2025, 12:25

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Artaud dans le désert algérien : ce que Zemmour ne comprendra jamais

Cette année-là, tout s’est mis à trembler. L’Europe se crispe comme une bête acculée. L’Allemagne d’Adolphe Hitler transforme la haine en ministère, et en France, le 6 février manque de renverser la République. Les ligues d’extrême droite déferlent sur la Concorde, veulent déborder la Chambre, les tirs claquent : quinze morts, des centaines de blessés. Le pays comprend soudain que le coup d’État n’est plus un fantasme, mais un film déjà storyboardé, presque tourné. Par Ilios Chailly.

28/11/2025, 19:05

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Witkacy ou la Forme Pure : l’art en état de crise permanente

Stanisław Ignacy Witkiewicz, dit Witkacy (1885-1939) est un « génie multiple » selon les mots d’Alain van Crugten. Peintre, dramaturge, romancier, photographe, mais aussi théoricien, il n’a cessé de penser l’art en des termes radicaux : ni instrument moral, ni relais politique, ni traduction psychologique. Par Charles Garatynski.

28/11/2025, 18:44

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Librairies indépendantes : face à l’assaut du numérique, quelles stratégies ?

ANALYSE – À l’ère de l’omnicanal et des médias sociaux, le commerce se métamorphose : derrière le magasin physique se dessinent de nouveaux modèles économiques, des logistiques repensées et une concurrence élargie à l’échelle mondiale. Pour les librairies, en particulier, cette révolution numérique ne constitue ni une simple rupture ni une menace, mais bien un levier potentiel d’innovation, à condition de conjuguer identité locale, expertise culturelle et nouveaux usages. Par Joel Diatezo.

24/11/2025, 10:48

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Collecter l’argent des œuvres ne donne pas droit à diriger la sécurité sociale des artistes

ANALYSE – L’interview du sénateur Jean-Raymond Hugonet, publiée dans nos colonnes, avait tout du plaidoyer tranquille : les organismes de gestion collective (OGC) seraient des acteurs « naturels » de la gouvernance sociale des artistes-auteurs, presque des piliers historiques qu’il conviendrait enfin de remettre à leur place. Mais la réalité, documents à l’appui, s’avère beaucoup plus nuancée. Et parfois franchement contraire à ce qui est avancé.

19/11/2025, 16:38

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Antonin Artaud à Rodez : vision gnostique contre raison psychiatrique (les électrochocs)

Kabhar Enis – Kathar Esti est le premier grand texte écrit par Antonin Artaud à Rodez après les électrochocs. Entre histoire mouvementée du manuscrit, analyse détaillée de ce « chant gnostique » et mise en cause du regard psychiatrique du fameux Dr Ferdière, le comédien et auteur passionné du Mômo, Ilios Chailly, montre combien ce texte, trop vite rangé du côté du délire, révèle au contraire un Artaud cohérent, informé et métaphysiquement rigoureux.

14/11/2025, 16:01

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“On a sauvé la maison” : enquête sur une réforme conçue pour protéger à tout prix la SSAA

Présentée comme une modernisation, la réforme du régime social des artistes-auteurs a surtout permis de préserver la Sécurité sociale des artistes-auteurs (SSAA), héritière de l’Agessa. Derrière les mots de « transformation » et « efficience », les documents internes et le rapport Bensimon-Weiler révèlent une manœuvre institutionnelle : sauver la structure, pas les artistes.

28/10/2025, 14:32

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Antonin Artaud face au théâtre balinais : naissance du Théâtre de la Cruauté

En 1931, au bois de Vincennes, l’Exposition coloniale internationale fut pour Antonin Artaud une expérience décisive. C’est là, devant les danses balinaises, qu’il découvrit un art total — fait de rythme, de souffle et de présence — qui allait bouleverser sa conception du théâtre et inspirer Le Théâtre et son Double. Par Ilios Chailly.

27/10/2025, 12:51

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Agone, Abyme et Les Crépusculaires : Mathieu Gaborit, 30 années de magie

Je me revois encore, il y a près de trente ans, tournant fébrilement les pages de Souffre-Jour, premier tome des Chroniques des Crépusculaires. À l’époque, adolescent sortant du brevet des collèges, j’ignorais que ce roman marquerait un tournant pour la fantasy française. Ou alors, une brillante carrière de journaliste littéraire s'ouvrait – ou, plus sérieusement, un bel avenir en cabinet de voyance. J'ai peut-être fait erreur...

26/10/2025, 13:54

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Littérature contre slogans : comment les romans racontent l’Amérique de Trump

La Novlangue trumpienne s’impose au-delà des réseaux sociaux.  Elle procède par une simplification extrême. Elle utilise des slogans binaires et des expressions émotionnelles percutantes qui réduisent notre capacité à penser la complexité du réel. Heureusement, la littérature offre un contrepoint salutaire. Les romans américains dessinent un tableau beaucoup plus divers. 

29/09/2025, 10:32

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Traumas et secrets : la famille brisée de la rentrée littéraire 2025

De la mère aimante et cruelle au père absent, des secrets d’exil aux violences conjugales, la rentrée littéraire 2025 déborde de familles blessées. Psy, sociologue ou sympathisant d’extrême droite : chacun lirait ces romans différemment. Mais tous s’accorderaient sur une chose — la famille n’a jamais été aussi fragile, ni aussi centrale en littérature.

06/09/2025, 11:10

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Enquêteurs atypiques et sujets de société : le polar cosy du XXIe siècle

Sous ses airs traditionnels, le cosy mystery contemporain n’est pas figé dans le passé. Au contraire, il évolue pour refléter la société d’aujourd’hui, introduisant de la diversité dans ses personnages et abordant des thèmes actuels – tout en conservant sa légèreté caractéristique. 

03/09/2025, 10:07

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Polar breton, enquête provençale : le cosy mystery à la française

Le phénomène du cosy mystery n’a pas tardé à franchir la Manche pour gagner le cœur des lecteurs francophones. Longtemps, le genre est resté confidentiel en France – cantonné aux traductions d’Agatha Christie ou aux intrigues so british. Mais ces dernières années, on assiste à une véritable déferlante de polars “douillets” adaptés à l’Hexagone.

01/09/2025, 11:07

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Comment les héritiers d’Agatha Christie ont modernisé “cosy mystery” ?

La silhouette en tweed de Miss Marple continue de hanter le cosy mystery, mais le genre ne vit pas que dans le souvenir d’Agatha Christie. Après l’âge d’or britannique des années 1920-1930, il a traversé le siècle en se renouvelant par petites touches, sans rien perdre de son ADN bienveillant. 

26/08/2025, 11:52

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Esthétique du dévoilement : faire politiquement de la littérature

Le travail de Michael Roch s’inscrit dans celui d'une génération d’auteurs cherchant à renouveler les formes narratives pour mieux rendre compte des réalités politiques et culturelles du monde contemporain. Dans ce texte, il défend une « esthétique du dévoilement » qui rompt avec les formes héritées et revendique une littérature qui nomme, explicite et engage le lecteur face aux mécanismes de domination.

21/04/2026, 16:22

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Contrats d’auteur : les écrivains réclament une réforme face à la concentration

Le Conseil permanent des écrivains (CPE) alerte sur les effets de la concentration croissante dans l’édition, relancée par l’éviction d’Olivier Nora chez Grasset. Dans une tribune reproduite ci-dessous, l’organisation appelle à adapter le cadre légal et à rouvrir les discussions avec les éditeurs, notamment sur les contrats d’auteur, la durée des cessions de droits et le respect du droit moral.

21/04/2026, 16:03

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“L’enfance est précieuse et fragile, la littérature essentielle” : les auteurs Grasset Jeunesse inquiets

Un collectif d'auteurs des éditions Grasset Jeunesses se mobilise à travers une tribune pour soutenir « la liberté de création [qui] est indispensable aux bons livres ». Alors que la maison fait l'objet d'une attention médiatique à la hauteur de ce qu'elle traverse, ActuaLitté publie leur texte en intégralité.

21/04/2026, 15:31

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Clause de conscience : “Il s’avère impératif que le gouvernement s'engage”

Exclusif – Vice-présidente du Sénat, membre de la commission culture, éducation et communication, la sénatrice Sylvie Robert (Ille-et-Vilaine, groupe Socialiste, Écologiste et Républicain) appelle aussi de ses vœux, après les événements au sein du groupe Hachette, à la création d'une clause de conscience pour les auteurs. Mais cet ajout au contrat d'édition ne pourra se faire rapidement qu'avec le soutien du gouvernement, qu'elle interpelle par un courrier à Catherine Pégard, ministre de la Culture. Il est reproduit ci-dessous, en intégralité.

21/04/2026, 08:35

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Les festivals littéraires montent au créneau après le départ d’Olivier Nora

Les responsables de festivals et manifestations littéraires réunis au sein du réseau RELIEF prennent la parole après l’éviction d’Olivier Nora. Dans un texte collectif, ils expriment leur attachement au rôle des éditeurs dans la chaîne du livre et leur inquiétude face aux conséquences pour les équipes. Ils rappellent l’importance du lien construit avec les auteurs et le public, dans un contexte de fragilisation de la lecture. Une prise de position qui souligne aussi les équilibres du monde éditorial contemporain.

20/04/2026, 16:12

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Grasset : face à “la mise au pas”, la CFDT réclame des “garanties d'indépendance éditoriale”

L'interventionnisme de Vincent Bolloré dans les entreprises dont il est le propriétaire n'est pas une nouveauté. Mais, en limogeant le PDG des éditions Grasset, le milliardaire réactionnaire a rendu plus visibles les risques que fait courir la financiarisation de l'édition sur l'organisation des maisons et leur production. Dans un texte reproduit ci-dessous, la CFDT Livre-Édition appelle le Syndicat national de l'Édition et les pouvoirs publics à agir, sans tarder.

20/04/2026, 11:52

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“Entendre le peuple ? Mais à quoi bon : nous savions très bien ce qu’il lui fallait”

Sous couvert de réforme administrative, la transformation annoncée de la Sécurité sociale des artistes-auteurs ravive un vieux soupçon : celui d’un pouvoir qui consulte sans jamais infléchir ses décisions. Entre continuité assumée des pratiques, marginalisation des représentants élus et contournement du cadre législatif, le récit d’une modernisation tourne à la critique d’un système fermé sur lui-même. Lady En Passant quelque chose à nous en dire.

19/04/2026, 14:34

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Grasset à l'ère Bolloré : “Ce n’est pas une coïncidence, c’est une méthode”

ANALYSE – La séquence ouverte par la reprise en main de Grasset, au sein d’un groupe lui-même intégré à l’écosystème constitué par Vincent Bolloré, s’inscrit dans une logique désormais identifiée au-delà du seul cas français. Le rapport Right to Write de la Fédération des scénaristes d’Europe décrit précisément ces configurations, où concentration des médias, recomposition des directions culturelles et transformation des conditions éditoriales convergent vers un même objectif : encadrer les récits en circulation dans l’espace public.

19/04/2026, 12:26

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“Le livre ne produit plus de la pensée, il produit un message”

Concentration capitalistique, soupçons d’alignement idéologique et rupture avec une tradition éditoriale pluraliste : la mise à l’écart d’Olivier Nora après vingt-six ans à la tête de Grasset agit comme un révélateur. Thibault Leonard, fondateur de Primento, analyse cette recomposition du paysage du livre interrogeant l’indépendance des catalogues et, au-delà, le rôle démocratique de l’édition. 

19/04/2026, 12:02

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“Ce que l’affaire Olivier Nora m’inspire en tant qu’éditrice indépendante”

« Après Grasset, à qui le tour ? » La question que pose Sophie Caillat, présidente des éditions du Faubourg, maison indépendante, a quelque chose de piquant. Mais elle donne surtout l’occasion de partager quelques remarques, formulées dans un post et que nous reproduisons ici avec son autorisation. 

18/04/2026, 10:51

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Grasset, ou la “prédation” des actionnaires

Après l’éviction d’Olivier Nora de la tête de Grasset, la Société des Gens de Lettres dénonce une emprise croissante des actionnaires sur les orientations éditoriales. Dans un communiqué offensif, l’organisation alerte sur un risque systémique pour la liberté de création et appelle à des mesures d’urgence, de la clause de conscience à une régulation accrue du secteur.

18/04/2026, 10:26

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Fayard, Grasset : les libraires dénoncent la “mise au pas” d'Hachette par Vincent Bolloré

Après Fayard, Grasset : le limogeage d’Olivier Nora cristallise les inquiétudes d’une profession confrontée à une transformation brutale du groupe Hachette. Dans cette tribune, le syndicat des libraires dénoncent une reprise en main idéologique et ses effets sur l’équilibre du secteur. Au-delà d’un départ, c’est toute la chaîne du livre qui se dit fragilisée.

16/04/2026, 18:13

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“Entre grands groupes et précarité, le choix est devenu impossible”

La branche Métiers du livre de SUD Culture Solidaires publie une tribune offensive dans le contexte de la crise chez Grasset. Le syndicat y dénonce une concentration accrue du secteur, qu’il associe à un « tournant politique et économique » depuis la prise de contrôle d’Hachette par Vincent Bolloré. Évoquant une dégradation des conditions de travail et une évolution des lignes éditoriales, il appelle l’ensemble des professionnels du livre à se mobiliser collectivement.

16/04/2026, 18:05

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Vous qui quittez les maisons du groupe Bolloré, “réservez vos écrits à des éditeurs indépendants”

Alors que les réactions d’auteurs et d’éditeurs se multiplient dans le secteur après l'éviction d'Olivier Nora par le groupe Bolloré, Étienne Galliand, éditeur indépendant, prend la plume. Il revient sur sa rencontre avec André Schiffrin, figure majeure de la critique de la financiarisation de l’édition, et livre un texte à la fois personnel et engagé en faveur de l’édition indépendante. L'éditeur alerte sur les dérives actuelles et invite les auteurs à soutenir concrètement le monde de l'édition.

16/04/2026, 15:48

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Auteurs et groupe Hachette : partir est possible, mais juridiquement contraint

Bolloré a encore frappé. Mardi 14 avril restera dans les annales du groupe Hachette Livre : Olivier Nora, homme « charismatique » comme le souligne Le Monde, à sa tête depuis plus de vingt ans, s’est fait évincer par le groupe Bolloré. Un très grand nombre d’auteurs et d’éditeurs ont vite réagi et montré publiquement leur soutien et leur mécontentement : ils veulent partir. Mais ce n’est pas si simple que ça…

16/04/2026, 10:49

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“74 % des Français considèrent les hommes politiques comme corrompus”

Comment, diable, peut-on se lever un matin et, « en se rasant », avoir l’idée de créer un jeu sur la politique, à l’heure où (presque) plus personne n’y croit ? Oser s’amuser de la rubrique « faits divers » de la vie publique, alors que, H24 7/7, le monde entier la commente sur le zinc des plateaux et des réseaux ? Et qui plus est, préciser en gros et en gras, que ce nouveau jeu satirique ne s’adresse qu’« aux pourris uniquement » ?

16/04/2026, 10:32

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Sophie de Closets, Olivier Nora : qui sera la prochaine “victime” de Sarkozy chez Hachette ?

Le départ d’Olivier Nora éclaire une séquence de tensions anciennes entre pouvoir politique et direction éditoriale au sein du groupe Hachette. À travers les relations conflictuelles entretenues avec Nicolas Sarkozy, puis les recompositions imputées à Vincent Bolloré, se dessine un affrontement durable autour de l’indépendance des maisons d’édition, entre influence, gouvernance et liberté de publication.

15/04/2026, 11:22

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Zapping : j'ai sauté les pages... d'un livre audio (et ça mérite d'être raconté)

Sauter des pages dans un livre papier relevait déjà d’une petite entorse à la lecture classique – bien que cautionnée par Daniel Pennac. Avec le livre audio, ce geste devient invisible, presque banal. Pourtant, avancer dans un récit, ignorer des passages ou accélérer l’écoute transforme profondément notre rapport au texte, entre liberté nouvelle et fragmentation de l’expérience narrative.

14/04/2026, 16:18

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Jessica Mazencieux : “Dieu a un plan. Pas de chance, moi aussi.”

Dieu a un plan, moi j’ai une réunion à 14 heures de Jessica Mazencieux ne s’impose pas par une ambition formelle démonstrative, mais par une énergie immédiate, presque brute, qui traverse chaque page. Une voix s’y fait entendre — au sens propre comme au sens figuré — et c’est sans doute là que réside sa première force : une sincérité rarement prise en défaut. Probablement l'histoire d'un parcours éditorial qui n'y est pas non plus étrangère.

14/04/2026, 14:50

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La Complainte des Boîtes à Livres : “Nous ne voulons plus nous taire”

Durant une trentaine d’années passées dans le monde du livre, Laurence H. aura exercé différents métiers en diffusion, distribution et peut-être d’autres encore. Depuis quelque temps, elle a rejoint le monde professionnel du spectacle vivant. Mais elle renoue parfois, et volontiers, avec l’édition. « Et vous êtes un de ces liens », écrit-elle à ActuaLitté. Elle nous adresse un texte, « une saute d’humeur en quelque sorte ».

14/04/2026, 14:31

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Ebook : Thotario instaure un droit de suite pour les oeuvres numériques

Le numérique a transformé l’accès aux œuvres, mais a figé leur circulation économique. Livres numériques et jeux vidéo restent enfermés dans des droits d’usage, sans véritable marché secondaire. En s’appuyant sur un système de revente encadrée et de rémunération continue des créateurs, Thotario propose un modèle inédit, à la croisée du droit, de la technologie et des usages culturels. Par Dylan Tosti, fondateur de Thotario.

14/04/2026, 12:23

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Francophonie : le braille devient un enjeu mondial d’accès à la lecture

La francophonie affiche une croissance soutenue à l’échelle mondiale, mais se confronte à un défi majeur : garantir un accès réel à la lecture et à l’écriture pour tous. Portée par des initiatives internationales autour du braille et de l’inclusion, une nouvelle dynamique s’organise. Institutions, enseignants et réseaux émergents redéfinissent les conditions d’une langue véritablement accessible.

14/04/2026, 09:43

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Prix Les Visionnaires : “On sort grandis et nourris de ce débat”

Ce samedi 11 avril, à Saint-Quentin-en-Yvelines, le Prix du livre Les Visionnaires a été décerné à Gabrielle Filteau-Chiba pour son roman Hexa (Stock). Le texte a été choisi parmi une sélection de trois ouvrages par le public et par un jury, lequel a échangé et confronté ses avis pendant près de deux heures avant de se prononcer. Nous avons pu assister, en toute discrétion, à ces délibérations.

13/04/2026, 16:57

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Conteuse : faire de la Prose sans le savoir ?

Lancé comme une solution hybride entre application et objet dédié, Prose s’inscrit dans un segment en pleine expansion : celui des dispositifs visant à simplifier l’accès au livre audio, en particulier pour des publics éloignés du numérique. Son positionnement repose sur un solution simple : rendre l’écoute aussi immédiate que possible, sans frictions techniques.

12/04/2026, 14:25

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“Habiter le monde poétiquement, c’est la seule issue”

Au Livre à Metz, l’édition 2026 a choisi pour fil conducteur une question simple en apparence : « Habiter le monde ». Derrière ces mots, un thème vaste, ouvert, qui traverse les livres, les imaginaires et les façons de vivre. En ce samedi de salon, entre rencontres d’auteurs et déambulations, nous avons pris le parti de poser la question telle quelle, sans détour, aux visiteurs. Avant de leur révéler qu’elle était au cœur de cette édition - et de voir comment, à travers la lecture, chacun tente d’y répondre à sa manière.

12/04/2026, 09:41

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“Les auteurs sont en économie de guerre toute l’année”

Face à la précarité structurelle des auteurs, revient l'idée de créer un statut d’« intermittents de l’écrit », inspiré de celui du spectacle, afin de garantir un revenu stable et une reconnaissance professionnelle. Cette tribune met en lumière une économie fragilisée où les écrivains, pourtant au cœur de la chaîne du livre, peinent à vivre de leur activité. Par Mathias de Breyne. 

11/04/2026, 09:47

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Marché du livre au 1er trimestre 2026 : ce que disent les chiffres

Les ventes de livres reculent en ce début d’année 2026, mais le phénomène dépasse la simple baisse conjoncturelle. Derrière les chiffres du premier trimestre, un basculement s’opère : les lecteurs achètent moins, arbitrent davantage et redéfinissent la hiérarchie des titres. Le marché entre dans une phase plus sélective, où visibilité, recommandation et justesse éditoriale deviennent décisives. Par Jean-Charles Caplier, directeur commercial chez Dilisco.

10/04/2026, 09:31

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Et si la lecture était une saine addiction ?

Face à l’érosion du temps de lecture et à la domination des écrans, la Fnac déploie une campagne nationale au slogan provocateur : « Une autre addiction est possible. » L’enseigne entend réhabiliter le plaisir de lire sans culpabiliser, en mobilisant ses librairies, ses événements et ses réseaux. Une offensive culturelle qui interroge : la lecture peut-elle encore reconquérir l’attention collective ?

09/04/2026, 15:59

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Gabrielle de Tournemire, une entrée remarquée “dans la cour des grands”

Lauréate du Prix Le Livre à Metz | Marguerite Puhl-Demange 2026 pour Des enfants uniques (Flammarion), Gabrielle de Tournemire signe un premier roman déjà largement salué. Elle revient, pour ActuaLitté, sur cette distinction, son travail d’écriture et la manière dont son roman s’inscrit dans le thème de cette édition du Livre à Metz, « Habiter le monde ».

09/04/2026, 14:34

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Camille Giordani et Thomas Baas : habiter le monde à hauteur de Paulette

À l’occasion de l’édition 2026 du Livre à Metz, dont le thème « Habiter le monde » irrigue l’ensemble de la programmation, le Prix Graoully-Batigère a été attribué à Mais où va Paulette ? (Actes Sud jeunesse), écrit par Camille Giordani et illustré par Thomas Baas. Ce prix distingue chaque année une œuvre qui, par son écriture et son regard, se situe à la croisée de la littérature et d’une certaine manière de raconter le réel. Rencontre croisée avec ses deux lauréats.

08/04/2026, 15:59

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Felix Macherez : une épitaphe comme ultime oeuvre

Né en 1989, écrivain et rédacteur en chef des pages Livres d'Art Press, Felix Macherez revient aujourd’hui avec un quatrième livre, trois ans après la surprenante fresque Les Trois Pylônes. Le propos relève cette fois de l’humour noir, cher à Breton : jeune nihiliste de trente-trois ans, Cid Sabacqs résout de se suicider. Par Étienne Ruhaud.

07/04/2026, 10:42

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“On cherche des livres qui interrogent le monde”

À l’occasion de l’édition 2026 du prix du livre Les Visionnaires, porté par le réseau des médiathèques de Saint-Quentin-en-Yvelines, son directeur, Pascal Visset, revient sur l’origine et les enjeux de cette distinction née en 2022. Entre réflexion sur le rôle des auteurs, importance du style et interrogations sur l’intelligence artificielle, il défend une littérature qui propose une véritable vision du monde et de son avenir.

01/04/2026, 17:29

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“Moins de publications !” : Jeanne & Juliette, le pari d’un modèle éditorial différent

Après plusieurs années passées au sein de Media Participations, Jeanne & Juliette choisit de retrouver une pleine autonomie éditoriale. Une décision mûrie, moins comme une rupture que comme un recentrage, afin de poursuivre son développement avec justesse, exigence et une relation toujours plus directe avec ses lecteurs. Par Virginie Bégaudeau, fondatrice.

31/03/2026, 12:35

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Ludothécaires et bibliothécaires : “Il y a une réelle complémentarité des profils”

Deux organisations nationales, l'Association des Bibliothécaires de France et l'Association des Ludothèques Françaises, ont lancé un appel pour politique commune du jeu en tant que pratique culturelle. Organisation des services, cadre juridique ou formation des professionnel·les, le sujet soulève de nombreuses questions. Suffisamment pour se prendre au jeu...

31/03/2026, 09:32

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Thotario mise sur l’Europe pour changer le destin du livre numérique

À force de confier nos bibliothèques dématérialisées à des silos fermés, nous avons fini par prendre l’impuissance pour une loi naturelle. Clic après clic, achat après achat, la culture numérique s’est laissée border par des interfaces venues d’ailleurs. Puis surgit une jeune pousse française qui ne demande pas la permission : elle attaque la circulation des œuvres, la revente, la valeur, et, derrière tout cela, une vieille question européenne restée sans réponse. Par Dylan Tosti, fondateur de Thotario.

30/03/2026, 13:03

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“Lire dans le bain n’est pas dangereux (sauf si tu t’endors)”

À Bruxelles, la 55e Foire du livre érige le papier en acte de résistance. Sous le mot d’ordre « défier le futur », le livre s’affirme sans cookies, sans surveillance, sans algorithmes. Objet autonome, il protège l’anonymat, échappe aux mises à jour et refuse l’économie de l’attention. Lire devient alors un choix, presque un manifeste, face aux logiques numériques dominantes. Voici une déclaration d'amour à la lecture, que nous adresse la Foire...

28/03/2026, 10:08