Il plane dans l’atmosphère comme une odeur de faillites rances, dans certaines maisons d’édition. Au point que leurs dirigeants imaginent toutes les manœuvres à leur portée pour récupérer un peu d’argent — une fois la liquidation prononcée. Plusieurs témoignages concordants font état de demandes, parfois adressées par l’intermédiaire d’avocats, réclamant la restitution d’avances sur droits. Au moins deux structures y ont récemment eu recours, provoquant l’inquiétude des auteurs concernés.
Le 07/05/2021 à 11:23 par Nicolas Gary
18 Réactions | 544 Partages
Publié le :
07/05/2021 à 11:23
18
Commentaires
544
Partages
Entre les redditions de comptes oubliées, les obligations contractuelles non respectées et autres manquements… Voilà bien des points que les jeunes auteurs ne remarquent pas nécessairement, tant qu’ils n’en ont pas parlé avec d’autres confrères. Or, quand au terme d’une liquidation judiciaire prononcée, l’administrateur judiciaire explique que les avances versées pour les livres doivent être remboursées, la panique gagne rapidement.
Un auteur chevronné ne se laisse pas si facilement intimider. Recevant un courrier d’avocats demandant une restitution de l’à-valoir versé par son ancien éditeur, ayant fait faillite, il relit la missive au calme et sourit. S’il n’y a pas eu suffisamment de rémunérations pour couvrir l’avance, imaginer un trop-perçu en sa faveur à reverser le fait sourire. Il ne devrait pas.
La faille juridique existe depuis bien longtemps, et déjà se trouvait exposée dans le rapport Racine : recevoir une avance sur les ventes de livres revient ni plus ni moins qu’à contracter une dette vis-à-vis de son éditeur. Et celle-ci ne sera réglée qu’à compter du moment où l’exploitation de l’œuvre aura recouvert le montant de l’avance.
L’éditeur devient un banquier, qui prête, et que l’on doit rembourser.
Pour l’heure, le législateur ne s’empresse pas d'encadrer ces pratiques, bien au contraire. Rue de Valois, lors de la présentation de la mission Sirinelli, une logique farouche s’est exprimée par la voix du ministère : « Il est hors de question de rembourser ». Cependant, pour l’auteur du rapport, la situation est plus compliquée. « On imagine bien la plaidoirie d’un avocat assurant : “Il vous plaira de dire que c’est hors de question, mesdames et messieurs du tribunal” », raille une avocate.
CONTRATS: Roselyne Bachelot, ouvrière bien mal outillée
Car, loin d’être hors de question, l’avance pourrait, bien au contraire, être tout à fait au centre de la question. « Cela peut s’identifier à une dette », poursuit-elle. « En parlant de rémunération perçue et non plus d’avance — avec les changements que cela implique — tout pourrait se régulariser ».
Un universitaire, spécialiste de la propriété littéraire et artistique, approuve : « Sur le plan juridique, les choses sont assez claires. Mais dans la pratique, on constate un détournement de la loi. » Claires, oui : comme son nom l’indique, l’avance est une rémunération anticipée, versée en droit d’auteur. L’éditeur pense que l’œuvre, vendue au titre de la rémunération proportionnelle, rapportera de l’argent. Et donc qu’il peut verser une avance, sans trop y perdre.
En pratique, l’auteur ne touchera souvent que cette avance, et rarement plus, parce que le livre ne parviendra pas à un niveau de vente suffisant. Le panéliste GfK l’indiquait dans une analyse de 2019, toujours valable, 100 livres génèrent 8 % du chiffre d’affaires de l’édition en France. Et 563.000 références se vendront à moins de 100 exemplaires.
Tout cela, Céline comme d’autres écrivains nous l’ont bien appris : finalement, ils ont vécu d’avances plus que de leurs droits d’auteur — parfois sur des livres pas publiés ou inachevés. Au final, l’avance rémunère en réalité un travail réalisé plus qu’autre chose. Les conversations homériques de Louis-Ferdinand avec son éditeur sont connues. Or, de par sa position, la maison rentrait la tête, de crainte de voir l’auteur quitter le navire.
Dans ces conditions, le remboursement de l’avance n’est jamais demandé. Sauf que juridiquement, une avance a vocation à l’être, si les résultats escomptés ne se produisent pas : en ce sens, un éditeur qui réclamerait qu’on lui restitue les sommes trop perçues serait fondé en droit.
Pour le juriste, ancien professeur de droit, le nœud gordien est là. Les professionnels devraient travailler à une présentation plus conforme au réel : aux côtés de la cession de droits consentie, devrait figurer un contrat portant sur la rémunération du travail effectué. Les salariés, même quand leur travail est intellectuel, sont dans ce cas de figure. Mais changer les écrivains en salariés, voilà qui semble herculéen — et pas nécessairement pertinent.
En ce sens, le modèle de l’avance a quelque chose de pervers. Le Code civil l’autorise, on a le droit d’anticiper sur tout ce que l’on souhaite, en somme. Mais pour les auteurs de l’écrit, la situation est complexe. Prenons le cas d’un musicien : il percevra un cachet lors d’un enregistrement, sur le principe du salariat. Une fois l’interprétation fixée, il accédera aux redevances idoines. La loi distingue bien les deux. Il serait normal de réfléchir à clarifier la situation.

Séparer la rémunération pour l’œuvre de la rémunération découlant des ventes de l’œuvre, belle et noble entreprise. Mais fiscalement, voilà que le bât blesse. Les redevances du droit d’auteur accordent un traitement plus favorable sur le plan social, surtout si l'on imagine une rémunération première assimilée au travail du salarié. Les charges augmenteront, inexorablement. Ce n’est donc, en soi, pas ce modèle d’avance qui est pervers, mais le système dans son ensemble : à travers l’à-valoir, on détourne la loi d’une certaine manière.
Et le juriste de pointer que l’édition — et le Syndicat national de l’édition en premier lieu — n’a pas intérêt à rendre la situation plus fluide. Cela positionne dans un rapport de force, au désavantage de l’auteur, en effet. Le législateur pourrait d’ailleurs considérer les aspects retors de ce point, mais il est désolant de le dire : ce n’est pas dans l’intérêt de l’éditeur.
Du reste, la mission Sirinelli n’affirme pas qu’il faille rester les bras croisés. Simplement, que cela ne doit pas intervenir dans le CPI : il s’agit là d’une astuce juridique pour ne pas légiférer, ne soyons pas dupes. Car le législateur serait dans son rôle, en cherchant à protéger la partie la plus faible. Et par souci de cohérence, c’est alors dans le Code civil qu’il faudrait apporter des dispositions spécifiques. Mais nul ne connaît d’éditeur qui y consentirait davantage : le modèle actuel leur convient.
Du reste, l’argument amplement déroulé qui souligne la multiplicité des segments éditoriaux revient ici au triple galop. On peut l’entendre : la littérature générale ne fonctionne pas comme la bande dessinée, pas plus que le livre d’art comme le manga. Il est déraisonnable d’imaginer l’édition comme un front uni.
Pourtant, le législateur pourrait trouver un dénominateur commun aux métiers : envisager une législation uniforme est difficile, bien entendu. Cependant, cela ne signifie pas qu’il faille ne rien faire.
Stéphanie de Saint-Marc, Directrice de l’Institut de Recherche en Propriété Intellectuelle et Maître de conférences à l’Université Paris II Panthéon-Assas, nous le confirme. « La réponse n’est pas aisée sans connaître précisément les clauses des contrats concernés... Toutefois, il est certain que la pratique courante de l’édition conduit à qualifier et en tout cas à traiter comme à-valoir les sommes versées à l’auteur en amont de l’exploitation de son œuvre. »
Et de rappeler qu’« ainsi qualifiées, elles correspondent à une rémunération proportionnelle à l’exploitation de l’œuvre et, faute d’exploitation, pourraient être restituées par l’auteur à l’éditeur ».
Dès lors, ces pratiques floues « qui confondent souvent rémunération du travail réalisé par l’auteur dans le cadre d’une commande (qui ne saurait en principe répondre à la qualification de droit d’auteur) et rémunération de l’exploitation de l’œuvre sous forme de droits d’auteur sont préjudiciables aux auteurs. Et il est sain qu’elles soient combattues ».
ActuaLitté avait longuement détaillé, dans un article que Pierre Sirinelli aurait gagné à relire, les dangers juridiques que les contrats d’édition comportent, tant pour les auteurs que pour les éditeurs au demeurant.
Crédits photo : Sara Kurfeß/ Unsplash ; Jp Valery/ Unsplash
Par Nicolas Gary
Contact : ng@actualitte.com
Plus d'articles sur le même thème
À force de vouloir sauver la lecture, on finit parfois par l’enfermer dans deux cases : le divertissement agréable ou l’effort salutaire. Dans une tribune publiée par Libération, l’avocat et éditeur Jean-Claude Zylberstein déplace le débat. Les livres lui ont permis de franchir des frontières sociales, professionnelles et intellectuelles. Le plaisir ouvre l’ouvrage ; l’émancipation commence parfois à la page suivante.
16/07/2026, 15:07
En dénonçant le risque d’une loi fast fashion appliquée d’abord aux entreprises françaises, la Fevad soulève une question que l’édition connaît bien : comment réguler les pratiques des grandes plateformes sans faire peser l’essentiel des contraintes sur les acteurs les plus faciles à contrôler ? Dans le livre aussi, la vitesse de production, la rotation des références et la captation de la visibilité déplacent le risque vers les créateurs et les libraires.
25/06/2026, 11:53
Une climatisation défaillante peut transformer un bureau d’espions en plage artificielle. Elle peut aussi obséder un conducteur, accompagner une solitude californienne, dérégler une tour de béton ou servir de voie d’accès à une prise d’otages. Dans les romans, l’air conditionné a sa mécanique, son humeur et parfois son sens du spectacle.
23/06/2026, 15:51
Dix années de commerce de seconde main, le Label Emmaus invitait à fêter son anniversaire à l'Académie du Climat, ce 18 juin. Un appel, finalement, pour comprendre ce qu’est le réemploie, qui le porte : « 10 ans d’engagement, d’innovation sociale et de coopération au service d’une économie plus juste et circulaire », explique l’organisme. Avec un volet consacré au livre d’occasion – toujours objet de fantasmes…
19/06/2026, 16:36
Le Syndicat national de l’édition n’a rien contre les prélèvements. Il a simplement ses pudeurs. Quand l’argent remonte vers les auteurs et les éditeurs, le vocabulaire se fait noble : rémunération, compensation, gestion collective, partage de la valeur. Quand il risque de redescendre vers les librairies indépendantes, les éditeurs fragiles ou les auteurs, le ton change. Le même geste devient un « réflexe » qui ne serait « pas forcément sain ». Mais alors, à quel sain se vouer ?
08/06/2026, 12:28
En 2024, David Piovesan proposait une analyse des Rencontres nationales de la librairie, qui s'étaient déroulées à Strasbourg : désormais, le marché de la librairie se relit sous un jour plus politique. Les libraires ont bâti un récit collectif puissant face aux plateformes. Reste une épreuve plus rude : convertir cette identité professionnelle en modèle économique durable.
04/06/2026, 16:55
En Corée du Sud, le livre ne se défend plus seulement contre l’IA : il devient une donnée qualifiée, négociable, rémunérée. En France, le législateur avance par un autre chemin, plus contentieux mais décisif : rendre prouvable l’usage des œuvres par les modèles. Entre opt-out, AI Act et présomption d’utilisation, l’industrie du livre quitte l’indignation pure pour entrer dans le dur du rapport de force.
21/05/2026, 13:00
Canal+ a donné un nom à la peur qui traverse désormais l’édition : la liste noire. L'intervention de Maxime Saada, président du directoire de Canal+, qui refuse désormais de travailler avec les 600 personnes ayant signé une petition contre son patron, Vincent Bolloré, introduit une singulière logique de groupe.
18/05/2026, 13:09
Un visuel diffusé sur Facebook associe un article d’ActuaLitté consacré au scandale Agessa au logo de La France insoumise. L’exercice entend sans doute servir la cause des artistes-auteurs. Il réussit surtout une (contre)performance graphique plus douteuse : transformer un travail journalistique indépendant en élément de communication politique.
15/05/2026, 13:01
Contrairement à une idée reçue, Hachette ne fait pas bouillir la marmite en vendant l’image d’Asterix à l’industrie agroalimentaire : elle était déjà sur le feu. En héritant d’un personnage compatible avec la consommation de masse, le groupe l’a simplement inscrit dans une exploitation plus systématique. Le banquet est devenu une stratégie de licensing qui cette année sert les intérêts d'une société spécialisée en préparations charcutières...
04/05/2026, 16:53
Le départ d’Olivier Nora éclaire une séquence de tensions anciennes entre pouvoir politique et direction éditoriale au sein du groupe Hachette. À travers les relations conflictuelles entretenues avec Nicolas Sarkozy, puis les recompositions imputées à Vincent Bolloré, se dessine un affrontement durable autour de l’indépendance des maisons d’édition, entre influence, gouvernance et liberté de publication.
15/04/2026, 11:22
Sauter des pages dans un livre papier relevait déjà d’une petite entorse à la lecture classique – bien que cautionnée par Daniel Pennac. Avec le livre audio, ce geste devient invisible, presque banal. Pourtant, avancer dans un récit, ignorer des passages ou accélérer l’écoute transforme profondément notre rapport au texte, entre liberté nouvelle et fragmentation de l’expérience narrative.
14/04/2026, 16:18
Face à l’érosion du temps de lecture et à la domination des écrans, la Fnac déploie une campagne nationale au slogan provocateur : « Une autre addiction est possible. » L’enseigne entend réhabiliter le plaisir de lire sans culpabiliser, en mobilisant ses librairies, ses événements et ses réseaux. Une offensive culturelle qui interroge : la lecture peut-elle encore reconquérir l’attention collective ?
09/04/2026, 15:59
Qu’importe le flacon, pourvu qu’il y ait l’IAvresse, dirait-on : à ce titre, le livre aura discrètement servi de socle pour la formation des modèles de langage. Le rapport du Conseil d’État remet un peu de gravité dans ce carnaval d’optimisme automatique : dans les machines se nichent des catalogues entiers des droits, des contrats, des revenus. Et surtout cette vieille question que la tech déteste : qui paie quoi, et à qui ?
24/03/2026, 15:42
Pourquoi la lecture résiste aux mots d’ordre ? Les politiques publiques ont toujours traqué la formule capable de faire lire. Campagnes nationales, prescriptions scolaires, slogans institutionnels : tous poursuivent le même objectif. Mais l’acte de lire résiste aux mots d’ordre.
10/03/2026, 10:16
Alors comme ça, Emmanuel Macron aime poser avec des livres de la maison Gallimard – et plus particulièrement l'édition Quarto, Résider sur la terre. Œuvres choisies de Pablo Neruda ? invité dans les bureaux de l’Élysée : manuel de survie poétique pour un président en fin de cycle
07/03/2026, 08:00
Un maire refuse l’acquisition d’un roman dans une médiathèque municipale. Le livre : Fille de pute, de Swann Dupont. Les motifs avancés sont connus. Pas de règlement voté, donc pas d’achats, considère le maire. Et puis, n'oublions pas la protection des mineurs, donc l'impérieuse prudence. D'ailleurs, le titre du livre lui-même, voyez-vous... même sans lire le bouquin, pas besoin d'aller trop loin. Pourtant, la lecture de ce récit fait assez mal à la réalité.
25/02/2026, 16:43
Il y a dans l’industrie du livre quelque chose d’un ballet étrange : une danse de bilans déficitaires, de discours vertueux, de concentrations “raisonnables” et de communiqués qui jurent, la main sur le cœur, que tout cela se fait au nom de la diversité. On fusionne pour mieux défendre la pluralité, on rationalise pour préserver la création, on licencie pour sauver la chaîne du livre — cette créature mythologique que tout le monde invoque mais que plus personne ne nourrit vraiment.
16/01/2026, 12:22
Allez savoir pour quelle raison les débuts d’année sont propices aux bilans des mois passés : un côté bicéphale janusien, probablement. Pas encore détachés de ce qui s’achève, on peine à se projeter dans l’avenir. Ou bien, puiser des forces dans les réussites qui insuffleront l’énergie indispensable. En ce mois de janvier, c’est bien le cas : notre média a explosé les compteurs.
07/01/2026, 16:53
Il est de ces mots qui n'ont l'air de ne rien demander, tout en exigeant beaucoup. “Concentration”, par exemple. Au hasard. Terme apparemment sage, presque scolaire, il convoque des réalités autrement plus explosives qu'en apparence. En ce début de 2026, c’est avec lui que l’on vous souhaite une bonne année. Bien concentrée. Très concentrée...
01/01/2026, 21:25
Un titre qui surgit hors de la longue nuit carcérale, et un emballement médiatico-économique qui s’ensuit... En ce dernier jour de l’année, invitons chacun à prendre de bonnes résolutions et ses responsabilités. ActuaLitté propose ici une Lettre ouverte à Nicolas Sarkozy, l’enjoignant à la générosité.
31/12/2025, 10:56
Depuis plus de dix ans, la France tente de contenir l’influence des géants du commerce en ligne sur le marché du livre. Après la loi de 2014, puis la loi « Darcos » de 2021, un seuil minimal de facturation des frais de livraison a été instauré pour éviter que certains acteurs — Amazon en tête — ne pratiquent des tarifs quasi nuls.
22/12/2025, 17:59
Un monde qui s’effondre, un couple qui s’échappe, une carte qui déplie l’imaginaire, une France qui se raconte en images : quatre livres, quatre manières de voyager - sans forcément quitter sa chaise. Petit tour d’horizon, léger mais sérieux, pour remplir sa liste de beaux cadeaux… ou s’offrir une escapade de papier.
17/12/2025, 15:45
À l’approche de Noël, les bêtes sortent du bois. Pas forcément sages, rarement domestiquées, souvent étranges, elles traversent albums illustrés, bandes dessinées et récits graphiques sous des formes multiples. Pour un cadeau original ou une lecture à contre-courant des contes de fin d’année les plus attendus, voici cinq livres où la bête, réelle ou fantasmée, sert de motif, de décor ou de point de bascule narratif.
16/12/2025, 12:00
À l’approche des fêtes de fin d’année, certains livres s’invitent naturellement à la table de Noël. À offrir ou à s’offrir, ils accompagnent les moments passés en cuisine, ouvrent des fenêtres sur le monde et invitent à voyager sans quitter son salon. De la pâtisserie pour enfants aux grandes traditions culinaires, des vins insolites aux hôtels d’exception.
15/12/2025, 14:05
Quand le vieux monde revient : l’amendement des tutelles éternelles, ou du retour au protectariat. « On sait mieux que vous », semble dire le Sénat aux artistes-auteurs, affirmant par là même le grand retour du paternalisme culturel. Mais que certains sénateurs cherchent à remettre les créateurs sous le joug de structures qui ne les représentent pas, a des relents de colonialisme – pas forcément au figuré.
20/11/2025, 15:52
La lecture à voix haute, loin d'être une simple activité scolaire, est une véritable passerelle vers le développement cognitif, émotionnel et social des enfants. En France, des études ont démontré que cette pratique stimule l'acquisition du vocabulaire, améliore la compréhension orale et renforce les liens affectifs entre parents et enfants .
26/08/2025, 15:55
Il fut un temps – un gros demi-siècle – où dans le journal, se signaient des avis argumentés, par des journalistes dont la seule arme était une plume trempée dans l’encre et la conviction. Un texte parfois sévère, toujours nourri par une lecture attentive. Aujourd’hui ? Eh bien, il paraît que tout cela est un peu… daté, voire dépassé. Presque risible, si l’on en croit les grands décideurs de l’information culturelle.
15/08/2025, 10:30
Offrir un livre pour la Fête des Pères, c’est offrir une histoire où d’autres papas font écho au sien. C’est tendre un miroir, doux ou brut, drôle ou douloureux, mais toujours sincère. La littérature, en cela, sait dire ce que parfois on formuler difficilement : « Merci, papa. »
14/06/2025, 10:45
Rachida Dati marchant dans les pas d'Emmanuel Macron, voilà une image qu'on s'effacerait volontiers de l'esprit. Mais dans un secteur du livre qui se présente volontiers comme artisanal, alors que résolument industriel, dès qu'il se trouve quelques deniers à ramasser, on fait suivre la volonté politique.
12/04/2025, 22:54
Dans le cadre de la lutte contre la vente de tabac et d'alcool aux mineurs, plusieurs centaines de librairies en Belgique vont s'équiper d'une petite caméra, dite PASSage. Installée sur le comptoir, elle serait capable de déterminer rapidement l'âge des clients, grâce à l'IA. Une initiative portée par les fédérations de libraires du plat pays, dont les établissements, aux yeux français, s'apparentent étrangement à des bureaux de tabac…
19/03/2025, 15:33
Intenable plus qu’un enfant face aux cadeaux de Noël, le président de la République intervenait sur France 2 la veille du Sommet pour l'action sur l'Intelligence Artificielle. La bouche pleine des milliards d’euros que les partenaires mettront sur la table – sans traçabilité aucune –, Emmanuel Macron avait l’optimisme frénétique qu’on lui connait. Tristement.
09/02/2025, 23:46
Le livre jeunesse aura pesé en 2023 pour 385,4 millions €, troisième secteur éditorial en France, en croissance de 1,9 % en nombre d’exemplaires écoulés. Alors, chers bébés qui après nous vivez, comme l'écrivit presque Villon, bienvenue en ces premiers jours 2025. Bonne année, qui sera la vôtre.
01/01/2025, 19:37
Joyeux Noël ! Gloire au Grand Barbu coca-collé et de rouge-vêtu ! Hosanntah Claus In Excelsis... et j'en passe et j'en oublie, et les autres mieux vaut vous les épargner : l'année touche à sa fin, et je préfère éviter le calembour de trop qui me ferait toucher à la mienne, de fin.
24/12/2024, 16:46
Ses pages forment un rictus machiavélique, et pendant qu’il vous regarde avec insistance, vous grimacez quasi de douleur : il vous en veut... il SAIT ce que vous avez fait ! Tout plutôt que de revoir sa sale tranche et de supporter ses caractères de cochon. Il serait délectable, jouissif même, de l’abandonner sans autre forme de procès — car résolument il ne vous mérite pas. Vraiment ?
22/09/2024, 19:11
Le dramaturge Pierre Gringoire, originaire de ce qui n'était pas encore le Calvados, nous aura au moins légué un aimable proverbe : « Mieux vaut être seul que mal accompagné. » Fine observation applicable aux livres : plutôt ne rien bouquiner que de s'enquiller une sombre bouse. Or, un ami cher autant qu'un bon livre sont des perles précieuses.
11/08/2024, 18:18
Autres articles de la rubrique À la loupe
Combien vaut le temps consacré à un livre ? Dans l’illustration jeunesse comme dans la bande dessinée, la question se pose avec acuité lorsque des rémunérations modestes conduisent à multiplier les projets. Ni procès des petits éditeurs, ni reproche adressé aux artistes : c’est la mécanique économique qui mérite d’être interrogée. Michel Demeulenaere, fondateur des éditions Mijade, partage ici quelques-uns de ses propres questionnements.
08/09/2026, 17:02
« Car le mot, qu’on le sache, est un être vivant. » Dans une maisonnette en pierre, surveillée par une rose trémière jaune, dans le silence du matin, je pose sur la table une tasse en porcelaine blanche, remplie d’un café noir, et j’ouvre Les Travailleurs de la mer de Victor Hugo. Je le fais le premier matin, et je ferai ainsi chaque matin de la semaine passée à Guernesey. Suivez la guide...
07/09/2026, 17:25
En 1988, une rencontre improbable se produit chez Marvel. Stan Lee reprend le personnage dont il avait façonné la voix vingt ans plus tôt ; face à lui, Moebius, maître de la science-fiction européenne, accepte de se plier aux contraintes du comic book américain. À peine cinquante pages plus tard, Silver Surfer: Parable a transformé le combat entre Galactus et son ancien héraut en réflexion sur la foi, le pouvoir et la liberté.
05/09/2026, 11:50
Les élèves ont repris le chemin de l’école ce 1er septembre 2026. Pour certains enseignants, la rentrée pourrait tourner court. Expérience autoritaire, lancer d’élèves, fascination fasciste, bacchanale et cours particulier achevé au couteau : les dossiers ont ébranlé les services de l'Inspection. Pour l'Éducation nationale, une question : peut-on vraiment les laisser poursuivre ?
05/09/2026, 06:00
Carrefour des civilisations, théâtre où se sont jouées les destinées de l'Orient et de l'Occident, Istanbul a fasciné des générations d'écrivains français qui, du XVIIe au XXe siècle, ont tenté de refléter dans leurs œuvres l'indicible beauté de cette cité millénaire. Par Amel Aït-Hamouda.
04/09/2026, 14:58
À l'occasion de la sortie de son premier thriller (SexOD - juin 2026 - Patchenco éditions), que ActuaLitté vient de chroniquer, Patrick Collignon a bien voulu répondre à nos questions. On y apprend notamment que si l'écrivain belge a choisi de placer l'intrigue de son roman à Stockholm, ce n'est pas tout à fait par hasard ou pour suivre la mode !
03/09/2026, 18:13
Les Éditions Syllepse et le chercheur et militant internationaliste Joseph Daher dénoncent la saisie puis la destruction d’un exemplaire du Hezbollah. Un fondamentalisme religieux à l’épreuve du néolibéralisme lors d’une perquisition visant Nicolas Shahshahani, vice-président d’Europalestine, dans le cadre d’une enquête pour « apologie du terrorisme ».
03/09/2026, 17:54
Exclusif - Après avoir identifié protéines, médicaments ou autres résidus sur les documents de Vlad III, Jack London, Casanova et Alessandro Volta, l’équipe de Gleb et Svetlana Zilberstein veut franchir une nouvelle étape. Son « Cabilly Project » associe données biochimiques, archives et intelligence artificielle pour générer des hypothèses historiques. ActuaLitté révèle aussi l’existence de travaux, encore non publiés, sur André Malraux, Stendhal et Marcel Proust.
03/09/2026, 17:07
Exclusif - Un manuscrit de professeur refusé chez Gallimard, le roman d'un ex-professeur publié trois ans plus tard par la maison et de l'un à l'autre ouvrage des scènes, motifs et références parfois voisins. La comparaison de Grand Poisson, de Fabrice Sanchez (Plon, août 2025), avec La solitude des professeurs est infinie, de Yannick Haenel (Gallimard, août 2026), ne révèle pas de contrefaçon, mais soulève quelques sourcils.
02/09/2026, 17:01
La facturation électronique, entrée en vigueur le 1er septembre 2026, promet de simplifier la vie des entreprises. Pour Guilhem Méric, auteur indépendant, elle risque au contraire d’ajouter une contrainte de plus à des créateurs déjà fragilisés par la précarité économique et la concurrence de l’intelligence artificielle générative. Le départ d’un illustrateur avec lequel il travaillait interroge une réforme qui, selon lui, fait peser une part croissante de ses exigences sur les plus petites structures du monde du livre.
02/09/2026, 15:59
Un roman s’écrit avec des mots, une partition de musique avec des notes, et pour la danse ? Comment expliquer à des danseurs et danseuses les mouvements imaginés par un ou une chorégraphe, des intentions scénographiques qui soient intelligibles par tous et mémorisables. Rencontre avec Myriam Gourfink, danseuse, chorégraphe, riche d’un parcours international, reconnue et très appréciée pour son travail de recherche chorégraphique.
02/09/2026, 15:56
Avec Éduquer contre l’exclusion et le harcèlement – Méthode et outils pédagogiques adaptés au programme EVAR, paru aux éditions Dangles, Chloé Ségneré s’adresse aux enfants de 4 à 7 ans, mais aussi aux adultes qui les accompagnent. Sa méthode Empatikids passe par les émotions, le respect des limites, le consentement ou encore la sécurité pour tenter d’agir avant que les situations d’exclusion ou de harcèlement ne s’installent.
01/09/2026, 17:32
Le 7 août 2026, ActuaLitté publiait l’article Comment la souffrance a forgé le jeune Artaud, version abrégée, sans photographies ni appareil de sources, de l'étude d'Ilios Chailly, Une géographie de la souffrance : les cures d’Antonin Artaud, de La Rouguière au Chanet, 1915-1919. Florence de Mèredieu, biographe d’Antonin Artaud, a réagi à cet article dans les commentaires. Quelques échanges ont suivi. Ilios Chailly propose ici une réponse plus développée, pour revenir point par point sur les questions soulevées.
01/09/2026, 17:05
Au XXe siècle, les écrivains français n’ont pas seulement lu Les Mille et Une Nuits : ils s’en sont emparés comme d’un modèle d’écriture. De la mémoire proustienne à l’ambition romanesque de Perec, en passant par le merveilleux surréaliste et la figure de Shéhérazade devenue symbole de résistance, ce recueil sans auteur ni fin a profondément travaillé l’imaginaire littéraire. Par Amel Aït-Hamouda.
31/08/2026, 17:44
Romancière, poétesse, psychanalyste et traductrice franco-suédoise, Kristina Ifwarson vient de cosigner avec l’éditeur Olivier Gallon la traduction d’un texte de Stig Dagerman inédit en français : Le Jour dernier. Parue de son vivant en 1952, cette pièce radiophonique est l’ultime œuvre de Stig Dagerman. Qu’est-ce qui fait la singularité de ce texte ? Pourquoi a-t-il été « oublié » jusqu’ici en Suède ? Et comment cette traduction pourrait-elle renouveler notre lecture de l’œuvre de Stig Dagerman ? Le point avec Kristina Ifwarson. Par Karim El Haddady.
31/08/2026, 17:11
Après l’avis négatif rendu sur la demande de label Librairie indépendante de référence déposée en 2026 par La Griffe Noire, les soutiens de la librairie interrogent désormais moins son indépendance que le fonctionnement même du dispositif.
31/08/2026, 14:00
Voilà des semaines et des mois, des années bientôt qu'elle trône au sommet des meilleures ventes, au point qu'on ne sache plus trop comment s'en dépatouiller... Un peu comme dans ses livres : Freida McFadden connaît la fin avant de commencer. Le retournement vient d’abord et le roman s’organise en fonction. Indices, fausses pistes, silences, informations données trop tôt pour être comprises : tout permet au lecteur de voir après coup ce qu’il n’avait pas vu venir. Mais comment ?
29/08/2026, 10:00
Après neuf mois de silence, Elsa donne enfin de ses nouvelles. Et il s’en est passé, des choses : une grossesse, une année cabossée, des bibliothèques à trier, une pile à lire toujours bien garnie et une tentative très sérieuse de remplacer le doomscrolling par 100 pages quotidiennes. Avec, au passage, trois lectures qu’elle avait laissées dormir beaucoup trop longtemps.
29/08/2026, 09:00
On a longtemps cru qu’un livre abandonné sur une table de librairie souffrait en silence. Erreur. Il regarde les autres partir. Le prix littéraire avec son lecteur pressé, la romance dans un tote bag, le polar sous le bras de quelqu’un qui assure « ne lire que du vrai ». Lui reste là, tranche vers le public, à feindre l’indifférence.
29/08/2026, 08:00
Le 5 mai 2026, jour de naissance de Karl Marx, Clémentine Mélois a dû mourir pour obtenir le droit de démissionner. À 18h16 exactement, au café L’Arrêt, anciennement L’Espérance, dans le VIIe arrondissement de Paris, l’écrivaine et plasticienne a retrouvé, selon sa propre formule, sa « liberté de manœuvre pour l’éternité ».
28/08/2026, 17:22
Pour sa 17e édition, Le Livre sur les quais cherche à renouveler ses formes sans perdre ce qui fait son identité. À Morges, Adélaïde Fabre défend un festival plus participatif, ouvert aux autres arts et aux nouveaux publics, mais toujours construit autour de la rencontre et de la transmission.
27/08/2026, 16:45
Douze tomes, 16.900 pages… Publié en intégralité par L’Âge d’Homme entre 1976 et 1994, le Journal intime d’Henri-Frédéric Amiel (1821-1881), aujourd’hui revendu fort cher sur le marché de l’occasion, demeure peu lu, du moins en intégralité. Agrégée, docteure ès lettres, Géraldine Sauquet a, en quelque sorte, débroussaillé l’épais maquis de ce texte total, récit intime de quatre décennies, histoire de la vie quelque peu terne d’un professeur genevois, extrêmement cultivé, séduisant physiquement, mais miné par une timidité et une aboulie pathologiques. Par Étienne Ruhaud.
26/08/2026, 18:22
Pensées pour être regardées sur un smartphone, les fictions verticales ne se cantonnent plus aux productions amateurs des réseaux sociaux. France Télévisions et Arte investissent désormais ce terrain, où la brièveté impose ses propres règles : installer une situation immédiatement, caractériser un personnage en quelques secondes, concentrer les dialogues et maintenir le récit sous tension. Une autre manière d’écrire la fiction ?
25/08/2026, 11:11
Marathons, bains glacés, yoga, sommeil surveillé, alimentation contrôlée : et si nos disciplines du corps avaient pris la place des anciens rituels ? Dans cette « Petite anthropologie du Dépassement », Salim Rzin observe comment la quête de performance, de purification et de maîtrise transforme le corps en refuge, en temple et en territoire moral, jusqu’à faire surgir la figure du « nano-démon », menace intérieure qu’il faudrait maintenir en sommeil.
25/08/2026, 09:09
Pourquoi le retour au travail suffit-il parfois à faire ressurgir stress, ruminations et boule au ventre, avant même d’avoir rouvert sa boîte mail ? Après les vacances, le changement de rythme, les contraintes et l’anticipation peuvent réactiver l’anxiété, sans forcément révéler un rejet de son métier. Dans L’Anxiété dédramatisée (Piktos Poche), Mélissa Manacorda propose de comprendre ces mécanismes et livre des pistes concrètes pour reprendre sans laisser l’angoisse occuper toute la place.
25/08/2026, 09:05
Les compagnies aériennes sont formelles : au-delà de 23 kilos, il faut payer un supplément. La littérature, beaucoup moins regardante, autorise ses personnages à embarquer avec une enfance traumatique, trois générations de non-dits, un père mort, plusieurs amours compliquées et parfois une résurrection complète. Au retour des vacances, il était temps que quelqu’un contrôle tout cela.
22/08/2026, 11:05
Il fallait bien que quelqu’un finisse par manquer de bienveillance envers la bienveillance. Le psychanalyste Jean-Charles Bettan s’y risque ici, en prenant au sérieux ce que nos précautions, nos bons sentiments et notre vocabulaire soigneusement capitonné disent de notre rapport au conflit. Une humeur volontairement piquante, où la politesse des mots se retrouve priée de s’allonger sur le divan.
22/08/2026, 10:05
Si Flaubert, Chateaubriand ou Nerval ont construit l’Orient rêvé du XIXe siècle, des écrivaines-voyageuses en ont, elles, franchi les portes closes. De Lady Montagu à Isabelle Eberhardt, elles ont observé l’intimité des harems et la vie des tribus. Mais ce regard « de l’intérieur » les a-t-il vraiment affranchies des clichés orientalistes ? Récit d’une émancipation littéraire aux mille contradictions. Par Amel Aït-Hamouda.
19/08/2026, 18:18
Ce 20 août, Journée mondiale du moustique, les insectes ont déposé une plainte collective contre plusieurs siècles de littérature. Motifs : diffamation, séquestration, exploitation et atteinte répétée à la dignité des arthropodes. Cinq livres comparaissent. Les fourmis se constituent partie civile, les papillons demandent réparation et Gregor Samsa exige qu’on cesse enfin de l’appeler cafard. L’audience promet d’être piquante. (ceci est une fiction, hein...)
19/08/2026, 14:46
Exclusif - La gestion des Éditions L'Harmattan, dirigées depuis 2010 par Xavier Pryen, est vivement contestée depuis quelques années, tandis qu'un conflit familial se joue en arrière-plan : Denis Pryen, cofondateur du groupe, estime que son neveu a engagé le « démantèlement » de ce dernier. Deux décisions de justice, rendues cet été, se sont révélées favorables au cofondateur de L'Harmattan.
19/08/2026, 09:09
Que devient un lieu sacré lorsque la prière s’efface mais que la verticalité demeure ? Psychanalyste et ethno-clinicien, Salim Rzin lit les églises devenues salles d’escalade, hôtels ou espaces de passage comme autant de livres de pierre réécrits par les corps. Dans ce texte, il interroge ces architectures comme des palimpsestes : les usages changent, mais quelque chose de leurs anciens récits continue de s’écrire.
18/08/2026, 18:18
Le 21 août paraît aux éditions des Syrtes le roman Camping de Lavinia Braniște, traduit du roumain par Sylvain Audet-Găinar. Un roman sur l’exil ordinaire et des vies en transit. Dialogue avec son éditrice, Olimpia Verger.
17/08/2026, 17:51
Elvis Ntambua Mampuele, romancier, lauréat du Prix Senghor du public du premier roman : « La culture ne met pas fin à une guerre, mais elle peut aider une société à guérir, à se rassembler et à préparer les conditions d’une paix durable » Par Karim El Haddady.
14/08/2026, 16:15
Il existe, entre certaines âmes et certains rivages, une affinité qui tient moins du hasard que d'une secrète géographie du cœur. Celle de Pierre Loti avec Istanbul fut de cette nature : une reconnaissance sans raison, un coup de foudre qui précède l'amour ; une vérité intime que l’écrivain passera sa vie à explorer, à célébrer et à défendre, jusqu’à en faire le pivot secret de son œuvre et de son existence. Par Amel Aït-Hamouda.
13/08/2026, 15:45
Manuscrit médiéval au siècle de l’acier et du béton, Le Livre rouge est une anomalie. Un Carl Jung en crise y confia visions, dialogues intérieurs, peintures et mythes, prélude à ses concepts les plus importants. Allons à la découverte de cet objet fascinant, où un homme tente de donner une forme à ce qui, sans elle, risquait de le posséder.
12/08/2026, 18:08
Au Danemark, le gouvernement répond à la triche par IA en déplaçant la preuve : les examens rédigés à domicile devront être défendus oralement, tandis que surveillance et travaux sous contrôle seront renforcés. Une mesure scolaire qui réveille une vieille question littéraire : signer suffit-il à être l’auteur, ou faut-il encore pouvoir répondre personnellement de ce qui est écrit ?
10/08/2026, 07:30
18 Commentaires
Thierry Reboud
08/05/2021 à 02:22
La boîte de Pandore ouverte par la Ligue des auteurs n'a pas fini de livrer d'autres surprises de ce genre. Si les auteurs revendiquent d'être rémunérés pour leur temps de travail, il n'est pas aberrant non plus que les éditeurs rémunèrent les auteurs en fonction des bénéfices qu'ils leur apportent.
Or, comme vous l'indiquez dans votre article, l'écrasante majorité des titres publiés parvient au mieux à équilibrer les coûts (parce que quand vous vendez moins de 100 exemplaires d'un produit, il y a peu de chances que vous fassiez un quelconque bénéfice).
Pour autant, il n'est pas dit qu'une évolution de la rémunération du travail de production de textes fondée sur le temps de travail soit un réel progrès pour les producteurs de textes : après tout, de très nombreux éditeurs reçoivent de très nombreux manuscrits ou projets qu'ils n'ont pas sollicités. Bien souvent, le choix de publier tel ou tel produit nouveau est un pari tenté par l'éditeur à condition qu'il prévoie de l'équilibrer plus ou moins (encore que, le plus souvent, l'éditeur prévoie d'équilibrer ses comptes sur l'ensemble de sa production et non pas titre par titre), et la rémunération du producteur entre évidemment en ligne de compte.
Imaginons maintenant que la rémunération des producteurs se dirige vers quelque chose plus ou moins aligné sur le salariat : croyez-vous vraiment qu'un éditeur va laisser son salarié disposer du temps que le salarié juge nécessaire ? Croyez-vous vraiment que l'éditeur laissera au salarié le choix du projet sur lequel il va travailler ?
Pour tout dire, ça me semble assez peu probable ; le plus probable, c'est que les éditeurs aient recours à la commande à fournir dans des délais impartis, situation dans laquelle ils seront maîtres de leurs choix éditoriaux (sujets, style ou absence de style, voire les corrections finales que le cinéma désigne par l'anglicisme "final cut") et du temps de travail des salariés producteurs de textes ou d'images.
Autant dire que, pour les jeunes aspirants producteurs, le rêve romantique (et imbécile, soit dit en passant) de la "création" risque bien de se fracasser sur le mur du réel et de l'argent.
Parfois les dieux vous punissent en exauçant vos prières.
LOL
10/05/2021 à 08:29
Il y a plusieurs points indépendants dans vos questions.
- Les auteurs demandent à être payé pour leur travail, pas d'être salarié. Si un manuscrit est pris, il est doit recevoir un paiement à hauteur (sic) de quelque chose. Le problème est de définir ce quelque chose. Certains auteurs travaillent lentement, d'autres très rapidement. Comment qualifier ce montant justement ? À la page ? À la qualité de page ? Au travail nécessaire de reprise ? Il y a là un vrai sujet que les éditeurs fuient en courant ! En revanche, le paiement des droits d'auteurs (le montant touché sur les ventes) peut éventuellement se recevoir sous forme d'un étalement, et même d'un étalement prévisionnel, selon le fait qu'un titre se vende beaucoup. Mais c'est un autre sujet qui n'a rien à voir avec le travail en amont. Un auteur devrait être payé pour le travail qu'il a fait et gagné ensuite de l'argent sur ce qu'il vend, comme TOUT LE MONDE.
- de fait, un travail rémunéré correctement en amont fera mécaniquement baissé le nombre de parutions. Un éditeur est un joueur : il investit une certaine somme dans l'espoir d'une rentrée de fonds supplémentaire. Il peut éventuellement jouer sur deux ou trois poulains quand il a un maître-étalon dans son écurie. Mais le but de son entreprise est quand même de boucler la fin de mois dans le positif, charges comprises. En augmentant la mise de base (qui est aujourd'hui au mieux de l'à-valoir+imprimeur+correcteur+travail éditorial), mécaniquement le nombre de « poulains » va baisser. Le paysage éditorial va s'éclaircir et le nombre de livres restant va mieux se vendre (le nombre de lecteurs ne baisse pas et la mise en avant chez les libraires va se faire plus clairement). Un seul perdant : le diffuseur/distributeur qui perdra de l'argent (il en gagne sur le volume distribué, pas sur le volume vendu).
Un second perdant est l'éditeur, car beaucoup font de la « chasse au catalogue ». Certain ne veulent pas de titres de valeurs (contrairement à ce qui est écrit sur leur site), mais X parutions par an de façon à gonfler un catalogue, quitte à produire n'importe quoi (ce qui n'est pas difficile) en torchant le travail (beaucoup de titres sont aujourd'hui bourrés de fautes d'orthographe, de grammaire et avec un travail éditorial que pourrait effectuer un gamin de CP, y compris chez les mastodontes de l'édition, ce qui est de loin le plus scandaleux).
Enfin, si vous pensez une seule seconde que les éditeurs ne sont pas maîtres de leur choix éditoriaux, vous allez tomber de haut. Jeter un œil sur l'immensité de la production et vous verrez un conformisme absolu. L'éditeur indépendant, que ce soit sur le style ou sur les idées, est un être plus rare qu'un politicien honnête et désintéressé.
fbon
08/05/2021 à 07:44
Merci pour cet article, notre cher Nico. Juste un détail, au cas où ça ait été évoqué dans tes entretiens pour cet article : a-t-il été évoqué une limite péremption pour ces à-valoir dormants ?
Nico
08/05/2021 à 08:41
Salut François : il faudrait solliciter Sirinelli pour savoir ce qu'il en pense, mais 1/ je n'ai même pas pensé à cela (chammonmi) dans la rédaction du papier 2/ mes interlocuteurs non plus.
Mais ce que tu envisages représenterait une protection intelligente pour les deux parties – dans la perspective où cette notion d'avance serait maintenue. Ce qui ne me semble pas la meilleure des idées. Je regarde ce que je trouve.
Et sait-on jamais, le MCC a peut-être réfléchi à la chose ?
fbon
08/05/2021 à 08:50
merci d'avoir pris le temps de répondre, Nico, c'était juste au cas où ça eût été évoqué par les personnes que tu cites, notamment la juriste d'Assas... quand à MCC etc moins qu'on les voit mieux qu'on se porte ! le reste quand on aura de nouveau le droit de boire des demis...
Nico
08/05/2021 à 09:18
Je plussoie !
Faudrait approfondir avec des juristes qui ne sont pas ceux de Valois, mais j'ai trouvé cela :
https://www.quechoisir.org/decryptage-recouvrement-de-creances-le-delai-de-recouvrement-d-une-dette-issue-d-un-credit-n86283/
Qui pourrait certainement s'appliquer – mais à considérer que l'éditeur n'est plus banquier, mais prêteur (à quand les recéleurs, prêteurs sur gage et autres usuriers germanopratins ?), l'idée serait transposable.
Ici, c'est un consommateur, partie faible comme un auteur dans un contrat, mais juridiquement, les deux ne se valent pas.
Sinon, on se réfère à la prescription en matière de DA https://sgdl.org/phocadownload/Les_r%C3%A8gles_en_mati%C3%A8re_de_prescription_-_Fiche_pratique.pdf
Et on se rend compte que ce serait de 5 ans. Entre les deux, y'aurait de quoi trouver des arguments pour se défendre et contester. Le tout, une fois encore, serait de disposer des ressources pour ce faire !
fbon
08/05/2021 à 09:59
merci, précieux, et ça concerne certainement plus d'un zigue, je connais même quelques collègues dont ça a été l'activité principale, ce qui peut ne pas faciliter l'image de marque – le contrat d'édition suppose une date de remise, mais rien sur le remboursement de l'à-valoir, non remboursable selon tradition coutumière, mais c'est justement ce qui est mis en cause dans la valse des reventes de maison, ou des rachats de contrats... par exemple (je parle de 2000-2010, période forclose) de mon côté c'était une mensualisation sur un an, un an sur deux, pour une somme globale de 20K, ce qui représentait en gros 14K livres vendus (je répète : il y a 10 ans, période forclose, mais dans mon cas ça fonctionnait), on regagnait sur les trads, ventes poche ou club etc, ou par le fait que l'éditeur relançait le cycle d'à-valoir... jamais vu de clause temporelle sur remboursement à tel délai après date fixée de remise, cet article sur les prêts immobiliers pourrait appuyer la jurisprudence...
Michel Demeulenaere
08/05/2021 à 12:01
Je ne connais pas les usages de la majorité des éditeurs mais nos contrats prévoient que l'avance est définitivement acquise, que l'ouvrage soit publié ou non. Ce qui est normal si nous nous réservons le droit de ne pas publier un album qui ne correspondrait pas à nos attentes. Nous avons introduit la mensualisation depuis quelques années. Estimée sur les résultats des années précédentes pour les anciens collaborateurs, histoire de ne pas créer une dette ou une dépendance, ou comme un soutien au démarrage ou à la réorientation de leur travail pour d'autres. Globalement, j'estime que cette relation est favorable aux deux parties. Elle assure un confort de travail aux illustrateurs qui ne doivent plus courir la pige (ces fameuses avances non dépassées). Pour l'éditeur, elle nous motive à chercher les traductions et dérivés qui compenseront ces mensualités, elle fortifie aussi une collaboration à long terme.
CHRISTOPHE AUBERT
08/05/2021 à 08:47
Bonjour, vous notez dans une ligne que plus de 500 000 références de livres se vendent à moins de 100 exemplaires, il s'agit là de fond, car il n'y a à peu près que 65 000 nouveaux titres par an. Or les livres de fond, la plupart ont déjà connu auparavant l'année de leur parution, leur vente maximum, et donc dépassent largement cent exemplaires cette année là. Leurs amortissements furent alors assurés pour la plupart l'année de leur sortie.
Nicolas Gary - ActuaLitté
08/05/2021 à 08:59
Bonjour
Alors oui... et non. On peut se référer à l'étude GfK / SLF de 2019 sur le sujet
https://actualitte.com/article/12566/distribution/ventes-de-livres-la-rentree-litteraire-et-ses-prix-en-perte-de-vitesse
et cette autre présentation (toujours GfK) https://actualitte.com/article/10242/economie/france-ces-100-livres-qui-font-8-du-chiffre-d-affaires-des-editeurs
La distinction nouveauté/fonds n'est pas clairement effectuée (et déjà interrogé sur la question, le paneliste renâcle un peu à répondre avec précision).
Mais on le sent (voir le constate) côté éditeurs : les nouveautés se vendent moins pour un primo-auteur. J'abonde : on manque de données plus spécifiques...
Sylvie LATRILLE
08/05/2021 à 13:14
Ben oui, évidemment... Qui donc s'en étonne ? On vous paye un à-valoir pour un certain tirage, les livres sont mis en place dans les librairies, mais pas forcément vendus. Si vos droits d'auteur correspondant à la totalité des ventes sont inférieurs à votre à-valoir, vous devez de l'argent... CQFD. C'est le système qui est pourri. Publier pour publier pour jeter pour remplacer des livres par d'autrs livres qui eux aussi seront mis au pilon....
Mathias Lair
08/05/2021 à 21:47
Et que dire de la compensation inter-titres, qui permet à l'éditeur de regagner sur un titre ce qu'il a perdu sur l'autre, alors que les contrats sont distincts ?
LOL
10/05/2021 à 08:14
Légalement, la compensation inter-titre est interdite. Mais on n'avait jamais vu un procureur ou un inspecteur du travail saisir spontanément la justice pour faire cesser cette injustice...
Marco
10/05/2021 à 09:50
Pour info : certains éditeurs retiennent même les droits SOFIA qu'ils doivent reverser aux auteurs (quand ils ne les perçoivent pas directement de la SOFIA faute d'inscription) pour se rembourser des avances... ce qui est évidemment interdit. Un rappel en ce sens suffit en général a récupérer la somme. Sinon, il faut le signaler à la SOFIA.
L'auteur masqué
10/05/2021 à 13:05
Le plus simple est de s'inscrire à la Sofia, on reçoit directement ses chèques, pas d'autres intermédiaires. Et la Sofia prend en charge 50 % du montant des cotisations dû par les auteurs à l'IRCEC, la retraite complémentaire obligatoire.
L'auteur masqué
10/05/2021 à 13:07
Le plus simple est de stipuler dans le contrat que l'avance est acquise et ne peut être remboursée, vous pouvez le rajouter vous-même, ça fait partie des termes discutables quand on établit un contrat.
JL Blary
14/05/2021 à 17:58
J’ai touché des droits d’auteur chez Fleuve Noir, il y a bien longtemps. Par la suite, j’ai dirigé ma propre maison d’édition pendant 13 ans (plus de 100 titres publiés).
Dans les deux cas, les contrats prévoyaient noir sur blanc que les à-valoir versés n’étaient pas remboursables. Donc pas de litige possible.
Michel Demeulenaere
15/05/2021 à 09:41
Je ne peux que confirmer. La responsabilité des abus est partagée. Je ne compte plus les cas de livres que nous avons refusés à des auteurs auxquels nous proposons des conditions respectueuses ( simplement conformes aux situations expliquées ici ) et qui ont ‘donné’ leur ouvrage à des collègues bien moins scrupuleux. Démarche parfois accompagnée d’un petit chantage et généralement suivie de lamentations sur X qui ne verse même pas d’avance et encore moins de relevés. C’est vraiment désespérant pour l’éditeur qui s'efforce d'être correct.
Mon cher Nicolas, pourquoi ne pas envisager un article mettant en avant les bonnes pratiques, nous ne sommes pas tous des voyous :-)
Pire, il arrive que ces bouquins plus faibles détériorent l’image des auteurs en question et par effet boomerang les ventes de nos propres titres. Un auteur qui veut vivre de ce métier doit accepter d'être un peu stratégique, accepter qu’un texte n’est pas excellent, le retravailler ou simplement le laisser dans ses tiroirs. Nous sommes dans le même bateau et la surproduction n’est certainement pas la bonne réponse.