Bientôt quarante ans de joyeux enthousiasme. Le buzzers des parlementaires européens sont encore chauds de l’adoption de la directive sur le droit d’auteur. Strasbourg a vécu un moment historique, assurément : laissons à l’Histoire le soin de juger désormais. Nous saurons bien assez tôt quelles en seront les conséquences.
Le 29/03/2019 à 10:24 par Nicolas Gary
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29/03/2019 à 10:24
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Il était bien question de protection des œuvres, dans les débats des eurodéputés, de leur richesse — n’ayons pas peur des mots : de leur diversité. Dans le cas du livre, de la bibliodiversité. En cette année 2019, le président des éditeurs, l’avait souligné, l’industrie du livre aura à réfléchir « à l’épineuse question de la surproduction ».
Mais quel lien entre la directive droit d’auteur et l’abondance de biens — qui normalement ne nuit pas ? Simple : d’abord, Franck Riester avait déjà affirmé que la transposition dans le droit français s’effectuerait rapidement. Dès le 9 mai, les premiers textes surviendront pour adapter la législation. Ensuite, de nombreuses voix ont essayé de se faire entendre, pour rappeler que cette bataille aurait pour conséquence de nuire à la créativité. À la diversité.
Antoine Gallimard le soulignait : la dure loi de l’économie frappe l’industrie du livre, où règne un marché de l’offre. Le secteur décélère, et pour le PDG du groupe éponyme, cela « peut s’expliquer par cette profusion de l’offre, cette surchauffe du système ».
La France compta, à ce titre, parmi les premiers pays à ouvrir législativement les vannes à ce que la surproduction devienne un problème. On l’oublierait facilement, mais avec l’adoption de la loi Lang, promulguée le 10 août 1981, l’un des objectifs était « le soutien du pluralisme dans la création et l’édition en particulier pour les ouvrages difficiles ».
Et c’est également dans la Charte européenne des droits fondamentaux, adoptée le 7 décembre 2000, qu’une idée similaire se retrouve : la promotion de la diversité. Celle par laquelle l’offre culturelle peut enfin devenir abondante, dense… pour finir étouffante.
Mais comment définir la surproduction ? Toute approche qualitative prêterait le flanc à une levée légitime de boucliers : les goûts et les couleurs, pas toucher. Que reste-t-il alors, sinon une approche pragmatique ? La surproduction engloberait ces livres qui ne trouvent pas leur public — ce qui revient à adopter une vision économique. La réalité serait alors des plus dures à encaisser : parler de surproduction reviendrait à désigner ce qui ne se vend pas. Ouch.
D’ailleurs, notoire vérité, la production, c’est toujours les autres : aucun auteur n’accepterait d’être désigné comme l’une des composantes de la surproduction.
« Sous deux ans, on assistera à une diminution nette de la production de littérature générale en grand format », pronostiquait récemment un éditeur. « Et les premières victimes seront les auteurs, dont l’historique de ventes, après un ou deux romans, laissera les éditeurs dubitatifs… jusqu’à décider qu’ils préfèrent ne prendre aucun risque. »
Et pour cause, plusieurs dirigeants de maisons l’affirment : un auteur qui vend à 10.000 exemplaires n’a jamais eu autant de pouvoir sur la structure qui le publie. Preuve s’il en fallait de la chute bientôt vertigineuse que connaît la littérature générale. « On aboutira à une réduction optimisée de la prise de risques », poursuivait notre interlocuteur, « phénomène qui est déjà à l’œuvre ».
Quant aux nouveaux entrants, on les recrutera sur des critères de buzz réalisés — ou plus cyniquement, en traquant des autopubliés dont les ventes sont réellement et comptablement significatives. Et zou.
Avec la loi Lang, et son encouragement à la diversité, l’accès à la publication n’a jamais été aussi facilité. L’offre a augmenté considérablement : on comptait 20 252 nouveautés en 1990, contre 68 199 en 2018. Trois fois plus en trente ans (source SNE).
Évidemment, les livres qui se vendent moins souffrent de ce que plus de livres sont produits, fidèlement aux recommandations de la loi Lang. Une maison a moins de temps pour s’occuper correctement de 40 nouveautés, si elle n’en avait que 10, quelques années plus tôt. Sauf qu’entre 1990 et 2014, on est passé de 8440 ventes moyennes à 4291 par titre (source toujours SNE, sur la moyenne du marché global).
Un proche du sujet enfonce le clou : « Voici les deux chiffres qu’il faut sortir, les seuls qui comptent : de 20 à 70.000 et dans le même temps de 8000 à 4000. Toute notre maladie vient de là. Les gars, au lieu de défendre pied à pied tous leurs livres en lancent 30 dans la piscine et regardent qui nage et c’est à lui qu’ils lancent la bouée... »
S’il fallait abonder en offre pour entretenir le marché, nous sommes également entrés dans l’économie de l’attention – totalement incompatible avec les prérogatives de pluralisme, découlant de la loi Lang. Et pendant ce temps, les revenus de tout le secteur diminuent, les auteurs qui vendent peu se plaignent, on entend la demande de 10 % de droits d'auteurs poindre, mais en somme, remonter le niveau des ventes serait la priorité.
En l'état, 10 ou même 16 % de ventes en berne ne sauveront personne.
Comment et pourquoi en sommes-nous arrivés là ? Les raisons existent, les explications aussi. En attendant la transposition de la directive européenne, on n’a que l’embarras du choix pour pleurer dans les livres.
Crédits photo : Terco Paco "El Bandido", CC BY ND 2.0
Par Nicolas Gary
Contact : ng@actualitte.com
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Avec Éduquer contre l’exclusion et le harcèlement – Méthode et outils pédagogiques adaptés au programme EVAR, paru aux éditions Dangles, Chloé Ségneré s’adresse aux enfants de 4 à 7 ans, mais aussi aux adultes qui les accompagnent. Sa méthode Empatikids passe par les émotions, le respect des limites, le consentement ou encore la sécurité pour tenter d’agir avant que les situations d’exclusion ou de harcèlement ne s’installent.
01/09/2026, 17:32
Le 7 août 2026, ActuaLitté publiait l’article Comment la souffrance a forgé le jeune Artaud, version abrégée, sans photographies ni appareil de sources, de l'étude d'Ilios Chailly, Une géographie de la souffrance : les cures d’Antonin Artaud, de La Rouguière au Chanet, 1915-1919. Florence de Mèredieu, biographe d’Antonin Artaud, a réagi à cet article dans les commentaires. Quelques échanges ont suivi. Ilios Chailly propose ici une réponse plus développée, pour revenir point par point sur les questions soulevées.
01/09/2026, 17:05
Au XXe siècle, les écrivains français n’ont pas seulement lu Les Mille et Une Nuits : ils s’en sont emparés comme d’un modèle d’écriture. De la mémoire proustienne à l’ambition romanesque de Perec, en passant par le merveilleux surréaliste et la figure de Shéhérazade devenue symbole de résistance, ce recueil sans auteur ni fin a profondément travaillé l’imaginaire littéraire. Par Amel Aït-Hamouda.
31/08/2026, 17:44
Romancière, poétesse, psychanalyste et traductrice franco-suédoise, Kristina Ifwarson vient de cosigner avec l’éditeur Olivier Gallon la traduction d’un texte de Stig Dagerman inédit en français : Le Jour dernier. Parue de son vivant en 1952, cette pièce radiophonique est l’ultime œuvre de Stig Dagerman. Qu’est-ce qui fait la singularité de ce texte ? Pourquoi a-t-il été « oublié » jusqu’ici en Suède ? Et comment cette traduction pourrait-elle renouveler notre lecture de l’œuvre de Stig Dagerman ? Le point avec Kristina Ifwarson. Par Karim El Haddady.
31/08/2026, 17:11
Après l’avis négatif rendu sur la demande de label Librairie indépendante de référence déposée en 2026 par La Griffe Noire, les soutiens de la librairie interrogent désormais moins son indépendance que le fonctionnement même du dispositif.
31/08/2026, 14:00
Voilà des semaines et des mois, des années bientôt qu'elle trône au sommet des meilleures ventes, au point qu'on ne sache plus trop comment s'en dépatouiller... Un peu comme dans ses livres : Freida McFadden connaît la fin avant de commencer. Le retournement vient d’abord et le roman s’organise en fonction. Indices, fausses pistes, silences, informations données trop tôt pour être comprises : tout permet au lecteur de voir après coup ce qu’il n’avait pas vu venir. Mais comment ?
29/08/2026, 10:00
Après neuf mois de silence, Elsa donne enfin de ses nouvelles. Et il s’en est passé, des choses : une grossesse, une année cabossée, des bibliothèques à trier, une pile à lire toujours bien garnie et une tentative très sérieuse de remplacer le doomscrolling par 100 pages quotidiennes. Avec, au passage, trois lectures qu’elle avait laissées dormir beaucoup trop longtemps.
29/08/2026, 09:00
On a longtemps cru qu’un livre abandonné sur une table de librairie souffrait en silence. Erreur. Il regarde les autres partir. Le prix littéraire avec son lecteur pressé, la romance dans un tote bag, le polar sous le bras de quelqu’un qui assure « ne lire que du vrai ». Lui reste là, tranche vers le public, à feindre l’indifférence.
29/08/2026, 08:00
Le 5 mai 2026, jour de naissance de Karl Marx, Clémentine Mélois a dû mourir pour obtenir le droit de démissionner. À 18h16 exactement, au café L’Arrêt, anciennement L’Espérance, dans le VIIe arrondissement de Paris, l’écrivaine et plasticienne a retrouvé, selon sa propre formule, sa « liberté de manœuvre pour l’éternité ».
28/08/2026, 17:22
Pour sa 17e édition, Le Livre sur les quais cherche à renouveler ses formes sans perdre ce qui fait son identité. À Morges, Adélaïde Fabre défend un festival plus participatif, ouvert aux autres arts et aux nouveaux publics, mais toujours construit autour de la rencontre et de la transmission.
27/08/2026, 16:45
Douze tomes, 16.900 pages… Publié en intégralité par L’Âge d’Homme entre 1976 et 1994, le Journal intime d’Henri-Frédéric Amiel (1821-1881), aujourd’hui revendu fort cher sur le marché de l’occasion, demeure peu lu, du moins en intégralité. Agrégée, docteure ès lettres, Géraldine Sauquet a, en quelque sorte, débroussaillé l’épais maquis de ce texte total, récit intime de quatre décennies, histoire de la vie quelque peu terne d’un professeur genevois, extrêmement cultivé, séduisant physiquement, mais miné par une timidité et une aboulie pathologiques. Par Étienne Ruhaud.
26/08/2026, 18:22
Pensées pour être regardées sur un smartphone, les fictions verticales ne se cantonnent plus aux productions amateurs des réseaux sociaux. France Télévisions et Arte investissent désormais ce terrain, où la brièveté impose ses propres règles : installer une situation immédiatement, caractériser un personnage en quelques secondes, concentrer les dialogues et maintenir le récit sous tension. Une autre manière d’écrire la fiction ?
25/08/2026, 11:11
Marathons, bains glacés, yoga, sommeil surveillé, alimentation contrôlée : et si nos disciplines du corps avaient pris la place des anciens rituels ? Dans cette « Petite anthropologie du Dépassement », Salim Rzin observe comment la quête de performance, de purification et de maîtrise transforme le corps en refuge, en temple et en territoire moral, jusqu’à faire surgir la figure du « nano-démon », menace intérieure qu’il faudrait maintenir en sommeil.
25/08/2026, 09:09
Pourquoi le retour au travail suffit-il parfois à faire ressurgir stress, ruminations et boule au ventre, avant même d’avoir rouvert sa boîte mail ? Après les vacances, le changement de rythme, les contraintes et l’anticipation peuvent réactiver l’anxiété, sans forcément révéler un rejet de son métier. Dans L’Anxiété dédramatisée (Piktos Poche), Mélissa Manacorda propose de comprendre ces mécanismes et livre des pistes concrètes pour reprendre sans laisser l’angoisse occuper toute la place.
25/08/2026, 09:05
4 Commentaires
Ju
29/03/2019 à 11:58
"Assurément"
Eric Dubois
29/03/2019 à 20:07
Ce qui veut dire : moins de livres et plus de livres mainstream. Le Nivellement quoi.
koinsky
30/03/2019 à 10:23
Pourquoi forcément "mainstream" ? Prenons par exemple Gabriel Talent ou Denis Lehane, qu'est-ce qui fait d'eux aux yeux des éditeurs des écrivains "mainstream" sinon leur talent ?
koinsky
30/03/2019 à 07:02
Le talent est rare, par nature. La loi Lang est profuse, par culture.
La plupart de nos luttes en France semblent se mener entre ceux qui veulent que la nature continue de dicter sa loi d'airain aux êtres et d'orienter leurs destins, et ceux qui hissent la liberté sur un pied destale, lui conférant tous les droits.
Le talent est-il soluble, miscible, dans la culture ? Pas si sûr ... En respectant "naturellement" l'un et l'autre, l'écologie n'est-elle pas une solution face à la profusion éditoriale de notre système consumériste ? Une édition "écologique" (beaucoup moins de livres, de bien meilleurs livres) est-elle souhaitable ...