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Aurélien Bellanger : Walter Benjamin c’est moi (et le XXe siècle)  

Walter Benjamin ce grand méconnu. Aurélien Bellanger le prouve avec son roman au titre évocateur, Le vingtième siècle. Une pensée et des textes souvent posthumes, fragmentaires comme le dernier ouvrage de l’auteur du Grand Paris. L’écrivain radicalise ici son approche et taille dans les intrigues sentimentales pour se concentrer sur ce qui l’intéresse véritablement : quelle place pour une métaphysique au XXIe siècle ?

Le 07/03/2023 à 16:10 par Hocine Bouhadjera

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07/03/2023 à 16:10

Hocine Bouhadjera

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Qui s’est passionné chaque matin pour les chroniques d’Aurélien Bellanger sur France Culture ne manquera pas de pointer leur originalité dans la masse des billets quotidiens. L’auteur de Houellebecq écrivain romantique se proposait de raconter L’incroyable famille Kardashian en évoquant l’ombre d’un prunier et l’avant garde du muet.

Les auditeurs les plus au courant ajouteront que cette approche s’est imposée dans les deux dernières années du chroniqueur qui arrêta son activité en 2021. Ce roman explique la singularité du Bellanger final à la radio : ses billets étaient benjaminiens, et L’incroyable famille Kardashian, son drame baroque allemand, premier grand sujet d’étude de Walter Benjamin. Dans ce texte, il y présentait ses aspirations : faire de la philosophie par l'entremise de la pop culture.

L’obsession Benjamin

Dans ce roman où la philosophie tient le rôle principal, Aurélien Bellanger met en scène quatre personnages contemporains : une bibliothécaire, un architecte, un critique et un poète. Le dernier, membre de cette quaternité toute pré-chrétienne, offre une conférence à la BnF sur Walter Benjamin, avant de se donner la mort dans la bibliothèque. Les trois autres, qui ont assisté à l’événement, décident de mener l’enquête sur ce geste des plus mystérieux…

« J’ai diffracté ça en trois personnages benjaminiens qui me ressemblent à plein d’égards », confie Aurélien Bellanger. Si l’œuvre se distingue des romans de la rentrée d’août et de janvier, la forme rappelle une certaine Virginie Despentes : beaucoup de mails… Mais aussi des lettres, une note de la DGSI, ou des pastiches impressionnants de vérité, jusqu’à douter de leur nature à la lecture : « Tous les documents apocryphes sont inventés, mais à chaque fois correctement situés. La date est la bonne, l’interlocuteur également », confirme Aurélien Bellanger.

Pas de psychologisation à outrance, de prêter par trop d’intentions au philosophe, ni d’approche biographique « désespérante de factuel ». Pour la première fois dans les textes d’Aurélien Bellanger, aucun narrateur, mais du discours indirect libre : « Un moment, j’ai été saoulé, parce que j’écrivais des romans qui racontaient des vies entières, et de leur attribuer un semblant de vie sentimentale, sexuelle. Les gens me disaient : “les romans sont bien, mais ce serait encore mieux qu’il y ait plus de scène de sexe !” Alors que je trouvais ça hyper vulgaire. Je ne suis pas Michel Houellebecq, et dans le fond je m’en tape. Là je suis hyper content, car j’ai réussi à régler le problème. »

Un portrait subjectif

Son intérêt ne se borne pas en revanche aux seules dimensions intellectuelles du philosophe, mais également à la mise en scène, comme parler d’Hitler sans parler d’Hitler. Ou bien tirer les théories politiques de Walter Benjamin vers une sorte de para-complotisme…

Mais l’écrivain s’est tout de même imposé une exigence pour ce portrait subjectif, à l’instar de ses autres romans : « Ne rien apprendre forcément aux spécialistes du domaine, mais ne pas les faire hurler. Je pense que les benjaminiens n’ont aucune raison de hurler. Ce ne sont pas des gens qui hurlent en général (rires). » L’auteur dépeint un Benjamin peu soupçonné du grand public, qui pourra en connaître le prophète de la culture de masse et des industries culturelles, l’historien de la photographie, ou pour les plus au fait, son ouvrage, Paris capitale du XIXe siècle : « Des textes totalement intéressants, mais qui ne reflètent finalement qu’assez peu l’approche benjaminienne», développe l’auteur de La théorie de l’information.

Et de rappeler sa démarche intuitive des phénomènes, plus dans l’esthétique que dans l’essai : « C’est strictement un ouvrage qui raconte un romancier du début du XXIe siècle qui n’a pas du tout prévu de rencontrer l’œuvre d’un Benjamin. Celui-ci a surgi comme un diable de sa boîte, et envahit sa vie et ses préoccupations pendant trois ans. Et la seule façon de traiter ce problème qui m’obsédait, c’était d’en faire un livre. »

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Francesca Mantovani © Editions Gallimard.

Walter Benjamin, père des « studies »

Mais pourquoi Walter Benjamin ? « Je voulais raconter la vitrine à Berlin où ses livres sont exposés. Elle exprime toute sa mélancolie, avec aujourd’hui son buste, son portrait, ses quelques œuvres. Son texte, Sens unique, devait être un événement littéraire, et essentiellement à cause de sa mélancolie, ça ne se fera pas. Tout le roman s’est greffé sur cette ambition première. »

Le parcours singulier et tragique de Walter Benjamin, et à travers lui, une histoire de la première partie du XXe siècle : « Au départ, il y avait aussi l’idée de raconter des scènes cruciales de façon très distanciée. Les fêtes de la jeunesse allemande des années 1913, finalement avec du recul, assez proto-nazie avec ces flambeaux dans la nuit. Cette jeunesse sacrifiée dans la guerre à venir. Des visions à la Adalbert Stifter ancienne Allemagne, mettant en évidence un grand trucage en forme de spectacle. »

En définitive, Aurélien Bellanger a décidé de jouer sur deux temporalités, entre les années 2010 d’un côté, et de la jeunesse de Walter Benjamin à sa fin tragique.

Maintenant, pourquoi s’intéresser à Walter Benjamin aujourd’hui ? « Son héritage en ligne directe, car ça ne serait pas possible sans lui, ce sont les “studies” au sens large : gender, postcolonial… », explique Aurélien Bellanger, avant d’ajouter : « On pense que ça procède de Jacques Derrida et de la French theory d’abord, en réalité ça provient de Walter Benjamin et de l’École de Francfort ; et en vérité du marxisme d’abord. Prendre comme sujet d’étude des choses qui ne sont pas spécialement philosophiques. Benjamin est le premier à avoir eu cette approche, avec Theodor Adorno. » En résumé, l’idée selon laquelle « on ne peut pas vraiment comprendre la pensée des gens si on ne connaît pas leur mode de vie, leur environnement matériel ».

Tout serait faux, chez le penseur, sauf ses goûts en matière de décoration.

 

- Le vingtième siècle, d'Aurélien Bellanger

Sorte de dérivé de Nietzsche qui professait qu’on ne pouvait réellement saisir la pensée et le comportement d’une personne si on ne s’intéressait pas à sa physiologie. Cette approche nouvelle de Benjamin va donner, par itération successive, l’École de Francfort, qui travailla à une « théorie critique » du capitalisme. En résumé : la manière dont on est aliéné à notre environnement spirituel, culturel, « et comment les cultures minoritaires sont une façon de sortir de cet état de fait ».

Une intelligence brute

Après Wittgenstein, qui invente la philosophie analytique avec Bertrand Russell et Gottlob Frege, il ne reste que le « Linguistic turn », affirmant que le travail conceptuel de la philosophie ne peut à présent avoir lieu qu’à partir d’une analyse du langage. En clair, fini les grands concepts. Chez Benjamin, il y a cette approche linguistique, « parce qu’il y a une théorie géniale du langage, mais il se retourne, redécouvrant des objets dits pauvres, mais d’étude prodigieuse ».

Aujourd’hui, ce seront les séries par exemple, ou comme le faisait le critique cinéma Serge Daney dans les années 80 avec une publicité pour le papier toilette Lotus. Son analyse le faisant conclure, avec autant d’ironie qu’une surprenante vérité, qu’elle était le plus important film hollywoodien qu’on avait jamais vu. C'est l’idée que par la petite forme, on peut comprendre la grande. Par la grammaire dégradée de la publicité, on peut mieux saisir la haute grammaire du 7e art.

Walter Benjamin met au point sa méthode, « son tournant pop », dès l’un de ses premiers textes, Origine du drame baroque allemand, « qui est en vérité un objet d’érudition, mais la pop culture de l’époque », ajoute amusé l’auteur de Téléréalité.

Dans sa préface « épistémo-critique », il répond à Kant : « Un truc d’allemand fou, ou de fou tout court. Tout allait bien dans notre vie, on rentre en terminale, et il y a un type hyper intelligent qui nous dit : c’est fini la métaphysique, on fait de la science maintenant. Pour les adolescents orgueilleux que nous avons été, l’arrivée de Kant nous emmerde. Le défi, c’est de tuer Kant. » On découvre dans le roman d’Aurélien Bellanger que Walter Benjamin procède plus du grand esprit visionnaire que du génial logicien, comme on pourrait le penser avec un regard lointain.

Si quelqu’un peut libérer l’Allemagne et l’Europe de cette malédiction kantienne qui nous prive de l’accès direct aux sources médiévales — cette époque édénique où les philosophes parvenaient en pensée à rejoindre l’esprit de Dieu lui-même —, c’est bien lui.

- Le vingtième siècle, d'Aurélien Bellanger

Rester dans le respirable

Walter Benjamin s’inscrit dans ce tournant néo-kantien de l’Allemagne du début du XXe siècle, qui professe : « C’est impossible que la métaphysique, ce soit seulement l’épistémologie, une approche critique et logique des phénomènes. » Ils s’appuient sur l’ultime Kant de La critique de la faculté de juger où ce dernier dépasse la critique rationaliste de la métaphysique par l’esthétique. Cette préface de Benjamin, c’est 15 pages « complètement abruptes et d’une difficulté extrême », écrit à 27-28 ans à Capri, de réfutation de La critique de la raison pure de Kant : « C’est totalement sympathique comme projet. »

Walter Benjamin était formel sur un point : il ne faut jamais manquer de lucidité sur sa propre époque, mais y adhérer absolument, soit « ne jamais céder à la tentation facile d’être réac. Il faut toujours préférer l’horrible aujourd’hui au meilleur hier. En sachant que dans le présent, il y a quelque chose à changer. »

Aurélien Bellanger, qui s’est longtemps présenté comme un sceptique, a vu son approche des phénomènes être transformée par l’entremise de sa lecture de Walter Benjamin : « À la fac, à Rennes, j’arrivais de bonne humeur en cours. Ce sera sur Aristote, je suis hyper content, et au bout de 40 minutes, nausée. Je suis écœuré de cette métaphysique analytique. Je me disais, c’est génial mais je n’y crois pas. Benjamin m’a remis du bon côté. »

Comment ? Grâce justement à l’approche de l’Allemand : « Il n’y a rien de pire que de parler métaphysique avec quelqu’un qui est nul sur le sujet. En trois phrases, on arrive à Dieu, le Néant, l’Univers. C’est un fin rideau d’oxygène : c’est très facile à traverser, ou à regarder de loin et d’affirmer, ce n’est que ça. En réalité, elle est intéressante si on arrive à y voler. La colombe de la métaphysique ne peut pas voler dans le vide. Un bon métaphysicien comme Benjamin a retenu une leçon de Kant : il faut rester dans les endroits où c’est respirable. Il se fabrique des objets, très souvent culturels, des collections… C’est pour ça que mes chroniques à la radio étaient benjaminiennes. Sinon j’aurais fait des billlets relous, l’être et le non-être… »

Le discours esthétique

Et de continuer : « Se maintenir dans les couches basses de l’atmosphère, malgré ses ailes énormes, et d’empêcher de contempler le néant de la mélancolie tout en haut. Une chronique sur la RATP va moins me déprimer que si j’écris une thèse sur un truc trop général . » Le marxisme de Walter Benjamin s’approche du Marx des profondeurs : la matérialité n’y est pas qu’un gros paquet d’atomes, mais un type d’apparaître spécifique, historiquement daté, à retrouver grâce à la dialectique.

Chez le philosophe allemand, le sommet absolu du discours marxiste est dans le discours esthétique, car c’est par son entremise qu’on arriverait à apercevoir la réalité du monde ancien et nouveau. Dans son texte sur son enfance berlinoise, il raconte la présence d’une sorte d'horloge sur la cheminée de sa tante qui met en scène des petits mineurs qui creusent dans une mine : « Le grand récit de l’exploitation industrielle a fini par une décoration bourgeoise. C’est par le kitsch et l'esthétique qu’on peut comprendre les rapports de classe du Berlin 1900. »

Aurélien Bellanger développe : « En général, je trouve que le stade esthétique est le plus haut auquel on peut prétendre. Ce n’est pas du tout un échec, c’est au-delà de la pensée. Une idée proche des intuitions de Wittgenstein qui défendait que ce qu’on ne peut pas dire, on puisse encore le composer sous forme esthétique. »

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Carte de lecteur (1940) de Walter Benjamin pour la Bibliothèque nationale. Domaine public.

Une pensée de la révélation

La langue de Benjamin, selon le romancier, est aussi grisante par sa dimension littéraire qu’horriblement difficile pour tout un chacun : «Origine du drame baroque allemand est un texte tellement remarquablement compliqué que j’ai acheté la traduction anglaise. C’est raccord avec sa théorie de la traduction qui dit qu’un texte traduit et le texte original sont à équidistance d’un troisième qui est écrit dans la langue des anges, inaccessible. »

Aurélien Bellanger est formel : «S’il exprimait les choses autrement, ce serait irrecevable. S’il argumentait ce serait terrible. Il y a le côté, à 13 ans, il a vu la lumière. C’est vrai que les grands philosophes ont aperçu la lumière à 13 ans et toute leur vie, servira à remonter discursivement au niveau de cette espèce de vision et en même temps de la déconstruire, parce que Benjamin n’est pas dupe que sa vision est particulière à son milieu bourgeois. Et néanmoins il a eu une sorte de fidélité, non pas à un surnaturel, mais à une mystique. »

Dans le seul texte où son ami, spécialiste de mystique juive, Gershom Scholem est explicite sur le sujet : « La question de dieu ne se pose pas pour Benjamin, c’est une évidence. » Et Aurélien Bellanger de nuancer : « De ce que je sais, il n’y a pas d’occurrence du mot dieu dans l’œuvre de Benjamin. Ce n’est pas sa question. »

Un Walter Benjamin mystique donc ? « Un ouvrage qui est souvent cité, mais qui est compliqué, car très apocryphe, c’est l’histoire d’une amitié de Sholem, constitué de relevés de conversations. On ne sait pas si Benjamin l’a vraiment dit, et à quel point il était sérieux quand il l’a affirmé, mais il aurait confié à son ami : "il n’y aura pas de métaphysique sérieuse tant qu’elle ne sera pas capable de rendre compte des arts de la divination" ».

Un philosophe qui n'argumente pas

Il y a en tout cas un Benjamin ésotérique. Sa tante qui s’est suicidée l’a initié à la graphologie. Il a aussi été un passeur du surréalisme, et en recherche constante de conjonction des contraires : « Il avait bien senti pourtant, c’est son terme, que ce premier choix était la bonne réponse, mais il avait aussitôt visualisé, comme une vague qui le submergeait, une solution beaucoup plus vaste à mon problème. Et la solution attendue n’aurait été qu’une réponse partielle, fermée et un peu plate. »

En plus de procéder par fragments, et à base de connecteurs assez ésotériques, Walter Benjamin est un philosophe qui n’argumente pas, « ce qui est très déstabilisant », explique Aurélien Bellanger. Un trait qui allait jusqu’à agacer l’exigeant Theodor Adorno dans son exil américain, ayant besoin des subsides tirés par les articles de Benjamin, et qui l’admonestait : « Refais ton texte, on n’y comprend rien. »

L’auteur de La théorie de l’information développe : « Leader du mouvement étudiant dans les années 1913-14, Walter Benjamin avait un bagou philosophique et une aura incroyable. Gershom Scholem raconte qu’il fixait un point de la pièce et s’exprimait. Les gens tombaient sous le charme de cette intelligence brute, naïve, primitive. Il restera toute sa vie le même. Quand il basculera dans le marxisme via Bertold Brecht, et malgré d’excellents maîtres, il continuera à parler d’ailleurs ». Chez Benjamin, la Logique n’est pas la Raison.

C’était comme si Walter gardait pour lui les liens logiques entre ses différentes pensées. Comme s’il existait un langage propre au génie qui serait la négation du langage : de l’ordre de la coprésence des choses, d’une saisie simultanée et silencieuse de la réalité sous toutes ses faces. 

 

- Le vingtième siècle, d'Aurélien Bellanger

Dans les premières pages, Aurélien Bellanger met en scène l’oncle de Walter Benjamin, Wilhelm Stern, véritable inventeur du test de QI, le faisant passer à son neveu. Tout le monde reconnaît en lui le petit prodige dans sa manière d’interagir avec les gens et les choses, mais il échoue lamentablement à l’exercice dans la fictionnalisation de l’écrivain. « N’avait-il pas considéré la réponse la plus proche de la vérité, mais la plus éloignée d’elle — autant qu’il lui ait été possible de la voir luire faiblement, comme une constellation personnelle. Et cela, m’expliqua-t-il enfin, regardait moins l’intelligence que, à la manière justement d’un thème astral, notre véritable personnalité. Il en arriva enfin à cette conclusion que mon test relevait plus de l’art divinatoire que de la science expérimentale. »

Un abord très particulier des sujets qui lui ferme les portes de l’Université. Aurélien Bellanger commente : « Il avait quelque chose de trop compliqué qui m’émeut, car ça me rappelle, toute proportion gardée, mes difficultés en prépa à rendre de bonnes dissertations. C’est en général les élèves moyens qui font de bonnes dissertations. Les élèves un peu bons entrent dans de telles profondeurs de complexité, s’inventant des difficultés dès l’introduction. À la fin, exsangues, ils font une très belle introduction, et le reste, c’est une catastrophe. »

Un Socrate au XXe siècle

Un mode d’expression qui explique aussi sa forme fragmentaire : « J’évoque ce rapport au fragment dans une lettre envoyée à Karl Kraus. Les intelligences vraiment supérieures ont du mal à produire autre chose que des fragments, parce qu’elles sont l’influence de leur démon, au sens chrétien et grec du terme (le daïmon qui ralentit Socrate). » Et de citer des exemples : Wittgenstein, Nietzsche, Baudelaire, les romantiques allemands…

Pas de réussite académique, « norme de socialisation des génies », mais « une université privée», avec « une constellation d’intelligences autour de lui, pas vraiment un cercle de disciple, quelque chose de bizarre » : Brecht, Adorno, Sholem, Arendt… Mais surtout une œuvre de publiciste et de critique, dans la presse, les revues, et le TikTok de l’époque dans son caractère de nouveauté, la radio. Dès les années 20, il parle de Mickey Mouse.

Il existerait un outil tout terrain aux intelligences extrêmes que serait le roman avec sa grande mythologie du XXe siècle, de Proust à Musil, en passant par Joyce. Avec Walter Benjamin, ça ne fonctionne pas, nul roman dans son œuvre, mais il traduit Proust.

Un dernier aspect important de la personnalité de Walter Benjamin qui explique la forme de son œuvre, pour beaucoup posthume : son problème de mélancolie : « Il n’est pas assez structuré pour écrire des gros livres », développe Aurélien Bellanger. Tout son parcours révèle un trait caractéristique de vrai mélancolique : « À chaque fois, il va chercher l’obstacle. »

Astrologie et nazisme

Aurélien Bellanger s’appuierait-il sur la figure de Walter Benjamin, pour proposer une critique, en creux, du rationalisme ? « Le problème c’est que toute critique du rationalisme scientifique donne le nazisme», répond l’auteur, et même d’ajouter : « À mettre un peu d’astrologie, on finit aussi nazi. Il y a un continuum. Je vais être beaucoup plus radical que ça, car je pense que trop de naturalisme donne encore le nazisme. »

L’allemand renverse les perspectives, « au lieu d’expliquer de façon normale, houellebecquienne dans son côté premier degré du naturalisme, il développe que si le naturalisme est à ce point compatible avec une pensée bourgeoise, que même un révolutionnaire comme Auguste Blanqui y souscrit au bout du compte, ça veut dire qu’en dernière analyse, le naturalisme est faible. » En résumé, il fait un lien entre la science, ou plutôt le réductionnisme scientifique, et la société bourgeoise.

Les idées (au sens platonicien) ne sont pas le refuge du semblable, mais la synthèse des extrêmes.

 

- Le vingtième siècle, d'Aurélien Bellanger

L’auteur tempère néanmoins : « On imagine être dans une boutique ésotérique qui vend des bouquins sur la spiritualité quantique, ce n’est pas du tout ça chez Benjamin. »

Ça renvoie plutôt à un regard sur ce fameux « enfer bourgeois » : « Jeune, je me dis qu’il faut que j’écrive des livres, c’est mon destin de la moyenne bourgeoisie d’où je suis issu. Et un moment, je tombe en mélancolie à 20 ans, parce que je découvre que les ouvrages sont déjà écrits. C’est le sens de la première phrase du roman : “Le diable, je l’ai rencontré, c’est un bibliothécaire.” J’ai grandi dans cette forte mélancolie du paradigme bourgeois qui explique complètement le nihilisme d’un Houellebecq par exemple. Ce sont des gens qui souscrivent au naturalisme sage, et Walter Benjamin est une brèche. Je ne dis pas du tout comment elle est exploitable en revanche. »

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Francesca Mantovani © Editions Gallimard.

La monade

Si Aurélien Bellanger avait dû rendre une thèse sur Walter Benjamin, il aurait travaillé sur le philosophe allemand et Leibniz : « Il y a du bibliothécaire Leibniz chez Benjamin dans son approche encyclopédiste, comme plusieurs références à son concept de monade. Dans ses premiers écrits, avant d’y revenir dans ses derniers aphorismes ». La monade est l’unité métaphysique ultime, une sphère, qui est un reflet de la totalité.

Le concept rejoint l’idéal du critique au sens benjaminien. Aurélien Bellanger décrit : « Plus on creuse quelque chose, plus la globalité du monde nous est révélée, anamorphosée par cette chose. La monade est un universel particulier. C’est une invention métaphysique géniale, car très facile à imaginer : une sphère dans laquelle le monde se reflète. Plus on zoomerait dedans, plus il y aurait de morceaux du monde, et par inférence successive, on pourrait retrouver l’entièreté du monde. »

Le concept de monade repris par Walter Benjamin, « c’est le moment où se cristallise quelque chose dans un rapport entre le présent et le passé, soit la définition de ce que Benjamin définit comme le messianisme. Notre grandeur métaphysique et notre grande misère, c’est que le seul rapport à cette vérité que nous pouvons atteindre nous tombe sous la forme inanimée d’une image. L’unique manière qu’on a de rendre visible les instants où le temps se laisse traverser, sont des moments de pétrification. Cela ne se donne que mort, ce qui correspond assez bien à la photographie selon Benjamin. »

Il donnerait tout le roman réaliste français pour une seule page de Dickens décrivant un arbre de Noël et poussant le matérialisme de la description si loin qu’il le faisait basculer dans le monde du rêve. 

 

- Le vingtième siècle, d'Aurélien Bellanger

On l’aura compris, le Walter Benjamin d’Aurélien Bellanger n’est pas la caricature de l’intellectuel à la Adorno ou Horkheimer, ses camarades : « Sa philosophie est d’emblée littéraire. Je comprends que les gens reconstituent les arguments, la cohérence de la pensée de Benjamin, mais ce qui me plaît, c’est la force d’apparaître, sa singularité. » L’auteur fait un parallèle entre Benjamin et Socrate : pas d’œuvres écrites, aucun système à la Hegel ou Heidegger, deux philosophes de l’oralité, avec pour Benjamin une oralité du XXe siècle (correspondance, articles dans les journaux…), forcés au suicide tous les deux… 

Enfin, une idée de Theodor Adorno, mais qui vient de Benjamin : en dernier lieu, l’objet de la philosophie est de ramasser des paradoxes, trouver des énigmes, non pas les résoudre. Il n’y a pas d’au-delà de l’énigme : « Fabriquer des sphinx qui tiennent le coup ».

Ce serait un Adam tardif, un Adam dialectique : non pas celui qui nommerait les choses, mais qui nommerait les paradoxes. 

 

- Le vingtième siècle, d'Aurélien Bellanger

Le XXe siècle

Le suicide de Walter Benjamin renvoie à l’Histoire de l’Allemagne, de l’Europe, et plus généralement de la première partie du XXe siècle, marquée par ses deux guerres mondiales. Aurélien Bellanger voit dans ce siècle une borne particulière de l’Histoire de l’Occident et du Monde : « D’abord, c’est devenu une ressource. Si on est progressiste, on va soulever l’horreur de ce qui s’est déroulé, et si on ne l'est pas, le Prince y lira un répertoire élargi, bien cynique, pour diriger : famine de masse, génocides… »

L’auteur est formel : « On ne peut pas faire comme si ce n’était pas l’un des siècles les plus importants de l’Histoire de l’humanité. On a passé mille ans dans les ruines de l’Antiquité à réfléchir à ce qu’elle a été et je pense qu’on va passer mille ans à méditer sur ce qu’a été le XXe siècle. C’est un siècle d’allégorie. On peut en dégager un concept, dans l’idée d’un essai contestable de Philippe Muray, Le XIXe siècle à travers les âges. »

Il pousse la réflexion dans le livre « de manière volontairement provocatrice, mais si on est un théologien sérieux, il y a un moment où on se demande, pourquoi Dieu décide d’apparaître là. Ça nous oblige à considérer que l’Antiquité au Ier siècle est une étape singulière. C’est un point de vue un peu bizarre (rires). »

Et de continuer : « Ça va innerver toute la pensée occidentale, en tant que ressource jusqu’à Robespierre qui l’a fait revivre dans ces discours à la Chambre. Le continent s’en jugera inférieur jusqu’au retournement dans le concept de progrès. Le XXe siècle, avec cette marque d’infamie absolue qu’est la Shoah, est totalement dans une sorte d’économie mystique, comme inverse de l’apparition de Jésus. Jésus était juif et on va supprimer les juifs. Par cette empreinte, elle échappe aux siècles ordinaires. »

« Tiens tiens, c’est intéressant »

Il quittera bien en revanche l’Allemagne possédée en 1933 pour hanter la BnF en quête de son Livre des passages, constitué seulement de collage, inachevé. S’il se présente à un tas d’intellectuels, Georges Bataille, Marcel Jouhandeau, Emmanuel Berl…

L'hybridation ne va pas se faire « pour une raison simple » : « Les Français sont un peuple léger et méchant, loin du premier degré allemand. Benjamin, qui a l’air si aérien, angélique à Berlin, devient à Paris un type un peu obèse. Il traîne à la BnF et les gens se moquent de lui, parce que c’est un allemand qui parle un français ralenti, et qui dit toujours “tiens, tiens.” Son surnom c’est « tiens tiens, c’est intéressant. »

La sociabilité de Walter Benjamin est extrêmement intellectuelle, autour d’un petit cercle d’amis juifs assimilés de la moyenne bourgeoisie berlinoise. À Paris, il ne trouve pas sa place, car « pour l’exprimer bêtement, on ne peut pas être un bon intellectuel en France si on n’a pas des qualités mondaines, sauf quelques très rares exemples. La pensée ici est quelque chose de public. L’identité allemande est, plus provinciale, avec l’importance des Länder. » À quoi s’ajoute son statut d’exilé.

À LIRE : Patrick Grainville,"J’ai commencé par la peinture"

Cependant, Aurélien Bellanger ne souhaite pas que Walter Benjamin reste cantonné à son image de « pauvre juif allemand traqué par l’hitlérisme, qui se suicide, petit bossu maladroit qui a pas de chance ». Ce serait oublier son beau réseau d’amis, et la maîtrise de son champ. Mais de nuancer : « Je suis allé à Portbou, ville de la frontière espagnole où il s’est donné la mort en septembre 1940 à 48 ans, et j’ai été ému. Je ne suis pas complètement froid face à son décès. » Walter Benjamin refusera de quitter l’Europe, se sentant avant tout un intellectuel européen.

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Le cénotaphe de Walter Benjamin à Portbou. (CC BY-SA 3.0).

Crédits photo : Francesca Mantovani © Editions Gallimard

 
 

Par Hocine Bouhadjera
Contact : hb@actualitte.com

1 Commentaire

 

L' albatros.

08/03/2023 à 13:04

Passionnant.

Merci à vous pour ce bel article , ' au cœur du temps'.

Le vingtième siècle

Aurélien Bellanger

Paru le 05/01/2023

432 pages

Editions Gallimard

23,00 €

Rue à sens unique

Walter Benjamin trad. Anne Longuet Marx

Paru le 06/01/2023

126 pages

Editions Allia

7,50 €

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Walter Benjamin

Paru le 05/05/2015

64 pages

Editions Allia

6,20 €

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Walter Benjamin trad. Marion Maurin, Antonin Wiser

Paru le 01/03/2018

89 pages

Editions Allia

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Walter Benjamin trad. Olivier Mannoni

Paru le 20/09/2017

195 pages

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Sur la littérature

Walter Benjamin trad. Marianne Beauviche

Paru le 14/09/2022

182 pages

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Walter Benjamin

Gershom Scholem trad. Paul Kessler

Paru le 07/10/2022

373 pages

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15,50 €

Pour une critique de la violence

Walter Benjamin trad. Antonin Wiser

Paru le 07/03/2019

64 pages

Editions Allia

6,50 €

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Walter Benjamin trad. Lionel Duvoy

Paru le 18/10/2011

96 pages

Editions Allia

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Téléréalité

Aurélien Bellanger

Paru le 15/09/2022

270 pages

Editions Gallimard

8,60 €

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OPlibris-Dilicom : une boussole pour la facture électronique

La facture électronique ne changera pas seulement le format des documents comptables. Pour les maisons d’édition indépendantes, elle pose une question plus concrète : où circuleront, demain, les factures, les données clients, les informations fournisseurs, les statuts de paiement et les écritures qui, jusqu’ici, passaient souvent par un outil de gestion, un PDF, un mail et un cabinet comptable ?

09/07/2026, 10:26

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Avec l'iridologie, Coralie Imhoff entend ”porter un autre regard sur votre regard”

Coralie Imhoff a publié aux éditions Quintessence L’iridologie psycho-émotionnelle - Explorer le lien entre terrain, émotions et inconscient à travers l’iris. Elle y présente une lecture de l’iris qui ne se limite pas au terrain physiologique, mais prend aussi en compte les émotions, l’inconscient et certains éléments transgénérationnels. L’ouvrage s’adresse aux thérapeutes comme au grand public, avec une cartographie et des signes observables sans matériel spécifique.

07/07/2026, 11:54

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À Kinshasa, La Maison du Savoir réinvente la librairie francophone

À Kinshasa, La Maison du Savoir s’est imposée en quelques années comme l’un des acteurs majeurs du livre. Fondée par Raïssa Hakim, pharmacienne de formation devenue libraire par conviction, l’enseigne compte aujourd’hui trois points de vente et poursuit son développement avec l’ouverture prochaine d’une quatrième librairie. Loin des réseaux habituels, Raïssa Hakim avance vite et bien dans l’une des plus grandes villes d’Afrique, en portant une image moderne, vivante et ambitieuse de la librairie francophone. Propos recueillis par Agnès Debiage (ADCF Africa).

03/07/2026, 16:39

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Roxane Blondel, un yoga à hauteur de soi : "Le yoga doit pouvoir s’adapter à chacun"

Avec Le Yoga qui vous ressemble – Des pratiques simples et accessibles pour chaque moment de votre journée, publié aux éditions Grancher, Roxane Blondel défend une pratique souple, concrète et inclusive. Professeure de yoga, créatrice d’outils pédagogiques et ancienne pâtissière, elle propose un ouvrage à consulter selon ses besoins, pour faire du mouvement un véritable soutien au quotidien.

25/06/2026, 16:19

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IA et littérature : Hervé Le Tellier et Abel Quentin face à la grande dépossession

Face à l’intelligence artificielle générative, Hervé Le Tellier et Abel Quentin ne parlent pas seulement de littérature. L’un, venu des mathématiques et de l’Oulipo, interroge la disparition possible du geste d’écrire, le choc professionnel, psychologique et démocratique que provoquent les machines. L’autre cherche des lieux où préserver l’intelligence humaine, la lenteur, la joie et la confiance. 

20/06/2026, 11:22

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“La cage n’est pas simplement un ensemble de barreaux de fer”

Dans Naissances au zoo, Ashraf Al Ashmawi fait du zoo une métaphore de la condition humaine. Ancien juge, il explore justice, pouvoir et fragilité des êtres, sans réduire ses personnages à des archétypes. Lauréat du Sheikh Zayed Book Award 2026 dans la catégorie « Littérature » pour Naissances au zoo, il répond aux questions d’ActuaLitté.

19/06/2026, 11:05

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“Accompagner la lecture est une affaire collective” (Association des Bibliothécaires de France)

L'Association des Bibliothécaires de France a ouvert, ce mercredi 17 juin, son 71e congrès à Rennes, au sein du Couvent des Jacobins. L'organisation a choisi un thème fédérateur, l'hospitalité, qui rappelle que les établissements de lecture publique incarnent le premier équipement culturel de proximité, par ailleurs libre d'accès. Un statut qui n'empêche ni les remises en cause ni les réflexions... Le bureau national de l'ABF a abordé, pour ActuaLitté, une variété de sujets à l'occasion d'un entretien.

18/06/2026, 13:11

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“Des chemins de traverse” pour “donner de la joie” : le pari des éditions Poids Plume

Depuis le début de juin, les éditions Poids Plume ont confié leur diffusion et leur distribution à DG Diffusion. Fondée en 2022 à Morlanne, dans les Pyrénées-Atlantiques, par Gaëlle Perret, la maison indépendante entend renforcer sa présence en librairie. Stockage, suivi des ventes et logistique constituent les principaux leviers de ce passage à une diffusion nationale, sans dissocier développement commercial, illustration et transmission.

18/06/2026, 12:42

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Affaire Samuel Paty : “J'étais susceptible de reconnaître mes étudiants dans tous les jeunes accusés“

Dans Notes d’une enseignante sur le procès de l’assassinat de Samuel Paty publié aux éditions Maurice Nadeau, Eloïse Lièvre propose une approche incarnée et réflexive du procès des huit personnes accusées d’être impliquées dans l’assassinat de Samuel Paty qui s’est tenu à l’hiver 2024. Un livre qui mêle récit personnel, journal du procès, analyse intellectuelle et réflexion morale. Par Olivier Stroh.

17/06/2026, 18:24

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“Sans surmonter ces griefs historiques, aucun dialogue significatif ne peut s’épanouir”

Dans son essai, Zuhair Tawfiq explore la manière dont les stéréotypes se construisent entre Orient et Occident. À travers cette réflexion, il questionne le rôle de l’écrivain dans la déconstruction des idées reçues et des représentations de l’Autre. Lauréat du Sheikh Zayed Book Award 2026 dans la catégorie « Critique littéraire et artistique » pour Perceiving the World: Mutual Stereotypes Between the Self and the Other, il répond aux questions d’ActuaLitté.

16/06/2026, 10:53

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“Traduire un texte vieux de plusieurs siècles est un véritable défi”

L’œuvre de Nawal Nasrallah navigue sur de multiples aspects : le patrimoine culinaire d’Al-Andalus et du Maghreb, l’histoire matérielle, la traduction savante et les circulations méditerranéennes constituent autant d’atouts. Elle travaille sur l’histoire et la culture de la cuisine arabe à travers les siècles, avec un intérêt particulier pour les textes culinaires médiévaux. Lauréate du Sheikh Zayed Book Award 2026 catégorie Traduction, elle répond à ActuaLitté.

13/06/2026, 07:00

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“La librairie a besoin d'une aide urgente et massive” (Syndicat de la Librairie française)

Un certain sentiment d'urgence dominait les Rencontres nationales de la librairie, à Rennes, ces 7 et 8 juin. La situation économique des commerces indépendants est en effet préoccupante, d'autant plus que les perspectives ne sont pas engageantes et que l'action publique manque de moyens... Alexandra Charroin-Spangenberg, cogérante de la Librairie de Paris (Saint-Étienne) et présidente du Syndicat de la Librairie française, et Guillaume Husson, délégué général de l'organisation, reviennent pour ActuaLitté sur les sujets du moment.

10/06/2026, 14:53

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“La poésie arabe exprime des expériences humaines universelles”

Traducteur d’Adonis, Mahmoud Darwich et Ibn Arabi, Stefan Weidner fait dialoguer depuis Cologne les cultures arabe et européenne. Lauréat 2026 du Sheikh Zayed Book Award pour Der arabische Diwan, anthologie de poésie préislamique ouverte à des voix féminines rarement traduites, il revient sur son œuvre, sa lecture de la poésie arabe et les enjeux du dialogue entre les cultures. Dans cette interview, il répond à ActuaLitté.

10/06/2026, 10:48

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Affaire Grasset : Laure Darcos et Sylvie Robert avancent une “clause de confiance”

Elles forment un tandem sénatorial très actif sur les questions culturelles, et plus particulièrement les sujets relatifs au livre. Laure Darcos, sénatrice de l'Essonne (Les Indépendants - République et Territoires) et Sylvie Robert, sénatrice d'Ille-et-Vilaine (Socialiste, Écologiste et Républicain) et vice-présidente du Sénat, évoquent leur proposition de loi sur le contrat d'édition, la lutte contre la concentration du secteur, et dressent aussi un premier bilan du sort réservé à la culture sous les mandats d'Emmanuel Macron.

09/06/2026, 16:20

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“Rimbaud nous demande justement de repenser ce qu’est la modernité”

Avec son Découvrir Rimbaud aux Éditions sociales, Alix Stéphan relit le poète à travers l’histoire, la révolution et les lignes politiques de son œuvre. De l’opacité des textes aux héritages décoloniaux, du refus du travail aux rapports de domination, elle défend une lecture située de Rimbaud, attentive au contexte sans épuiser le mystère des poèmes. Propos recueillis par Vivian Petit.

09/06/2026, 12:28

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La Goutte créative : une maison indépendante mise sur le livre vivant

Fondée par Charlotte Cruz et Chilly Charly, La Goutte Créative rejoint le réseau de diffusion et de distribution de DG Diffusion. La jeune maison indépendante défend un catalogue à la croisée des sagesses du monde, de l’imaginaire, de la transmission et du développement personnel. Charlotte Cruz y voit surtout un moyen d’élargir la portée d’un projet éditorial fondé sur l’éthique, l’écologie et le lien direct avec les lecteurs.

08/06/2026, 17:01

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Richard Sebag et Patrick Aurignac, anciens du grand banditisme, se racontent

Deux anciens détenus témoignent qu’une autre vie reste possible, même après les foyers, les braquages, les centrales, les années de prison et les retours presque impossibles. Au festival Passeurs de Livres, à Alès, Richard Sebag et Patrick Aurignac présentent chacun un récit autobiographique : Quelques lumières sur le chemin pour le premier, Mes chemins de travers pour le second, tous deux publiés par la maison nîmoise Nombre7. Ils parlent sans fard de leurs parcours, de leurs erreurs, de la violence, mais aussi des mains tendues qui ont permis la sortie.

06/06/2026, 13:00

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Pompier volontaire, autrice, éditrice : l’incroyable trajectoire de Fanny Destenay

Il y a des parcours qui avancent par bifurcations successives, mais toujours dans la même direction. Chez Fanny Destenay, l’énergie frappe d’abord : ancienne professionnelle de l’hôtellerie, passée, entre autres, par les pompiers volontaires, puis par la politique, l’écriture, les réseaux sociaux, les livres jeunesse et désormais l’édition, elle donne l’impression de transformer chaque expérience en terrain d’action.

05/06/2026, 15:10

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“Les Grecs et les Romains nous apprennent l’esprit critique”

Marraine de la 5e édition de Passeurs de Livres, à Alès, Laure de Chantal y revient avec un attachement particulier. Normalienne, agrégée de lettres classiques, directrice de plusieurs collections aux Belles Lettres, autrice de nombreux ouvrages sur l’Antiquité, la mythologie et la langue française, elle voit dans ce festival un lieu où se rejoignent deux fidélités : les livres et les Cévennes.

04/06/2026, 18:11

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Passeurs de Livres : le pari des sciences humaines au cœur des Cévennes

Jeudi 4 juin au matin, avenue Carnot, le festival n’a pas encore ouvert officiellement au public. Les stands achèvent de se monter, certains exposants prennent leurs marques, l’équipe règle les derniers détails techniques - jusqu’à ce compteur de visiteurs qu’il faut encore retrouver pour suivre au plus juste la fréquentation du salon. Malgré l’effervescence des derniers préparatifs, Franck Belloir, directeur du festival Passeurs de Livres, a pris le temps de nous répondre.

04/06/2026, 16:30

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Darwin et les bas-bleus : entretien avec Françoise Lavocat

Paru en mai 2026 aux éditions Station Zapata, Darwin et les bas-bleus, de Françoise Lavocat, nous plonge dans le monde politique et littéraire de la première moitié du XIXe siècle.

02/06/2026, 15:44

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“Je ne regrette aucun message” : Tommaso Debenedetti, 15 ans à inventer la mort d'écrivains

Il affirme être Tommaso Debenedetti, faussaire médiatique passé des fausses interviews littéraires aux fausses annonces de décès d’écrivains. Dans cet entretien (réalisé par email), où l’identité même de l’interlocuteur impose une prudente réserve, il revendique ses canulars comme une enquête permanente sur la crédulité des médias, l’autorité des institutions et la puissance émotionnelle de la mort à l’ère des réseaux sociaux.

02/06/2026, 10:39

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Gilles Francescano veut “offrir au monde de l’imaginaire le plus beau des festivals”

Directeur artistique des Imaginales depuis quatre ans, et acteur de l'événement depuis toujours, Gilles Francescano dresse un premier bilan de cette édition consacrée au thème « Alter ego ». Entre affluence, chaleur exceptionnelle, place de l’autre, relation gémellaire, accessibilité et avenir du festival, il défend une ambition claire : faire des Imaginales un lieu de pensée libre, d’accueil et de circulation entre les auteurs, les publics et la ville.

01/06/2026, 16:07

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Uranium, spectres et totalitarisme : le roman tchèque qui secoue les Imaginales 

Aux Imaginales, la Tchèque Lenka Elbe présentait Uranova, son premier roman, publié en français aux Forges de Vulcain dans une traduction d’Eurydice Antolin. Un livre ambitieux, impressionnant, difficile à ranger dans une seule case : enquête, roman d’amour endeuillé, récit politique, horreur, fantastique, humour noir, mémoire familiale et histoire tchèque s’y contaminent sans cesse. Au centre, une ville réelle : Jáchymov.

31/05/2026, 18:45

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Christopher Bouix, coup de coeur 2026 : “La littérature doit mordre ou griffer”

Coup de cœur des Imaginales 2026, Christopher Bouix arrive à Épinal avec une œuvre déjà multiple : un triptyque d’anticipation sur l’intelligence artificielle et les futurs déshumanisés, un roman d’horreur où les enfants massacrent les adultes, un passé d’auteur jeunesse repéré par Netflix, mais aussi un détour plus ancien par l’Antiquité, les textes grecs et latins, Socrate, la démocratie et les sorcières. Rencontre avec un écrivain qui aime les livres noirs, drôles, mordants, et les questions que le futur pose au présent.

31/05/2026, 14:00

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François Richard : “Vivre est le seul vrai choix”

C’est une épiphanie littéraire. François Richard fait paraître aux éditions du Grand Souffle Division Eidola, le troisième tome de son cycle V I E, qui peut se lire indépendamment des deux précédents bien qu’il en tire les fils narratifs jusqu’au bout de la nuit. Une épiphanie dans laquelle l’auteur manifeste la réalité cachée comme fin de la quête de ses personnages. Exacerbation, comme une bombe à fragmentation, du précepte proustien dans Le Temps retrouvé : « La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c’est la littérature. » Par Olivier Stroh.

29/05/2026, 11:12

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“Un potager résilient, c’est être prêt à devenir autonome le jour où c’est nécessaire”

Après une carrière dans l’industrie du jeu vidéo, Didier Flipo a choisi le maraîchage bio, le sol vivant et la transmission. Avec Le Potager résilient, il propose bien plus qu’un guide de jardinage : une réflexion concrète sur l’autonomie, la résilience et notre rapport au vivant. Entre écologie pratique, production de semences, soin des sols et critique des faux conseils circulant en ligne, il défend une approche patiente, pédagogique et profondément ancrée dans le réel. Un entretien où le potager devient aussi une manière de penser le monde contemporain.

20/05/2026, 14:48

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Pour une édition de proximité : Le Cercle ouvert, publier moins pour mieux lire

Avec Le Cercle ouvert, Mathieu Larnaudie et Bertrand Py défendent une maison à la production resserrée, attentive aux auteurs, aux libraires et aux lecteurs. Adossée à Terre Neuve et donc au groupe Albin Michel, elle publiera ses premiers titres le 20 août 2026 autour d’une idée presque révolutionnaire : moins publier pour mieux accompagner les livres et refaire communauté, sans céder sur le catalogue.

19/05/2026, 17:29

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“Acheter un livre dans une librairie indépendante, c’est presque militant”

À Limoges, la librairie jeunesse Rêv’en Pages, ouverte depuis plus de quarante ans, est en redressement judiciaire. Confrontée à la hausse de ses charges et à la baisse du panier moyen, sa gérante, Rachel Faure-Lencroz, cherche à adapter son fonctionnement : changement de transporteur, projet de librairie mobile, développement de la romance, du young adult et de l’occasion.

 

19/05/2026, 12:13

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Xavier Coste : comment 1984 est devenu “le projet de [sa] vie”

À Palaiseau, les planches de Xavier Coste autour de 1984 et du Journal de 1985 dévoilent les coulisses d’une obsession graphique née à l’adolescence. Dans le cadre du salon Dimension, croquis, originaux et reproductions éclairent la construction d’un univers dystopique où l’adaptation devient affaire d’émotion, de fidélité intérieure et de vision.

 

18/05/2026, 17:15

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Murielle Compère-Demarcy : Artaud, le feu du langage

Originaire de Compiègne, très active dans le milieu littéraire, Murielle Compère-Demarcy, qui signe parfois MCDem, dirige depuis 2022 la collection « Présences d’écriture » aux éditions Douro, et rédige de nombreuses chroniques pour diverses revues. Auteure d’une vingtaine de livres, Murielle Compère-Demarcy semble, entre autres, très marquée par Antonin Artaud, auquel elle consacre Alchimiste du soleil pulvérisé en 2019, recueil publié chez Z4. Par Étienne Ruhaud.

18/05/2026, 10:30

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Palaiseau : comment le salon Dimension veut réconcilier science et littérature

Grégory Hermant, responsable du service événementiel de la ville de Palaiseau, revient sur la troisième édition de Dimension, salon du livre consacré aux liens entre science, science-fiction et vulgarisation. Un rendez-vous encore jeune, mais déjà identifié par son public, ses auteurs et ses partenaires.

13/05/2026, 17:01

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“Il y a des possibilités pour les femmes de vivre beaucoup mieux”

Dans Digitopuncture et santé féminine, Jacques Staehle condense plus de soixante ans de pratique des médecines naturelles. À partir de son parcours personnel et des questions reçues en séminaire, il propose une approche accessible de la digitopuncture appliquée aux troubles féminins, entre gestes précis, équilibre énergétique et transmission d’expérience. À bientôt 95 ans, l’acupuncteur et naturopathe affiche une énergie et une vitalité qui donnent, au minimum, envie d’écouter ce qu’il a à dire.

13/05/2026, 13:38

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Angeline Delcroix : victimes ou coupables, “la frontière est très difficile à déterminer”

Angelina Delcroix ouvre les portes de sa Fabrique du Mal, où l'on entre par la violence, mais refuse d’y installer le lecteur pour le seul choc. À paraître ce 13 mai, la romancière nous immerge dans son univers, entre réalisme glacé et espoirs d'une vie meilleure.

11/05/2026, 10:43

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Estelle Derouen :“ Un livre n’est pas seulement un objet culturel”

Le phénomène Estelle Derouen est avant tout un phénomène de société. Sur Instagram a imposé une présence singulière. Ni critique institutionnelle ni simple prescriptrice numérique, elle occupe une place à part, quelque part entre la lectrice passionnée, la passeuse intraitable et la créatrice de contenu qui refuse de laisser les livres se dissoudre dans le grand marché des recommandations interchangeables.

08/05/2026, 14:12

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La lecture, une gourmandise : des recettes d'enfants pour donner envie de lire

Cet été, je lis ! : entre l’assertion et la promesse faite à soi-même, le ministère de l’Éducation nationale annonce la couleur de sa campagne estivale. Ce 10 juillet, à la Fnac des Ternes, une vingtaine d’élèves, du CM1 à la 6e, ont mis leur imagination aux fourneaux avec l’autrice Aurélie Gerlach. Au menu : inventer un gâteau magique, choisir ses pouvoirs et dresser la liste de ses ingrédients. Os humains compris.

10/07/2026, 15:16

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La Mer Salée, une maison d'édition “aujourd’hui détenue par ses lectrices et lecteurs”

Le secteur du livre, en France, connaît un fort repli économique, provoqué par une baisse générale des ventes de livres et une concentration des achats sur un nombre restreint de titres. Les structures indépendantes, librairies ou maisons d'édition, sont particulièrement vulnérables, si bien que de nouvelles organisations émergent. Sandrine et Yannick Roudaut, co-fondateur.es des Éditions La Mer Salée ont ainsi fait le choix de la structure coopérative, bien commun des lecteurs et lectrices. Ils s'en expliquent dans un texte reproduit ci-dessous en intégralité.

10/07/2026, 10:58

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“Le pilon, si redouté des auteurs, a-t-il un cœur ?”

En juin dernier, François Belley s’inquiétait de ce que les autrices et auteurs modernes entretiennent leur bronzage à grand renfort de selfies : se montrer ou disparaître, cruel avenir. Ou pas. Tout dépend des tempéraments, certainement. L’écrivain pirate marque une pause, pour mieux observer les ravages de l'industrie, sur ses propres ouvrages... Dans la tête du bourreau des livres, ou les états d’âme du pilon.

06/07/2026, 17:28

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Maison des histoires : jouer dans les albums jeunesse

Ouverte le 9 juillet 2025, la seconde Maison des histoires de L’école des loisirs déploie, au 7 cité de la Roquette, douze univers d’albums jeunesse sur deux niveaux. Un musée à jouer où les enfants peuvent courir, grimper, lire, bricoler et, accessoirement, rappeler aux parents pourquoi les bibliothèques municipales ont inventé le chuchotement.

06/07/2026, 17:19

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Facture électronique : l’édition indépendante ne peut pas laisser filer ses flux

À deux mois de l’obligation de réception des factures électroniques, OPlibris et Dilicom défendent un choix d’organisation : intégrer la réforme aux outils des maisons, plutôt que de les laisser dépendre d’un portail extérieur.

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Quand le cloud fait de l'ombre : qui héberge désormais la mémoire culturelle ?

Où vivent vraiment les livres numériques . La Commission européenne estime, à titre préliminaire, que les services cloud AWS et Azure devraient relever du régime renforcé des « contrôleurs d’accès » du Digital Mrkets Act. Le dossier dépasse la concurrence : qui héberge les catalogues, les archives, les liseuses et les usages de lecture ? Voici une sélection de huit ouvrages qui ramènent le cloud à ses serveurs, ses contrats et ses sorties de secours.

 

25/06/2026, 12:56

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Michaël Ferrier, l’écrivain aux semelles de corail

PORTRAIT - Les carnets de voyage de Michaël Ferrier publiés mensuellement dans La Revue des deux mondes se lisent comme  autrefois lorsqu’on s’attachait à un feuilleton littéraire : par épisodes, par haltes, par reprises, avec ce plaisir particulier de retrouver une voix, un rythme, une manière d’entrer dans le monde. De l’Inde à la Guyane, de Pondichéry à Cayenne, il réactive la revue comme lieu d’apparition progressive de la littérature, celle du récit qui avance par fragments, celle de l’aventure donnée non d’un bloc, mais comme une suite précise et vivante.

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Même marché, mêmes règles : ce que la fast fashion explique au livre

En dénonçant le risque d’une loi fast fashion appliquée d’abord aux entreprises françaises, la Fevad soulève une question que l’édition connaît bien : comment réguler les pratiques des grandes plateformes sans faire peser l’essentiel des contraintes sur les acteurs les plus faciles à contrôler ? Dans le livre aussi, la vitesse de production, la rotation des références et la captation de la visibilité déplacent le risque vers les créateurs et les libraires.

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Le webtoon français : une filière en quête de reconnaissance

Protoon, première association professionnelle dédiée au webtoon en France, veut donner une voix collective à une filière encore fragile, mais déjà riche de créateurs, de studios, de plateformes et de lecteurs. Entre succès d’audience, dépendance aux plateformes, précarité des auteurs, manque de données et de reconnaissance institutionnelle, et besoin de formation, récit d'un secteur qui cherche à sortir de l’angle mort pour devenir une véritable industrie culturelle.

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L'urgence de redéfinir “la notion de projet commercial et culturel en librairie”

Librairies : quel avenir au-delà de l’urgence économique ? En trois volets, Évelyne Darmanin, formatrice aux métiers du livre, examine les conditions d’un renouveau. Après la fragilisation économique du secteur, cette série interroge la valeur du conseil, la librairie comme lieu de débat et le projet culturel susceptible de donner sens à l’entreprise. Premier épisode : faire de la relation avec le lecteur une force visible.

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Les librairies, “commerces, d'accord, mais de proximité, de confiance et de relation”

Librairies : quel avenir au-delà de l’urgence économique ? Évelyne Darmanin, auteure de cet article, est sociologue de formation. Elle nous propose une série de trois articles, qui questionnent et interrogent. Alors que les librairies souffrent dans un environnement trop calme, la notion de projet d’entreprise serait plus que jamais nécessaire. Ce premier volet défend une idée simple : la librairie ne se réduit pas à la vente d’un produit dont le prix échappe au libraire. Non, non...

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Librairies : “Il est grand temps de rallumer les consciences”

Librairies : quel avenir au-delà de l’urgence économique ? En trois volets, Évelyne Darmanin, formatrice aux métiers du livre, examine les conditions d’un renouveau. Le premier texte plaçait le conseil et la relation avec le lecteur au cœur de la valeur du métier. Le deuxième défendait la librairie comme espace de dialogue, de circulation des idées et de débat. Ce dernier volet interroge le projet d’entreprise capable d’articuler activité commerciale, transmission professionnelle, ambition culturelle et exigence démocratique.

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Lors des festivités de la Saint-Jean, à Mont-Saint-Aignan, un grand livre en bois a été brûlé pour célébrer les 60 ans de l’Université de Rouen. ActuaLitté donne la parole à plusieurs universitaires, chercheurs et intellectuels, qui s’interrogent sur la portée symbolique d’un tel geste : peut-on célébrer le savoir en mettant en scène la destruction de l’un de ses symboles les plus forts ?

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La canicule à son clim’axe : quand les climatiseurs volent la vedette

Une climatisation défaillante peut transformer un bureau d’espions en plage artificielle. Elle peut aussi obséder un conducteur, accompagner une solitude californienne, dérégler une tour de béton ou servir de voie d’accès à une prise d’otages. Dans les romans, l’air conditionné a sa mécanique, son humeur et parfois son sens du spectacle.

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Au cœur des villages, le salon des écrivains nomades rassemble lecteurs et livres

Depuis cinq ans, le Salon du livre Nomade se déplace de commune en commune en Gironde, avec une idée claire : aller à la rencontre des lecteurs là où ils vivent. Porté par le cercle des Écrivaines de la Table Ronde, il défend une littérature plurielle, des premières publications aux auteurs déjà installés, et fait de la rencontre un geste culturel à part entière.

21/06/2026, 10:55

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Les Éditions au Pluriel : la maison indépendante qui défend une littérature humaine et engagée

Dans le paysage de l’édition indépendante française et à travers ces différentes collections, les Éditions au Pluriel construisent un catalogue singulier Romans, essais, imaginaire, beaux livres ou récits de voyage. C’est un ensemble cohérent, animé par une même exigence : défendre des textes incarnés, accessibles et profondément humains.

19/06/2026, 17:57

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Le livre d’occasion, l’économie circulaire d’une filière linéaire

Dix années de commerce de seconde main, le Label Emmaus invitait à fêter son anniversaire à l'Académie du Climat, ce 18 juin. Un appel, finalement, pour comprendre ce qu’est le réemploie, qui le porte : « 10 ans d’engagement, d’innovation sociale et de coopération au service d’une économie plus juste et circulaire », explique l’organisme. Avec un volet consacré au livre d’occasion – toujours objet de fantasmes…

19/06/2026, 16:36

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Un label pour l’édition indépendante : “Quitte à le faire seul, faisons-le joyeusement”

Alors que Grasset sombre dans l’idéologie, que le mouvement de protestation contre l’instrumentalisation de grandes maisons d’édition au service d’une radicalisation politique et sociale voit le jour, il est grand temps de rendre nos indépendances plus visibles. Je crois en cette urgence, en cette nécessité d’afficher notre fierté (une notion peu mobilisée dans le secteur éditorial) d’être indé. Par Étienne Galliand, éditeur.

19/06/2026, 10:44

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Intelligence artificielle en librairie : le risque de déposséder un métier

Aux Rencontres nationales de la librairie 2026, l’intelligence artificielle s’était invitée dans un double débat : celui de la création, du droit d’auteur et des œuvres, et celui, plus concret, des usages professionnels en librairie. Entre vigilance éthique et outils d’aide au pilotage, l’enjeu consiste à distinguer la menace du remplacement de la promesse d’une assistance pensée au service du métier. Jean-Charles Caplier, directeur commercial chez Dilisco, dépassionne le débat.

17/06/2026, 13:10

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Quand Gaston Bachelard nous aide à comprendre notre obsession pour l’IA

L’intelligence artificielle est généralement présentée comme une révolution technologique. On la décrit comme un ensemble d’algorithmes, de modèles statistiques ou d’infrastructures informatiques. Pourtant, cette définition technique ne suffit pas à expliquer l’intensité des passions qu’elle suscite. Par Bertrand Jouvenot.

17/06/2026, 12:52

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Climat : pourquoi “la lassitude peut vite devenir indifférence”

L’information climatique circule davantage, alerte plus souvent et documente mieux l’ampleur du dérèglement en cours. Pourtant, l’accumulation des faits déclenche parfois l’angoisse, la lassitude ou le repli, au lieu de nourrir l’action. Pour dépasser cette impasse, le monde du livre dispose d’un rôle singulier : faire entendre d’autres récits, d’autres voix, et transformer la prise de conscience en mouvement collectif. Fanny Audibert publie chez Oxus Sortir du déni climatique, entrer en action.

15/06/2026, 13:03

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La librairie indépendante peut-elle rester indépendante si son modèle s’épuise ?

ANALYSE – La question de l’indépendance des commerces du livre se déplace. Au-delà du statut juridique ou du choix éditorial, elle engage désormais la viabilité économique, la fatigue des équipes, l’écologie du livre et les conditions concrètes d’un métier sous tension. Jean-Charles Caplier, directeur commercial chez Dilisco, aborde le sujet frontalement.

15/06/2026, 12:30

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Rentrée littéraire 2026 : les grandes tendances des romans français et étrangers

La grande fête annuelle de la librairie démarrera fin août comme chaque année, avec son lot de romans, les premiers, les francophones, les traductions. Si 277 romans de cette rentrée ont été utilisés pour amorcer la tendance 2026, aucun n'a été blessé (certains furent blessants...). Et s'impose d'emblée un constat : la littérature prend le présent à bras-le-corps, sans distance ni précaution.

15/06/2026, 11:28

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De DSK à Patrick Bruel : violences sexuelles et impunité des puissants

Dans cette tribune, l’essayiste Nasser interroge, à partir de l’affaire Patrick Bruel et d’autres figures publiques mises en cause, la tension entre parole des victimes, présomption d’innocence, prescription judiciaire et responsabilités médiatiques. Un texte d’opinion, polémique et engagé, sur l’impunité supposée des puissants face aux violences sexuelles.

13/06/2026, 08:33

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“Lancer un livre, c’est créer un moment ; l'installer, c’est construire une durée”

ANALYSE – Surproduction, encore et toujours, l'éternelle problématique de l'industrie du livre. Trop de livres, peut-être, probablement – assurément ? Ou bien, pas assez de temps pour que chaque ouvrage vive sa vie dans les points de vente ? Jean-Charles Caplier, directeur commercial chez Dilisco, propose une autre lecture.

13/06/2026, 06:00

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Affaire Lyhanna : du silence des adultes aux mots de Darmanin

Après la mort de Lyhanna, 11 ans, à Fleurance, Gérald Darmanin a reconnu une défaillance de l’institution judiciaire et demandé le réexamen de milliers de plaintes concernant des mineurs. Face à l’émotion nationale, plusieurs livres rappellent ce que la langue politique nomme mal : la durée du trauma, l’emprise, le silence des adultes et la place trop vite retirée aux victimes.

12/06/2026, 12:59

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Hachette au Sénat : Jean-Yves Mollier dénonce une ombre vieille de 80 ans

Entre les combats parlementaires autour de la loi Bichet, en 1947, et le récent rejet au Sénat, d’un amendement visant à renforcer le lien de confiance entre auteurs et éditeurs, l'historien Jean-Yves Mollier établit un fameux parallèle. Dans une tribune communiquée à ActuaLitté, il y voit la persistance d’une influence d’Hachette sur la fabrique de la loi, et interroge les effets démocratiques de la concentration éditoriale et médiatique.

12/06/2026, 11:51

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Avec AI Overviews, Google régurgitera du conseil pour choisir vos lectures (à votre place)

Avec l'arrivée prochaine des AI Overviews, Google ne se contente plus de classer le web : il répond à sa place. Pour le livre, l’enjeu dépasse le référencement : critiques, libraires, bibliothèques et blogs nourriront une synthèse qui garde le lecteur captif, sans clic ni détour. Une promesse de confort, donc, mais aussi une confiscation très méthodique de la médiation littéraire. On se poserait presque des questions.

12/06/2026, 06:00

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“Se montrer ou disparaître !” : quand l’hyper-visibilité tue l’imaginaire

Jadis, l’écrivain hantait les cafés, les chambres closes et les marges de ses manuscrits. Le voici sommé d’occuper aussi les stories, les plateaux, les selfies et les vignettes promotionnelles. Dans un monde où l’absence frôle la faute professionnelle, l'écrivain-pirate François Belley interroge la dernière provocation possible pour un auteur : garder le silence, cultiver l’ombre et laisser l’œuvre parler avant le visage. Ou comment arrêter de bronzer avec son iPhone.

11/06/2026, 12:07

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“La loi Lang ne suffit plus : il est temps de se structurer”

Restructurer et innover dans la filière. Face à la financiarisation de l’édition, à l’affaiblissement des soutiens publics et aux bouleversements technologiques, l’édition indépendante cherche désormais moins à survivre seule qu’à se structurer collectivement. Entre la FEDEI et OPlibris, une même ambition se dessine : défendre la matérialité du livre, sans renoncer à penser les outils de demain.

09/06/2026, 16:16

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Mineurs, nudité, algorithmes : Apple et Google sommés de protéger l'enfance

Lors de la London Tech Week, le Premier ministre du Royaume-Uni a sommé les entreprises technologiques de bloquer, sur les appareils utilisés par des mineurs, l’envoi et la réception d’images sexuellement explicites. Derrière l’urgence de protection, les livres déplacent le débat : consentement, honte, cyberviolence, économie de l’image, surveillance et responsabilité des adultes.

08/06/2026, 14:36

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Une taxe pour aider l'édition : le blanc-sain très sélectif du SNE

Le Syndicat national de l’édition n’a rien contre les prélèvements. Il a simplement ses pudeurs. Quand l’argent remonte vers les auteurs et les éditeurs, le vocabulaire se fait noble : rémunération, compensation, gestion collective, partage de la valeur. Quand il risque de redescendre vers les librairies indépendantes, les éditeurs fragiles ou les auteurs, le ton change. Le même geste devient un « réflexe » qui ne serait « pas forcément sain ». Mais alors, à quel sain se vouer ?

08/06/2026, 12:28

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“Paris, place forte du commerce des droits internationaux”

Quatre ans après son lancement, le Paris Book Market s’impose comme un rendez-vous majeur du commerce international des droits. Pierre Astier et Laure Pécher saluent ce succès dans un texte adressé à ActuaLitté... Tout en appelant à ouvrir plus largement l’événement aux agents, scouts et professionnels étrangers qui gravitent déjà autour de la place parisienne.

08/06/2026, 11:47

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Hiro Mashima à l’honneur : Amiens célèbre les 20 ans de Fairy Tail

Un arbre suspendu au-dessus d’un îlot rocheux, la guilde de Fairy Tail reconstituée à taille réelle, des fac-similés de planches et des croquis de travail : aux Rendez-vous de la BD d’Amiens, l’exposition Fairy Tail, une épopée draconique propose une traversée de l’univers créé par Hiro Mashima. Un parcours qui s’intéresse autant à l’imaginaire de la série qu’à sa fabrication.

 

07/06/2026, 19:26