Stéphane Bern : “Je me ferai toujours le défenseur des bibliothèques ”

Nicolas Gary - 21.09.2020

Interview - Stéphane Bern bibliothèques - églises ruines chantier - patrimoine culture France


Il n’est pas homme à polémiques, pas plus que politicien. Mais attaqué sur « une regrettable maladresse », Stéphane Bern sort de sa réserve. « Je me ferai toujours le défenseur des bibliothèques », indique-t-il à ActuaLitté. Qu’on se le tienne pour dit.


Stéphane Bern

 

« J’ai passé ma vie à la BNF rue Vivienne et rue Richelieu. J’y ai conçu mes premiers livres historiques. La salle de lecture y est magnifique et inspirante », se souvient l’animateur et journaliste. Mais voilà : invité de l’émission C à vous, il réagit aux propos de l’écrivain Philippe Besson. « Quand je l’ai entendu, j’ai ressenti beaucoup d’étonnement et un peu de colère : jamais je n’ai eu la volonté d’opposer le patrimoine ancien à celui du XXe siècle. Pas plus que de ne minimiser l’incidence des bibliothèques sur la vie des citoyens. »


Cette malheureuse contradiction intervient quand Besson — à qui l’on doit un roman sur la campagne d’Emmanuel Macron et qui manqua un poste de consul à Los Angeles… – dénonce la politique culturelle menée. Il considérait qu’en abondant des fonds pour le patrimoine, « on regarde davantage vers le passé que vers l’avenir ».

 

Vieilles pierres et BnF en rollers


Stéphane Bern s’agace à l’idée que l’on accorderait plus de place au patrimoine. Joint par téléphone, il reprend : « C’est la première fois depuis François Mitterrand et Jack Lang que l’on conçoit un tel plan de relance pour le patrimoine. C’est faux, archifaux, de dire qu'encore une fois il n’y en aurait que pour “les vieilles pierres”. »


Et d’ajouter : « En revanche, quand j’entends que le parvis de la BNF sert à faire des sorties en famille pour faire du patin à roulettes, ça me rend dingue. Le malentendu vient de là : alors que je suis celui qui tente de réconcilier les deux mondes, je me sens pris comme un lapin devant les phares d’une voiture. »


Le parvis s’y prête, en effet, mais imaginer que les lieux servent avant tout à cela… « La vérité, triste, est que ceux qui critiquent les efforts faits pour le patrimoine ne sont pas ceux qui défendent la culture populaire et qui plait aux gens. Ces donneurs de leçons m’exaspèrent. »

 

Une dette reconnue et admise


On peut s’interroger sur la pertinence qui consiste à interroger un ancien soutien public du président Macron — et plus encore, l’entendre dézinguer la politique culturelle menée. « Venir critiquer la politique culturelle, dire qu'elle est médiocre, c’est très fort de café ! »


Mais pour l’animateur radio, « c’est surtout un sentiment d’injustice. Les bibliothèques m’ont permis d’accéder à des études, que je n’aurais pas accomplies vu mon milieu social. Pour elles, j’ai le plus grand respect : ces mercredis après-midi que je passais dans l’établissement municipal, les bibliothécaires qui m’ont conseillé des livres, et qui aujourd’hui offrent tant à nos compatriotes ».


D’ailleurs, « Erik Orsenna, dont je suis très proche, avait produit ce rapport pour Françoise Nyssen quand elle était ministre, sur les bibliothèques. Alors, je comprends qu’il soit mécontent de ce qui en a été fait, mais nous partageons tous deux une image de ce qu’elles incarnent et l’importance de leur mission ». L'association des bibliothécaires de France (ABF) l'avait d'ailleurs signalé dans un courrier interpellant Stéphane Bern.




 

Il poursuit : « Dans ma famille, il n’y avait pas de télévision : les livres étaient l’unique chose valorisée. Et j’ai eu l’immense chance de recevoir et d’accéder à cette culture livresque, justement grâce aux bibliothèques. Je regrette d’avoir à me justifier, mais que l’on rebondisse sur une bêtise que j’ai dite pour faire de moi ce que je ne suis pas, je ne le supporte pas. » Après une pause, il insiste : « Je redouble d’efforts pour payer ma dette aux bibliothèques ! »

 

Agir, loin des caméras


D’abord, par ses différentes implications au niveau national. À Briançon, par exemple, où il plaide pour la création d’une médiathèque-bibliothèque. Ou encore le Tribunal de Baugé-en-Anjou, qui dans le cadre du Loto du Patrimoine, sera transformé en médiathèque et salle polyvalente pour accueillir des associations.


Et à quelques centaines de kilomètres, l’ancienne Justice de paix — ces anciens organes juridictionnels fondés en 1790 pour rendre une justice de proximité et supprimés en 1958, remplacés par les tribunaux d’instance et les médiateurs — deviendra une bibliothèque-médiathèque. « Je ne m’en vante pas, pas plus que je n’en tire orgueil, mais j’ai suggéré ces transformations pour ces lieux aujourd’hui fermés. »


Au lendemain de l’émission, rencontrant la ministre Roselyne Bachelot, le sujet de la polémique n’est pas même évoqué. « La ministre sait que beaucoup d’argent ira au patrimoine, parce que derrière ces vieilles pierres, des hommes et des femmes n’ont que cela pour vivre. Elle sait que je ne ménage pas mes efforts, pour que soient restaurés les édifices d’antan et les faire vivre aujourd’hui. »


Le problème ? « Cette immédiateté des réseaux sociaux, qui s’emparent de tout et de rien. Heureusement que plus de personnes écoutent le Téléphone sonne. » Dans l’émission du 18 septembre, Monsieur Patrimoine avait en effet pu revenir sur ses paroles et réaffirmer qu’il n’existait aucune ambiguïté pour lui. « Ce que je crains, c’est que la nuance n’est plus autorisée : plus de droit à l’erreur — et j’ai commis une erreur, dans l’agacement de ce que j’avais entendu durant l’émission sur France 5. »

 

Thiron-Gardais, musée pour bibliophiles


L’homme qui vit « entouré de dizaines de milliers de livres » travaille aussi, à son niveau, à rendre la culture accessible. Rendre possible, selon ses propres mots, la « culture gratuite à portée de main ». Ainsi, dans sa propriété du Perche, il a acheté à Thiron-Gardais un collège militaire du XVIIe siècle, où s’est déjà ouvert un musée. Il léguera sa bibliothèque personnelle et actuellement « nous préparons le réceptacle et l’archivage des documents, pour que les chercheurs, notamment, aient accès à mes collections de bibliophile. »


Pour encadrer tout cela, une fondation éponyme est mise en place : cette dernière propose déjà un prix littéraire historique, doté de 5000 €, pour encourager les jeunes auteurs à écrire des livres d’histoire.


« Moi, je vis dans la culture des bibliothèques et des médiathèques. Et je ne ferai pas l’erreur de mettre des livres en hauteur et des gens au sous-sol. Ce n’est pas ainsi que l’on rend les livres disponibles pour tous. »




Commentaires
Donc un homme de média qui ne serait pas capable de gérer sa communication télévisée ? Et on ne l'aurait pas compris alors qu'en fait il aime les bibliothèques (en mode "je suis pas raciste ! J'ai des amis noirs")?

Les explications sont presque plus pitoyables que les paroles reprochées.

Mais plutôt que d'accuser les réseaux sociaux, de tacler Besson, ce ne serait pas plus courageux et digne de reconnaître "j'ai dit n'importe quoi à propos des bibliothèques pendant cette émission. J'ai fait preuve de mépris envers des services publics et une profession, qui ne le méritent pas. Je m'engage à me renseigner sur leurs pratiques pour ne plus commettre de telles erreurs ".

Quant au fait que la ministre de la Culture ne trouve rien à y redire...
Vous n'êtes pas honnête : d'abord, il reconnaît une erreur dans sa manière de s'exprimer, ensuite, il n'a pas méprisé toute la profession ni ne s'est répandu comme vous voulez bien le faire croire. Ce fut une phrase, maladroite et idiote, mais une seule phrase, pas un monologue de 15 minutes.

Du reste, je suis heureuse moi de découvrir les implications de M. Bern dans le domaine du livre, implications que j'ignorais totalement.

Ne soyez pas inutilement dur.
SB n'est pas bien honnête non plus. Passons sur le fait qu'il ramène tout à lui. Mais ce n'est pas lui qui finance les opérations dont il parle, c'est la DGD... pas très sexy : Dotation Générale de Décentralisation qui déverse des dizaines de millions par an pour construire, équiper et ouvrir des bibliothèques, améliorer les conditions de conservation. C'est une action publique qui dure depuis les années 80 et a permis de passer d'à peine 2.000 bibliothèques municipales en France à 17.000. Ce sont les villes, les agglomérations et les départements qui les ont construites et ont recruté des bibliothécaires, mouvement soutenu par l'Etat et l'action de toute une profession et des Drac.

Pas Stéphane Bern.

Et si je suis un chien qui aboie, il faut croire que je n'aboie pas encore assez fort alors que tant d'autres se couchent et laissent la caravane les piétiner.
MERCI à Bibliothéquante et merci à ActuaLitté d'avoir permis à Stéphane Bern de s'expliquer.

Que les procureurs frénétiques construisent une chaire de vérité dans leur jardin ou s'ils n'en ont pas, dans un parc ou un bois.

Et qu'ils lancent là leurs imprécations indispensables !

Ils en ont bien le droit puisque ce sont des gens parfaits et irréprochables qui jamais n'ont énoncé des propos qui, dans un accès de colère, ont pu dépasser ou déformer leur pensée.

Bern n'est qu'un être humain imparfait, contrairement aux lanceurs d'anathèmes notamment des réseaux sociaux.

Nos Guides éclairés, très sévères mais justes car infaillibles !

Quelle chance nous avons de les compter parmi nous !

Pour finir très sérieusement...

Je suis du côté de Stéphane Bern.

Les chiens aboient, la caravane passe.

Un grand Monsieur, ce Bern.

CHRISTIAN NAUWELAERS
Que ces messieurs de bureaux se mettent enfin au travail et sur le terrain, comme le fait monsieur Berne, les résultats sont là, car depuis un lustre que des mots, et effets d'annonces, à l'exemple de l'époque des "ronds de cuir"...!.

L'exemple de cette agitation est stérile, mais le chantier est vaste, soyons enfin tous solidaires pour cette démarche culturelle sans précédent.
Je n'ai rien à reprocher à Stéphane Bern. Il est totalement investi dans sa mission, et je l'en remercie.
Message incompréhensible de Ribiata.

Bern s'occupe du patrimoine architectural dont de vieilles églises, des monastères etc.

Et vous soutenez qu'il n'a rien à voir avec le financement des bibliothèques:mais il n'a jamais prétendu cela !

Vous êtes totalement hors sujet.

C'est vous qui déformez la réalité, désolé et sans vouloir vous offenser !

Vous n'avez pas compris ce qui se passe, manifestement.

Et quand on est passionné comme lui et actif et sur tous les fronts, c'est la preuve qu'il ne ramène pas tout à lui.

Contrairement à la grande majorité des gens connus des médias dont la double passion, comme l'a un jour dit le grand auteur de chansons et écrivain Boris Bergman, est: «Mon ego, mon magot» !

Pas Bern, monsieur.

Vous lui faites un très mauvais procès dénué de tout fondement.

Bravo à Stéphane Bern (même s'il n'est sûrement pas parfait mais soutien total à son action formidable).

Et que sa caravane magnifique continue son beau chemin !

Je persiste et signe plus que jamais.

CHRISTIAN NAUWELAERS
Vous avez totalement raison, Alix76 !

CHRISTIAN NAUWELAERS
Stéphane Bern, personnage assez flamboyant; personne souriante là où elle passe et s'attarde, désireuse de plaire pour être heureuse; sympathique à ceux qui l'admirent car reconnaissent tant son charme que la valeur de son travail - réalisé par constant effort, conviction, patience et passion.



Stéphane Berne, être séducteur, séduisant, dandy - mais oui - et très agréable à l'écran mais qui peut se fâcher hors de ce cadre.



Ce Stéphane Berne, surpris en flagrant délit d'humanité - sa langue a fourché, il a commis une boulette (immangeable pour certains, empoisonnée pour d'autres).



Ce Stéphane-là, les jaloux de ses qualités et sa vie réussie lui ont sauté dessus pour le déchirer comme faisaient, au temps des rois, les meutes de chiens élevés pour cette besogne.



Ce Stéphane au sourire et très belles dents n'a rien à craindre: il descend en direct du sphynx et de la salamandre.



Il continuera son chemin avec élégance, tout rancoeur jetée aux porcs de rencontre.



Longue et belle vie à ce Stéphane-là!
Jujube: ne le prenez pas mal mais c'est Bern non Berne !

Nous nous sommes quelquefois accrochés mais je suis ici en total accord avec vous.

En ce qui concerne la sympathie qu'il dégage, son travail, sa passion communicative on ne peut plus sincère et engendrant des résultats considérables pour le patrimoine français, l'âme d'un pays.

Et quel magnifique pays...

Oui je pense comme vous qu'il mérite tout notre soutien et notre approbation on ne peut plus chaleureuse.

Mille bravos à Stéphane Bern et assez de (très) mauvais procès; j'ajoute que s'il a un ego: il en a le droit et on s'en tamponne, voyons ce qu'il fait et c'est tout !

Que ses détracteurs jettent leur vitriol sur d'autres cibles plus «méritantes»...ou tâchent de faire de belles et bonnes choses plutôt, à leur niveau et dans le cadre de leurs compétences et possibilités !

CHRISTIAN NAUWELAERS
Bonjour Christian,



Bizarre: j'avais pourtant bien commencé mon p'tit papier avec "Bern"; puis, en chemin, j'ai ramassé ces "e" - sortis de quel néant?. Vlan, je baptise Stéphane d'un patronyme cousin de la capitale fédérale de Suisse. Vlan bis, je rebaptise le pauvre en le mettant en berne: quelle horreur! "En signe de deuil, de détresse" (Robert Chéri)...et moi qui lui souhaitait longue vie!! Les mots sont parfois de vilains petits merdeux, mais on les aime et les pardonne. Parfois , on ne devrait pas!



Merci pour le rappel à l'ordre!
Rebonjour,



Zut alors, c'est mon jour bête avec les "e". Voyez-vous, Christian, là à la fin, le "tout" rancoeur où j'ai loupé le "e"?



Désormais, je vais licencier cette voyelle de toutes mes prochaines notes. Pour la punir, na! (Je vais faire comme l'autre fameux qui écrivit tout un bouquin sans cette glissante voyelle). Ou alors, pour l'emm... je vais fiche des "e" partout. Enfin, je vais réfléchir; pourvu que cela ne m'empêche pas de dormir cette nuit.
Merci Stéphane Berne!
Merci Stéphane Berne pour votre engagement au service de la Culture . Merci aussi pour votre maladresse qui a donné l'occasion à la BNF de souligner fort justement le role primordial des mediathèques pour toute la population
Poster un commentaire

 

grin LOL cheese smile wink smirk rolleyes confused surprised big surprise tongue laugh tongue rolleye tongue wink raspberry blank stare long face ohh grrr gulp oh oh downer red face sick shut eye hmmm mad angry zipper kiss shock cool smile cool smirk cool grin cool hmm cool mad cool cheese vampire snake exclaim question

Vous répondez au commentaire de

Cliquez ici pour ne plus répondre à ce commentaire

* Laisser vide pour ne pas reçevoir de notification par email de nouveaux commentaires.