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Philippe Bouquet : " Le traducteur travaille pour la paix dans le monde"

A l'occasion de la sortie du nouveau roman policier de il était bien tentant de laisser s'exprimer son traducteur. Depuis près de 40 ans qu'il exerce son activité, c'est un homme toujours aussi passionné et exalté qui se livre, capable de vous convaincre sans effort que là-haut, tout au Nord de l'Europe, il existe une littérature inédite prête à vous embarquer et à vous éveiller. 

Le 17/02/2015 à 08:56 par Cécile Pellerin

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17/02/2015 à 08:56

Cécile Pellerin

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Vif et acéré comme la pointe d'une épée viking, Philippe Bouquet est un passeur de littérature, exigeant et franc, libre et indépendant,  quel que soit le moment, l'éditeur ou le lecteur. Un peu d'amertume, de cynisme aussi, beaucoup de plaisir et beaucoup de travail animent cet homme empreint d'une belle humanité, absolument captivant et foncièrement épris des mots, de leur beauté comme de leur pouvoir.  Voici donccomment un traducteur passionnel parle de son travail, de ses satisfactions et déceptions, donne quelques conseils, nous convainc que le traducteur ne peut être qu'un homme éclairé et avisé qui"œuvre pour la compréhension entre les hommes."

Qu'est-ce qui vous a conduit à la traduction de la langue suédoise ?

 C'est avant tout l'amour de cette langue (contracté à l'âge « fatal » de dix-neuf ans) qui m'a séduit par sa musicalité et son expressivité. Elle est capable d'évoquer beaucoup de choses à travers les sons (c-à-d sans devoir passer par les concepts, ce qui est un gros avantage en poésie, en particulier) mais aussi d'en dire beaucoup en très peu de mots, grâce à sa souplesse et sa malléabilité (qui laisse un beau champ d'action à l'inventivité personnelle – et donc à tous les artistes des mots). C'est aussi une des langues les plus simples au monde du point de vue de la morphologie. A partir de là, j'en suis très vite venu à découvrir toute une littérature que j'ignorais – comme la plupart de mes concitoyens. Et l'enseignant en moi (qui ne s'ignorait même pas) a été saisi de l'envie de faire partager cet amour et ces découvertes, ce qui passait nécessairement par la traduction. J'y suis venu au hasard d'une lecture, mais je suis maintenant convaincu que j'y étais « prédestiné » (ou manipulé par les « puissances » strindbergiennes, si l'on préfère).

Depuis quand traduisez-vous ?

Depuis la fin de ma thèse, en 1977, c'est-à-dire depuis près de quarante ans (presque une carrière entière, chevauchant presque à moitié celle d'enseignant).

Combien de livres avez-vous traduit ?

Cela dépend comment on compte. A ce jour, il y a 152 livres différents (je ne compte pas les rééditions ou sorties en poche, dont certains éditeurs ne nous avisent même pas) qui sont parus sous mon nom de traducteur, plus quatre sous pseudonyme, plus six qui sont en voie de parution, à un stade ou à un autre (mais cette échéance n'est jamais connue et intervient parfois des années après l'achèvement du travail). A cela s'ajoutent une dizaine de titres qui ne paraîtront jamais (pour diverses raisons) et une cinquantaine de « petites choses » (nouvelles isolées, articles de presse ou de revue, textes de catalogues, poèmes séparés ou en anthologie, chansons, scènes de théâtre…). Choisissez vous-même le « bon compte ». Pour tout ce qui concerne ma bibliographie, je renvoie ceux que cela intéresserait à Denis Ballu*. Il est incollable sur ce chapitre et le monde peut nous envier le travail, encore plus obscur que la traduction mais ô combien complémentaire et précieux, qu'il a effectué et effectue encore.

Quelle a été votre première traduction publiée ?

 Il se trouve que c'est la première tout court et celle qui a tout déclenché, à savoir Le Héros oublié de Henrik Tikkanen, auteur finlandais de langue suédoise (que je n'ai d'ailleurs jamais rencontré personnellement) mais à qui je dois donc une fière chandelle et j'ai essayé de rester fidèle, fût-ce à travers sa femme, Märta. J'ajoute qu'elle a connu le curieux destin d'être rééditée deux fois (j'en ai profité pour l'améliorer un peu, elle en avait bien besoin) et qu'elle est toujours disponible depuis 1980 (maintenant chez Gaïa).

Quelle est votre plus grande satisfaction en matière de traduction ?

La réponse n'est pas simple et mérite quelques explications. S'il s'agit de celle(s) que je suis le plus fier d'avoir réalisé, j'hésite entre Aniara (de Harry Martinson, en collaboration avec Björn Larsson) et Les Hommes de l'Émeraude (de Josef Kjellgren). S'il s'agit de la plus utile, c'est sans conteste Notre besoin de consolation (de Stig Dagerman), qui se vend au moins à 5000 exemplaires tous les ans depuis sa parution en 1981 (33 ans !) et qui a fait des émules sous cette forme indépendante jusqu'en… Suède, où ce texte n'existait pas en publication séparée. Cette idée n'était d'ailleurs pas de moi, mais d'Hubert Nyssen, j'ai simplement eu la chance de connaître ce texte avant tout le monde parce que… j'ai jadis appris le suédois. Nombre de témoignages m'ont prouvé qu'il a amené nombre de lecteurs – surtout jeunes – à l'auteur. S'il s'agit de celle(s) qui m'a donné le plus de plaisir, il y a (au moins) trois ex aequo : La Draisine, de C-H Wijkmark, Long John Silver de Björn Larsson et Le malheur d'être un Skrake de Kjell Westö. S'il s'agit de celle que j'ai dû patienter les plus longtemps pour la voir paraître (30 ans !), c'est Le Camion de Per Wahlöö. S'il s'agit de la plus éblouissante (à mes propres yeux), c'est Pour Phèdre, de Per-Olof Enquist.S'il s'agit de celle qui m'en a le plus appris tant sur le plan humain que littéraire, c'est Voyez cet enfant, de Reidar Ekner. Je pourrais sans doute continuer ainsi longtemps, puisque chaque traduction est une aventure et vous apporte quelque chose (sinon, c'est grave !)

Votre plus grand regret (en matière de traduction) ?

La parenthèse limite heureusement le champ de la question, déjà bien assez vaste ainsi. Alors je me jette à l'eau : ne pas avoir traduit plus de livres d'Ivar Lo-Johansson (alors que je suis le seul non-suédois à avoir obtenu le prix personnel portant son nom), ne pas avoir achevé Le Roman d'Olof d'Eyvind Johnsonni la trilogie sur Knut Toring de Vilhelm Moberg, ne pas (encore ?) avoir traduit les livres de voyage de Harry Martinson, les nouvelles de Josef Kjellgren, le double roman sur Rivar-Bohm de Folke Fridell, au moins un titre de Torgny Karnstedt, Le joli monde du bon dieu de Martin Koch, Le Livre de Samuel de Sven Delblanc, la trilogie du Finlandais Lars Sund, La Sibéried'Ulla-Lena Lundberg… J'arrête là car, rien que pour ce que je viens de citer il me faudrait une seconde carrière (complète, soit quarante et quelques années) de traducteur ! Et je laisserai donc une vie entière de regrets derrière moi. A d'autres de les combler – et d'adoucir cette douleur.

Existe-t-il des traductions dont vous êtes peu fier mais qui ont pourtant été publiées ?

 Hélas oui, c'est le cas de tous les traducteurs. Disons une demi-douzaine (toujours des commandes dont je n'ai pas pris l'initiative, bien entendu), plus celles que j'ai reniées parce que l'éditeur les avait tellement altérées que je ne pouvais pas décemment en assumer la paternité. C'est un triste chapitre sur lequel il convient de passer le plus rapidement possible.

Quel écrivains suédois traduits sont selon vous, incontournables ?

 Si c'est parmi « les miens » : Lo-Johansson, Moberg, Johnson, Martinson, Kjellgren, Fridell, Dagerman, Enqvist, Delblanc, Wijkmark, Larsson, Guillou, Trosell… (tous, quoi, de rares exceptions près). Parmi ceux que je n'ai pas traduits : Strindberg (bien sûr), Söderberg, Ekelöf, Gullberg, Södergran… Mais il suffit d'ouvrir une histoire de la littérature suédoise pour répondre à ce second volet de la question.

Traduisez-vous encore à ce jour ? Quelle traduction préparez-vous ?

 Oui, Dieu merci. Sans aller jusqu'à dire que… la traduction précède l'existence (l'essence ?), j'applique le principe Traducto ergo sum. Pour sentir que j'existe (ou ne pas mourir idiot, si l'on préfère). J'espère pouvoir traduire jusqu'à mon dernier souffle, puisque cela voudrait dire que j'ai conservé toutes mes… facultés, comme on dit. Et peut-être même dans l'au-delà, puisqu'il paraît qu'avec Internet et les réseaux dits « sociaux » (je n'ai jamais compris pourquoi), il n'y a plus de limites à la communication ! Je viens de finir le quatrième volume de la nouvelle série de Jan Guillou (Le Siècle des grandes aventures) et je suis sur un nouveau Eriksson. Et si je meurs devant mon ordinateur, je serai tombé au champ d'honneur (de la traduction).

Comment travaillez-vous ?

 Vous me demandez de trahir le secret commercial ? Pour faire (très) bref : trois temps. 1 – le brouillon le plus rapide possible de l'ensemble du texte dans sa continuité. 2 – un travail en profondeur pour en faire quelque chose de passable, résoudre les (nombreux) points laissés en suspens. 3 – une relecture de la traduction (presque) indépendante de l'original pour peaufiner les détails en la considérant comme un texte français. Mais il y a parfois un quatrième voire cinquième temps (sur les passages difficiles stylistiquement ou lexicalement, ou nécessitant des recherches historiques, scientifiques, techniques ou autres - c'est fou, l'ignorance dont on s'avise, quand on traduit !). Sans compter un nouveau passage après l'intervention du correcteur – surtout si, prétendant connaître « le goût du lecteur » (sic) comme cela m'est arrivé – celui-ci a fait de la charpie de votre texte et s'il faut donc « corriger le correcteur ».

Choisissez-vous vous-même ce que vous traduisez ou répondez-vous à des demandes ?

Les deux, mon général. Mais j'ai eu le privilège (du fait que je ne dépendais pas financièrement de la traduction, c'est pourquoi je me définis comme traducteur passionnel et non pas professionnel) de choisir  moi-même, à 90 ( ?) %, mes livres et mes auteurs, et surtout de les proposer (presque : les imposer). Au risque de paraître faire un mauvais jeu de mots, je me considère plus comme un introducteur qu'un traducteur et il y a je crois trente ou quarante auteurs nordiques qui n'avaient pas été traduits en français, voire traduits tout court, avant que je fasse paraître un de leurs livres. Avec un succès parfois très limité. Le cas le plus flagrant ayant été Henning Mankell, dont j'ai persuadé Christian Bourgois d'éditer Meurtriers sans visage, qui a été un « bide » retentissant (quelques centaines d'exemplaires vendus, je crois) au milieu d'un silence assourdissant – alors qu'on s'arrache maintenant ses « notes de blanchisseuse ». C'est ce qui a fait de moi un spécialiste desworst-sellers, j'ai des preuves de ce que j'avance. A l'inverse, je dois reconnaître que ce n'est pas moi qui ai introduit Björn Larsson et que je l'ai simplement récupéré au vol. 1 à, 1, la balle au centre.

Pouvez-vous travailler sur deux traductions à la fois ?

En principe, c'est ce qu'il ne faut pas faire. Mais le « principe de réalité », est le plus fort, et par la force des choses, comme on dit, c'est à peu près inévitable, ne serait-ce qu'à cause de cette fichue relecture après correction, essentielle, indispensable, je suis le premier à le dire, mais très désagréable car vous obligeant à vous replonger d'un instant à l'autre (et parfois des années après, c'est vrai, je le jure) dans un univers dont on a tout oublié et qui est à cent lieues de celui qui vous occupe, vous accapare, actuellement, car c'est tellement « prenant », la traduction. Alors, il faut essayer de prendre cela comme un temps de respiration (qui peut également être utile, voire agréable) au milieu de votre tâche présente. Mais à pratiquer avec modération !

Ekelund, Eriksson sont des auteurs de polars dont vous avez traduit plusieurs titres. Avez-vous d'autres auteurs de polars suédois à nous faire découvrir ?

 Non, car je crois qu'on en est maintenant aux fonds de tiroir. Et que le polar suédois en est arrivé à se parodier : Björn Larsson l'a d'ailleurs fait volontairement dans Les poètes morts n'écrivent pas de romans policiers. Je ne prospecte donc plus de ce côté-là. Je préfèrerais de beaucoup qu'on poursuive des publications tronquées : je pense à Staffan Westerlund, Håkan Nesser, Per Wahlöö… Il y a encore à faire mais dans le domaine qualitatif et non quantitatif. Assez de ces polars qui ne sont que des polars, c'est-à-dire qui n'ont presque rien à nous dire sur la vie, la société, le monde et qui parfois, le disent mal, en plus ! La catégorie « polar » devrait d'ailleurs être supprimée, il y a des bons romans et des mauvais (ou piètres), c'est tout.

Selon vous, qu'est-ce qu'une traduction réussie ?

Une traduction qui ne se remarque pas. Qu'on prendrait pour une version originale. La traduction est une activité fondamentalement paradoxale (il me faudrait des pages pour détailler cela). Le plus beau étant que c'est la seule activité artistique dont l'auteur ne doit pas chercher à se faire remarquer, alors que c'est le fondement de l'art et de l'artiste de vouloir être remarqué, ne serait-ce que pour communiquer. Le plus bel éloge à faire à un traducteur, c'est de lui dire : oh, pardon, je ne me suis pas aperçu de votre passage. Ce que d'autres prendraient pour une insulte est pour nous un compliment. J'ajoute cependant qu'aucune traduction n'est jamais terminée, elle est toujours améliorable (par quelqu'un d'autre ou par l'intéressé lui-même). La mention « traduction définitive » qu'il m'est arrivé d'apercevoir ça ou là est donc une ânerie gigantesque. Sans compter  l'évolution du goût, des normes de la langue littéraire (qui aurait osé utiliser un mot en trois lettres commençant par c – choisissez – il y a quelques décennies) et surtout de la langue elle-même. C'est un travail de Sisyphe, jamais achevé et même un peu absurde.

Quel est le secret véritable d'une bonne traduction ?

Il tient en un mot très simple : le PLAISIR. Eh oui, le bon vieux plaisir, sans lequel il n'y a pas de bonne traduction ni peut-être de traduction tout court. Et c'est un conseil à donner aux candidats éventuels : ne vous engagez pas dans cette voie si vous n'y prenez pas plaisir. Sinon, je vous garantis… l'enfer. Notez d'ailleurs qu'il y en aura toujours un peu, même si vous y prenez plaisir. Sans me faire l'apôtre du (sado)masochisme, je suis intimement convaincu qu'il n'y a pas de plaisir sans une certaine dose de souffrance (avant, après, parfois même pendant – comme dans « la petite mort »). Mais si vous n'êtes pas prêt à souffrir (un peu, beaucoup, passionnément et parfois pas du tout), passez votre chemin. C'est à ce prix que vous pourrez pleinement goûter la satisfaction  que procure cette activité, sans parler des amitiés qu'elle peut vous procurer (parmi vos « victimes ») ni de l'énorme élargissement de votre horizon, de vos connaissances et de votre vocabulaire etc. qu'elle procure. Mais faites attention, aussi : on devient facilement « accro », j'en sais quelque chose. C'est pourquoi il m'est arrivé de dire que la traduction est un vice – dans mon cas, c'est certain, mais il faut avoir le courage de ses vices comme du reste, et peut-être les choisir avec discernement.

L'écueil à éviter ?

C'est l'excès de confiance en soi. Quand un traducteur commet une erreur (c'est arrivé à tous sans exception), c'est parce qu'il ne s'est pas assez méfié de lui-même, parce qu'il est passé trop vite, croyant savoir, négligeant tel infime détail qui change tout (cela peut être un simple signe de ponctuation). Or, il faut toujours être sur ses gardes vis-à-vis de ses propres insuffisances (et qui n'en est pas affligé ?). C'est non seulement difficile intellectuellement mais aussi fatiguant et un peu démoralisant (comme s'il n'y avait pas assez de difficultés « extérieures », comme ça). C'est pourquoi une bonne relecture par quelqu'un d'étranger au processus (ou qui ne connaisse rien à ce dont il est question dans le livre, sauf la langue française, bien entendu) est indispensable. A condition que cette personne ne veuille pas se substituer au traducteur et imposer ses solutions, mais uniquement poser les bonnes questions – et, là aussi, les plus « bêtes », ou du moins les plus naïves, sont les meilleures, quitte à ce qu'elles soient formulées en pure perte.

Quels autres conseils donneriez-vous alors à un jeune traducteur ?

 Le plus fondamental : soyez humble devant votre tâche, respectez le livre que vous traduisez, ne cherchez pas à vous faire « mousser » à travers lui. Accessoirement, je lui citerais ma devise personnelle : la ruse du Sioux et la patience de l'ange (hybride monstrueux, pas vrai ?). Car il faut sans cesse ruser pour trouver des solutions (traduire, c'est ça : trouver sans arrêt des solutions, et trier parmi toutes celles qui se présentent, voire en inventer). Et donc de la patience pour cela, car il faut sans cesser sur le métier remettre son ouvrage. Sans compter la ruse et la patience vis-à-vis du monde de l'édition, pour faire accepter des projets qui vous tiennent à cœur et se défendre contre certaines pratiques – mais savoir aussi s'appuyer sur les éditeurs valeureux, astucieux, méritants, qui existent, surtout parmi les petits (sur le plan commercial et financier). Traduire, ce n'est pas seulement mettre des mots (français) à la place d'autres (suédois). C'est toute une entreprise, un « projet de vie » au parcours tellement zigzagant qu'il faut parfois tourner franchement le dos à son but pour l'atteindre. Ruse et patience ! C'est un investissement personnel à 100% (150 ?).

Un petit regard sur le côté : on traduit très bien en tandem (avec quelqu'un dont la langue maternelle est nordique, mais pas forcément). Cela peut donner du courage et de la patience, et colmater certaines lacunes. Mais attention : il faut une confiance totale et mutuelle (sinon, c'est une autre variété de l'enfer). Et puis il y a des œuvres avec lesquelles il faut être seul. L'amour, ce n'est pas que le sexe, hein ? Histoire de discernement.

Vous êtes considéré comme le spécialiste de la littérature prolétarienne suédoise en France. Pouvez-vous nous en dire quelques mots ?

Il me faudrait des pages et des pages. Je préfère vous renvoyer à la trilogie La Bêche et la plume (Plein Chant, 1986-88) que j'ai consacrée à ce sujet ainsi qu'aux œuvres de Lo-Johansson, Johnson, Moberg (La Saga des émigrants¸ Gaïa), Martinson, Kjellgren, Fridell… que j'ai réussi à faire paraître en traduction. Elles en diront plus que je ne pourrais le faire en quelques mots. Et ceux qui seraient vraiment très intéressés (et un peu vicieux, donc), à ma thèse de doctorat (trouvable uniquement en bibliothèque universitaire mais sans risque d'erreur puisque je suis le seul à m'être intéressé au sujet dans notre pays ; c'est comme ça qu'on devient le spécialiste, fastoche !).

Existe-t-il un mouvement comparable en France ?

Oui, mais il s'agit d'auteurs très divers, isolés et au pire confidentiels. Pour une première approche, on peut lire les premières œuvres de Louis Guilloux et celles de Georges Navel (plus proches de nous : Dorothée Letessier, Gérard Mordillat…). C'est une assez triste histoire, du fait du manque total d'écho et de résonnance dans le monde littéraire français et par rapport à l'histoire sociale du pays – à la différence de ce qui s'est passé en Suède. Ceux qui voudraient en savoir un peu plus à ce sujet peuvent toujours me contacter par votre intermédiaire.

Pour finir, qu'avez-vous envie d'ajouter ?

Le traducteur travaille pour la paix dans le monde, excusez cette forfanterie, mais elle me permet parfois de me regarder dans la glace. Parce que, en introduisant d'autres façons de penser, de créer, voire de vivre, il œuvre pour la compréhension entre les hommes. Le traducteur ne peut pas être raciste ou fanatique (deux des grandes plaies de notre époque), parce qu'il tâte chaque jour du doigt d'autres modes d'existence, de pensée et d'expression. Quand on a pris conscience à quel point le langage humain peut être relatif, on a moins envie de juger et condamner ceux qui ne sont pas les vôtres. Point final !

par Denis Ballu est le fondateur des Editions Elan (éditeur des pays nordiques) en 1991. Passionné, lui aussi, par la culture nordique, il œuvre encore beaucoup à la diffusion de la littérature suédoise (entre autres) en France.

 

Par Cécile Pellerin
Contact : cp@actualitte.com

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Fondée par Charlotte Cruz et Chilly Charly, La Goutte Créative rejoint le réseau de diffusion et de distribution de DG Diffusion. La jeune maison indépendante défend un catalogue à la croisée des sagesses du monde, de l’imaginaire, de la transmission et du développement personnel. Charlotte Cruz y voit surtout un moyen d’élargir la portée d’un projet éditorial fondé sur l’éthique, l’écologie et le lien direct avec les lecteurs.

08/06/2026, 17:01

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Richard Sebag et Patrick Aurignac, anciens du grand banditisme, se racontent

Deux anciens détenus témoignent qu’une autre vie reste possible, même après les foyers, les braquages, les centrales, les années de prison et les retours presque impossibles. Au festival Passeurs de Livres, à Alès, Richard Sebag et Patrick Aurignac présentent chacun un récit autobiographique : Quelques lumières sur le chemin pour le premier, Mes chemins de travers pour le second, tous deux publiés par la maison nîmoise Nombre7. Ils parlent sans fard de leurs parcours, de leurs erreurs, de la violence, mais aussi des mains tendues qui ont permis la sortie.

06/06/2026, 13:00

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Pompier volontaire, autrice, éditrice : l’incroyable trajectoire de Fanny Destenay

Il y a des parcours qui avancent par bifurcations successives, mais toujours dans la même direction. Chez Fanny Destenay, l’énergie frappe d’abord : ancienne professionnelle de l’hôtellerie, passée, entre autres, par les pompiers volontaires, puis par la politique, l’écriture, les réseaux sociaux, les livres jeunesse et désormais l’édition, elle donne l’impression de transformer chaque expérience en terrain d’action.

05/06/2026, 15:10

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“Les Grecs et les Romains nous apprennent l’esprit critique”

Marraine de la 5e édition de Passeurs de Livres, à Alès, Laure de Chantal y revient avec un attachement particulier. Normalienne, agrégée de lettres classiques, directrice de plusieurs collections aux Belles Lettres, autrice de nombreux ouvrages sur l’Antiquité, la mythologie et la langue française, elle voit dans ce festival un lieu où se rejoignent deux fidélités : les livres et les Cévennes.

04/06/2026, 18:11

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Passeurs de Livres : le pari des sciences humaines au cœur des Cévennes

Jeudi 4 juin au matin, avenue Carnot, le festival n’a pas encore ouvert officiellement au public. Les stands achèvent de se monter, certains exposants prennent leurs marques, l’équipe règle les derniers détails techniques - jusqu’à ce compteur de visiteurs qu’il faut encore retrouver pour suivre au plus juste la fréquentation du salon. Malgré l’effervescence des derniers préparatifs, Franck Belloir, directeur du festival Passeurs de Livres, a pris le temps de nous répondre.

04/06/2026, 16:30

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Darwin et les bas-bleus : entretien avec Françoise Lavocat

Paru en mai 2026 aux éditions Station Zapata, Darwin et les bas-bleus, de Françoise Lavocat, nous plonge dans le monde politique et littéraire de la première moitié du XIXe siècle.

02/06/2026, 15:44

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“Je ne regrette aucun message” : Tommaso Debenedetti, 15 ans à inventer la mort d'écrivains

Il affirme être Tommaso Debenedetti, faussaire médiatique passé des fausses interviews littéraires aux fausses annonces de décès d’écrivains. Dans cet entretien (réalisé par email), où l’identité même de l’interlocuteur impose une prudente réserve, il revendique ses canulars comme une enquête permanente sur la crédulité des médias, l’autorité des institutions et la puissance émotionnelle de la mort à l’ère des réseaux sociaux.

02/06/2026, 10:39

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Gilles Francescano veut “offrir au monde de l’imaginaire le plus beau des festivals”

Directeur artistique des Imaginales depuis quatre ans, et acteur de l'événement depuis toujours, Gilles Francescano dresse un premier bilan de cette édition consacrée au thème « Alter ego ». Entre affluence, chaleur exceptionnelle, place de l’autre, relation gémellaire, accessibilité et avenir du festival, il défend une ambition claire : faire des Imaginales un lieu de pensée libre, d’accueil et de circulation entre les auteurs, les publics et la ville.

01/06/2026, 16:07

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Uranium, spectres et totalitarisme : le roman tchèque qui secoue les Imaginales 

Aux Imaginales, la Tchèque Lenka Elbe présentait Uranova, son premier roman, publié en français aux Forges de Vulcain dans une traduction d’Eurydice Antolin. Un livre ambitieux, impressionnant, difficile à ranger dans une seule case : enquête, roman d’amour endeuillé, récit politique, horreur, fantastique, humour noir, mémoire familiale et histoire tchèque s’y contaminent sans cesse. Au centre, une ville réelle : Jáchymov.

31/05/2026, 18:45

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Christopher Bouix, coup de coeur 2026 : “La littérature doit mordre ou griffer”

Coup de cœur des Imaginales 2026, Christopher Bouix arrive à Épinal avec une œuvre déjà multiple : un triptyque d’anticipation sur l’intelligence artificielle et les futurs déshumanisés, un roman d’horreur où les enfants massacrent les adultes, un passé d’auteur jeunesse repéré par Netflix, mais aussi un détour plus ancien par l’Antiquité, les textes grecs et latins, Socrate, la démocratie et les sorcières. Rencontre avec un écrivain qui aime les livres noirs, drôles, mordants, et les questions que le futur pose au présent.

31/05/2026, 14:00

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François Richard : “Vivre est le seul vrai choix”

C’est une épiphanie littéraire. François Richard fait paraître aux éditions du Grand Souffle Division Eidola, le troisième tome de son cycle V I E, qui peut se lire indépendamment des deux précédents bien qu’il en tire les fils narratifs jusqu’au bout de la nuit. Une épiphanie dans laquelle l’auteur manifeste la réalité cachée comme fin de la quête de ses personnages. Exacerbation, comme une bombe à fragmentation, du précepte proustien dans Le Temps retrouvé : « La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c’est la littérature. » Par Olivier Stroh.

29/05/2026, 11:12

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“Un potager résilient, c’est être prêt à devenir autonome le jour où c’est nécessaire”

Après une carrière dans l’industrie du jeu vidéo, Didier Flipo a choisi le maraîchage bio, le sol vivant et la transmission. Avec Le Potager résilient, il propose bien plus qu’un guide de jardinage : une réflexion concrète sur l’autonomie, la résilience et notre rapport au vivant. Entre écologie pratique, production de semences, soin des sols et critique des faux conseils circulant en ligne, il défend une approche patiente, pédagogique et profondément ancrée dans le réel. Un entretien où le potager devient aussi une manière de penser le monde contemporain.

20/05/2026, 14:48

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Pour une édition de proximité : Le Cercle ouvert, publier moins pour mieux lire

Avec Le Cercle ouvert, Mathieu Larnaudie et Bertrand Py défendent une maison à la production resserrée, attentive aux auteurs, aux libraires et aux lecteurs. Adossée à Terre Neuve et donc au groupe Albin Michel, elle publiera ses premiers titres le 20 août 2026 autour d’une idée presque révolutionnaire : moins publier pour mieux accompagner les livres et refaire communauté, sans céder sur le catalogue.

19/05/2026, 17:29

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“Acheter un livre dans une librairie indépendante, c’est presque militant”

À Limoges, la librairie jeunesse Rêv’en Pages, ouverte depuis plus de quarante ans, est en redressement judiciaire. Confrontée à la hausse de ses charges et à la baisse du panier moyen, sa gérante, Rachel Faure-Lencroz, cherche à adapter son fonctionnement : changement de transporteur, projet de librairie mobile, développement de la romance, du young adult et de l’occasion.

 

19/05/2026, 12:13

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Xavier Coste : comment 1984 est devenu “le projet de [sa] vie”

À Palaiseau, les planches de Xavier Coste autour de 1984 et du Journal de 1985 dévoilent les coulisses d’une obsession graphique née à l’adolescence. Dans le cadre du salon Dimension, croquis, originaux et reproductions éclairent la construction d’un univers dystopique où l’adaptation devient affaire d’émotion, de fidélité intérieure et de vision.

 

18/05/2026, 17:15

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Murielle Compère-Demarcy : Artaud, le feu du langage

Originaire de Compiègne, très active dans le milieu littéraire, Murielle Compère-Demarcy, qui signe parfois MCDem, dirige depuis 2022 la collection « Présences d’écriture » aux éditions Douro, et rédige de nombreuses chroniques pour diverses revues. Auteure d’une vingtaine de livres, Murielle Compère-Demarcy semble, entre autres, très marquée par Antonin Artaud, auquel elle consacre Alchimiste du soleil pulvérisé en 2019, recueil publié chez Z4. Par Étienne Ruhaud.

18/05/2026, 10:30

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Palaiseau : comment le salon Dimension veut réconcilier science et littérature

Grégory Hermant, responsable du service événementiel de la ville de Palaiseau, revient sur la troisième édition de Dimension, salon du livre consacré aux liens entre science, science-fiction et vulgarisation. Un rendez-vous encore jeune, mais déjà identifié par son public, ses auteurs et ses partenaires.

13/05/2026, 17:01

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“Il y a des possibilités pour les femmes de vivre beaucoup mieux”

Dans Digitopuncture et santé féminine, Jacques Staehle condense plus de soixante ans de pratique des médecines naturelles. À partir de son parcours personnel et des questions reçues en séminaire, il propose une approche accessible de la digitopuncture appliquée aux troubles féminins, entre gestes précis, équilibre énergétique et transmission d’expérience. À bientôt 95 ans, l’acupuncteur et naturopathe affiche une énergie et une vitalité qui donnent, au minimum, envie d’écouter ce qu’il a à dire.

13/05/2026, 13:38

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La comptine “Il était un petit navire” : autopsie d’un cannibalisme parfaitement évitable

Mon enfant adore Il était un petit navire. Moi aussi, à son âge, j’étais censé apprécier cette histoire maritime pleine d’entrain, dans laquelle un équipage mal préparé envisage de manger un mousse avant même d’avoir vérifié s’il restait une boîte de sardines. Devenu père, me voici contraint de rouvrir le dossier. Et les conclusions sont toujours aussi accablantes. Bande de buses de marins d'eau de baignoire...

18/07/2026, 15:04

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Réduire la lecture à un plaisir ? C'est avant tout “un instrument de liberté”

À force de vouloir sauver la lecture, on finit parfois par l’enfermer dans deux cases : le divertissement agréable ou l’effort salutaire. Dans une tribune publiée par Libération, l’avocat et éditeur Jean-Claude Zylberstein déplace le débat. Les livres lui ont permis de franchir des frontières sociales, professionnelles et intellectuelles. Le plaisir ouvre l’ouvrage ; l’émancipation commence parfois à la page suivante.

16/07/2026, 15:07

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Antiquité : ce que les Anciens avaient compris bien avant Internet et l’IA

Pourquoi l’Antiquité continue-t-elle de nous fasciner ? La question mérite d’être posée car nous savons aujourd’hui que les sociétés antiques étaient loin d’être parfaites. Elles connaissaient les guerres, les inégalités, l’esclavage, les luttes de pouvoir et les violences politiques. Pourtant, plus de deux mille ans après leur disparition, elles continuent d’habiter notre imaginaire collectif. Léa Varachaud publie aux éditions Grancher un essai sur ces rites et ce qu'ils nous apporteraient aujourd'hui encore.

15/07/2026, 15:12

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On a regardé Au fil des années : Prime Video remet l’amour d’été à flot

Prime Video replonge dans les amours d’été avec Au fil des années, adaptation de Tous nos étés, le phénomène de Carley Fortune. Entre deux temporalités, un lac canadien et 10 ans de non-dits, Percy et Sam rejouent la romance de la seconde chance. Fidèle au cœur du roman mais plus libre avec ses personnages secondaires, la série séduit malgré quelques longueurs et des dialogues parfois trop appuyés. Le charme, lui, demeure jusqu’au dernier épisode.

15/07/2026, 11:50

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C’est l’histoire d’une rencontre avec le livre d'Eleonore Frey

Certaines traductions naissent d’une commande, d’autres d’une fidélité obstinée : en s'attelant à Ainsi va Lipp, la traductrice Camille Luscher n’a cessé de vouloir faire entendre en français la voix singulière d’Eleonore Frey. Quatorze années auront été nécessaires pour que ce roman, paru en allemand en 1998, ne sorte en juin 2026 chez La Veilleuse, dans une version particulièrement soignée. À notre invitation, la traductrice revient sur cette longue aventure, sur une écriture qui déplace les mots et les normes, et sur l’insaisissable figure de Lipp.

13/07/2026, 16:13

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Le génie de Baudelaire : entre fatalité tragique et modernité poétique

PORTRAIT – Lorsqu’on évoque Charles Baudelaire, on songe aussitôt au poète-alchimiste capable de transmuer la laideur en splendeur et la tristesse en allégresse. Pourtant, derrière la figure emblématique du grand poète se dessine l’ombre d’un homme profondément mélancolique. C’est précisément dans cette affliction de l’âme que le génie baudelairien puise sa force et se déploie avec une intensité si singulière qu’il s’impose comme l’un des grands précurseurs de la poésie moderne, ouvrant la voie tant au symbolisme qu’au surréalisme. De Karim S. Rebeiz.

13/07/2026, 10:27

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La lecture, une gourmandise : des recettes d'enfants pour donner envie de lire

Cet été, je lis ! : entre l’assertion et la promesse faite à soi-même, le ministère de l’Éducation nationale annonce la couleur de sa campagne estivale. Ce 10 juillet, à la Fnac des Ternes, une vingtaine d’élèves, du CM1 à la 6e, ont mis leur imagination aux fourneaux avec l’autrice Aurélie Gerlach. Au menu : inventer un gâteau magique, choisir ses pouvoirs et dresser la liste de ses ingrédients. Os humains compris.

10/07/2026, 15:16

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La Mer Salée, une maison d'édition “aujourd’hui détenue par ses lectrices et lecteurs”

Le secteur du livre, en France, connaît un fort repli économique, provoqué par une baisse générale des ventes de livres et une concentration des achats sur un nombre restreint de titres. Les structures indépendantes, librairies ou maisons d'édition, sont particulièrement vulnérables, si bien que de nouvelles organisations émergent. Sandrine et Yannick Roudaut, co-fondateur.es des Éditions La Mer Salée ont ainsi fait le choix de la structure coopérative, bien commun des lecteurs et lectrices. Ils s'en expliquent dans un texte reproduit ci-dessous en intégralité.

10/07/2026, 10:58

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“Le pilon, si redouté des auteurs, a-t-il un cœur ?”

En juin dernier, François Belley s’inquiétait de ce que les autrices et auteurs modernes entretiennent leur bronzage à grand renfort de selfies : se montrer ou disparaître, cruel avenir. Ou pas. Tout dépend des tempéraments, certainement. L’écrivain pirate marque une pause, pour mieux observer les ravages de l'industrie, sur ses propres ouvrages... Dans la tête du bourreau des livres, ou les états d’âme du pilon.

06/07/2026, 17:28

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Maison des histoires : jouer dans les albums jeunesse

Ouverte le 9 juillet 2025, la seconde Maison des histoires de L’école des loisirs déploie, au 7 cité de la Roquette, douze univers d’albums jeunesse sur deux niveaux. Un musée à jouer où les enfants peuvent courir, grimper, lire, bricoler et, accessoirement, rappeler aux parents pourquoi les bibliothèques municipales ont inventé le chuchotement.

06/07/2026, 17:19

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Facture électronique : l’édition indépendante ne peut pas laisser filer ses flux

À deux mois de l’obligation de réception des factures électroniques, OPlibris et Dilicom défendent un choix d’organisation : intégrer la réforme aux outils des maisons, plutôt que de les laisser dépendre d’un portail extérieur.

04/07/2026, 10:51

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Quand le cloud fait de l'ombre : qui héberge désormais la mémoire culturelle ?

Où vivent vraiment les livres numériques . La Commission européenne estime, à titre préliminaire, que les services cloud AWS et Azure devraient relever du régime renforcé des « contrôleurs d’accès » du Digital Mrkets Act. Le dossier dépasse la concurrence : qui héberge les catalogues, les archives, les liseuses et les usages de lecture ? Voici une sélection de huit ouvrages qui ramènent le cloud à ses serveurs, ses contrats et ses sorties de secours.

 

25/06/2026, 12:56

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Michaël Ferrier, l’écrivain aux semelles de corail

PORTRAIT - Les carnets de voyage de Michaël Ferrier publiés mensuellement dans La Revue des deux mondes se lisent comme  autrefois lorsqu’on s’attachait à un feuilleton littéraire : par épisodes, par haltes, par reprises, avec ce plaisir particulier de retrouver une voix, un rythme, une manière d’entrer dans le monde. De l’Inde à la Guyane, de Pondichéry à Cayenne, il réactive la revue comme lieu d’apparition progressive de la littérature, celle du récit qui avance par fragments, celle de l’aventure donnée non d’un bloc, mais comme une suite précise et vivante.

25/06/2026, 12:17

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Même marché, mêmes règles : ce que la fast fashion explique au livre

En dénonçant le risque d’une loi fast fashion appliquée d’abord aux entreprises françaises, la Fevad soulève une question que l’édition connaît bien : comment réguler les pratiques des grandes plateformes sans faire peser l’essentiel des contraintes sur les acteurs les plus faciles à contrôler ? Dans le livre aussi, la vitesse de production, la rotation des références et la captation de la visibilité déplacent le risque vers les créateurs et les libraires.

25/06/2026, 11:53

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Le webtoon français : une filière en quête de reconnaissance

Protoon, première association professionnelle dédiée au webtoon en France, veut donner une voix collective à une filière encore fragile, mais déjà riche de créateurs, de studios, de plateformes et de lecteurs. Entre succès d’audience, dépendance aux plateformes, précarité des auteurs, manque de données et de reconnaissance institutionnelle, et besoin de formation, récit d'un secteur qui cherche à sortir de l’angle mort pour devenir une véritable industrie culturelle.

24/06/2026, 18:33

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L'urgence de redéfinir “la notion de projet commercial et culturel en librairie”

Librairies : quel avenir au-delà de l’urgence économique ? En trois volets, Évelyne Darmanin, formatrice aux métiers du livre, examine les conditions d’un renouveau. Après la fragilisation économique du secteur, cette série interroge la valeur du conseil, la librairie comme lieu de débat et le projet culturel susceptible de donner sens à l’entreprise. Premier épisode : faire de la relation avec le lecteur une force visible.

24/06/2026, 16:22

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Les librairies, “commerces, d'accord, mais de proximité, de confiance et de relation”

Librairies : quel avenir au-delà de l’urgence économique ? Évelyne Darmanin, auteure de cet article, est sociologue de formation. Elle nous propose une série de trois articles, qui questionnent et interrogent. Alors que les librairies souffrent dans un environnement trop calme, la notion de projet d’entreprise serait plus que jamais nécessaire. Ce premier volet défend une idée simple : la librairie ne se réduit pas à la vente d’un produit dont le prix échappe au libraire. Non, non...

24/06/2026, 16:21

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Librairies : “Il est grand temps de rallumer les consciences”

Librairies : quel avenir au-delà de l’urgence économique ? En trois volets, Évelyne Darmanin, formatrice aux métiers du livre, examine les conditions d’un renouveau. Le premier texte plaçait le conseil et la relation avec le lecteur au cœur de la valeur du métier. Le deuxième défendait la librairie comme espace de dialogue, de circulation des idées et de débat. Ce dernier volet interroge le projet d’entreprise capable d’articuler activité commerciale, transmission professionnelle, ambition culturelle et exigence démocratique.

24/06/2026, 16:15

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Un livre géant brûlé pour les 60 ans de l’Université de Rouen : le symbole qui dérange

Lors des festivités de la Saint-Jean, à Mont-Saint-Aignan, un grand livre en bois a été brûlé pour célébrer les 60 ans de l’Université de Rouen. ActuaLitté donne la parole à plusieurs universitaires, chercheurs et intellectuels, qui s’interrogent sur la portée symbolique d’un tel geste : peut-on célébrer le savoir en mettant en scène la destruction de l’un de ses symboles les plus forts ?

24/06/2026, 12:28

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Censure à Castres : Catherine Pégard interpellée par le Off Avignon

Avignon Festival & Compagnies, qui accompagne le festival Off Avignon, dénonce la déprogrammation à Castres de Passeport, pièce d’Alexis Michalik, par le maire RN Florian Azéma. L’association y voit une décision politique et idéologique, contraire à la liberté de création et de diffusion, et affirme son soutien à l’auteur comme à ses équipes.

23/06/2026, 17:42

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IA : comment améliorer les catalogues de bibliothèque sans numériser les livres ?

Alors que l’IA et le RAG s’imposent comme des pistes pour renouveler la recherche documentaire en bibliothèque universitaire, leur déploiement se heurte à une réalité matérielle et juridique : accès aux textes, numérisation des fonds, droits d’usage et coûts de traitement. Derrière la promesse de catalogues plus intelligents, la question demeure celle de l’autonomie des bibliothèques face aux grandes plateformes. Par Cédric Limousin.

23/06/2026, 16:16

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La canicule à son clim’axe : quand les climatiseurs volent la vedette

Une climatisation défaillante peut transformer un bureau d’espions en plage artificielle. Elle peut aussi obséder un conducteur, accompagner une solitude californienne, dérégler une tour de béton ou servir de voie d’accès à une prise d’otages. Dans les romans, l’air conditionné a sa mécanique, son humeur et parfois son sens du spectacle.

23/06/2026, 15:51

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Au cœur des villages, le salon des écrivains nomades rassemble lecteurs et livres

Depuis cinq ans, le Salon du livre Nomade se déplace de commune en commune en Gironde, avec une idée claire : aller à la rencontre des lecteurs là où ils vivent. Porté par le cercle des Écrivaines de la Table Ronde, il défend une littérature plurielle, des premières publications aux auteurs déjà installés, et fait de la rencontre un geste culturel à part entière.

21/06/2026, 10:55

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Les Éditions au Pluriel : la maison indépendante qui défend une littérature humaine et engagée

Dans le paysage de l’édition indépendante française et à travers ces différentes collections, les Éditions au Pluriel construisent un catalogue singulier Romans, essais, imaginaire, beaux livres ou récits de voyage. C’est un ensemble cohérent, animé par une même exigence : défendre des textes incarnés, accessibles et profondément humains.

19/06/2026, 17:57

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Le livre d’occasion, l’économie circulaire d’une filière linéaire

Dix années de commerce de seconde main, le Label Emmaus invitait à fêter son anniversaire à l'Académie du Climat, ce 18 juin. Un appel, finalement, pour comprendre ce qu’est le réemploie, qui le porte : « 10 ans d’engagement, d’innovation sociale et de coopération au service d’une économie plus juste et circulaire », explique l’organisme. Avec un volet consacré au livre d’occasion – toujours objet de fantasmes…

19/06/2026, 16:36

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Un label pour l’édition indépendante : “Quitte à le faire seul, faisons-le joyeusement”

Alors que Grasset sombre dans l’idéologie, que le mouvement de protestation contre l’instrumentalisation de grandes maisons d’édition au service d’une radicalisation politique et sociale voit le jour, il est grand temps de rendre nos indépendances plus visibles. Je crois en cette urgence, en cette nécessité d’afficher notre fierté (une notion peu mobilisée dans le secteur éditorial) d’être indé. Par Étienne Galliand, éditeur.

19/06/2026, 10:44

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Intelligence artificielle en librairie : le risque de déposséder un métier

Aux Rencontres nationales de la librairie 2026, l’intelligence artificielle s’était invitée dans un double débat : celui de la création, du droit d’auteur et des œuvres, et celui, plus concret, des usages professionnels en librairie. Entre vigilance éthique et outils d’aide au pilotage, l’enjeu consiste à distinguer la menace du remplacement de la promesse d’une assistance pensée au service du métier. Jean-Charles Caplier, directeur commercial chez Dilisco, dépassionne le débat.

17/06/2026, 13:10

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Quand Gaston Bachelard nous aide à comprendre notre obsession pour l’IA

L’intelligence artificielle est généralement présentée comme une révolution technologique. On la décrit comme un ensemble d’algorithmes, de modèles statistiques ou d’infrastructures informatiques. Pourtant, cette définition technique ne suffit pas à expliquer l’intensité des passions qu’elle suscite. Par Bertrand Jouvenot.

17/06/2026, 12:52

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Climat : pourquoi “la lassitude peut vite devenir indifférence”

L’information climatique circule davantage, alerte plus souvent et documente mieux l’ampleur du dérèglement en cours. Pourtant, l’accumulation des faits déclenche parfois l’angoisse, la lassitude ou le repli, au lieu de nourrir l’action. Pour dépasser cette impasse, le monde du livre dispose d’un rôle singulier : faire entendre d’autres récits, d’autres voix, et transformer la prise de conscience en mouvement collectif. Fanny Audibert publie chez Oxus Sortir du déni climatique, entrer en action.

15/06/2026, 13:03

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La librairie indépendante peut-elle rester indépendante si son modèle s’épuise ?

ANALYSE – La question de l’indépendance des commerces du livre se déplace. Au-delà du statut juridique ou du choix éditorial, elle engage désormais la viabilité économique, la fatigue des équipes, l’écologie du livre et les conditions concrètes d’un métier sous tension. Jean-Charles Caplier, directeur commercial chez Dilisco, aborde le sujet frontalement.

15/06/2026, 12:30

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Rentrée littéraire 2026 : les grandes tendances des romans français et étrangers

La grande fête annuelle de la librairie démarrera fin août comme chaque année, avec son lot de romans, les premiers, les francophones, les traductions. Si 277 romans de cette rentrée ont été utilisés pour amorcer la tendance 2026, aucun n'a été blessé (certains furent blessants...). Et s'impose d'emblée un constat : la littérature prend le présent à bras-le-corps, sans distance ni précaution.

15/06/2026, 11:28

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De DSK à Patrick Bruel : violences sexuelles et impunité des puissants

Dans cette tribune, l’essayiste Nasser interroge, à partir de l’affaire Patrick Bruel et d’autres figures publiques mises en cause, la tension entre parole des victimes, présomption d’innocence, prescription judiciaire et responsabilités médiatiques. Un texte d’opinion, polémique et engagé, sur l’impunité supposée des puissants face aux violences sexuelles.

13/06/2026, 08:33

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“Lancer un livre, c’est créer un moment ; l'installer, c’est construire une durée”

ANALYSE – Surproduction, encore et toujours, l'éternelle problématique de l'industrie du livre. Trop de livres, peut-être, probablement – assurément ? Ou bien, pas assez de temps pour que chaque ouvrage vive sa vie dans les points de vente ? Jean-Charles Caplier, directeur commercial chez Dilisco, propose une autre lecture.

13/06/2026, 06:00

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Affaire Lyhanna : du silence des adultes aux mots de Darmanin

Après la mort de Lyhanna, 11 ans, à Fleurance, Gérald Darmanin a reconnu une défaillance de l’institution judiciaire et demandé le réexamen de milliers de plaintes concernant des mineurs. Face à l’émotion nationale, plusieurs livres rappellent ce que la langue politique nomme mal : la durée du trauma, l’emprise, le silence des adultes et la place trop vite retirée aux victimes.

12/06/2026, 12:59

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Hachette au Sénat : Jean-Yves Mollier dénonce une ombre vieille de 80 ans

Entre les combats parlementaires autour de la loi Bichet, en 1947, et le récent rejet au Sénat, d’un amendement visant à renforcer le lien de confiance entre auteurs et éditeurs, l'historien Jean-Yves Mollier établit un fameux parallèle. Dans une tribune communiquée à ActuaLitté, il y voit la persistance d’une influence d’Hachette sur la fabrique de la loi, et interroge les effets démocratiques de la concentration éditoriale et médiatique.

12/06/2026, 11:51

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Avec AI Overviews, Google régurgitera du conseil pour choisir vos lectures (à votre place)

Avec l'arrivée prochaine des AI Overviews, Google ne se contente plus de classer le web : il répond à sa place. Pour le livre, l’enjeu dépasse le référencement : critiques, libraires, bibliothèques et blogs nourriront une synthèse qui garde le lecteur captif, sans clic ni détour. Une promesse de confort, donc, mais aussi une confiscation très méthodique de la médiation littéraire. On se poserait presque des questions.

12/06/2026, 06:00