EDITO – Les lecteurs, frange de plus en plus vindicative de la population, ne supportent désormais plus les entrées de termes obsolètes dans le dictionnaire. Et plus encore, celles qui, outre leur odeur surannée de naphtaline, fleurent bon, voire très bon le sexisme ordinaire. Mais la trahison du langage sévit, toujours un peu plus pernicieuse.
Le 20/09/2019 à 08:45 par Nicolas Gary
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20/09/2019 à 08:45
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Une pétition — une de plus — surgit sur la toile, tel Zorro dans la nuit noire et obscure : Maria Beatrice Giovanardi déplore en effet que dans le respectable Oxford English Dictionnary, se retrouvent comme synonymes de Woman, les termes « bitch » et « hussy ». Autrement dit, “salope” et “coquine” pour rendre Femme.
Militante et féministe qui n’apprécie pas vraiment ces petites familiarités, Maria Béatrice Giovanardi avait décidé qu’une pétition s’imposait, pour « éliminer toutes les expressions et définitions qui discriminent les femmes et favorisent la condescendance à leur égard ».
Katherine Connor Martin, responsable de la stratégie lexicale chez Oxford, souligne que le dictionnaire n’a rien de prescriptif : il est plutôt outil descriptif de la langue, sans aspect de recommandation. Et plus encore, indique-t-elle : « S’il existe la preuve qu’un mot ou une signification sont offensants, ou péjoratifs, largement utilisé en anglais, il ne sera pas exclu du dictionnaire au motif unique qu’il soit offensant ou péjoratif. »
En somme, circulez — ou repassez, la planche est là, le fer ici — et quand bien même près de 30.000 personnes ont signé, rien ne changera, en tout cas pas de cette manière-là.
Depuis des années, l’encyclopédie Wikipedia se fait elle-même taxer de sexiste… du fait d’un sérieux problème d’équilibre entre hommes et femmes : la grande majorité des contributeurs sont des hommes, avec nécessairement un biais masculin qui met à mal les articles, dans leur rédaction même. D’ailleurs, plus récemment, une vague de saccages a frappé les entrées de l’encyclopédie, supprimant les articles liés à des femmes scientifiques.
Remédier à l’absence de contributrice sur le site de l’encyclopédie est devenu un véritable enjeu de communication. De même que l’enrichissement de la base globale, avec des biographies de femmes, par exemple. Mais l’on évoque souvent des propos misogynes, dans les espaces d’échanges et de discussion, pour justifier notamment le peu d’engagements féminin.
« Le problème est que notre société n’aime plus le langage, et ne croit plus à ses vertus, et c’est la raison même de sa maladie actuelle », écrivait Thomas Clerc, dans Libé. Bien entendu, il évoquait Roland Barthes, et ce fameux « fétichisme du langage qui ne l’a jamais quitté ».
À reprendre les propos de l’universitaire multitâche – polutropos, comme le disait Homère d’Ulysse – Barthes envisageait en effet que le langage sert avant tout à se construire dans le monde, face à lui, quitte à ce que ce soit contre lui.
« Le langage ne sert pas seulement à communiquer. Il ne sert pas donc à faire passer tout simplement des messages entre les hommes. Mais, au fond, je dirais qu’à chaque moment, le langage sert à construire le rapport avec l’autre », indiquait Barthes dans la série A voix nue, diffusée en 1988. (voir, ou écouter, sur France Culture)
Si la pétition déclenchée me semble risible, est-ce parce que je suis homme, et moins sensible qu’une femme à ce traitement, ou pour ce qu’elle révèle des multiples trahisons encore à combattre pour aboutir à corriger l’un des multiples aspects de notre société ? Question rhétorique, ça va sans dire, mais mieux en le disant.
Mais en tant que tel, le dictionnaire est bien un outil qui recense les pratiques, parfois avec un retard infini sur les usages. Ce n’est qu’après avoir entériné un terme, une habitude linguistique, que cette dernière devient référente : le dictionnaire ne creuse pas en premier l’ornière du sexisme langagier, mais il le prolonge, sans se rendre compte de ses effets. Il est comme le couteau, capable de trancher un légume ou de tuer un être, suivant ce à quoi on l’emploie.
En tant que comportement discriminatoire, pour qui les droits à l’égalité des deux sexes seraient nuisibles, ou sont impossibles, le sexisme passe par le langage — verbal ou non verbal. L’attitude machiste se passe souvent de mot pour s’exprimer. Le manspreading, observé dans les transports en commun, en illustre bien le propos.
On brandira l'éternel dilemne de la poule et de l’oeuf, et se demandera comment s’attaquer au langage sans risque. « Rendre leur sens aux mots », disait Confucius. Assurément : mais ne pas les occulter, sous peine d’oubli. Un danger bien plus grand.
Par Nicolas Gary
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Le 28 septembre célèbre la Journée internationale de l’accès universel à l’information. Excellente initiative. À un détail près : depuis des siècles, la littérature s’échine à démontrer que certains renseignements se porteraient beaucoup mieux sous clé. Lettres compromettantes, manuscrits impossibles, confessions judiciaires, dossiers de surveillance : cinq lectures où ouvrir le mauvais document revient rarement à améliorer sa journée.
26/09/2026, 09:30
Le téléphone avait été inventé pour permettre à deux personnes éloignées de se parler. Puis quelqu’un a compris qu’il pouvait également servir à vendre des fenêtres, proposer une mutuelle, annoncer un décès ou rappeler à quelqu’un que son passé savait toujours composer son numéro.
26/09/2026, 08:00
Thomas Perroud, normalien, est animateur de l’émission Anachroniques consacrée notamment aux premiers romans sur Fréquence protestante. Il revient sur les soupçons d’usage de l’intelligence artificielle au sujet du premier roman de Thélyson Orélien, C’était ça ou mourir (Grasset).
24/09/2026, 16:32
Exclusif — Une figure de la science-fiction s'invite à l'Assemblée nationale, à la faveur d'une proposition de loi déposée par René Pilato, député La France insoumise — Nouveau Front Populaire de Charente. Les fameuses « lois de la robotique », conçues par l'écrivain américain, y sont citées, afin de motiver et nourrir un encadrement des intelligences artificielles mises à la disposition du grand public.
24/09/2026, 15:58
ActuaLitté a retrouvé, dans un article publié en 2023 sur un site alors animé par Thélyson Orélien, une phrase qui ressemble à une consigne de rédaction laissée par erreur. Un indice concret, distinct des détecteurs d’IA, qui vient désormais s’ajouter à une série d’éléments exhumés ces derniers jours par plusieurs médias et internautes autour des textes de l’auteur. Au-delà de son cas, l’affaire touche désormais à quelque chose de plus vertigineux : la possible fin d’un monde où l’on croyait encore savoir, sans trop de doute, ce qu’était un auteur.
24/09/2026, 13:34
Entre correction, réécriture et création, où commence véritablement « l’aide » à un auteur ? Écrivain, poète et correcteur, Adnan Algın plonge dans ses propres archives éditoriales pour interroger les interdictions visant l’intelligence artificielle. De ses interventions sur des romans aux cas célèbres de Raymond Carver ou T. S. Eliot, il questionne une frontière que l’IA n’a peut-être pas inventée, mais sérieusement brouillée.
24/09/2026, 11:53
Cyril Camus publiera Grand-Guignol aux éditions Anacharsis, ce 16 octobre. L'écrivain revendique une passion pour l’horreur née dans les livres, nourrie par le cinéma. De Guillermo del Toro à Stephen King, l’écrivain revient sur les monstres qui ont façonné son imaginaire et défend une conviction paradoxale : l’épouvante peut nous rassurer. Les démons de fiction ont sur les terreurs du réel un avantage décisif : ils n’existent pas. Une invitation à frissonner pour mieux souffler, qu'il partage dans nos colonnes...
23/09/2026, 17:36
Mère isolée, actrice pornographique quadragénaire, Sabine élève seule son fils Romain dans le vingtième arrondissement. Adolescent « normal », moyen, ce dernier subit un harcèlement en règle dès lors qu’une vidéo de Sabine fuite au collège, et fait le tour des réseaux sociaux… La suite ? Accompagnée par le hardeur Joseph, et par Enguerrand, bourgeois blasé, Sabine résout de se venger, guidée par son seul amour maternel. Une deuxième intrigue se met en place, mêlant cette fois milieux d’affaire et hauts-fonctionnaires, sur fond de revenge porn et de libertinage. Propos recueillis par Étienne Ruhaud.
21/09/2026, 16:54
La publication annoncée chez Fayard du prochain livre du député LFI Aurélien Taché provoque la colère de Jean-Yves Mollier. Dans cette tribune, l’historien dénonce ce qu’il considère comme une contradiction avec le soutien affiché par La France insoumise aux auteurs mobilisés autour des États Généreux, après les bouleversements intervenus chez Fayard et Grasset.
21/09/2026, 16:19
Aux Deux Magots, Jean-Luc Coatalem a connu presque toutes les places : celle du jeune homme qui observe, du lauréat photographié sur le boulevard, puis du juré chargé, à son tour, de choisir. À l’heure où le prix 2026 entre dans le vif de ses délibérations, l’écrivain ouvre les portes d’une institution qu’il connaît désormais de l’intérieur, avec ses goûts, ses rites et ses petites stratégies.
21/09/2026, 15:53
De George Orwell à André Malraux, en passant par Aldous Huxley, Ray Bradbury, Friedrich Nietzsche et Franz Kafka, Bertrand Jouvenot propose de déplacer notre regard sur les « livres prophétiques ». Dans cette tribune, il distingue les œuvres qui ont anticipé les formes visibles de notre monde de celles qui auraient saisi des mutations plus profondes : crise du sens, autonomie des systèmes, transformation de notre rapport au temps et à nous-mêmes.
21/09/2026, 12:32
ActuaLitté ouvre ses colonnes à la Fondation Jean-Jaurès, qui revient sur le rapport « La République des lecteurs – Pour en finir avec la mort du livre », signé par Arthur De Grave et Diana Filippova. Face au recul de la place de l’écrit et aux mutations des pratiques culturelles, le texte présente dix propositions pour replacer la lecture et l’écriture au cœur des politiques publiques.
21/09/2026, 11:42
Une phrase de Louisa Yousfi, extraite d’un entretien publié début septembre, a déclenché une vive polémique et plusieurs annonces de saisines judiciaires. Son éditeur, La fabrique, prend aujourd’hui sa défense dans une tribune adressée à ActuaLitté. Avant de la publier intégralement, nous revenons sur l’origine des propos, leur contexte, les critiques qu’ils ont suscitées, les soutiens exprimés et le sens du concept d’« humanité générique » invoqué dans le débat.
19/09/2026, 10:30
9 Commentaires
Vie QuatreSixQuatre
20/10/2019 à 12:16
Alors qu'il suffirait de rajouter quelques précisions bien senties à l'entrée "homme" pour s'en tirer - et ouvrir un vrai débat.
Je propose, avec l'esprit de provocation qui me caractèrise, moi qui aime tant l'homme : crétin congénital, sous-produit de la matrice de la femme, maître provisoire du monde,indécrottable optimmiste sectaire...
Ludovic
26/11/2019 à 05:16
Il suffit de se renseigner sur la manière dont les dictionnaires de synonymes se construisent pour se rendre compte de l'inanité de ce sujet.
Pour déterminer quels termes sont synonymes, le linguiste va chercher des contextes comparables et relever les termes utilisés pour désigner un même concept. Prenons un exemple concret : à l'approche des élections municipales, les articles sur la politique communale se multiplient. Si dans nombre de ces articles, les termes "maire" et "édile" sont employés à répétition pour désigner la même chose - le maire d'une commune - alors le linguiste les classera comme synonyme. Je simplifie considérablement, ce qui nous intéresse ici est la logique de la démarche, pas son application.
En résumé, classer deux mots comme synonymes résulte d'une observation des pratiques ; le dictionnaire ne décrète pas qu'ils le sont, il se borne à rapporter qu'ils sont utilisés ainsi par la société.
C'est je pense ce que Mme Martin (la responsable de la stratégie lexicale chez Oxford citée dans l'article) a voulu expliquer en rappelant que le dictionnaire n'est pas prescriptif mais bien descriptif - il constate et compile ses observations, rien d'autres.
C'est encore plus vrai aujourd'hui avec le recours massif aux technologies numériques, où des programmes peuvent surveiller des millions de pages à la place des chercheurs.
Peut-être une comparaison avec les sciences de la nature sera-t-elle encore plus parlante : accusez-vous un mathématicien qui vous explique que 2 et 2 font 4 d'avoir décidé par lui-même et imposé cela ? Non, vous comprenez bien entendu qu'il se borne à vous transmettre un fait, que d'autres avant lui ont constaté et intégré au corpus scientifique : prenez deux crayons, ajoutez-en deux autres et vous obtiendrez quatre crayons. Ce ne sont pas les mathématiques qui le veulent, elles ne font que le constater et vous l'apprendre.
Hé bien ici, c'est pareil. Il n'y a pas de débat "oeuf ou poule" : si vous n'êtes pas contents que le Oxfod english dictionnary liste "bitch" et "hussy" comme synonymes de "woman", luttez pour que cette réalité linguistique constatée par le dictionnaire cesse, au lieu de demander au dictionnaire de cesser de la rapporter.
Car cette dernière approche revient ni plus ni moins à demander à la science de taire / travestir son observation du réel sous prétexte que ce qu'elle révèle ne nous plaît pas...
Vie QuatreSixQuatre
26/11/2019 à 16:31
Bon sang mais c'est bien sûr. Merci Ludovic pour cet éclairage si... éclairant. Mais ne croyez-vous pas quand même qu'un tout petit peu, la mention dans le dictionnaire de synomymes insultants entérine en quelque sorte l'usage. Comment s'offusquer dès lors que la synonimie est actée... par l'élément de référence ? C'est bien dans le dictionnaire qu'on nous apprend à chercher la signification d'un mot. Il y a là un vide, non ?
Ludovic
26/11/2019 à 23:11
Heureux de vous avoir éclairé, Vie QuatreSixQuatre.
Pour répondre à votre question, vous faîtes référence à une forme de biais de l'observateur, bien connu dans les sciences humaines en général et en anthropologie en particulier ; on désigne ainsi le fait que la présence du scientifique puisse fausser les résultats de son observation. Par exemple, imaginez un anthropologue étudiant comment un chasseur d'une tribu amazonienne chasse ; si le chasseur est conscient d'être observé, son comportement ne sera pas exactement le même que s'il était seul (ou en tous cas se croyait seul), les résultats de l'observation de l'anthropologue ne seront donc pas tout à fait "authentiques".
Donc oui, on peut effectivement envisager, comme vous le suggérez, qu'en mentionnant "hussy" comme un synonyme de "woman", le dictionnaire altèrerait le langage de ses lecteurs qui sans cela n'aurait peut-être pas considéré les deux termes comme synonymes.
Toutefois, je pense que cette influence est ici minimale et même négligeable, car je n'imagine pas les individus mal embouchés qui emploient le vocabulaire dont il est question l'apprennant dans le dictionnaire.
Le problème ici, c'est tout simplement celui du respect. Respect de la femme qui en tant qu'être humain n'est pas un produit sexuel (= salope) et a droit au respect comme tout un chacun ; respect de ses interlocuteurs en utilisant un langage correct et non des termes injurieux et vulgaires.
Je ne pense pas qu'enseigner le respect soit le rôle du dictionnaire mais plutôt celui des parents et des enseignants pour les enfants / adolescents puis de la culture à tous les âges de la vie.
Je m'en tiens donc à ma précédente conclusion : demander au dictionnaire de corriger ses observations irait à l'encontre de toute honnêteté intellectuelle et le peu d'impact que cela aurait potentiellement sur le langage ne justifie pas, à mon sens, cette démarche anti-scientifique. Faire disparaître toute mention d'un problème ne résout pas ledit problème... N'en déplaise à Mme Giovanardi, ce n'est pas le dictionnaire qui est sexiste et doit être corrigé mais bien ceux dont il n'a fait que révéler les travers et à mon avis n'ont pas eu besoin de lire l'Oxford english dictionnary pour se forger leur vocabulaire ordurier.
Vie QuatreSixQuatre
27/11/2019 à 09:02
On observe aussi un biais fréquent chez tous les "sachants" qu'on pourrait nommer le syndrôme de la Tour d'Ivoire.
L'analyse scientifique, si elle est nécessaire jusqu'à un certain degré, ne doit, en aucune manière, prendre le pas sur la réalité de la vie des gens.
Le problème, c'est la puissance des lobbies.
Un exemple. Dans le ROBERT, dictionnaire des synonymes et nuances, édition de poche, mai 2006, on trouve, l'entrée suivante :
femme n.f. - 1 - dame . gazelle . gonzesse . meuf . (attribués au langage des jeunes) . mousmé . moukère. (populaires. vieillis) . 2 - poupée . caille . frangine . gosse . môme . pépée . poule . poulette. souris . (familiers) . souris (argot) . 3 - épouse . compagne . dame . bourgeoise . dulcinée . légitime . (familiers, souvent plaisants ). bobonne (familier, péjoratif) . 4 - chipie . furie . harpie . mégère . virago . chameau . dragon . garce . gendarme . panthère . peste . poison . sorcière . tigresse . vieille toupie . vipère (familiers).
A l'entrée "juif"... Ah ben non, elle n'existe pas. Juif n'est pas dans le dictionnaire des synonymes. Ce ne sont pourtant pas les noms d'oiseaux qui manquent, n'est-ce-pas. Et qui ont été utilisés sans vergogne par différentes propagandes. Mais essayez un peu d'écrire dans le dictionnaire des synonymes juif . n.m. 1 - youpin (familier), et observez la levée de boucliers, pour le coup vous aurez une étude scientifique valable.
Je ne suis pas du tout d'accord que "poison" soit le synonyme de femme. On peut l'employer pour un enfant, pour un homme... c'est juste un raccourci de langage pour préciser un ressenti. Idem panthère, sorcière, harpie, mégère... qui ne figureraient surement pas dans cette liste s'il y avait des femmes parmi les rédacteurs, tous très distingués linguistes, des dictionnaires. D'ailleurs, tiens, je propose de réunir un comité entièrement féminin pour travailler sur un dictionnaire des synonymes. Nous pourrons ainsi, scientifiquement, produire un rapport sur les différences et les convergences d'interprétation, selon qu'on est mâle ou femelle, en France, au 21e siècle.
Ludovic
27/11/2019 à 15:15
Le Robert auquel vous vous référez ne contient peut-être pas d'entrée "Juif" mais celui du CRISCO (que j'emploie pour ma part) en a bien une et mentionne même votre exemple.
https://crisco2.unicaen.fr/des/synonymes/juif
Je ne sais comment expliquer cette différence, la seule hypothèse qui me vienne est que l'éditeur du Robert a pu craindre un procès pour incitation à la haine au vu de la sensibilité du sujet.
Pour répondre à votre dernier paragraphe, il semblerait que mon explication précédente sur le travail du chercheur en syonymie n'ait pas été aussi claire que je l'espérais.
Vous n'avez peut-être jamais employé le terme "poison" pour désigner une femme mais le dictionnaire des synonymes (et les chercheurs qui l'ont compilé) ne se fondent pas sur votre seul langage. S'ils ont mentionné "poison" comme synonyme possible de "femme", c'est qu'un nombre significatif de cas de cet emploi a été relevé. C'est tout. Effectivement, les auteurs de cet emploi du mot faisaient une métaphore pour exprimer leur ressenti, métaphore qui peut être appliquée à d'autres sujets (comme des hommes et des enfants, oui), ce que vous confirmerez en vous rendent à l'entrée "empoisonner" d'un dictionnaire qui mentionnera que ce verbe peut désigner un comportement pénible.
https://larousse.fr/dictionnaires/francais/empoisonner/28975?q=empoisonner#28852
Un synonyme n'est jamais absolu et dépend de son contexte : il ne s'agit pas de dire que vous pouvez indifféremment utiliser "poison" à la place de femme, simplement de constater que dans certains cas, le locuteur le fait.
Il s'agit donc encore une fois d'un travail d'observation et de compilation de données factuelles, il n'y a pas ici d'interprétation. Le genre de l'observateur n'a pas d'influence dessus - à moins que vous ne postuliez que le globe oculaire diffère entre l'homme et la femme et qu'ils ne voient donc pas les mêmes mots. Pour ma part, je soutiens que les deux sexes sont également capables de raisonnement, faculté fondatrice du travail scientifique.
Vous noterez au passage que la société éditrice du dictionnaire incriminé dans l'article a répondu aux reproches par la bouche de sa responsable de stratégie lexicale, Katherine Connor Martin... une femme.
Vie QuatreSixQuatre
27/11/2019 à 16:12
Soit ! Dans cas le Robert des synonymes de 2006 devait être un cas isolé... Il n'y a qu'à y lire l'entrée "homme" pour s'en assurer... Deux poids, deux mesures... C'est tellement évident ! C'est tellement passé dans les moeurs ! Le chemin est encore long...
Ludovic
27/11/2019 à 18:07
Ne mélangez pas tout (et ne déformez pas mes propos s'il vous plaît) : je n'ai pas dit que le sexisme n'existait pas, que personne n'employait un langage sexiste et que nos moeurs avaient enfin dépassé cette triste phase.
En revanche, ce que j'essaye de vous expliquer, c'est que les linguistes ne se basent pas sur leur langage ou leur point de vue personnels pour rédiger un dictionnaire mais sur des observations globales du langage en vigueur dans notre société. Accusez-vous le témoin d'un vol d'être un voleur ou le reconnaissez-vous pour ce qu'il est - un témoin ? Et allez-vous lui interdire de témoigner sous prétexte que cela donne de la publicité au vol ?
Cet échange semble avoir abouti dans une impasse et pour conclure de mon côté, j'évoquerai encore une fois la réponse faite par Mme Martin citée dans l'article : le dictionnaire n'est pas prescriptif mais bien descriptif. A ce titre, ce n'est pas lui qui est sexiste mais certains des individus qu'il a observés ; ce sont donc eux qui doivent changer.
g
15/02/2021 à 02:33
fiou,merci