Le débat agite presse, réseaux sociaux et conversations à distance : après avoir sommé les librairies de fermer à l'annonce du confinement, et autorisé grandes surfaces et Fnac à rester ouverts, le gouvernement est revenu sur ses décisions : Fnac et grandes surfaces ont désormais obligation de fermer, pendant que les librairies sont cantonnées au "clique et collecte" et livraisons. Christian Thorel (Librairie Ombres blanches - Toulouse) lance un vibrant plaidoyer pour ce commerce unique en son genre, que nous publions dans son intégralité.
Le 01/11/2020 à 10:45 par Auteur invité
14 Réactions | 0 Partages
Publié le :
01/11/2020 à 10:45
14
Commentaires
0
Partages
[NDLR : le texte a été rédigé en deux temps : après l'annonce du confinement et de la fermeture des commerces non essentiels, puis après l'annonce de la fermeture des rayons livres des Fnac et autres grandes surfaces.]
Le 29 octobre 2020
Nous, libraires, sommes sortis avec un espoir modéré pour la reprise de nos activités, après les deux mois de fermeture de mars et avril. Si nous avions mesuré, par les nombreuses marques d’attention, combien le livre avait conservé sa place dans l’espace des besoins de chaque citoyen de notre pays, nous ne nous doutions pas d’une aussi grande aspiration à pouvoir disposer de lectures en bibliothèques et en librairies. C’est avec un appétit aiguisé par les lectures du confinement que les lecteurs en sont sortis. Ainsi, de par une liberté attendue et retrouvée (provisoirement), jamais la fréquentation des jours du printemps et de l’été n’avait été aussi dense, aussi joyeuse et grave à la fois, mais surtout n’avait été aussi responsable. Le besoin de lire, celui de comprendre, celui d’imaginer, ont su s’unir harmonieusement à tous les usages, à tous les besoins de nos vies ensemble.
Malheureusement, la circulation prévisible du virus qui nous court après contraint à un nouveau confinement. Nous ne pouvons que prendre acte de toutes les mesures de prudence sanitaire afin de rendre à la société les meilleurs équilibres entre santé publique et nécessités économiques. Pour autant, tout le « secteur » de la culture et de l’art, théâtres, cinémas, musées, galeries, commerces culturels, paie injustement la note procédant d’une certaine incurie, aujourd’hui évidente, celle d’un laisser-aller estival où la proximité se dissolvait progressivement dans l’oubli des maladies de l’hiver. Injustement, car cinémas, théâtres, musées, bibliothèques et librairies organisèrent, répétons-le, des espaces régulés où les conditions sanitaires n’ont entravé aucune liberté, afin de préserver l’essentiel, celui de l’accès à toutes les expressions, à tous les savoirs. A-t-on détecté le moindre « cluster » dans une librairie, dans un cinéma, dans un musée, dans un théâtre ? Ici, à Ombres blanches, la reprise coordonnée de rencontres et de débats dès les premiers jours de septembre, se fit dans le compromis des « gestes barrières » et en intelligence avec un public en attente de se réunir sans qu’il se sente en danger. C’est cela que nous avions enregistré des préconisations progressives du gouvernement. Aujourd’hui, les mesures drastiques qu’il a ordonnées nous apparaissent comme illisibles. Le débat, très médiatisé, sur l’exception attendue pour l’ouverture de nos commerces de livres, n’aurait pas dû poser autant de questions, surtout au regard de ces six mois d’expériences qui viennent de s’écouler et des preuves que nous avons su donner.
Gagner le droit d'ouvrir nos librairies eût été une petite victoire, et peut-être une iniquité par rapport à d'autres secteurs du commerce. Mais ne pas pouvoir ouvrir alors que la grande distribution peut vendre des livres, alors que la Fnac a eu le nez de faire voisiner des livres et des ordinateurs, c'est une mauvaise défaite. Et une injustice. A moins que la destination du message du Président et de son gouvernement ne soit le choix délibéré d’internet et de l’informatique comme seuls supports d’avenir pour la diffusion de la culture, comment comprendre que la liberté de commercialisation soit donnée aux équipements informatiques et à leurs diffuseurs ? Comment comprendre aussi une certaine obstination à vouloir réduire notre commerce à la dimension d’un seul service en voulant lui donner les moyens de renforcer ses capacités à trouver sa place sur internet ? Ce mode de consommation dont les conséquences sociales et environnementales sont désastreuses a-t-il besoin d’un nouveau soutien dans ce temps de crise ? Les géants de l’internet sont-ils mis à contribution pour boucher le trou abyssal du déficit budgétaire ?
Au contraire, la représentation d’un monde immuable, celui de la ville et de son histoire, a su s’imposer dans le retour trop fragile à la vie collective. Le « miracle » des librairies depuis le 11 mai dernier a eu plusieurs enseignements : celui de l’existence d’un commerce spécifique élu par ses lecteurs comme indispensable à la vie sociale, celui d’un commerce emblématique de centre-ville dont la mise en lumière rejaillit sur l’ensemble des commerces des rues de nos cités, trop souvent malades de l’abus des périphéries et de leurs constructions en bardage, futures ruines d’une urbanisation anomique et disgracieuse. Il convient d’ajouter l’essentiel qui est pour la librairie d’être les lieux où la production de la diversité trouve son seul asile, et particulièrement tous ces livres dont les espoirs de vente ne dépassent jamais les 5000 exemplaires. C’est cette vie des lettres et des savoirs qui donne son éclat à notre commerce et qui est plébiscitée par nos visiteurs, à nouveau renvoyés à leur solitude et à l’illusion de leurs écrans. La vie de demain ne peut en aucun cas se résoudre dans la pratique des claviers et des serrures de nos portes, dans les instants où elles seront ouvertes à nos livreurs, nouveaux esclaves de nos échanges. Vivre reste user de son corps, se mouvoir, bouger, circuler, agiter tous ses sens.
Amazon va renforcer encore sa capacité de prédation, pendant que la Fnac va pouvoir redorer son image passablement décolorée dans le commerce des livres, et dont les méthodes de gestion l’avaient progressivement éloignée (1). Les librairies ont besoin d’ouvrir, non seulement pour assurer l’avenir de leurs équilibres économique et financier, mais aussi parce qu’elles ne peuvent pas laisser la concurrence prendre le pas sur leur activité et effacer en quelques jours ce que leur fermeture provisoire a installé comme une impérieuse nécessité, celle d’un lien unique entre une production et sa diffusion. C’est un besoin, et aussi et désormais un droit. J'ai peur qu'il y ait beaucoup plus d'amertume encore dans tous les secteurs de la culture, si celui du livre se sent floué, qui avait un peu et jusqu’alors échappé à ce sentiment.
Mise à jour du 1er novembre 2020
(1) A la suite d’un débat dans les médias et de rencontres entre représentants du secteur (SLF, SNE, Ministères de la Culture et de l’Economie), la Fnac et les hypermarchés ont reçu le 30 au soir l’interdiction de vendre des livres…C’est une bien mince et équivoque victoire que celle qui condamne les livres au silence des tables et des étagères, à l’exception des rayonnages d’Amazon, qui continue à étendre sur le monde de l’édition les conditions d’un monopole et sa capacité de nuisance. Bruno Lemaire, Ministre de l’Economie, prétend soutenir la filière librairie en soutenant son adaptation au monde numérique. Le commerce en ligne pour les libraires est désormais un devoir, certes, mais c’est celui d’un simple service aux vertus consistant à donner à tous nos lecteurs des alternatives au géant américain. Car nous ne voulons pas oublier l’essentiel, qui est faire commerce des livres, les diffuser, faire savoir, créer pour les plus silencieux d’entre eux le son nécessaire à les faire connaître. La rue et la ville, le village, la place publique restent les lieux les plus adaptés à l’œil et à l’oreille pour lire, aux mains pour se saisir du papier.
Messieurs les ministres, messieurs les docteurs du Comité scientifique à qui nous devons beaucoup, ne laissez pas les lecteurs sans la liberté du choix du lieu de leurs lectures futures. Vous avez, comme eux, besoin de nos librairies, mais c’est vous qui avez la clé des serrures qui en permettent l’ouverture !
Illustration : Ombres blanches sur Facebook
Par Auteur invité
Contact : contact@actualitte.com
Plus d'articles sur le même thème
À l’occasion de la 4e édition du festival Read & Shine, ActuaLitté ouvre ses colonnes à Déli, fondatrice d’Overbookées. Elle revient sur la naissance de ce rendez-vous dédié aux littératures et savoirs féministes et antiracistes, sur la nécessité de faire entendre des voix encore marginalisées dans l’édition, et sur les enjeux d’une nouvelle édition placée sous le signe des « Mémoires pour les lendemains ».
09/09/2026, 13:56
Combien vaut le temps consacré à un livre ? Dans l’illustration jeunesse comme dans la bande dessinée, la question se pose avec acuité lorsque des rémunérations modestes conduisent à multiplier les projets. Ni procès des petits éditeurs, ni reproche adressé aux artistes : c’est la mécanique économique qui mérite d’être interrogée. Michel Demeulenaere, fondateur des éditions Mijade, partage ici quelques-uns de ses propres questionnements.
08/09/2026, 17:02
Les Éditions Syllepse et le chercheur et militant internationaliste Joseph Daher dénoncent la saisie puis la destruction d’un exemplaire du Hezbollah. Un fondamentalisme religieux à l’épreuve du néolibéralisme lors d’une perquisition visant Nicolas Shahshahani, vice-président d’Europalestine, dans le cadre d’une enquête pour « apologie du terrorisme ».
03/09/2026, 17:54
La facturation électronique, entrée en vigueur le 1er septembre 2026, promet de simplifier la vie des entreprises. Pour Guilhem Méric, auteur indépendant, elle risque au contraire d’ajouter une contrainte de plus à des créateurs déjà fragilisés par la précarité économique et la concurrence de l’intelligence artificielle générative. Le départ d’un illustrateur avec lequel il travaillait interroge une réforme qui, selon lui, fait peser une part croissante de ses exigences sur les plus petites structures du monde du livre.
02/09/2026, 15:59
Après l’avis négatif rendu sur la demande de label Librairie indépendante de référence déposée en 2026 par La Griffe Noire, les soutiens de la librairie interrogent désormais moins son indépendance que le fonctionnement même du dispositif.
31/08/2026, 14:00
L'effondrement de Makassar a agi comme un révélateur des fragilités de la diffusion-distribution indépendante. Dans cette tribune, Christophe d’Estais interroge l’ensemble de la chaîne du livre : éditeurs et libraires sont-ils prêts à assumer collectivement le coût de l’indépendance, de la spécialisation, du temps consacré aux textes et d’une logistique moins industrielle ?
03/08/2026, 12:11
Plus de 31 millions € : telle est la somme correspondant aux « précomptes prescrits », des cotisations sociales versées par des diffuseurs pour des artistes-auteurs bénéficiaires, qui n'ont finalement jamais reçu cette somme, faute d'identification. La Maison des Artistes et le syndicat Solidarité Maison des Artistes - CFDT (SMdA-CFDT) proposent, dans une tribune, de mettre ces moyens dans un « Fonds solidaire pour les artistes ».
03/08/2026, 09:29
Parlant d'abord de « convergence », le ministère de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Espace a confirmé la fusion à venir de l'Agence bibliographique de l'enseignement supérieur (Abes) et de l’Agence de mutualisation des universités et des établissements d’enseignement supérieur ou de recherche et de support à l’enseignement supérieur ou à la recherche (Amue). Un projet qui suscite questionnements et inquiétudes : l'intersyndicale Abes interpelle, dans une lettre ouverte reproduite ci-dessous, Philippe Baptiste, ministre de l'ESRE.
24/07/2026, 10:49
La situation économique du distributeur-diffuseur Makassar, partenaire d'un grand nombre de maisons d'édition indépendantes, met en danger un grand nombre de structures, qui ne recevront pas de paiement pour des ouvrages vendus. Dans une tribune, le Syndicat de l'édition alternative appelle les pouvoirs publics à agir rapidement pour préserver la bibliodiversité, par la mise en place d'un fonds de soutien exceptionnel.
22/07/2026, 09:29
Le secteur du livre, en France, connaît un fort repli économique, provoqué par une baisse générale des ventes de livres et une concentration des achats sur un nombre restreint de titres. Les structures indépendantes, librairies ou maisons d'édition, sont particulièrement vulnérables, si bien que de nouvelles organisations émergent. Sandrine et Yannick Roudaut, co-fondateur.es des Éditions La Mer Salée ont ainsi fait le choix de la structure coopérative, bien commun des lecteurs et lectrices. Ils s'en expliquent dans un texte reproduit ci-dessous en intégralité.
10/07/2026, 10:58
Lors des festivités de la Saint-Jean, à Mont-Saint-Aignan, un grand livre en bois a été brûlé pour célébrer les 60 ans de l’Université de Rouen. ActuaLitté donne la parole à plusieurs universitaires, chercheurs et intellectuels, qui s’interrogent sur la portée symbolique d’un tel geste : peut-on célébrer le savoir en mettant en scène la destruction de l’un de ses symboles les plus forts ?
24/06/2026, 12:28
Avignon Festival & Compagnies, qui accompagne le festival Off Avignon, dénonce la déprogrammation à Castres de Passeport, pièce d’Alexis Michalik, par le maire RN Florian Azéma. L’association y voit une décision politique et idéologique, contraire à la liberté de création et de diffusion, et affirme son soutien à l’auteur comme à ses équipes.
23/06/2026, 17:42
Alors que Grasset sombre dans l’idéologie, que le mouvement de protestation contre l’instrumentalisation de grandes maisons d’édition au service d’une radicalisation politique et sociale voit le jour, il est grand temps de rendre nos indépendances plus visibles. Je crois en cette urgence, en cette nécessité d’afficher notre fierté (une notion peu mobilisée dans le secteur éditorial) d’être indé. Par Étienne Galliand, éditeur.
19/06/2026, 10:44
L’intelligence artificielle est généralement présentée comme une révolution technologique. On la décrit comme un ensemble d’algorithmes, de modèles statistiques ou d’infrastructures informatiques. Pourtant, cette définition technique ne suffit pas à expliquer l’intensité des passions qu’elle suscite. Par Bertrand Jouvenot.
17/06/2026, 12:52
Entre les combats parlementaires autour de la loi Bichet, en 1947, et le récent rejet au Sénat, d’un amendement visant à renforcer le lien de confiance entre auteurs et éditeurs, l'historien Jean-Yves Mollier établit un fameux parallèle. Dans une tribune communiquée à ActuaLitté, il y voit la persistance d’une influence d’Hachette sur la fabrique de la loi, et interroge les effets démocratiques de la concentration éditoriale et médiatique.
12/06/2026, 11:51
Quatre ans après son lancement, le Paris Book Market s’impose comme un rendez-vous majeur du commerce international des droits. Pierre Astier et Laure Pécher saluent ce succès dans un texte adressé à ActuaLitté... Tout en appelant à ouvrir plus largement l’événement aux agents, scouts et professionnels étrangers qui gravitent déjà autour de la place parisienne.
08/06/2026, 11:47
Guilhem Méric, auteur de romans de l’imaginaire, analyse les difficultés croissantes du monde du livre. Entre baisse des ventes, concurrence des écrans et transformation des usages culturels, il alerte sur une crise de l’attention qui touche aujourd’hui toute la chaîne de l’édition.
05/06/2026, 16:57
La vente en ligne a changé d’échelle. Pour rester visibles, les librairies indépendantes doivent-
elles construire une puissance collective ? Renny Aupetit, propriétaire de la librairie Le Comptoir des Lettres (Paris, 5e), pose la question.
04/06/2026, 11:47
Tout le secteur du livre s'interroge aujourd'hui sur la place des librairies indépendantes face à la montée de l’extrême droite, le poids du groupe Bolloré dans l’édition et la responsabilité des libraires dans la défense du pluralisme démocratique. Dans ce texte proposé par Christophe Marie, co-gérant de la librairie Au saut du livre, à Joigny, dans l’Yonne, tout un pan de l'industrie du livre est questionné. Et ses clients avec lui.
21/05/2026, 10:21
Les auteurs Grasset ont initié ce 13 mai les Etats généraux de l'édition, devenus Etats généreux – s'inscrivant dans le sillage des actions menées par les auteurs de Fayard pour la récupération de leurs droits. A ce titre, l'universitaire Jean-Yves Mollier intervenait au théâtre de la Concorde où nom de 87 autres écrivains de la maison, mais également pour présenter son propre combat.
14/05/2026, 09:03
Après l’« affaire Nora » et le placement en redressement judiciaire de Gibert Joseph, Francis Kapétanovic, fondateur des éditions Abak, interroge l’effet ciseaux qui frappe les librairies indépendantes — baisse des ventes de livres neufs, hausse des coûts fixes — et les pistes possibles pour sortir de l’ornière. ActuaLitté lui donne la parole.
13/05/2026, 17:18
Le sociologue Mustapha Saha et l'archéologue Youssef Bokbot alertent sur le devenir de Sijilmassa, ancienne cité caravanière du Tafilalet et haut lieu de la mémoire maghrébine. Face à un projet d’aménagement touristique et muséal jugé destructeur, ils dénoncent une atteinte irréversible aux vestiges encore enfouis. Le texte plaide pour l’arrêt du chantier, la poursuite des fouilles archéologiques et une approche respectueuse des équilibres historiques, écologiques et humains du site.
11/05/2026, 14:44
La fronde des auteurs et autrices des éditions Grasset choqués par le limogeage du PDG Olivier Nora, ordonné par l'actionnaire Vincent Bolloré, a ouvert tout un champ de réflexion et d'interrogations quant au manque de protections des écrivains face aux maisons d'édition et leurs propriétaires. Les membres de la Scam et les lauréats et lauréates du Prix Albert Londres affirment leur solidarité, dans un texte reproduit ci-dessous.
07/05/2026, 13:13
Le limogeage d'Olivier Nora, ex-PDG de Grasset, par Vincent Bolloré a mis en lumière la puissance de l'actionnaire, mais aussi la faiblesse de l'auteur dans la relation contractuelle avec une maison ou un groupe d'édition. Dans un texte reproduit ci-dessous, le Conseil Permanent des Écrivains (CPE) appelle les pouvoirs publics à agir pour renforcer le droit d'auteur, via plusieurs mesures.
05/05/2026, 12:14
Après l’adoption unanime, le 8 avril, d’une proposition de loi instaurant une présomption d’utilisation des contenus culturels par les fournisseurs d’IA, 81 organisations de la culture, de la presse et de la création interpellent les députés. Elles défendent un marché de licences volontaires, fondé sur l’autorisation, la transparence et la rémunération, face à ce qu’elles décrivent comme un pillage généralisé des œuvres protégées.
05/05/2026, 10:38
Une proposition de loi visant à instaurer une présomption d’utilisation des œuvres par les systèmes d’intelligence artificielle, dans un contexte de débats sur l’entraînement des IA à partir de contenus culturels protégés, doit encore être inscrite à l’ordre du jour de l’Assemblée nationale. Le Syndicat national de l’édition (SNE) souscrit à une tribune collective appelant les députés à examiner sans délai ce texte, déjà adopté par le Sénat.
28/04/2026, 10:27
Au cœur d'une époque particulièrement anxiogène, la fermeture d'une librairie pourrait passer inaperçue. L'événement n'est toutefois pas anodin, parce que la librairie n'est pas un commerce comme les autres. À l'heure où les difficultés s'accumulent pour le secteur, le témoignage publié ci-dessous vient rappeler ce que ces commerces ont de si spécial, et ce que l'on perd, collectivement, avec l'abaissement définitif du rideau.
28/04/2026, 09:39
La crise ouverte chez Éditions Grasset, après l’éviction d’Olivier Nora dans un contexte de reprise par Vincent Bolloré, suscite une riposte politique et intellectuelle. Trois acteurs liés aux Éditions Syllepse et au Réseau Bastille avancent une hypothèse radicale : transformer l’éditeur en coopérative pour préserver le pluralisme.
27/04/2026, 16:41
Le licenciement d'Olivier Nora par Vincent Bolloré et le mouvement de départ de plusieurs centaines d'auteurs de la maison d'édition Grasset, en guise de protestation, a jeté la lumière sur la fragilité de l'indépendance éditoriale. La Ligue des auteurs professionnels et la Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse rappellent, dans un texte publié ci-dessous, que les créateurs restent bien peu protégés face à la puissance des groupes éditoriaux.
27/04/2026, 16:02
L'industrie du livre deviendra-t-elle enfin un échosystème ? Un espace collectif, commun, en mesure de faire corps pour assurer sa pérennité. Jérôme Sion, président de L'Agence Unique, Occitanie Culture adresse à ActuaLitté une tribune exhortant les professionnels à « garantir leur liberté collective ». Une adresse autant qu'un espoir.
24/04/2026, 20:32
Ce 23 avril marque la journée mondiale du livre, l'occasion d'en ouvrir un et de profiter des bienfaits de la lecture. Mais cette activité reste très limitée pour les personnes atteintes d'une déficience visuelle, qui ne peuvent pas lire des ouvrages imprimés d'une manière standardisée. La Fédération des Aveugles et Amblyopes de France rappelle, dans un texte reproduit ci-dessous, les obstacles auxquels ils font face, ainsi que le manque de volonté politique pour lever ces barrières.
23/04/2026, 15:56
Partir, oui, mais où ? La Fédération interrégionale du livre et de la lecture (Fill) annonce son soutien aux nombreux auteurs et autrices souhaitant quitter leur maison pour rejoindre les « 4000 maisons d’édition indépendantes » et faire vivre autrement le livre et la création. Quitter les grandes maisons pour une édition plus indépendante : tel est le pari de la Fill.
22/04/2026, 12:08
En janvier, l’intersyndicale réunissant une trentaine d’organisations réagissait déjà à un courrier de l’URSSAF : « Artistes-auteurs : ce qui change pour votre protection sociale en 2026 ! ». Quelques mois plus tard, le ministère de la Culture présente un projet de décret d’application de la réforme, vivement contesté par les organisations, qui y voient un détournement du vote des députés. Le texte de l'organisation est reproduit en intégralité ci-dessous.
22/04/2026, 11:06
Le Conseil permanent des écrivains (CPE) alerte sur les effets de la concentration croissante dans l’édition, relancée par l’éviction d’Olivier Nora chez Grasset. Dans une tribune reproduite ci-dessous, l’organisation appelle à adapter le cadre légal et à rouvrir les discussions avec les éditeurs, notamment sur les contrats d’auteur, la durée des cessions de droits et le respect du droit moral.
21/04/2026, 16:03
Un collectif d'auteurs des éditions Grasset Jeunesses se mobilise à travers une tribune pour soutenir « la liberté de création [qui] est indispensable aux bons livres ». Alors que la maison fait l'objet d'une attention médiatique à la hauteur de ce qu'elle traverse, ActuaLitté publie leur texte en intégralité.
21/04/2026, 15:31
Exclusif – Vice-présidente du Sénat, membre de la commission culture, éducation et communication, la sénatrice Sylvie Robert (Ille-et-Vilaine, groupe Socialiste, Écologiste et Républicain) appelle aussi de ses vœux, après les événements au sein du groupe Hachette, à la création d'une clause de conscience pour les auteurs. Mais cet ajout au contrat d'édition ne pourra se faire rapidement qu'avec le soutien du gouvernement, qu'elle interpelle par un courrier à Catherine Pégard, ministre de la Culture. Il est reproduit ci-dessous, en intégralité.
21/04/2026, 08:35
Autres articles de la rubrique À la loupe
Clinique sauvage, c'est le nom de la chronique que Salim Rzin, psychanalyste et essayiste, ethnoclinicien et praticien en psychosomatique, inaugure pour la rentrée dans nos colonnes. Pour ce premier texte, Tanger devient le point de départ d’une réflexion sur l’exil, la perte et ce « deuil blanc » qui maintient parfois l’adulte sur une rive intérieure qu’il ne parvient plus à rejoindre. Entre psychanalyse, littérature et cinéma, il interroge ce qui demeure vivant en nous lorsque le désir semble s’être retiré.
09/09/2026, 12:48
À 25 ans, quatre années de librairie derrière elle et un salaire toujours au Smic, une jeune libraire venue débrayer ce mardi 8 septembre résume en quelques phrases ce qui pousse une partie de la profession à tenter un exercice encore inhabituel : la grève.
08/09/2026, 18:33
« Car le mot, qu’on le sache, est un être vivant. » Dans une maisonnette en pierre, surveillée par une rose trémière jaune, dans le silence du matin, je pose sur la table une tasse en porcelaine blanche, remplie d’un café noir, et j’ouvre Les Travailleurs de la mer de Victor Hugo. Je le fais le premier matin, et je ferai ainsi chaque matin de la semaine passée à Guernesey. Suivez la guide...
07/09/2026, 17:25
En 1988, une rencontre improbable se produit chez Marvel. Stan Lee reprend le personnage dont il avait façonné la voix vingt ans plus tôt ; face à lui, Moebius, maître de la science-fiction européenne, accepte de se plier aux contraintes du comic book américain. À peine cinquante pages plus tard, Silver Surfer: Parable a transformé le combat entre Galactus et son ancien héraut en réflexion sur la foi, le pouvoir et la liberté.
05/09/2026, 11:50
Les élèves ont repris le chemin de l’école ce 1er septembre 2026. Pour certains enseignants, la rentrée pourrait tourner court. Expérience autoritaire, lancer d’élèves, fascination fasciste, bacchanale et cours particulier achevé au couteau : les dossiers ont ébranlé les services de l'Inspection. Pour l'Éducation nationale, une question : peut-on vraiment les laisser poursuivre ?
05/09/2026, 06:00
Carrefour des civilisations, théâtre où se sont jouées les destinées de l'Orient et de l'Occident, Istanbul a fasciné des générations d'écrivains français qui, du XVIIe au XXe siècle, ont tenté de refléter dans leurs œuvres l'indicible beauté de cette cité millénaire. Par Amel Aït-Hamouda.
04/09/2026, 14:58
À l'occasion de la sortie de son premier thriller (SexOD - juin 2026 - Patchenco éditions), que ActuaLitté vient de chroniquer, Patrick Collignon a bien voulu répondre à nos questions. On y apprend notamment que si l'écrivain belge a choisi de placer l'intrigue de son roman à Stockholm, ce n'est pas tout à fait par hasard ou pour suivre la mode !
03/09/2026, 18:13
Exclusif - Après avoir identifié protéines, médicaments ou autres résidus sur les documents de Vlad III, Jack London, Casanova et Alessandro Volta, l’équipe de Gleb et Svetlana Zilberstein veut franchir une nouvelle étape. Son « Cabilly Project » associe données biochimiques, archives et intelligence artificielle pour générer des hypothèses historiques. ActuaLitté révèle aussi l’existence de travaux, encore non publiés, sur André Malraux, Stendhal et Marcel Proust.
03/09/2026, 17:07
Exclusif - Un manuscrit de professeur refusé chez Gallimard, le roman d'un ex-professeur publié trois ans plus tard par la maison et de l'un à l'autre ouvrage des scènes, motifs et références parfois voisins. La comparaison de Grand Poisson, de Fabrice Sanchez (Plon, août 2025), avec La solitude des professeurs est infinie, de Yannick Haenel (Gallimard, août 2026), ne révèle pas de contrefaçon, mais soulève quelques sourcils.
02/09/2026, 17:01
Un roman s’écrit avec des mots, une partition de musique avec des notes, et pour la danse ? Comment expliquer à des danseurs et danseuses les mouvements imaginés par un ou une chorégraphe, des intentions scénographiques qui soient intelligibles par tous et mémorisables. Rencontre avec Myriam Gourfink, danseuse, chorégraphe, riche d’un parcours international, reconnue et très appréciée pour son travail de recherche chorégraphique.
02/09/2026, 15:56
Avec Éduquer contre l’exclusion et le harcèlement – Méthode et outils pédagogiques adaptés au programme EVAR, paru aux éditions Dangles, Chloé Ségneré s’adresse aux enfants de 4 à 7 ans, mais aussi aux adultes qui les accompagnent. Sa méthode Empatikids passe par les émotions, le respect des limites, le consentement ou encore la sécurité pour tenter d’agir avant que les situations d’exclusion ou de harcèlement ne s’installent.
01/09/2026, 17:32
Le 7 août 2026, ActuaLitté publiait l’article Comment la souffrance a forgé le jeune Artaud, version abrégée, sans photographies ni appareil de sources, de l'étude d'Ilios Chailly, Une géographie de la souffrance : les cures d’Antonin Artaud, de La Rouguière au Chanet, 1915-1919. Florence de Mèredieu, biographe d’Antonin Artaud, a réagi à cet article dans les commentaires. Quelques échanges ont suivi. Ilios Chailly propose ici une réponse plus développée, pour revenir point par point sur les questions soulevées.
01/09/2026, 17:05
Au XXe siècle, les écrivains français n’ont pas seulement lu Les Mille et Une Nuits : ils s’en sont emparés comme d’un modèle d’écriture. De la mémoire proustienne à l’ambition romanesque de Perec, en passant par le merveilleux surréaliste et la figure de Shéhérazade devenue symbole de résistance, ce recueil sans auteur ni fin a profondément travaillé l’imaginaire littéraire. Par Amel Aït-Hamouda.
31/08/2026, 17:44
Romancière, poétesse, psychanalyste et traductrice franco-suédoise, Kristina Ifwarson vient de cosigner avec l’éditeur Olivier Gallon la traduction d’un texte de Stig Dagerman inédit en français : Le Jour dernier. Parue de son vivant en 1952, cette pièce radiophonique est l’ultime œuvre de Stig Dagerman. Qu’est-ce qui fait la singularité de ce texte ? Pourquoi a-t-il été « oublié » jusqu’ici en Suède ? Et comment cette traduction pourrait-elle renouveler notre lecture de l’œuvre de Stig Dagerman ? Le point avec Kristina Ifwarson. Par Karim El Haddady.
31/08/2026, 17:11
Voilà des semaines et des mois, des années bientôt qu'elle trône au sommet des meilleures ventes, au point qu'on ne sache plus trop comment s'en dépatouiller... Un peu comme dans ses livres : Freida McFadden connaît la fin avant de commencer. Le retournement vient d’abord et le roman s’organise en fonction. Indices, fausses pistes, silences, informations données trop tôt pour être comprises : tout permet au lecteur de voir après coup ce qu’il n’avait pas vu venir. Mais comment ?
29/08/2026, 10:00
Après neuf mois de silence, Elsa donne enfin de ses nouvelles. Et il s’en est passé, des choses : une grossesse, une année cabossée, des bibliothèques à trier, une pile à lire toujours bien garnie et une tentative très sérieuse de remplacer le doomscrolling par 100 pages quotidiennes. Avec, au passage, trois lectures qu’elle avait laissées dormir beaucoup trop longtemps.
29/08/2026, 09:00
On a longtemps cru qu’un livre abandonné sur une table de librairie souffrait en silence. Erreur. Il regarde les autres partir. Le prix littéraire avec son lecteur pressé, la romance dans un tote bag, le polar sous le bras de quelqu’un qui assure « ne lire que du vrai ». Lui reste là, tranche vers le public, à feindre l’indifférence.
29/08/2026, 08:00
Le 5 mai 2026, jour de naissance de Karl Marx, Clémentine Mélois a dû mourir pour obtenir le droit de démissionner. À 18h16 exactement, au café L’Arrêt, anciennement L’Espérance, dans le VIIe arrondissement de Paris, l’écrivaine et plasticienne a retrouvé, selon sa propre formule, sa « liberté de manœuvre pour l’éternité ».
28/08/2026, 17:22
Pour sa 17e édition, Le Livre sur les quais cherche à renouveler ses formes sans perdre ce qui fait son identité. À Morges, Adélaïde Fabre défend un festival plus participatif, ouvert aux autres arts et aux nouveaux publics, mais toujours construit autour de la rencontre et de la transmission.
27/08/2026, 16:45
Douze tomes, 16.900 pages… Publié en intégralité par L’Âge d’Homme entre 1976 et 1994, le Journal intime d’Henri-Frédéric Amiel (1821-1881), aujourd’hui revendu fort cher sur le marché de l’occasion, demeure peu lu, du moins en intégralité. Agrégée, docteure ès lettres, Géraldine Sauquet a, en quelque sorte, débroussaillé l’épais maquis de ce texte total, récit intime de quatre décennies, histoire de la vie quelque peu terne d’un professeur genevois, extrêmement cultivé, séduisant physiquement, mais miné par une timidité et une aboulie pathologiques. Par Étienne Ruhaud.
26/08/2026, 18:22
Pensées pour être regardées sur un smartphone, les fictions verticales ne se cantonnent plus aux productions amateurs des réseaux sociaux. France Télévisions et Arte investissent désormais ce terrain, où la brièveté impose ses propres règles : installer une situation immédiatement, caractériser un personnage en quelques secondes, concentrer les dialogues et maintenir le récit sous tension. Une autre manière d’écrire la fiction ?
25/08/2026, 11:11
Marathons, bains glacés, yoga, sommeil surveillé, alimentation contrôlée : et si nos disciplines du corps avaient pris la place des anciens rituels ? Dans cette « Petite anthropologie du Dépassement », Salim Rzin observe comment la quête de performance, de purification et de maîtrise transforme le corps en refuge, en temple et en territoire moral, jusqu’à faire surgir la figure du « nano-démon », menace intérieure qu’il faudrait maintenir en sommeil.
25/08/2026, 09:09
Pourquoi le retour au travail suffit-il parfois à faire ressurgir stress, ruminations et boule au ventre, avant même d’avoir rouvert sa boîte mail ? Après les vacances, le changement de rythme, les contraintes et l’anticipation peuvent réactiver l’anxiété, sans forcément révéler un rejet de son métier. Dans L’Anxiété dédramatisée (Piktos Poche), Mélissa Manacorda propose de comprendre ces mécanismes et livre des pistes concrètes pour reprendre sans laisser l’angoisse occuper toute la place.
25/08/2026, 09:05
Les compagnies aériennes sont formelles : au-delà de 23 kilos, il faut payer un supplément. La littérature, beaucoup moins regardante, autorise ses personnages à embarquer avec une enfance traumatique, trois générations de non-dits, un père mort, plusieurs amours compliquées et parfois une résurrection complète. Au retour des vacances, il était temps que quelqu’un contrôle tout cela.
22/08/2026, 11:05
Il fallait bien que quelqu’un finisse par manquer de bienveillance envers la bienveillance. Le psychanalyste Jean-Charles Bettan s’y risque ici, en prenant au sérieux ce que nos précautions, nos bons sentiments et notre vocabulaire soigneusement capitonné disent de notre rapport au conflit. Une humeur volontairement piquante, où la politesse des mots se retrouve priée de s’allonger sur le divan.
22/08/2026, 10:05
Si Flaubert, Chateaubriand ou Nerval ont construit l’Orient rêvé du XIXe siècle, des écrivaines-voyageuses en ont, elles, franchi les portes closes. De Lady Montagu à Isabelle Eberhardt, elles ont observé l’intimité des harems et la vie des tribus. Mais ce regard « de l’intérieur » les a-t-il vraiment affranchies des clichés orientalistes ? Récit d’une émancipation littéraire aux mille contradictions. Par Amel Aït-Hamouda.
19/08/2026, 18:18
Ce 20 août, Journée mondiale du moustique, les insectes ont déposé une plainte collective contre plusieurs siècles de littérature. Motifs : diffamation, séquestration, exploitation et atteinte répétée à la dignité des arthropodes. Cinq livres comparaissent. Les fourmis se constituent partie civile, les papillons demandent réparation et Gregor Samsa exige qu’on cesse enfin de l’appeler cafard. L’audience promet d’être piquante. (ceci est une fiction, hein...)
19/08/2026, 14:46
Exclusif - La gestion des Éditions L'Harmattan, dirigées depuis 2010 par Xavier Pryen, est vivement contestée depuis quelques années, tandis qu'un conflit familial se joue en arrière-plan : Denis Pryen, cofondateur du groupe, estime que son neveu a engagé le « démantèlement » de ce dernier. Deux décisions de justice, rendues cet été, se sont révélées favorables au cofondateur de L'Harmattan.
19/08/2026, 09:09
Que devient un lieu sacré lorsque la prière s’efface mais que la verticalité demeure ? Psychanalyste et ethno-clinicien, Salim Rzin lit les églises devenues salles d’escalade, hôtels ou espaces de passage comme autant de livres de pierre réécrits par les corps. Dans ce texte, il interroge ces architectures comme des palimpsestes : les usages changent, mais quelque chose de leurs anciens récits continue de s’écrire.
18/08/2026, 18:18
Le 21 août paraît aux éditions des Syrtes le roman Camping de Lavinia Braniște, traduit du roumain par Sylvain Audet-Găinar. Un roman sur l’exil ordinaire et des vies en transit. Dialogue avec son éditrice, Olimpia Verger.
17/08/2026, 17:51
Elvis Ntambua Mampuele, romancier, lauréat du Prix Senghor du public du premier roman : « La culture ne met pas fin à une guerre, mais elle peut aider une société à guérir, à se rassembler et à préparer les conditions d’une paix durable » Par Karim El Haddady.
14/08/2026, 16:15
Il existe, entre certaines âmes et certains rivages, une affinité qui tient moins du hasard que d'une secrète géographie du cœur. Celle de Pierre Loti avec Istanbul fut de cette nature : une reconnaissance sans raison, un coup de foudre qui précède l'amour ; une vérité intime que l’écrivain passera sa vie à explorer, à célébrer et à défendre, jusqu’à en faire le pivot secret de son œuvre et de son existence. Par Amel Aït-Hamouda.
13/08/2026, 15:45
Manuscrit médiéval au siècle de l’acier et du béton, Le Livre rouge est une anomalie. Un Carl Jung en crise y confia visions, dialogues intérieurs, peintures et mythes, prélude à ses concepts les plus importants. Allons à la découverte de cet objet fascinant, où un homme tente de donner une forme à ce qui, sans elle, risquait de le posséder.
12/08/2026, 18:08
Au Danemark, le gouvernement répond à la triche par IA en déplaçant la preuve : les examens rédigés à domicile devront être défendus oralement, tandis que surveillance et travaux sous contrôle seront renforcés. Une mesure scolaire qui réveille une vieille question littéraire : signer suffit-il à être l’auteur, ou faut-il encore pouvoir répondre personnellement de ce qui est écrit ?
10/08/2026, 07:30
Une œuvre interdite, une exposition vandalisée, un concert annulé : la censure possède encore des images faciles à reconnaître. Le Rapport annuel 2025 pour la liberté de création du ministère de la Culture décrit pourtant un déplacement plus discret. Projets modifiés avant la polémique, programmation ajustée par anticipation, financement devenu levier, décisions administratives difficiles à qualifier : l’atteinte la plus efficace pourrait être celle qui évite d’avoir à se montrer.
08/08/2026, 13:36
Le Rapport annuel 2025 pour la liberté de création contient une drôle de discrétion. Plusieurs « groupements formellement constitués », à l’origine d’actions organisées contre des acteurs culturels, seraient « pour la plupart identifiés par les services de renseignement territorial ». Voilà pour ce que l’État sait. Pour savoir qui ils sont, en revanche, le lecteur repassera : ni noms, ni nombre précis, ni famille politique ou religieuse. Le renseignement est là. L’information, beaucoup moins.
08/08/2026, 13:25
14 Commentaires
Aurely
02/11/2020 à 09:13
SUGGESTION : Ne faudrait-il pas que les librairies indépendantes puissent livrer leurs commandes de livres via Internet, avec la coopération gratuite (ou presque) de
la poste ?
petitéditeur
02/11/2020 à 09:48
Ne sont-ce pas les mêmes libraires qui, en mars dernier, n'ont pas voulu rester ouverts pour la protection de leurs salariés alors que le gouvernement acceptait de les laisser vendre? La santé avant le business. Intellectuellement, j'adhère au discours d'Ombre blanche, pratiquement je le rejette. Il ne faut jamais cracher en l'air. la santé des salariés en novembre est moins importante qu'en mars? Ou bien le chiffre d'affaires à réaliser est supérieur?
Décidemment, la France est un pays bizarre où le seul sport véritablement pratiqué par tous est la critique systématique de toute décision faisant fi de ses propres contradictions. En tant que petit éditeur je suis affligé (comme je l'étais en mars) par ce résultat perdant-perdant. Puisse le clique et collecte amoindrir la chute de toute la chaine du livre, toute!
Eric
02/11/2020 à 10:39
Oui, nous nageons en pleine contradiction :
Il y a effectivement les contradictions chez certains libraires entre leurs positions du premier et celles du second confinement.
Mais aussi la contradiction difficilement gérable entre la fermeture complète et la possibilité de faire du click and go (au bénéfice quasi exclusif d'Amazon, ... et de la Fnac, ne l'oublions pas).
Contradiction encore sur la notion de commerce "essentiel"...
Contradiction enfin entre la fermeture des commerces et l'ouverture de quasiment toutes les autres entreprises, des écoles...
A mon avis il faut choisir clairement entre l'enjeu sanitaire et l'enjeu économique, au bénéfice du premier. Et ne pas faire du "en même temps" nécessairement porteur de contradictions infinies et ingérables.
Mais c'est un problème complexe qui est quasiment insoluble : pour beaucoup d'acteurs de la chaîne du Livre (petits ou gros), défendre bec et ongles l'"exception culturelle" du livre, c'est aussi un moyen commode de défendre d'abord leurs propres intérêts économiques...
Berard
02/11/2020 à 12:22
Bonjour,
1/ En mars les librairies ont été fermées un samedi soir sans préparation. Nous n'avions ni masque, ni gel. Nos salariées devaient rester garder leurs enfants. On nous disait que c'était pour 15 jours. Le vendredi on apprend que lors d'une interview Bruno Le Maire disait que l'on pouvait étudier notre réouverture. Mais comment ? Et d'ailleurs ce propos sympathique restait flou... D'ailleurs aujourd'hui il n'a pas obtenu que l'on reste ouvert.
2/ Aujourd'hui nous arrivons à une période lourde. En novembre nous faisons plus de vente que les 8 semaines du 1er confinement. Nous avons des masques, du gel, des fléchages au sol, des protocoles strictes, et nos salariées ont leurs enfants à l'école. Bref ! On peut ouvrir et travailler...
Vous ne pouvez pas de bonne foi comparer mars et novembre ! Ni oublier que novembre et décembre pèsent très lourd. Si on disparaît que ferez-vous "petit éditeur"...
Si toutes les librairies craquent ne restera-t-il qu'Amazon ? Et des villes désertes ?
Gérard
02/11/2020 à 12:25
"Moyen de défendre leurs intérêts économiques"... Oui, d'éviter la fermeture, la liquidation, le chômage pour les salariés, rien pour le patron...
Révez-vous d'un monde sans librairie, sans culture, sans exception culturelle, entre les machoires des multinationales du net ?
Eric
02/11/2020 à 13:57
Je rêve juste d'un monde où la covid soit d'abord vaincue, et où ensuite tous les libraires défendent vraiment le livre et ne soient plus ni des gestionnaires de stock (qui commandent des livres qu'ils auront tout le loisir de retourner aux éditeurs et qui seront finalement pilonnés), ni de simples responsables de dépôts déportés des diffuseurs / distributeurs tels qu'Hachette ou Editis...
Mais attention, cela ne vaut pas dire pour autant que tous les libraires fonctionnent de cette manière ! Il existe souvent les libraires qui aiment le livre et le font vivre, qui défendent l'exception culturelle, mais ce sont ceux-là même qui ont souvent du mal à joindre les deux bouts...
N'oublions pas non plus que ceux qui tiennent "économiquement" toute la chaîne du Livre en France sont de très grosses sociétés. Ce monde culturel entre les machoires des grosses sociétés est déjà le nôtre...
Mais tout cela appelle une réflexion à long terme : Je suis bien évidemment conscient que pour beaucoup de libraires (comme pour beaucoup de commerces de proximité, de petits entrepreneurs,...) la situation économique à court terme est très compliquée...
Ce débat a au moins le grand mérite de nous interroger toutes et tous sur le "monde d'après" dans le secteur du livre...
Manuel Pierre
02/11/2020 à 16:04
J.aime les livres et les libraires. Mais je n.arrive pas à penser que cela justifie un statut d.exception qui voudrait que le lecteur(je crains qu.il ne soit aussi l.intellectuel voire l.elite) ne soit d.une autre nature que le client qui se rend dans d.autres commerces pour lui tout aussi essentiels. Il y a aujourd.hui une panique sanitaire pour les 15 jours à venir.Et un adversaire Amazone etc. parce qu.il ne fait pas payer le commerce en ligne. Peut.etre que les libraires pourraient obtenir comme pour les envois à l'étranger une baisse des coûts postaux, une ouverture Drive. Et voir avec les éditeurs comment travailler ensemble pour partager la promotion et la vente des livres par internet. Mettre en avant l.exception du livre me paraît moins efficace que la réorganisation de la chaine avec les professionnels et les pouvoirs publics.P.M
hellekin
06/11/2020 à 14:44
Depuis le début du confinement j'ai acheté 8 livres, dont deux directement à l'éditeur. Pour les autres je suis passé par ma librairie locale habituelle qui livre en face, chez le marchand de vin et de spiritueux dont l'activité est, elle, qualifiée d'« essentielle ». Évidemment, je suis un lecteur assidu qui sait ce qu'il veut et qui plus est n'achète des livres qu'en librairie ou aux éditeurs en direct. Pour moi la démarche est simple, mais pour celles et ceux qui ont l'habitude de passer devant une librairie et piocher dans les rayons, c'est une autre démarche, mais qui concerne une grande majorité d'acheteurs.
Quant à « d'abord vaincre le virus », monsieur Éric, il convient également de 1) comparer les chiffres de cette année aux années précédentes (moindre mortalité qu'en 2019 selon la députée d'Alsace), 2) réfléchir à partir des chiffres -- dont le public ne dispose pas -- en fonction des catégories d'âge et d'état de santé des victimes, etc., 3) réaliser l'énormité du mensonge des pouvoirs publics et la dérive fasciste en cours où lorsque les stratégies du gouvernement sont repoussées par le parlement, celui-ci rompt la séparation des pouvoirs pour imposer sa vision -- et un « état d'urgence sanitaire renforcé » pour 4 mois supplémentaires ; tout cela au bénéfice des classes dominantes, de la Silicon Valley, et au détriment des libertés fondamentales, de la constitution, de la démocratie, de la République.
Alors oui, faisons en sorte de résoudre cette crise sanitaire, mais pas au prix des valeurs fondamentales de la République, bafouées sans cesse par ces vampires néo-libéraux. J'aimerais terminer par une citation de Pier Paolo Pasolini dans _La Rage_, récemment publiée en version française chez un petit éditeur, Nous :
« La classe propriétaire de la richesse.
Parvenue à une telle familiarité avec la richesse,
qu’elle confond la nature et la richesse.
Si perdue dans le monde de la richesse
qu’elle confond l’histoire et la richesse.
Si touchée par la grâce de la richesse
qu’elle confond les lois et la richesse.
Si adoucie par la richesse
qu’elle attribue à Dieu l’idée de la richesse. »
MANUEL
06/11/2020 à 16:35
Pour Hellekin, qu'il envoie son message aux soignants et leur dise qu'ils sont les agents du fascisme. P.M.
hellekin
06/11/2020 à 19:20
:ahhh: :bug: 8-/ :down: Pauvre MANUEL. Si tu allais parler aux soignants, ah, mais non, pardon, tu es confiné. Entre celles et ceux qui abandonnent leur métier parce qu'ils ou elles n'en peuvent plus d'être abusé·e·s, celles et ceux qui sont les premières victimes du fascisme qui les loue le lundi après les avoir gazé le samedi, pour leur jeter des miettes le mercredi et les matraquer le vendredi, entre celles et ceux dont les motifs de décès d'un patient sont reprises pour marquer « COVID-19 » à la place, ou les médecins de ville à qui l'on interdit d'exercer leur métier dans les règles de l'art, etc., etc., la liste s'allonge comme les cadavres empilés dans des fosses communes en Mars dernier. Non, bien sûr, les soignant·e·s ne sont pas des agents du fascisme mais en sont également les victimes. Pauvre MANUEL.
Les libraires -- car c'est là le sujet, n'est-ce pas ? -- ne sont pas les seul·e·s à souffrir de la situation, bien évidemment. Et regarder les choses en face ne signifie pas mettre tout le monde dans le même panier (serait-ce une expression datant de la Terreur ?) ou marquer des croix de Vichy sur les uns et des étoiles jaunes sur les autres. La situation réclame un peu plus de profondeur qu'interpréter le premier commentaire venu comme une accusation aux (riches ?) soignants d'être les agents du fascisme.
Je vous invite, Pauvre MANUEL, à faire quelques lectures qui sont sorties entre les deux confinements, comme par exemple Lucille Leclerc, Carola Rackete, Fabian Scheidler ou encore Thomas Porcher, pour n'en citer qu'une poignée susceptibles de vous montrer que la situation est à la fois plus simple et bien plus complexe que vous semblez le croire.
Bonne lecture et soutenons La Santé en Lutte !
Arbouge
18/11/2020 à 10:16
Je soutiens souvent les libraires, mais l'inverse n'est pas vrai, les libraires y compris ceux de ma région refusent les livres de la maison d'éditions que j'anime avec d'autres artistes sans les connaître. Les libraires sont pris dans un système et rares sont ceux qui y échappent et qui prendraient la peine de lire les ouvrages et de les proposer au public. Et comme se sont les libraires qui démarchent les médiathèques du moins dans ma région : la boucle est bouclée. Donc, pour nous le confinement est constant ! :exclaim:
Eric
18/11/2020 à 14:03
Je souscris pleinement à votre message et à ses conclusions : moi-même ancien éditeur, j'ai été exactement confronté à ce que vous décrivez: Les libraires sont effectivement pris dans un système "surproductif" dans lequel un livre chasse l'autre et où ils ne peuvent plus lire les livres qu'ils vendent...
Gerard
18/11/2020 à 19:30
Permettez-moi de rappeler qu'une librairie générale reçoit entre 50 000 et 70 000 nouveaux titres par an, soit de l'ordre de 200 à 300 nouveaux par jour... Donc oui, effectivement, il y a un écrasement des offres peu visibles. Et si une équipe de libraires en librairie indépendante s'acharne à défendre ses coups de coeur sur les tables cela ne peut pas faire vivre tout. Sur 800 m² de librairie, on a environ 200 m2 de tables, donc on présente avec la couverture en vue entre 2 000 et 3 000 livres. Donc un livre vit en moyenne sur table une semaine... Les grandes ventes, les coups de coeur, vivent plus longtemps. Mais des centaines de livres sont toujours en rayon, donc moins visible.
La surproduction est une machine de guerre qui noie les petits éditeurs... Le libraire surnage mais subit aussi cela (frais de transport, frais de retour, trésorerie pour ces stocks, etc.)
Le problème se situe entre grands éditeurs et petits. Sur 700 fournisseurs actifs, les 5 premiers groupes pèsent 85 Þs flux, des ventes...
Eric
19/11/2020 à 09:57
Effectivement la surproduction noie beaucoup de monde... C'est à mon avis l'organisation de la chaîne du livre et la possibilité des retours qui engendrent cette surproduction, les librairies étant finalement (pour la plupart, gardons-nous des généralisations hâtives) plus des bureaux de "dépôt-vente" que de véritables commerçants. Cette approche peut être légitime au sens de l'exception culturelle et de la volonté de "donner sa chance à tous les livres", mais dans les faits on voit bien que ça ne fonctionne plus. A mon sens la notion d'"office" devrait être complètement revue, mais c'est un travail de longue haleine, car ce sont les gros éditeurs-diffuseurs-distributeurs qui l'imposent et tirent les ficelles financières...