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Traduire Dante : “En poésie, le rythme impose un sens supérieur au sens.”

Coutumier des grands noms de la littérature italienne, Michel Orcel a fréquenté Giacomo Leopardi, aussi bien que Lorenzo Da Ponte. En 2019, La Dogana publiait sa traduction de La Divine Comédie (Enfer, Purgatoire, celle du Paradis arrivera au printemps), en édition bilingue. Alors que 2021 rime avec les célébrations du 700e anniversaire de la mort de Dante, le traducteur revient avec nous sur ce travail du texte d’Aligheri, les choix opérés et la relation au poète italien. Propos recueillis par Federica Malinverno.

Le 22/02/2021 à 12:28 par Federica Malinverno

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22/02/2021 à 12:28

Federica Malinverno

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ActuaLitté / Federica Malinverno : Pourquoi a-t-on le sentiment d’un regain d’intérêt, dans l’espace francophone, pour Dante, ces dernières années ?

Michel Orcel : À la vérité, l’intérêt pour Dante ne s’est jamais démenti en France depuis le romantisme. Disons seulement qu’une vaste opération médiatique fut lancée quand parut la traduction de Jacqueline Risset (1985-1990), qui semblait alors rendre Dante à la modernité. Cette traduction, fidèle quant au sens, prétendument contemporaine (en vers libres) mais en vérité très « grand public », a séduit les journalistes, mais elle a en même temps provoqué des réactions, notamment du côté universitaire (voir la traduction de Jean-Charles Vegliante, à l’Imprimerie nationale, puis en Gallimard/poésie).

DANTE: 97 mètres de Divine comédie

Depuis, nous avons eu droit à une adaptation due à René de Ceccaty en vers de huit pieds… (une véritable défiguration !) et à la tentative de Danièle Robert de rendre la Comédie en reproduisant en français la tierce rime. Ces deux dernières expérimentations ont montré le désastre que peut engendrer tant la vulgarisation du poème originel que la prétendue fidélité prosodique.

Pourquoi vous être frotté à Dante ? Comment avez-vous fait ce choix de traduire La Divine comédie ?

Michel Orcel : Ce que je viens d’exposer répond déjà en partie à votre question. C’est (comme je l’ai dit dans l’avant-propos de ma traduction de l’Enfer) la colère, une sainte colère, devant ces productions totalement impoétiques. Je n’avais jamais pensé m’affronter à Dante ; j’y suis donc venu (après une longue maturation intellectuelle et poétique) guidé par le souci de relever le défi de cette œuvre immense, contre les défigurations que j’ai évoquées, et par la proposition de mon éditeur suisse, Florian Rodari, lui-même fin connaisseur de Dante.

Quelles sont les difficultés principales dans cet exercice de traduction ?

Michel Orcel : À la différence de mes prédécesseurs et concurrents, j’avais à ma disposition un instrument forgé depuis près de vingt ans, au contact de la grande poésie médiévale et baroque italienne (Jérusalem libérée, Roland furieux, poèmes lyriques de Michel-Ange et du Tasse) : le décasyllabe, vers originel de la poésie épique française, qui, selon les philologues les plus sérieux, est la matrice de l’hendécasyllabe italien.

Maîtrisant donc cet instrument, j’étais objectivement mieux placé que personne pour entreprendre cette entreprise.

Reste que la langue, la syntaxe, le lexique de Dante ne sont pas sans poser de vrais problèmes de traduction. J’y ai répondu en poète (puisque ma « carrière » poétique est parallèle à celle de traducteur) : en me fiant aux ressources les plus larges du français (du bas Moyen Âge jusqu’au français contemporain, y compris à travers des néologismes), mais sans jamais « médiévaliser » ou rendre artificiellement archaïque et donc plus complexe en français la langue de Dante, comme le fait Pézard.

Quel lecteur avez-vous imaginé pour ce texte — et quel ton avez-vous choisi d’utiliser ?

Michel Orcel : Si l’on prend la littérature au sérieux, je ne crois pas qu’on écrive pour un lectorat précis : on écrit, on traduit pour un lecteur idéal, qui saura aller à la rencontre de l’œuvre. Quant au ton, j’ai en partie répondu ci-dessus à cette question : le degré lexical et stylistique de Dante est intimement lié à son objet.

AUDIOLIVRE: Dante et Virgile, en 33 langues

La gravité, la majesté, la splendeur théologique (Purgatoire, Paradis) de la langue de Dante sont largement compensées par des métaphores toujours concrètes, un lexique parfois très cru, voire vulgaire, dans l’Enfer notamment, et par tout l’éventail des tonalités affectives qui lient le poète à son guide paternel, Virgile, et aux contemporains, méprisés, haïs ou aimés, tendrement aimés. J’ai donc suivi le ton de Dante — lequel se fait justement sentir à travers l’appareil des accents toniques qui rend indispensable l’usage en français du décasyllabe pour coller aussi bien à la descente en Enfer qu’à l’ascension du Purgatoire et du Paradis.

Comment travaille-t-on avec les différentes traductions existantes ?

Michel Orcel : Lorsque je traduis, je me garde, non seulement de lire d’autres traductions, mais de lire ou relire l’œuvre en langue originale avant de l’aborder. Cela peut paraître étrange, voire saugrenu, mais traduire signifie pour moi m’immerger dans un texte, et refaire en quelque sorte pas à pas le travail de l’auteur. Je connaissais les traductions de Lamennais, de Longnon, de Pézard, de Risset, de Vegliante ; mais ces lectures étaient lointaines ; sauf pour celle de Vegliante, qui, lorsque je l’ai rouverte, a déclenché chez moi la furieuse envie de me colleter à mon tour à la Comédie. Donc pas de recours aux concurrents.

En revanche, lorsque des passages présentent des difficultés syntaxiques ou sémantiques, je recours évidemment aux meilleurs commentateurs italiens, et il m’arrive d’aller voir la solution qu’a trouvée un autre traducteur. Cela dit, je répéterai ici ce que j’ai écrit autrefois en traduisant la Jérusalem libérée du Tasse : « En deçà de toute substance verbale signifiante (…), la pulsation rythmique trace le sillon où (…) s’avance, en se moquant du sens, le traducteur. C’est l’inspiration. » (Les Larmes du traducteur, Grasset, 2001, p. 96.) En poésie, le rythme impose un sens supérieur au sens.

À ma grande surprise, dans ma vie de traducteur, il m’est arrivé, emporté par ce mouvement, de traduire des passages que je ne comprenais pas vraiment — et de me rendre compte ensuite que je n’avais aucunement failli au sens littéral !

La forme, pour La Divine Comédie, est quelque chose de très spécifique. Quel fut votre parti pris ?

Michel Orcel : J’ai, pour la question du vers, répondu plus haut en parlant du décasyllabe français, qui est l’ancêtre de l’hendécasyllabe italien (lequel vers, malgré son nom, n’a que dix syllabes accentuées). Nul autre vers (ni l’alexandrin, trop ample, trop classique, trop “français”, ni le vers de onze syllabes, invention symboliste, donc très tardive, et souvent bancale) ne pouvait convenir. Le vers libre pour traduire Dante est une désastreuse facilité, qui désamorce de plus le sentiment de la “tresse” du tercet.

Quant à la rime, il faut avant tout dire que la rime italienne est beaucoup moins sensible à l’oreille que la rime française, ce qui tient avant tout au fait que l’italien est une langue très vocalique et à finales le plus souvent féminines, quand le français est plus structuré par les consonnes et les finales masculines.

J’ai donc simplement fait entendre un jeu de rimes et d’échos, spécialement entre le premier et le troisième vers de chaque tercet. Tenter de reproduire strictement la tierce rime (ABA BCB CBC, etc.) ne peut aboutir qu’à un monstrueux amas de constructions forcées (ex : “Vers son sommet tourner les yeux nous fit”, quand Dante écrit simplement : “Nous fit tourner les yeux vers son sommet”, Enfer, XXVII, v. 5).

Ou des vers bancals (“à cause du son confus qui en sortait”, vers de 11 pieds, avec césure au 7e ! ibid., v. 6) ; de fausses rimes et de césures disharmonieuses (“fâchât” avec “désarroi”, Enfer, XVII, v. 76-78, ou “Il ne cessa de me garder serré […] / qui lie quatrième et cinquième remblai”, Enfer, XIX, v. 127-129) ; d’approximations parfois mêlées de fautes linguistiques (“Quoi que pour leur défense ils aient fourbi”, avec un “fourbir” intransitif… », pour traduire “Qui que ce soit qui s’efforce de défendre [l’entrée]”, Enfer, VIII, v. 121), etc. Tous ces exemples sont pris dans la traduction de Danièle Robert.

De même, la richesse du récit poétique implique des notes et du paratexte : comment l’avez-vous pris en compte ?

Michel Orcel : C’est en accord avec mon éditeur que j’ai réduit les notes au minimum. En italien, les notes qui aident le lecteur à comprendre la Comédie sont essentiellement historiques et linguistiques. Les secondes n’intéressent pas vraiment le lecteur français (sauf pour comprendre parfois une construction obscure ou expliquer un choix) ; les premières le sont davantage et elles font, sous une forme très brève, l’essentiel de nos éclaircissements, qui sont très élégamment (honneur à l’éditeur !) appelés en marge et regroupés en fin de volume. Pour mon éditeur comme pour moi-même, la lecture de la Comédie doit presque se passer de notes.

EBOOK: télécharger les livres de Dante Aligheri

Les noms peu connus, les allusions mythologiques historiques se passent assez aisément de notes, si l’on fait prévaloir une lecture poétique. Pensons au “Catalogue des vaisseaux” de l’Iliade…

Quel fut le traitement final du texte, pour la toponymie, l’onomastique ?

Michel Orcel : Évidemment, j’ai tenté d’être le plus fidèle possible, en respectant au mieux les strates sémantiques et linguistiques de l’original. La connaissance de l’ancien et du moyen français sont des outils indispensables ; l’usage de vieilles licences poétiques (l’apocope par exemple) ne l’est pas moins pour résoudre des difficultés rythmiques ; de même, j’ai souvent francisé les noms et toponymes italiens, comme on le faisait autrefois. Le résultat, loin d’être une sorte de production archaïsante, est, j’en suis sûr, un texte à la fois fidèle et pleinement contemporain.

Crédit photo  Portrait de Dante Alighieri (1265-1321) par Andrea del Castagno ; Michel Orcel, DR ; Couverture italienne

 
 
 
 
 
 
 
 

Par Federica Malinverno
Contact : federicamalinverno01@gmail.com

7 Commentaires

 

Strident

23/02/2021 à 15:54

La traduction de Jacqueline Risset semble en métaphores sublimer l'œuvre.
Il s'agit d'une émanation de la beauté qui ne pose pas en concurrence mais en création.
Ocrel ...j'ai hâte de voyager avec le poète

Traduttore

26/02/2021 à 07:01

Il donne un peu l'impression d'avoir la grosse tête... Ce que je fais est bien et les autres mal.

Mon avis d’ignorant : je crois que se frotter à la traduction d'une œuvre en vers est une hérésie ou un défi insurmontable. La poésie d'une langue n'est pas « transcrivable » sans adaptation forte, donc sans trahir la poésie d'origine (et comme on sait que la traduction est déjà une trahison...).

Bref, que son travail soit colossal et de qualité, je n'en doute pas un instant. Un peu d'humilité n'aurait sans doute pas fait de mal (ou alors l'extrait représente peut-être mal son discours complet ?)

Team ActuaLitté

26/02/2021 à 07:47

Bonjour,
De quel extrait parlez-vous ? Il s'agit là de l'intégralité de l'entretien mené.
Merci.

Traduttore

27/02/2021 à 08:13

Bonjour

J'ai pensé un instant que votre article n'était qu'un extrait ou un résumé de sa pensée, ce qui aurait pu légèrement la déformer. A priori, non, dont acte.

Merci de vos beaux articles.

Caland

28/02/2021 à 02:41


Comme un sentiment de renouveau !!!

Thierry Arditti

18/01/2022 à 18:30

Mille remerciements,

gilh

22/07/2023 à 02:09

Je pense que la traduction de Louis Ratisbonne est, pour l'instant, inégalée ...

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Comment récompenser des artistes sans renforcer la compétition qui structure déjà leur secteur ? Avec le Prix La SAIF x Ce qui nous lie, Églantine de Boissieu assume ce paradoxe : distinguer un collectif, non pour couronner une œuvre ou une carrière, mais pour lui offrir trois jours durant lesquels il pourra cesser de produire. Une manière de traiter le temps, le repos et les relations de travail comme des ressources politiques.

24/07/2026, 16:16

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“Quand un artiste affirme que son œuvre n’est pas politique, c’est déjà politique”

Marraine de la première édition du Prix La SAIF x Ce qui nous lie, l’autrice et illustratrice Cy défend une création indissociable des luttes collectives. Remise le 13 septembre, pendant le festival Les Muses, cette nouvelle récompense ne distingue pas une œuvre : elle offre à un collectif engagé trois jours pour se retrouver, réfléchir et reprendre son souffle.

22/07/2026, 15:51

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La première librairie antiraciste de France mise sur le numérique

Ancienne ingénieure à la SNCF, Nawal Kerdougli a créé au printemps ManYaya, la première librairie exclusivement antiraciste en France. Interrogée par ActuaLitté, elle revient sur les origines de ce projet, ses choix éditoriaux et son ambition de rendre ces ouvrages accessibles partout en France, notamment dans les territoires où l’offre spécialisée est limitée.

17/07/2026, 17:27

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“Et si le vrai lecteur était celui qui ne finit pas ses livres ?”

Et si ne pas finir un livre n’était pas un échec ? À l’heure où l’attention s’éparpille, où les défis de lecture transforment les livres en trophées et où l’intelligence artificielle uniformise les voix, Clément Bosqué défend le droit de lire autrement : lentement, par fragments, sans obligation de résultat. Dans Pensées philosophiques pour raviver la flamme en soi (éditions Oxus), il célèbre la difficulté, la liberté et ce « joyeux entêtement » qui font de la lecture une expérience singulière.
 
 

13/10/2026, 16:05

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“Le correcteur est prothésiste dentaire : il polit la porcelaine, le propriétaire sourit”

Une virgule sauvée, un accord redressé, une coquille écartée : le lecteur n’en saura rien. De la Bible de 1631 aux imprimeries ottomanes, Adnan Algın, lui-même correcteur, rend hommage à ces artisans invisibles qui veillent sur les livres et les journaux. Entre humour féroce et mélancolie, il raconte un métier dont la réussite se mesure aux erreurs que personne ne verra — et dont l’effacement menace bien davantage que l’orthographe.

13/10/2026, 14:35

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Critiques littéraires : à force de ménager les éditeurs, qui défend encore les lecteurs ?

À lire certaines pages livres, on dirait que la critique littéraire française a cessé de juger pour se contenter de recevoir et de remercier. C’est un choix éditorial, paraît-il ; le marché est fragile, comprenez-vous. J’appelle cela une abdication. Par Charles Garatynski.

12/10/2026, 18:18

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Traduire ? Quelques recommandations au fil du temps

Quelques conseils à glaner de la part de nos collègues du passé ? Un exemple parmi d’autres est celui de la traductrice anglaise Sarah Austin pour défendre ses droits intellectuels : « Cela a été ma pratique invariable, dès que je m’engage à traduire une œuvre, d’écrire à l’auteur, lui annonçant mon intention et ajoutant que s’il voit une omission ou s’il a une correction ou un ajout à faire, ceci dépendra de mon bon vouloir et de mon attention à ses suggestions. »

12/10/2026, 10:20

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Jean-Paul Enthoven, toujours en lice pour le Renaudot, accusé de “piratages” littéraires

Exclusif - Toujours en lice pour le prix Renaudot Essai 2026, Jean-Paul Enthoven poursuit sa course avec son Dictionnaire amoureux du bonheur, paru en cette rentrée chez Plon. Mais certains passages du livre ressemblent singulièrement à des séquences publiées plus de dix ans auparavant par Frédéric Schiffter. ActuaLitté a confronté les textes. Un automne littéraire décidément très à thème...

11/10/2026, 08:00

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Combien de temps peut-on tenir sans aller aux toilettes dans un roman ?

La littérature demande beaucoup au corps humain. Courir derrière un train, traverser un désert, accoucher, saigner abondamment, tomber amoureux sous une pluie battante ou mourir après quatre cents pages ne semble poser aucune difficulté particulière. Aller aux toilettes, en revanche, embarrasse manifestement la narration.

10/10/2026, 07:00

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La turquerie, cette mode oubliée qui a marqué la littérature française

Née dans le mirage du Bosphore plutôt que sur le Parnasse, la turquerie fut pour la littérature française une tentation plus qu’un sujet : regarder l’Orient pour mieux se voir. De Molière à Loti, cette muse ambiguë n’a cessé d’éclairer nos imaginaires et nos contradictions. Par Amel Aït-Hamouda.

09/10/2026, 15:49

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Moins de bébés, moins d’élèves : comment la dénatalité transforme déjà la France

La France fait moins d’enfants, et les effets du basculement débordent déjà les maternités. Nouveau congé de naissance, recul annoncé de 1,7 million d’élèves d’ici 2035, solde naturel négatif en Provence :  trois actualités que La grève des naissances, d’Hervé Le Bras, permet de relire autrement, en interrogeant l’efficacité des politiques familiales, le poids des inégalités et les conséquences territoriales de la dénatalité en France aujourd’hui.

09/10/2026, 10:56

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Le CNL, indispensable “à l’équilibre de la chaîne du livre et de la lecture”

Une proposition de loi venue de la droite du Sénat entend supprimer, purement et simplement, le Centre national du livre (CNL), au nom d'une lutte contre « l'agencification » de l'État. Plusieurs acteurs du secteur du livre rappellent cependant son rôle crucial dans le soutien à la création et à la diversité, dont le Club 99, Fédération des festivals Bd et arts associés, dans une tribune reproduite ci-dessous.

09/10/2026, 08:28

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“Diviser pour régner” : les artistes-auteurs accusent les pouvoirs publics

19 organisations représentant les artistes-auteurs, parmi lesquelles la Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse, la Ligue des auteurs professionnels et le Syndicat des écrivains de langue française, signent une tribune contre les divisions de leur profession. Elles dénoncent les inégalités de traitement entre les différentes catégories de créateurs et appellent à défendre collectivement leurs droits sociaux, économiques et professionnels.

08/10/2026, 14:50

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“J’ai juste l’impression de lire pour lire : je ne sais pas si j’achèterai encore des livres”

Dix mois après avoir quitté la librairie, Elsa continue pourtant d’enchaîner les livres. Mais à force de lire sans interruption, une question s’impose : est-ce encore l’envie de lire, ou simplement une habitude devenue refuge ? Entre pile à lire, achats compulsifs, peur du vide et plaisir intact de certaines découvertes, ce billet interroge avec franchise ce que nos lectures disent parfois de nous — et de nos automatismes.

08/10/2026, 09:00

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Classique = Moderne ? Un étudiant défie l’Académie française sur ses propres règles

Exclusif - C'est à en perdre son latin : cette fois, les Modernes siègent sous la Coupole. Deux prix de poésie de l’Académie française sont contestés pour avoir couronné des écritures qui prennent leurs aises avec la versification régulière. Anton Goubier, jeune étudiant en lettres classiques, réclame la règle, le grand médiéviste et Immortel Michel Zink, 81 ans, lui répond que le classique n’a jamais cessé de bouger.

07/10/2026, 17:00

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“Quand je n’écris pas mes histoires, j’écris sur celles des autres”

Cyril Camus publiera Grand-Guignol aux éditions Anacharsis, ce 16 octobre. Lorsqu’il n’écrit pas ses propres histoires, il étudie celles des autres. Chercheur à l’Université Toulouse Jean Jaurès, spécialiste de Neil Gaiman, du fantastique, de la bande dessinée et des cultures populaires, il a fait de l’analyse des récits un autre versant de son travail. Ces recherches ont directement nourri Grand-Guignol, de la construction des ambiances au goût pour une documentation fouillée.

07/10/2026, 14:35

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“Le RN ose tout”, même confisquer Olympe de Gouges, icône féministe

Exclusif — Le Rassemblement national tente, par une initiative parlementaire visant à faire entrer Olympe de Gouges au Panthéon, de se grimer en formation féministe. Les votes du parti d'extrême droite, tout comme les prises de position de Marine Le Pen, sont pourtant bien éloignés des combats de l’autrice de la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne. Une pétition, signée par des historiennes, des universitaires et des spécialistes d'Olympe de Gouges, dénonce « la dernière des impostures » du RN.

07/10/2026, 10:24

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Sommes-nous vraiment les auteurs de notre propre histoire ?

Ilios Chailly, écrivain et comédien qui travaille depuis plusieurs années sur Antonin Artaud, s’intéresse ici à une question plus large : comment notre identité se construit, se transforme et se raconte. En croisant Ricœur, Deleuze, Derrida, Lacan ou Artaud, on en se refait pas, avec des expériences plus personnelles, il explore ce qui, dans une vie, relève de l’héritage, du récit que l’on fait de soi et de la possibilité de changer.

06/10/2026, 18:11

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“Aujourd’hui, une banque a remplacé Verlaine, Zweig et Yahya Kemal”

Au 27, boulevard Saint-Michel, il ne reste rien du café Vachette où Verlaine, Moréas, Yahya Kemal ou İbrahim Çallı ont laissé leurs traces. Rien, sinon des récits, des plaques déplacées et quelques souvenirs incertains. Entre littérature, peinture et mémoire parisienne, Adnan Algın, correcteur, remonte le fil d’un lieu disparu, où l’on payait parfois ses dettes en vers, en leçons ou en tableaux. Aujourd’hui, une banque tient les comptes. À sa manière.

05/10/2026, 17:35

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PLF 2027 : “L’État renonce à soutenir pleinement les artistes”

Le projet de loi de finances 2027, présenté le 1er octobre dernier, procède à une nouvelle réduction des budgets alloués au ministère de la Culture. Les collectivités territoriales, premières financeuses du secteur culturel, voient elles aussi leurs moyens se rabougrir. Le Syndeac, premier syndicat des entreprises du spectacle vivant public, dénonce un choix politique aux lourdes conséquences.

05/10/2026, 15:07

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“Une partie de notre psychisme réclame des métamorphoses”

Phénomène identitaire largement porté par les réseaux sociaux, le thérianisme désigne le sentiment d’une proximité profonde avec un animal, jusqu’à parfois se vivre comme partiellement animal. Le psychanalyste Jean-Charles Bettan interroge ce que cette identification dit du rapport au corps, à l’adolescence et à la construction de soi, tout en mettant en garde contre les rapprochements trop rapides avec la dysphorie de genre.

05/10/2026, 10:52

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Après la rentrée littéraire, cinq romans passent au contrôle technique

Une intrigue qui freine mal, des personnages secondaires à peine visibles, des clichés qui enfument l’habitacle : chaque année, des centaines de romans sont mis en circulation sans que personne ne vérifie leur état général. Avec 461 nouveautés annoncées pour la rentrée littéraire 2026, il devenait urgent d’ouvrir un centre agréé. Cinq livres ont accepté de passer sur le pont. Certains auraient mieux fait de ne pas regarder le procès-verbal.

03/10/2026, 07:30

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Comment les traductions françaises ont transformé Les Mille et Une Nuits

En trois siècles, la traduction française des Mille et Une Nuits est passée du geste fondateur d’Antoine Galland, adaptation libre devenue mythe européen, à l’entreprise savante et sensible de Jamel Eddine Bencheikh et André Miquel, qui restitue dans la Pléiade un texte arabe dans son ampleur, ses rugosités et sa poésie. Entre ces deux bornes, Mardrus, Khawam et bien d’autres ont chacun inventé leur Orient, entre excès d’exotisme et quête d’authenticité. Par Amel Aït-Hamouda.

02/10/2026, 18:11

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2026 en Ukraine, les livres brûlent. Littéralement.

Cécile Deniard, traductrice littéraire, s’est rendue deux semaines en Ukraine pour apporter son soutien à ses collègues au nom du Conseil européen des associations de traducteurs littéraires (CEATL). Elle y a participé au festival BookForum de Lviv mi-septembre, puis est allée à Kyiv afin d'y rencontrer d'autres acteurs de la chaîne du livre. Leur énergie, leur créativité, mais aussi le besoin de solidarité qui s’est souvent exprimé au cours de ces entretiens, lui ont inspiré cette tribune.

02/10/2026, 13:02

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Makassar : après la liquidation, la bataille pour récupérer des milliers de livres

Exclusif - Makassar a été placé en liquidation judiciaire le 1er septembre, contraignant les éditeurs partenaires à changer de diffuseur et/ou de distributeur. Pour nombre d’entre eux, c’est chose faite. Reste un détail à régler : les livres. Car des centaines de milliers d’exemplaires attendent de quitter l’entrepôt d’Indre-et-Loire où ils sont toujours détenus. Fâcheux ?

02/10/2026, 11:45

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“Si nous voyons le nom, nous ne lisons peut-être plus tout à fait la même phrase”

Le nom d’un auteur change-t-il notre manière de lire ? À partir du Prix de la Page 111, qui soumet au jury des textes anonymisés, Adnan Algın, écrivain, poète et correcteur, interroge le poids de la réputation dans le jugement littéraire. Prix, éditeur, critiques et œuvres antérieures composent un « capital de la signature » capable d’accorder davantage de crédit à une phrase — ou d’en refuser à celle d’un inconnu. Une invitation à relire les textes avant leurs auteurs.

01/10/2026, 16:14

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Pangram peut-il vraiment prouver que le roman de Thélyson Orélien a été écrit par une IA ?

Depuis le début de l’affaire Thélyson Orélien, le débat s’est concentré sur l’usage possible de l’intelligence artificielle, la fiabilité des détecteurs, puis les affaires de plagiat. Un aspect a toutefois été moins examiné : le calcul utilisé pour affirmer qu’il était presque impossible que Pangram se soit trompé sur les 20 passages du roman présentés comme suspects par « Balance ton Claude », compte derrière lequel se trouve notamment l’essayiste Samuel Fitoussi. Pour ActuaLitté, le mathématicien Mouhamadou Sy revient sur ce calcul, sur l’hypothèse d’indépendance qu’il suppose et sur ce qu’il permet réellement, ou non, de conclure.

30/09/2026, 16:08

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“L’écoute de cette sélection de chansons a joué un rôle crucial d’inspiration”

Cyril Camus publiera Grand-Guignol aux éditions Anacharsis, ce 16 octobre. S’il revendique depuis l’enfance une passion pour les livres et l’horreur, l’écrivain entretient avec la musique une relation tout aussi profonde — quoique née plus tardivement, presque par accident. Du punk français aux chants celtiques, de Bob Dylan au free-jazz, des musiques de films à la darksynth, ses écoutes accompagnent autant son quotidien que son travail d’écriture. Au point de faire de la bande-son de Grand-Guignol une composante à part entière du roman. Il revient sur cette « musicobsession », ses découvertes fondatrices et ces morceaux qui, parfois, donnent à la fiction sa couleur avant même que les mots ne l’installent.

30/09/2026, 13:35

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Édition classique, crowdfunding ? “Choisir le modèle le plus juste pour chaque œuvre”

Auteur et président de l’Association de sauvegarde de l’Abbaye Saint-Félix de Montceau, Guilhem Méric revendique un parcours d’« auteur hybride », entre maisons d’édition et publication indépendante. À l’occasion du lancement de MORLHED – L’Ombre des Primordiaux, il explique pourquoi il a choisi le financement participatif, entre maîtrise des droits, cohérence de son univers, contexte économique du livre et relation directe avec ses lecteurs.

30/09/2026, 12:48

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Le Goncourt craint pour son intégrité ? Alors Pangram pour les 15 autres romans, fissa !

L’Académie Goncourt a donc retiré de Thélyson Orélien, de sa première sélection, au nom de plagiats antérieurs et d’analyses concluant que le roman serait « selon toute vraisemblance » produit avec IA. Une décision loin d'être unanime, on compte au moins Pascal Bruckner dans la résistance. Puisque l’Académie introduit le détecteur dans son prétoire, qu’elle aille au bout de sa logique : même outil, même protocole, même soupçon. Sinon, ce n’est plus une règle. C’est un traitement d’exception. 

29/09/2026, 14:48

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Quai des Bulles : 45 ans de BD, de rencontres et de passion

Traditionnellement, le festival Quai des Bulles décale ses dates pour cause de Route du Rhum et ouvre ses portes ces 9-10-11 octobre, à Saint-Malo. L’occasion, s’il en fallait une, de venir flâner sur les remparts se gaver d’air iodé et de bande dessinée…

29/09/2026, 14:22

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Affaire Thélyson Orélien : “Un score de génération par IA n’est pas une preuve”

Créée en juillet 2024 pour distinguer les œuvres d’origine humaine des contenus générés par intelligence artificielle, l’association Fabrication Humaine défend un label gratuit fondé sur l’engagement de l’artiste. Dans cette tribune, elle prend appui sur l’affaire Thélyson Orélien pour interroger la place prise par les outils de détection : sans trancher sur l’origine de C’était ça ou mourir, elle appelle à distinguer l’indice de la preuve et plaide pour davantage de transparence dans les processus de création. 

28/09/2026, 16:30

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IA et littérature : et si on arrêtait de s’écharper pour s’entendre, bordel !

Nathalie Hug a publié en juin dernier 92 BPM, Mais bordel qui a écrit ce roman ? aux Éditions Télémaque, un texte qu’elle présente comme entièrement hybride, né de 18 mois de travail avec l’intelligence artificielle et accompagné d’un making-of détaillant cette expérience. Dans cette tribune, elle revient sur la polémique autour de C’était ça ou mourir, de Thélyson Orélien, accusé d’avoir été écrit avec l’IA, et élargit le débat à la place de ces outils dans la création littéraire, à la transparence envers les lecteurs et à l’avenir de l’écriture humaine.

28/09/2026, 14:22

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Journée de la traduction : 7 livres où tout aurait mieux fini avec un bon traducteur

Le 30 septembre, l’ONU célèbre la Journée internationale de la traduction. L’occasion de rappeler qu’en littérature, un mot de travers peut envoyer une expédition sur le mauvais continent, transformer Jésus en plante urticante ou rendre une civilisation extraterrestre dépendante à une voix. De Jules Verne à R. F. Kuang, sept livres où comprendre l’autre relève moins du confort que de la survie — avec, parfois, des résultats franchement discutables.

28/09/2026, 12:22

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Thélyson Orélien : “Pourquoi tant d’acharnement sur un écrivain ?”

L’affaire Thélyson Orélien s’est imposée en quelques jours au cœur de la rentrée littéraire. Soupçonné d’avoir eu recours à l’intelligence artificielle pour écrire C’était ça ou mourir, puis rattrapé par plusieurs cas de plagiat concernant des textes anciens, l’auteur québécois conteste les accusations visant son roman. Le retrait du livre de la sélection du Goncourt a encore amplifié une controverse qui interroge désormais tout le monde éditorial. Par Auguste Feydeau.

26/09/2026, 14:00

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Journée de l'accès à l'information : 5 livres qu’on n'aurait jamais dû ouvrir

Le 28 septembre célèbre la Journée internationale de l’accès universel à l’information. Excellente initiative. À un détail près : depuis des siècles, la littérature s’échine à démontrer que certains renseignements se porteraient beaucoup mieux sous clé. Lettres compromettantes, manuscrits impossibles, confessions judiciaires, dossiers de surveillance : cinq lectures où ouvrir le mauvais document revient rarement à améliorer sa journée.

26/09/2026, 09:30

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Démarchage téléphonique : sept livres où un appel a tout fait basculer

Le téléphone avait été inventé pour permettre à deux personnes éloignées de se parler. Puis quelqu’un a compris qu’il pouvait également servir à vendre des fenêtres, proposer une mutuelle, annoncer un décès ou rappeler à quelqu’un que son passé savait toujours composer son numéro.

26/09/2026, 08:00

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Affaire Thélyson Orélien : “Réinventons le pacte entre l’auteur, l’éditeur et le lecteur”

Thomas Perroud, normalien, est animateur de l’émission Anachroniques consacrée notamment aux premiers romans sur Fréquence protestante. Il revient sur les soupçons d’usage de l’intelligence artificielle au sujet du premier roman de Thélyson Orélien, C’était ça ou mourir (Grasset).

24/09/2026, 16:32

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Violences sexistes et sexuelles : 50 ans pour passer de l'intime à la loi

Après des décennies de mobilisations, de recherches et de récits, les violences sexistes et sexuelles ne sont plus seulement appréhendées comme une succession de drames privés. Elles constituent un objet politique, juridique et culturel. La proposition de « loi intégrale » actuellement examinée à l’Assemblée nationale en offre une nouvelle traduction — et invite à regarder l’histoire des mots qui ont rendu ces faits visibles.

24/09/2026, 16:10