En écho à la chronique du roman Banlieue sud-est de René Fallet publiée sur le site, voici la présentation d’A la Fraiche, un recueil de poèmes paru en 1956. Ce livre doit s’extirper des sables de l’oubli car il est à ce jour indisponible en librairie. Pourtant, le recueil de Fallet est agrémenté de deux préfaces : l’une de Georges Brassens, l’autre de Jacques Prévert, tous deux grands amis du romancier-poète. Il y a pire comme parrainage…
Le 07/05/2017 à 09:00 par Les ensablés
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07/05/2017 à 09:00
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C’est en 1959 que René Fallet publie A la fraiche, recueil de poèmes en vers. Il est en passe de devenir un romancier reconnu. Il vient de publier Les vieux de la vieille qui est salué par la critique, il est courtisé par le monde du cinéma travaillant à l’écriture du scenario de Fanfan la tulipe, personnage que Gérard Philippe immortalisera. Tout le monde a identifié la gouaille et le réalisme de Fallet qui le rapproche d’un côté de Mac Orlan et de l’autre la tendresse bienveillante qu’il porte sur ses personnages aux allures un peu fantaisistes ; cela le rapprochant l’univers de Prévert ou de Marcel Aymé.
Depuis 1952, Fallet collabore en tant que chroniqueur littéraire au Canard enchaîné. Pour ce type imposant qui arbore une grosse moustache et qui a pratiqué depuis qu’il a quitté l’école à 17 ans, « un peu tous les métiers de la rue », les choses sont en train de se mettre en place.
Il est particulièrement touchant de découvrir en contrepoint du Fallet si à l’aise dans la description du monde du petit peuple laborieux et bravache qu’il perpétuera dans ses autres romans, le son poétique si délicat qu’il tire de l’instrument-poésie. C’est tout d’abord une sorte de fascination pour l’idéal de la jeune fille, la femme encore non corrompue. En l’espèce, c’est une chanteuse de cabaret dont il tombe éperdument amoureux. Les premiers poèmes se prennent à jouer et rejouer la scène de son apparition qui agit comme un coup de foudre :
Elle vint et depuis je me nourris d’oranges
Car le pain répugne à ceux que frappent les anges.
La voici qui chante et allume le feu du désir :
La sauvage de luxe était ébouriffée
Elle chantait. Ses mains étreignaient le micro,
Le penchaient sur sa gorge et lui disaient l’écho
De la dureté fière et tendre de ses lèvres
A jamais le jeune homme de 23 ans qu’il met en scène recherchera à reconstituer le scenario de cette splendide apparition :
Mais un destin cruel entend que je m’ennuie
A chercher sans répit les traits de ce visage
Dont j’aime le poison et dont je perds l’image.
La deuxième grande séquence du recueil est consacrée au père de Fallet. Communiste convaincu, voire enragé (il fera de la prison pour trouble à l’ordre public), agent de la SNCF portant la casquette d’étoiles PLM, Fallet retrace l’admiration que le fils a pu avoir pour le père et plus profondément l’emprise terrible du temps sur les hommes. L’homme rageur du début va se rabougrir au point de devenir « un petit vieux », « car les vingt ans volés étaient tombés sur tes épaules avec la maladie ». Des souvenirs il ne restera que des miettes, en témoigne cette casquette qui demeure l’unique témoignage des combats d’une vie.
Tout ça, tout ça
C’est pour ne rien dire…
Est-ce que là-haut
Le Paris-Laroche est entré en gare ?
Est-ce que là-haut
Les tripes sont bonne et le vin au frais ?
Papa, papa,
Tiens, ce soir,
Exceptionnellement
Laisse-moi toucher à ta casquette
Pleine d’étoiles,
Si pleine
Que j’en renverse le total
Sur ta mémoire…
On ne peut être que bouleversé par la puissance, la sincérité et la joie créative d’une telle poésie, Fallet alternant et jouant à merveille des registres pour dire le peuple et ses luttes aussi bien que le cœur et ses peines.
Le dernier grand mouvement du texte, si l’on peut dire, est une pièce en 48 strophes dédiées à Hardellet que Fallet avait faite publier en tiré à part chez Seghers également. C’est son testament, librement inspiré de celui de Villon. De poète à poète.
On y trouve toute la richesse du curieux cabinet de curiosités qui flotte dans son imagination : une femme blonde entêtante qu’il a aimée, une canne à pêche pour qui la voudra, des baisers et des larmes de-ci delà, des refrains, « les yeux de l’écureuil », « les tulles de libellule », des chansons, des mots, bref toutes choses qui pourraient faire que Fallet se trouvât, allégé, au moment du grand saut :
Peut-être qu’un gouffre m’attend
Mieux vaut le gouffre que pantoufles
Et ceux là qui vont s’enchantant
N’ont rien à perdre que le souffle.
Le recueil de Fallet est tout aussi délicat qu’inventif. Rare est la poésie qui marque et imprègne sans peser. C’est ce que réussit Fallet dans A la fraiche avec cet art particulier de décrire le quotidien tout en le sublimant : faire de l’art tout en ayant l’air de ne pas y toucher.
Denis Gombert - mai 2017
Par Les ensablés
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Dans la lignée corrosive du roman de Pierre Lemaître Le Serpent majuscule et de l'humour acide des frères Coen, Paul Beaupère livre avec Douze balles pour Marie-Thérèse un roman noir jubilatoire qui réinvente le genre. Imaginez une femme âgée joueuse d'orgue, férue de Scrabble et de Bach, transformée en bras armé d'un flic borderline : voici l'odyssée sanglante et hilarante de Marie-Thérèse, une vosgienne solitaire qui abat des criminels impunis à raison d'une balle par mois.
10/12/2025, 09:00
Il fallait au moins ça pour que le Limier martien redevienne vraiment alien : un comics qui ressemble à une crise de nerfs chromatique, une peinture expressionniste éclatée au fil des cases. Avec Absolute Martian Manhunter, Deniz Camp et Javier Rodríguez s’emparent de la bestiole, la passent au scan cérébral et réécrivent sa légende comme un thriller psychologique sous acide. Forcément, on adhère, on adore.
09/12/2025, 13:43
Suite à une violente dispute avec son père, Tony, 17 ans, prend la fuite et se fait embaucher par un cirque itinérant dirigé par Chavo, le maître des fauves. Rapidement, le jeune homme développe l’obsession d’entrer dans l’arène : faire face aux bêtes pour affronter ses propres démons…
09/12/2025, 09:00
Dans Les Miettes, Lukas Bärfuss, aux Éditions Zoé (traduit par Camille Luscher) signe un roman puissant où le destin d’une jeune femme précarisée dans la Suisse des années 70 révèle, avec une acuité implacable, les violences sociales d’une époque. Une fresque intime et politique, portée par une écriture vive et rythmée.
09/12/2025, 08:30
Il y a dans les images de Jeremy De Backer une forme d’évidence silencieuse : celle d’un regard qui s’émerveille sans bruit, d’un photographe qui choisit la lenteur comme méthode d’exploration. Pendant dix ans, il a traversé les paysages de la planète, appareil en main, pour y traquer ce qui, ici, ressemble à ailleurs. Ce voyage, il le raconte dans son premier livre, Bienvenue sur Terre, un ouvrage aux frontières du documentaire et du songe.
08/12/2025, 12:55
La guerre est difficile à écrire. C’est peut-être une des choses les plus difficiles à écrire. Peut-être parce qu’elle suppose la mort ; peut-être parce qu’elle suppose son idée, sa conception. L’idée de la mort, c’est cela qui est pire, car il y a derrière ce mur une inconnue qui s’accroche de principe à un réel presque inconcevable. Et donc aussi au vide. À paraître le 15 janvier 2026.
08/12/2025, 12:16
Ascension, vertige, démesure : Stefano Massini transforme la trajectoire de Donald Trump en une fable fulgurante où l’Amérique contemple son propre reflet. Dès l’incipit, le texte érige la métaphore fondatrice : l’humanité se divise entre « les hommes d’en bas et les hommes d’en haut ». Massini inscrit ainsi son héros dans la logique du surplomb, annonçant la quête obsessionnelle d’un homme décidé à s’arracher au plan horizontal pour dominer le monde. À paraître le 14 janvier 2026.
08/12/2025, 11:54
Le récit est fulgurant, tendu comme une corde : l’imaginaire des mythes fondateurs se mêle à l’asphalte des cités contemporaines. Comédie française de Charlie Jegonday s’ouvre sur une scène magistrale : l’échec d’un urbanisme poétique, broyé sous l’impératif gaullien d’efficacité — « Vous m’effacez toute votre poésie de ce plan et vous m’élevez des tours de béton. » À paraître le 21 janvier 2026.
08/12/2025, 11:28
Dès l’épigraphe empruntée à Dennis Lehane – « Des gens sont morts l’été dernier » – Gérard Laveau place Chagrin noir sous le signe de la culpabilité. La peintre Lizzie Fleur vient trouver le duo de détectives Torpédo & Amer, terrorisée par une apparition armée dans la maison qu’elle partage avec sa sœur cardiaque, Grâce Assoumline. Une frayeur inaugure l'enquête qui va fissurer une famille cramponnée à ses secrets. Chagrin Noir de Gérard Laveau aux éditions Abak.
08/12/2025, 09:38
Dans ce roman à la fois tendre, caustique et déstabilisant, Kinga Wyrzykowska met en scène une femme dont la vie bascule le jour où un étrange cadeau d’anniversaire et une rencontre inattendue la poussent à tout quitter. Entre un village polonais pétri de croyances et un couple soumis aux jugements, l’histoire observe comment un microcosme peut s’emballer jusqu’à provoquer un tumulte bien plus large. Princesse de Kinga Wyrzykowska aux éditions au Seuil disponible à partir du 2 janvier.
08/12/2025, 07:00
À partir de la cinquantaine, la baisse du taux de testostérone transforme le corps et l’esprit de la plupart des hommes : libido en baisse, fatigue, perte d’élan, troubles de la mémoire… L’andropause reste pourtant mal comprise. Dans cet ouvrage, le Dr Marc Galiano, andrologue et spécialiste du vieillissement masculin, explique comment identifier ces signes et préserver durablement ses capacités physiques, intellectuelles et sexuelles grâce à des habitudes de vie adaptées ou des traitements spécifiques.
06/12/2025, 08:00
Dans la vie, Richard doit faire avec ce qu’il a. Soit pas grand-chose. Sans héritage, sans diplômes ni « réseau », il cumule les petits boulots : ferrailleur avec une bande de Gitans, employé d’un asile d’aliénés, chasseur dans un grand hôtel… Quand il rencontre Simon, l’un des clients du palace, sa vie bascule. Le riche entrepreneur apprécie sa franchise et lui propose de venir travailler avec lui à New York. Cap vers les affaires et la fortune. Vers les manipulations et les trahisons également.
06/12/2025, 07:00
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