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Les Ensablés - Malpertuis (1943) de Jean Ray (1887-1964)

Au carrefour de ruelles obscures se dresse Malpertuis. Quentin Moretus Cassave, le maître de cette grande maison, s’éteint sur son lit de mort et fait lire à sa famille réunie les articles de son testament. Pour recevoir l’héritage, les héritiers doivent s’engager à venir vivre au sein de ce lieu rempli de mystères et seul le dernier d’entre eux recevra la fortune. Le dernier ? Dans cette demeure hantée peuplée d’une faune étrange et où le temps s’étire à la croisée des mondes, les périls sont immenses. Jean-Jacques Grandsire, un jeune neveu de Cassave, nous confie avec effroi les heurts et malheurs de Malpertuis. Un chef-d’œuvre du fantastique belge à redécouvrir. Par Louis Morès. 

Le 08/01/2023 à 09:00 par Les ensablés

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08/01/2023 à 09:00

Les ensablés

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C’est tout d’abord l’histoire d’un manuscrit volé contenant les témoignages de différents personnages ayant eu affaire à Malpertuis. Un cambrioleur, dont on ne connaît pas le nom, confie en ouverture de l’ouvrage avoir dérobé une série de documents dans un couvent, et les avoir ensuite réarrangés pour nous offrir la succession des chapitres de ce livre. D’emblée, le roman instille un doute dans le chef du narrateur et perturbe les limites et les lois du genre.

Ce cambrioleur émet des commentaires philologiques, graphologiques, tout en nous préparant à affronter la suite de la lecture : « Quatre mains frémissantes de fièvre, sinon cinq, ont collaboré à la rédaction de ce mémoire de mystère et d’épouvante. » Des manuscrits datant probablement de la fin du XIXe siècle. Jean-Jacques Grandsire, âgé de vingt ans, est le principal témoin-narrateur, accompagné des récits de religieux, les abbés Doucedame-le-Vieil, Doucedame-le-Jeune et Dom Misseron. Les histoires s’entremêlent, la narration se complexifie et les références, souvent opaques, se multiplient. 

Mais l’on comprend rapidement qu’un lourd secret pèse sur les murs et les habitants. Les époux Griboin, concierges, sont taiseux, fuyants et entretiennent une étrange créature « sans visage » qui cire les planchers. Lampernisse, un autre habitant, se charge aussi de l’entretien, et surtout de maintenir la lumière dans ces couloirs sombres. Il est régulièrement amené à rallumer les flammes et lutte continuellement contre « une chose-qui-souffle-les-lampes ». 

« Tout à coup, une attention inquiète tend tous les visages, celui d’Euryale excepté. Des pas très lourds font sonner les dalles du vestibule, comme si elles étaient creuses ; puis la porte s’ouvre en criant sur ses gonds. – Je me demande où se cache celui qui éteint les lampes ! fait une voix plaintive. (…) il l’a soufflée. — Qui donc ? implore la tante Dideloo. - Qui le sait ? Je n’ai jamais cherché à le voir, car je le pressens noir et terrible. Il éteint toutes les lampes, il les souffle ou pince leur flamme à mort », répond Lampernisse. »

Les membres de la famille s’accommodent comme ils le peuvent de cette atmosphère. Les épisodes de terreur succèdent à de plus ou moins longs moments de routine. Le Docteur Sambucque, médecin de famille figurant également sur le testament, est lié d’amitié avec le cousin Philarète, un taxidermiste qui a emménagé avec son atelier. L’abbé Doucedame-le-Jeune et le père Eisengott, amis de la famille, leur rendent souvent visite. L’oncle et la tante Dideloo, les cousines Éléonore, Rosalie, Euryale, Alice (ces deux dernières ayant un faible pour Jean-Jacques et tentent de le séduire), passent des journées identiques, rythmées par les occupations habituelles.

Élodie est chargée de l’intendance. Elle prépare des repas qui se partagent le soir, suivis de parties de jeux de société et d’autres distractions. Avec M. Krook et Lampernisse, Nancy, la sœur de Jean-Jacques, s’occupe du « magasin de couleurs », situé en annexe de la maison et à propos duquel nous sommes peu informés. Est-ce un magasin de peinture ? De décoration ? Pourquoi est-il si inaccessible et protégé comme un sanctuaire ? Jean-Jacques se pose toutes ces questions, alors que les discours énigmatiques de certains habitants suscitent continuellement son incompréhension. 

Fleur de mes songes, répond le vieux médecin (à Nancy), vous adressez-vous à Escualpe ou à Térésias ? Au guérisseur ou au guetteur d’étoiles ?
(…)
Je me nomme Lampernisse et je jouissais des couleurs. Maintenant, on m’a mis dans le noir. 
(…)
L’abbé Doucedame prenait parfois un air mystérieux pour répondre : Les couleurs… ah mon petit, souviens-toi des magnifiques études du docteur Misès. Couleurs… paroles des anges… L’oncle Cassave a voulu voler quelque chose ànos célestes amis, mais chut ! » (…) Malpertuis est un « pli dans l’espace » (…) un « abominable lieu de contact ». 
(…)
Euryale : « Quand tout le monde ici sera mort, nous deux exceptés, tu m’épouseras… »
(…)
Philarète : « J’ai fabriqué un nouveau piège à souris. (…) Toi qui connais la maison, cousin, tu devrais me l’installer au bon endroit, dans les greniers par exemple. (…) Le monde de ces vieux greniers est bien étrange. »

Tous usent de métaphores mythologiques, d’expressions désuètes et hermétiques, d’histoires invraisemblables. Parfois, les noms et les formules d’adresse changent. L’oncle Dideloo appelle Alice : Alecta. D’autres fois, le Dr Sambucque appelle Nancy : Déesse… Quand Jean-Jacques pense avoir capturé une souris grâce au piège posé dans une trappe du grenier, Lampernisse le met en garde : « Ne dites plus rien… et surtout n’ouvrez pas la trappe ! Ils se répandraient dans toute la maison ! » Téméraire, il la soulève quand même et tombe sur des « marmousets, d’immondes insectes », des « êtres expression même de l’horreur, de la colère ».

Il s’enfuit en hurlant et toutes les lampes de la maison s’éteignent. Plus tard, dans un moment suspendu entre rêve et réel, Jean-Jacques assiste à de terrifiantes scènes, durant lesquelles les résidents se combattent, dotés d’apparences et de pouvoirs monstrueux. Il voit Alice se transformer en créature immonde, à la bouche immense et noire, ayant une auréole de serpents comme chevelure. Elle assassine l’oncle Dideloo. Le concierge Griboin crache des flammes et réduit en cendres le Dr Sambucque. Après avoir regardé fixement Euryale dans les yeux, la tante Dideloo est pétrifiée et se brise sur le sol. À chaque fois, Jean-Jacques est protégé et sauvé par le père Eisengott. Ceux qui disparaissent ne reviennent jamais. 

Ces récits d’épouvante à Malpertuis sont entrecoupés de témoignages d’autres personnages ayant eu affaire à elle et qui éclairent sur sa nature. Dans ses extraits de mémoires, l’abbé Doucedame-le-Vieil relate des voyages dans les îles grecques, à la recherche d’« on ne sait quoi de puissant et de fantastique », et révèle la quête lancée jadis par Cassave pour y retrouver et capturer d’antiques forces, afin de s’en nourrir. Doucedame-le-Jeune et Dom Misseron se livrent, eux, à des hypothèses d’interprétation et d’analyse des phénomènes. On révèle que Cassave était docteur en sciences occultes, démonologue et théoricien, et qu’il formula sa loi :

« Les hommes ont fait les dieux, du moins, ils ont contribué à leur perfection et à leur puissance (…) les dieux meurent… Quelque part dans l’Espace, flottent des cadavres inouïs… Quelque part dans cet Espace, des agonies monstrueuses s’achèvent le long des siècles et des millénaires (…) les divinités de l’Attique n’ont pas encore disparu du cœur et de l’esprit des humains ; la légende, les livres, les arts ont continué d’alimenter le brasier que les siècles ont surchargé de cendre. »

De ces voyages, les serviteurs de Cassave ont ramené des restes capturés de divinités languissantes, auxquelles une apparence humaine a été donnée par le moyen d’une taxidermie ensorcelée, réalisée par Philarète. Ces personnages formant une grande famille recomposée seraient-ils tous des dieux ? Nombreux sont liés par la malédiction de Cassave, mais ont tendance à oublier leur essence véritable, car sujets à « d’imprévisibles alternances de déité et d’humanité ».

Les couleurs, la lumière, c’est de l’essence divine capturée et enfermée dans Malpertuis, soumise aux volontés du Maître de maison et à l’assaut des ténèbres, car, parmi les puissances reliées, beaucoup sont des forces maudites et infernales. Le père Eisengott semble doté d’une puissance surnaturelle qu’il contrôle. Il agit pour le bien et serait un reste de Zeus lui-même. Le concierge Griboin, ouvrier de la maison et cracheur de feu, est Héphaïstos. Les conflits connus dans la mythologie se poursuivent à Malpertuis où, à certains moments, chaque habitant tente de déceler quelle est la nature de l’autre.

La violence explose après le décès de Cassave. Euryale, qui est la Gorgone du même nom, affronte Alice, une Euménide, divinité du Tartare, dans une compétition amoureuse pour séduire Jean-Jacques. Leur jalousie et leur colère s’accroissent au point de menacer la vie du jeune homme, qui semble pour sa part ne rien soupçonner d’une éventuelle filiation divine. La promesse faite par Euryale de survivre à deux, d’hériter et de dominer Malpertuis pour le meilleur et pour le pire se réalisera-t-elle ?

Nous en restons là et laissons la fin se dévoiler aux courageux lecteurs qui oseront affronter ce roman fantastique mêlant avec une brillante intensité la narration du surnaturel, les questionnements des croyances et des phénomènes religieux tout en élaborant une véritable culture du mystère. 

Jean Ray, de son vrai nom Raymond De Kremer, est né à Gand en 1887. Il a mené une carrière littéraire dans l’ombre, ponctuée de quelques coups d’éclat. En 1925, il publie un recueil à succès, Les Contes du Whisky, puis connaît des affaires judiciaires et devient un mal-aimé qui ne peut plus exister que sous divers pseudonymes. Le surnaturel parcourt nombre de ses œuvres, qui se concentrent notamment sur les genres policier et fantastique.

L’écrivain aux marges de la scène réémerge sous l’Occupation, alors que se développe une littérature belge spécifiquement autonome, l’importation de livres venant de France ayant été interdite. C’est durant cette période trouble que paraît Malpertuis, qui connaît un certain succès. Après la guerre, il retombe dans l’oubli, mais sera redécouvert et rééditéquelques années avant sa mort, survenue en 1964.

Par Les ensablés
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1 Commentaire

 

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22/06/2023 à 13:35

Super ctt très utile merci

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Le propre du « petit maître » est d’être discret. Un temps, il s’impose, il plaît... Puis disparaît, écrasé sous les poids des « grands ». C’est que l’on ne peut pas retenir tout le monde. J’ai mes « petits maîtres » favoris, et l’un d’eux, vous le savez peut-être, car j’en ai déjà parlé, s’appelle Henri Duvernois. Récemment, dans un vide-grenier, perdu dans un amas de livres vendus un euro chacun, je suis tombé sur son roman « La Reine battue » publié sur papier alfa bouffant dans la belle collection de luxe Le livre de demain, où le texte s’orne de gravures. Je l’ai acheté évidemment, sachant à l’avance que je ne serais pas déçu. Par Hervé Bel.

14/09/2025, 10:00

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Les Ensablés - La Pierre angulaire, de Zoé Oldenbourg

Zoé Oldenbourg (1916-2002) fut longtemps associée aux succès d’édition de grandes fresques médiévales. Son premier livre, Argile et Cendres (1946) qui suit les péripéties d’un petit seigneur partant pour les croisades, impressionna tellement par sa précision et son ampleur qu’on y vit un potentiel Goncourt. Le couronnement arrivera finalement en 1953 avec son second roman La Pierre angulaire qui remporte le Prix Femina. Zoé Oldenbourg y expose les tableaux contrastés d’un Moyen-Âge où même les âmes les plus abjectes vivent dans l’espérance du salut éternel. Par Nicolas Acker.

31/08/2025, 09:00

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Les Ensablés - La vierge et le taureau, de Jean Meckert

Les éditions Joëlle Losfeld poursuivent avec bonheur la réédition des romans de Jean Meckert  (1910-1995). Le dernier en date, La vierge et le taureau, occupe une place à part dans l’œuvre de Meckert. D’abord parce qu’il s’agit du dernier publié sous son propre nom. S’il continue à publier par la suite, ce sera désormais sous le pseudonyme de Jean Amila, bien connu des amateurs de romans policiers. Dernier roman de Meckert donc, La vierge et le taureau est aussi entouré d’une légende noire qui fait de ce livre, une sorte d’ouvrage maudit qui a donné libre cours à de nombreuses spéculations. Par Carl Aderhold

17/08/2025, 09:00

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Les Ensablés - Le wagon à vaches (1953), de Georges Hyvernaud

Sa prose noire et acérée rappelle Raymond Guérin. Son ironie pessimiste penche du côté d’Emmanuel Bove. Le phrasé rageur est célinien. Nous sommes en 1953 lorsque Georges Hyvernaud publie son deuxième récit le Wagon à vaches. On y retrouve la veine existentialiste, sans le torse bombé de l’intellectuel engagé. Par Nicolas Acker.

27/07/2025, 09:00

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Les Ensablés - La fin de la IIIe République, de Emmanuel Berl

Paru en 1968 dans la célèbre collection de Gallimard, « Les trente journées qui ont fait la France », La fin de la IIIerépublique est republiée quelques années plus tard dans une autre collection intitulée «Témoins». Ce passage révèle bien à la fois la nature de cet ouvrage mais aussi celle de son auteur, Emmanuel Berl (1892-1976). S’il est aujourd’hui tombé dans l’oubli (tout juste certains se souviennent qu’il fut le mari de la chanteuse Mireille), il a pourtant marqué la vie intellectuelle des années 1930 par ses positions que ses biographes qualifient volontiers d’inclassables. Par Carl Aderhold

06/07/2025, 10:45

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Les Ensablés - Le roi dort, de Charles Braibant

« Nos pays ne sont pas beaux...mais il y a en eux une espèce de grandeur calme et comme un peu dédaigneuse qui est beaucoup plus captivante que la beauté ». Ainsi Charles Braibant (1889-1976), Champenois de lignée et de coeur, décrit-il sa région d’élection dans son roman Le roi dort qui, s’il rata de peu le prix Goncourt, fut couronné du Renaudot en 1933. Par Marie Coat

 

22/06/2025, 09:00

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Les Ensablés - La peau et les os de Georges Hyvernaud

Dans la fosse commune de l’oubli, Georges Hyvernaud n’a non seulement rien fait pour l’éviter - en ne publiant que deux livres de son vivant - mais y a sauté à pieds joints. La Peau et les os (1949), court mais édifiant récit de sa captivité pendant la seconde guerre mondiale, puis Le Wagon à Vaches (1953), roman implacable de l’impossible réadaptation à une vie dite normale, prouvent que l’écrivain avait pris le parti non négociable d’une vérité humaine très difficile à vendre. Par Nicolas ACKER.

08/06/2025, 19:15

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Les Ensablés - Planète sans visa, de Jean Malaquais

Né en 1908 à Varsovie, Vladimir Malacki - devenu par la suite Jean Malaquais  (1908-1998) - quitta la Pologne à l'âge de 18 ans pour venir vivre en France. Mobilisé en 1939, il fut fait prisonnier, puis parvint à s'évader. Juif et apatride, il partagea alors l'existence précaire de nombre de personnes réfugiées à Marseille dans l'espoir d'obtenir un visa. Grâce à l'aide de son ami Gide, il obtint ce précieux sésame et gagna les Etats-Unis où il vécut plusieurs années, enseignant la littérature. Malaquais n'a publié que trois romans : « Les Javanais » (prix Renaudot 1939),  « Le Gaffeur » (publié en 1953), tous deux objets de précédents articles et  « Planète sans visa », grand roman de la France sous l'occupation, publié en 1947 et qu'il remania jusqu'à ses derniers jours. Ce roman de plus de 500 pages a été réédité en 1999 après sa mort.

25/05/2025, 09:41

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Les Ensablés - La Saint-Michel et le Pont Euxin d'Anne Lacroix, par François Ouellet

Anne Lacroix (1897-1982) n’aurait publié qu’un seul roman, La Saint-Michel et le Pont-Euxin chez Grasset en janvier 1933. À cette date, elle a déjà commencé un deuxième roman, Rézle (et même annoncé un troisième titre, Les Bergers d’Arcadie), soumis en décembre de la fin de cette même année pour le Prix du roman du Temps ; les quelques voix qu’elle récolte seront insuffisantes pour qu’elle obtienne ce prix qui consiste dans la publication du roman dans les pages du quotidien. Mais, cinq ans plus tard, en mars 1938, Rézle paraîtra en feuilleton dans Le Temps. Il ne semble pas que la carrière d’Anne Lacroix ait connu d’autres développements. Par François Ouellet.

11/05/2025, 09:00

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L’Échelle de Judith : plonger pour mieux remonter

L’écriture de Galien Sarde a toujours exploré le désir en l’abordant par la lumière – qui ne va pas sans ombre – et par une architecture à la fois précise et complexe, celle de ses romans, celle du cadre où ils se déroulent. Cité souterraine, pas de vis forant les bas-fonds ou piscine-lagon, cœur pulsant d’une villa luxueuse, espaces où se croisent, s’aiment et se déchirent des personnages qui ne prennent chair, qui ne font corps que dans leur écrin, celui-ci finissant, tel un coquillage, par épouser leurs formes organiques. Par Anne-Catherine Blanc.

12/10/2026, 17:45

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La rage et la tendresse de Philippe Mouazan : le portrait d’un homme libre

On ne nait pas seulement d’une famille, en venant au monde on accepte l’héritage des éléments qui nous entourent, et quand on est breton, la nature fait partie intégrante de l’identité. Xavier Grall, journaliste, poète, né à Landerneau, est monté à la capitale pour être journaliste, puis, l’appel de la terre d’origine a été trop forte, et a décidé un jour de partir avec femme et enfants rejoindre les tempêtes d’hiver, l’iode et ses racines.

12/10/2026, 17:30

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Un imprévu de Michel Layaz : fatuité quand tu nous tiens…

Il suffit parfois d’un grain de sable ou un concours de circonstances, pour que notre quotidien et nos croyances qui le motivent en soient chamboulés. Erik Dogam est le PDG d’un grand groupe phytosanitaire et sa vie ne laisse aucune part au hasard et à l’improvisation.

12/10/2026, 17:16

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Sur la Nationale 7, la route des vacances vire au cauchemar

Un suspense psychologique et automobile qui fait défiler une série d'accidents et de disparitions tout au long de la fameuse Route Nationale 7. Un roman noir entre nostalgie, filiation et quête du passé, construit sur une mise en abyme ingénieuse.

12/10/2026, 16:00

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Quand l’argent transforme la dette en mode de vie

Publié une première fois en 1992, L’argent et la mort d’Emmanuel Loi revient en librairie. Dans cet essai consacré au crédit, à l’assurance et aux mécanismes économiques qui façonnent les comportements, l’auteur interroge la manière dont la dette et la consommation finissent par redéfinir l’individu lui-même.

 

12/10/2026, 07:04

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Gabrielle et la malle sanglante : une affaire criminelle aux débuts de la police scientifique

À l’été 1889, la disparition d’un huissier parisien puis la découverte de son corps dans une malle mettent la France en émoi. Serge Quadruppani revient sur cette affaire qui passionna la presse de la Belle Époque et fit entrer la police scientifique dans une nouvelle ère.

12/10/2026, 06:05

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Trump, Volga, dette publique : cinq livres pour comprendre le monde

Chaque semaine, la Booksletter, relancée par l’association Les Amis de Books, explore les livres publiés dans le monde. Essais, enquêtes et romans y éclairent l’histoire, la politique, les sociétés et leurs contradictions. Dans cette édition, cinq ouvrages invitent à remonter le cours de la Volga, à revisiter les méthodes de Roy Cohn, à comprendre les mobilisations populaires, à retrouver des résistantes basques et à interroger la dette publique.

11/10/2026, 12:15

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Ce que ma mère a laissé derrière elle : les secrets d’une mère révélés après sa mort

Après la mort de sa mère, Jade découvre une vieille photographie représentant une jeune femme souriante aux côtés d’un homme inconnu. À partir de ce cliché, elle se lance sur les traces d’un passé familial qu’elle pensait connaître, entre secrets enfouis et histoire contemporaine de la Corée. Traduit du coréen par Yeong-Hee Lim.

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Imago je suis : une voix poétique face aux désillusions du monde

Dans Imago je suis, Dan Yodwira donne voix à une narratrice confrontée à la perte de ses illusions et à ses propres contradictions. Entre colère et espoir, elle cherche un chemin vers la liberté et une possible renaissance.

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Sarah Knafo reste en tête des ventes, Thélyson Orélien grimpe malgré la polémique

Pour la cinquième semaine consécutive, Sarah Knafo conserve la première place des meilleures ventes de livres en France. Du 28 septembre au 4 octobre 2026, Le Casse du siècle (Fayard) enregistre 37.294 ventes supplémentaires. Derrière l'eurodéputée, One Piece reste deuxième, tandis que Thélyson Orélien monte sur le podium.

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Grop d'Erik Svetoft : bizarre, vous avez dit bizarre

Certains auteurs ne se contentent pas d'inventer des histoires ou de rendre compte de l'état du monde : ils utilisent la puissance de la bande dessinée pour donner naissance à un univers qui n'existe nulle part ailleurs, forgé dans un alliage unique de dessins, de situations, de personnages, de de tempo et de dialogues. De livre en livre, les lecteurs explorent cet espace hors du temps et de la géographie qui leur semble de plus en plus familier. Erik Svetoft est sans nul doute un de ces artistes puissants, dont l’œuvre, de titre en titre, forge un univers qui ne ressemble à aucun autre et certainement pas au nôtre.

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Le Chœur ukrainien : quand l’exil trouve une voix commune

Avant de trouver sa place dans le chœur, Coralie Grimand cherche où poser sa voix. Française, amoureuse depuis l’adolescence de la littérature russe, elle rejoint une chorale ukrainienne au début de l’invasion. La guerre ne lui retire ni Pouchkine ni Dostoïevski ; elle rend cet amour inconfortable.

09/10/2026, 10:30

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Vital : une psy face au deuil d’un patient

Dans une mansarde du 11e arrondissement de Paris, une psychologue reçoit des patients aux parcours singuliers. Jusqu’au jour où la mort de l’un d’eux, tué le 13 novembre 2015, bouleverse son rapport à son métier et la conduit à franchir certaines limites.

 

09/10/2026, 07:30

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À la grâce des fous : un meurtre au cœur des fantômes de la Gaspésie

À L’Anse-à-Beaufils, près de Percé, un homme est retrouvé mort en pleine saison touristique. Son passé sulfureux lui avait valu de nombreux ennemis. Tandis que l’enquête commence, les souvenirs des villages disparus de Gaspésie refont surface.

 

09/10/2026, 06:15

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L'Affaire au carré : Un producteur assassiné, sa fille retrouvée morte

Quatre balles dans la nuque, disposées en carré. Le 6 mai 1995, Joseph Vitali, grand producteur de cinéma et personnage trouble, est exécuté dans un parking. Personne n'est arrêté. Trente ans plus tard, jour pour jour, sa fille Ana disparaît. On retrouve son corps au fond d'un puits, dans la forêt de Meudon. Les Vitali ne croient pas aux coïncidences. Estelle Voldor non plus. À la tête de True Crime, magazine spécialisé dans les affaires non résolues, elle flaire le sujet qui fera trembler la rédaction : « Rien que l’histoire de cette famille, j’achète ! » Reste à convaincre Jed Jarzinski de s'en charger. Mauvaise humeur comprise.

08/10/2026, 19:02

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Keith Jarrett au Japon : sur les traces des Sun Bear Concerts

Un Shinkansen file vers Tokyo. Dans le casque de Philippe Séclier, Keith Jarrett improvise. Quelques mois plus tard, un coffret couleur sable acheté au Japon devient le point de départ d’une enquête : les Sun Bear Concerts, huit récitals donnés en novembre 1976, dont cinq furent réunis sur dix vinyles. 

08/10/2026, 17:13

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Autant que l’amour : sept autrices mettent l’amitié à l’épreuve

L’amitié a longtemps occupé, dans les récits, la place de la relation qui va de soi : solide, secondaire, moins spectaculaire que l’amour. Autant que l’amour refuse précisément ce confort. Sous la direction de Charlotte Pudlowski, six textes de non-fiction signés par sept autrices regardent ce lien là où il protège, déçoit, domine, libère ou recommence. 

08/10/2026, 10:22

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L’oiseau qui boit des larmes T2 : une fantasy coréenne entre meurtre et lutte de pouvoir

Dans un monde partagé entre quatre peuples, la mort d’un jeune Naga lors d’un rituel va bouleverser un fragile équilibre. Accusé à tort, Ryun Pei fuit vers le nord, où il doit rejoindre une escorte composée de représentants de chacun des peuples. Traduit du coréen par Kette Amoruso.

08/10/2026, 07:30

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Quand le mari est auteur de polars, le crime parfait devient une possibilité

Une joggeuse disparaît sans laisser de trace. Son mari, écrivain de romans policiers, devient le principal suspect. Cinq ans plus tard, la découverte d’ossements humains relance une affaire que certains auraient préféré voir enterrée. Avec The Crime Writer, Diane Jeffrey mêle enquête, secrets de famille et fascination pour le crime parfait.

08/10/2026, 06:00

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Un polar survolté où son héroïne Abigail Boone fait une entrée fracassante, au propre comme au figuré

Premier roman du britannique Dominic Nolan : On a parlé de Dominic Nolan l'an passé avec un sacré roman, White City, un polar inscrit dans sa fresque socio-historique sur le Londres des années passées, qui lui a valu notoriété et succès depuis Vine Street. Le revoici dans un registre plus classique, avec J'étais Abigail Boone qui fut son premier roman publié en 2019 en VO. Un second épisode mettant en scène l’héroïne amnésique Abigail Boone (After Dark - 2020 en VO) n'a pas encore été traduit en français.

07/10/2026, 17:38

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Le Boléro de nos vies : ce que nous héritons des générations précédentes

Les Uns et les Autres raconte en effet beaucoup de choses. Des histoires d’amour. Des séparations. Des ambitions. Des rencontres. Des enfants. Des morts. Mais le film raconte surtout que nous vivons des vies personnelles à l’intérieur d’une Histoire qui, elle, ne nous demande jamais notre avis. Propos recueillis par Jean-Charles Bettan, psychanalyste à Cannes.

 

07/10/2026, 16:35

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Bernard-Henri Lévy : on ne se souvient jamais deux fois de la même façon

Dès le préambule, la subjectivité du philosophe est impossible à séparer de ce qu’il raconte. Mais comment écrire ses mémoires partagés avec ce que l’on a vu, ceux que l’on a rencontrés, les causes que l’on a défendues ou abandonnées, les conflits que l’on a traversés ou atténués, et surtout les noms qui nous ont influencés ? Tout cela compose peu à peu le tableau d’une époque qui n’existe plus tout à fait, mais aussi l’image d’un homme dont l’identité elle-même est déjà un récit.

07/10/2026, 12:19

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Tiphaine Raffier : mourir sous le regard des autres

Un micro derrière un Vermeer. Une chaise médicalisée qui résiste au montage. Un chronomètre autour du cou. Une cassette qu’on ne sait plus faire jouer. Et, au milieu, Laure, revenue dans la maison familiale de Morsan pour y vivre ses derniers jours. Tiphaine Raffier installe L’Hors-Présence ou Chimères du pays de Morsan avec une précision clinique, puis laisse tout se dérégler. 

 

07/10/2026, 10:00

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Esquisse d’une serial killer : derrière la Diabolique, une enquête dérangeante

Le titre désigne déjà un piège. Esquisse d’une serial killer (trad. Pierre-Mong Lim) promet le monstre, la mécanique du crime, peut-être le frisson confortable du true crime. Hu Mu-ching fait exactement l’inverse. Elle revient vers Lin Yu-ju, condamnée à mort à Taïwan pour trois meurtres et très vite figée par les médias sous un surnom : la Diabolique. Ébauche prévue le 15 octobre.

06/10/2026, 17:59

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Le souci de vivre : parler de la mort pour donner du sens à l’absurde

Il y a des livres qu’on offre sans raison particulières, juste pour faire plaisir, petit format, une centaine de pages, un prix raisonnable, un livre qui pique notre curiosité ; vous connaissez toutes et tous ce genre de livre qu’on lit en une après-midi et qui laisse une empreinte importante par la suite. Le souci de vivre d’Olivier Carré fait partie de ces livres qui reste longtemps en mémoire tant il parle d’un sujet auquel nous tous aurons à faire face un jour ou l’autre : la mort. 

06/10/2026, 17:57

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Lola Lafon enferme quatre amis dans un aéroport sous tension

Une valise, un mot, une fracture politique : voici la nouvelle pièce de Lola Lafon. Une valise dépasse de quelques centimètres et, avec elle, tout déborde. Dans une salle d’embarquement, quatre amis d’une quarantaine d’années devraient partir en vacances. Décollage (ou pas), le 15 octobre.

06/10/2026, 17:20

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Sur la route du retour de Franck Maubert : révéler la nudité désolée

Il y a un principe dans la vie sur lequel il est difficile d’y revenir : on ne peut pas donner l’amour que l'on n’a pas reçu. Pour Franck Maubert, l’amour non reçu vient de cette mère distante, froide, qui le place durant sa petite enfance chez un couple vivant dans une ferme, puis viendra le reprendre pour le laisser à ses parents, couple âgé qui se désintéresse de lui avant de le conduire contrainte chez elle. De cette enfance heureuse en campagne, l’auteur découvrira la joie du silence et une quête mystique dans les églises.

06/10/2026, 15:12

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Le Parfum des feuilles de thé : quitter Tokyo pour recommencer

Tokyo s’éloigne, la route monte, le béton cède aux pentes de Shizuoka. Mayumi et Akane ont trente-cinq ans, sont amoureuses et décident de reprendre la plantation de thé du grand-père d’Akane, affaibli par un AVC. Sur le papier, tout ressemble au fantasme contemporain du grand départ : quitter la ville, retrouver la terre, repartir de zéro. Infusion dès le 15 octobre.

06/10/2026, 14:06

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Voyage avec un âne : ce que Modestine change au récit de Stevenson

Il part à pied pour se remettre d’un chagrin, s’équipe beaucoup trop, achète une ânesse pour porter le tout et découvre presque aussitôt qu’elle n’a aucun goût pour les itinéraires bien tracés. Voyage avec un âne dans les Cévennes tient depuis 1879 sur ce délicieux désaccord entre un homme qui veut avancer et Modestine, qui préfère brouter. Parution le 15 octobre

06/10/2026, 13:32

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Toute la famille a eu de la chance : Auschwitz au bout du couloir

Philippe Schwartz commence par se méfier de sa propre mémoire. C’est une excellente manière d’entrer dans Toute la famille a eu de la chance. « Aujourd’hui, j’ai conscience d’enjoliver. J’en fais une légende. » Le narrateur ne promet donc ni archive pure ni reconstitution infaillible. Sortie le 15 octobre.

06/10/2026, 12:55

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Mom Alone : la maternité solo, sans filtre et sans mode d’emploi

Il y a les livres sur la parentalité, avec leurs principes, leurs méthodes, leurs lendemains mieux organisés. Et puis il y a 17 h 30. Le travail n’est pas fini, les enfants reviennent dans le cadre, le dîner se rapproche et quelqu’un pense soudain : « Purée... Il est déjà 17h30 ! » Quelques cases plus loin tombe le verdict : « J’ai rien foutu. » Mom Alone habite exactement cet espace-là : celui où les bonnes intentions se froissent au contact du réel.

05/10/2026, 17:30

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Peut-on vendre un rein ? Cinq livres pour interroger nos certitudes

Cette semaine, la Booksletter explore cinq livres qui déplacent le regard sur l’histoire, la morale et nos sociétés : l’économie quotidienne de la Rome antique, les grandes expéditions britanniques en Antarctique, l’humour noir face à la mort, les marchés jugés moralement « répugnants » et le poids de l’époque dans les trajectoires criminelles. Cinq lectures pour éclairer autrement des questions anciennes et très contemporaines, sans simplifier.

03/10/2026, 11:13