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Laurent Binet : meurtre dans la Florence de la Renaissance  

#RentreeLitteraire23 – Florence, 1557, le vieux peintre maniériste Pontormo a été assassiné au pied des fresques auxquelles il travaillait depuis onze ans. L’homme de confiance, peintre et architecte Giorgio Vasari, est chargé par le duc Cosimo de Médicis, de mener l’enquête. En toile de fond : l’Inquisition papale, la cousine du duc, Catherine de Médicis, qui complote de la France, un amour contrarié par la raison d’État, ou encore le grand art, porté par des personnages comme Michel Ange…

Le 11/08/2023 à 16:47 par Hocine Bouhadjera

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Publié le :

11/08/2023 à 16:47

Hocine Bouhadjera

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Qui a assassiné le vieux maître atrabilaire : les assistants du peintre, épuisés par ses caprices et les mauvais traitements ? Un confrère-rival tel Agnolo Bronzino, ancien élève de Pontormo et portraitiste officiel du duc ? Un ou une savonaroliste folle de dieu qui ne supporte plus cette nudité païenne dans les arts ? Une personne plus surprenante, plus élevée… La réponse pourrait se dissimuler dans la fresque elle-même

Laurent Binet a été professeur de lettres pendant dix ans en Seine–Saint-Denis. Son premier roman, HHhH, paru en 2010 chez Grasset, lui a valu le prix Goncourt du premier roman. Son deuxième, La septième fonction du langage, axé autour de la mystérieuse mort du sémiologue Roland Barthes, remporte le Prix Interallié en 2015. Son précédent texte, Civilizations, est lauréat du Grand prix du roman de l’Académie française.

ActuaLitté : Votre précédent roman, Civilizations, est sorti en 2019, et celui-ci, Perspective(s), en 2023, soit quatre ans entre les deux tout de même…

Laurent Binet : J’ai toujours pris mon temps. J’aime beaucoup creuser un sujet, me documenter, donc il y a, à chaque fois, une phase de lecture qui nécessite plus de la moitié du temps en réalité. Florence, sa peinture, ce milieu du XVIe siècle... à la base, je n’en connaissais quasiment rien. Je partais pratiquement de zéro.

Quatre ans, c’est la fourchette basse, puisque j’avais mis dix ans pour HHhH, cinq pour La septième fonction du langage, et quatre pour Civilizations. Je me stabilise à quatre ans, ce qui est déjà semi-rapide dirons-nous. Je choisis à chaque fois des sujets qui nécessitent pas mal de connaissances, que je n’ai pas à la base, donc je ne peux pas sortir un ouvrage tous les ans…

Le plaisir de se plonger en profondeur dans un sujet ?

Laurent Binet : C’est ce que je préfère finalement. Je dis parfois qu’écrire est un prétexte pour lire des livres en fait (rires). Pour ce roman, c’est  l’immense joie de m’immerger dans l’histoire de la peinture, le maniérisme italien au XVIe siècle, et puis, c’est une époque passionnante au niveau politique : les guerres d’Italie, l’épopée des Médicis, les Espagnols et les Français qui s’opposent... J’assouvis mon goût pour l’Histoire, et plus largement ma curiosité intellectuelle.

Vos deux premiers romans se situaient au XXe siècle (7e fonction, HHhH…), c’est à présent le second roman qui se déroule dans la période dite moderne.

Laurent Binet : Civilizations se déroule en 1530, et là, c’est 1557. C’est presque un sequel, mais ce n’est plus les mêmes personnages, bien que l’on retrouve un Médicis dans le précédent. Ce n’est plus une uchronie aussi.

J’ai tellement pris goût au XVIe siècle que j’ai voulu y rester. Jusqu’à maintenant, je changeais, avec d’importants écarts entre la Seconde Guerre mondiale, les années 80, puis le XVIe siècle. Là, j’ai eu envie de demeurer à cette période, la Renaissance, que l’on débute de la « découverte » de l’Amérique par Christophe Colomb. Je la trouve absolument fascinante pour plein de raisons :  les crises religieuses, la naissance du capitalisme, les grandes découvertes, les explorateurs flamboyants, l’humanisme… C’est une période incroyable.

Ce qui m’a particulièrement intéressé pour ce roman, c’est la révolution artistique, plus précisément picturale, née de la découverte de la perspective, d’où le titre, même si ses lois mises au jour par Brunelleschi, Leon Battista Alberti et quelques autres sont un peu antérieures.

Vue de Florence par Hartmann Schedel, publiée en 1493. Bas van Hout (CC BY-SA 4.0)
Vue de Florence par Hartmann Schedel, publiée en 1493. Bas van Hout (CC BY-SA 4.0)

Ce roman est une enquête policière épistolaire, pourquoi avoir choisi cette forme assez originale ?

Laurent Binet : L’ouvrage se déroule au milieu du XVIe, mais les personnages ont un côté XVIIIe siècle. Benvenuto Cellini possède quelque chose de Casanova, j’ai voulu que Catherine et Maria de Médicis aient un rapport Merteuil-Cécile Volange des Liaisons dangereuses. Le XVIIIe, c’est aussi le siècle des romans épistolaires, et donc, j’y ai vu un intérêt formel à adopter ce genre précis.

En outre, il me permettait de faire ce que je n’avais jamais réalisé jusqu’à maintenant : creuser les personnages, les approfondir, alors que, pour des raisons que je trouve tout à fait justifiées, je ne l’avais pas fait. Un peu dans La septième fonction du langage, mais ni dans HHhH, ni dans Civilizations. Là, j’avais envie de le faire, et le genre épistolaire s’y prête énormément.

Enfin, une troisième raison : ça autorisait à jouer avec le lecteur. Le dispositif épistolaire, en multipliant les sources d’énonciation, permet le jeu de chat et souris avec lui. Il ne sait jamais si la personne est fiable. Deux personnages ne disent pas la même chose, donc l’un ou les deux mentent. Un troisième essaye un autre moment d’influencer un quatrième… Tout ce jeu m’offre l’occasion d’assouvir mon goût de la manipulation, et de stimuler l’attention critique du lecteur. C’est ce que j’ai tenté de faire, de façon différente, dans HHhH également par exemple.

Multiplier les perspectives, ce qui nous amène au titre.

Laurent Binet : Perspectives au pluriel, avec le choix du « s » entre parenthèses, c’est pour évoquer la multiplicité des points de vue, quand la perspective au singulier se réfère aux lois de la perspective en peinture.

Multiplier les angles de vue, c’est aussi mettre en scène la complexité des choses.

Laurent Binet : C’est un peu tout le projet du roman, historiquement. Milan Kundera y voyait le territoire de l’ambiguïté. Si vous voulez démontrer une thèse, vous écrivez un essai. Le roman, c'est le domaine du trouble.

Pourquoi avoir choisi la figure historique de Giorgio Vasari comme enquêteur, accompagné d’une sorte de Watson en la personne de Vincenzo Borghini, le tout sous le patronage d’un certain Michel Ange ? Que des personnages hauts en couleur par ailleurs.

Laurent Binet : Giorgio Vasari est peintre-architecte à la base, mais il est passé à la postérité en tant que commentateur — il est considéré comme l’inventeur de l’histoire de l’art, en Europe en tout cas —. C’est un enquêteur-observateur. Comme tous les artistes de cette période, il est un courtisan. Il dépend des commandes de son mécène, Cosme de Médicis, un des grands seigneurs de l’époque. il doit rester dans ses bonnes grâces. De ce fait, il a des positionnements et des comportements politiques. En tant qu’artiste, même avec ses amis, il est engagé dans des situations de rivalités.

Le plus haut en couleur pour moi, ce n’est pas Vasari, mais Cellini. Un personnage extraordinaire, qui a écrit ses mémoires, autant artiste génial qu’aventurier, et même un sacré criminel… Je connaissais sa statue de Persée avec la tête de Méduse, mais j’avais vaguement entendu son nom, avant de découvrir qu’il est vraiment une figure historique hors-norme.

Autoportrait de Giorgio Vasari. / Judith et Holofernes (vers 1554), Musée d'art de Saint-Louis, Saint-Louis. Domaine public.
Autoportrait de Giorgio Vasari. / Judith et Holofernes (vers 1554), Musée d'art de Saint-Louis, Saint-Louis. Domaine public.

Au sujet de Vincenzo Borghini, pour rendre compte de l’avancée de l’intrigue dans une enquête policière, c’est un dispositif intéressant d’avoir un docteur Watson ou un Arthur Hastings pour Hercule Poirot. Borghini, qui était un lettré, meilleur ami de Vasari, était tout indiqué pour jouer ce rôle.

Enfin, le vieux Michel-Ange, déjà parce que c’est la figure la plus connue de toutes. Tous les personnages de mon roman ont existé, mais c’est lui, de loin, le plus célèbre. Et qu’il soit à Rome en 1557, c’était parfait pour mon dispositif épistolaire, car Vasari et les autres ne pouvaient s’adresser à lui que par lettres. En outre, il avait des problèmes avec le pape de l’époque, Paul IV. Il en a eu avec tous vu son caractère, mais en comparaison de Jules II qui avait décidé d’exploiter son génie, Paul IV, lui, veut détruire la chapelle Sixtine... Couvrir les hommes nus de la salle des palais pontificaux du Vatican sera finalement le compromis trouvé.

Tous les personnages, qui sont des rivaux entre eux et se critiquent, reconnaissent le génie de Michel-Ange. C’est la figure tutélaire, ce qui ne l’empêche pas d’avoir des problèmes face à l’inquisition.

Une situation qui résonne quelque peu avec notre époque…

Laurent Binet : D’une certaine manière, c’est le début de la fin de l’aventure, avec un côté crépusculaire. La fin et le début d’une époque se chevauchent toujours, et les choses se mélangent, mais d’un point de vue politique, 1557 constitue une période de réaction, puisque le pape Paul IV est un inquisiteur. On décide que les hommes et les femmes tous nus sur les tableaux, ce n’est plus possible : c’est ce qu’on a appelé la Contre-Réforme, qui est une réponse à la montée du protestantisme. Une période assez dure, de reprise en main de l’Église, de conservatismes, de fermeté…

L’inquisition, qui se met d’abord en place dans l’Espagne des Rois Catholiques au XVe siècle, s’exporte en Italie à cette occasion.

Cependant, je ne me pose jamais la question de la résonance avec aujourd’hui, mais ça raisonne toujours forcément. Je suis un produit de mon époque, et si un sujet m’intéresse, c’est qu’il y a une raison, plus ou moins consciente, identifiée ou pas, liée à la période dans laquelle on vit.

Souvent, je m’en rends compte a posteriori, notamment quand je fais des entretiens, lorsqu’on me demande de réfléchir sur mon livre. Et effectivement, cette sorte de retour de l’ordre moral oui, entre en résonance avec aujourd’hui. C’est l’éternelle question de la censure. J’y suis très sensible, et Actualitté aussi il me semble, par exemple à la problématique des réécritures d’œuvres de Roald Dahl, Agatha Christie etc. Je suis très choquée par ces actions, d’autant plus quand ça vient de mon camp politique, la gauche. Très troublé et effrayé (Ndr. L’entretien a été réalisé avant la censure de Gérald Darmanin d’un ouvrage jeunesse). On peut faire un parallèle avec Paul IV qui met des slips aux représentations de la chapelle Sixtine.

Aucun chef-d’œuvre n’est à l’abri : dans mon roman, il s’agit des fresques de Pontormo dont on pense qu’elles étaient sublimes et qui ont disparu corps et biens. Il en reste seulement quelques dessins. Elles étaient passées de mode un moment, donc elles n’ont pas été entretenues, ont commencé à s’abîmer, et au XVIIIe siècle, on a voulu retaper toute une partie de l’église San Lorenzo, la chapelle des Médicis.

À cette occasion, on les a purement et simplement détruites avec une partie du bâtiment. Personne ne s’est dit que ça méritait d’être gardé, c’est fou. La postérité des chefs-d’œuvre, des œuvres artistiques, n’est jamais acquise.

Monument à Benvenuto Cellini, par Raffaello Romanelli (1901), au centre du Ponte Vecchio, à Florence. Thermos (CC BY-SA 2.5) /
Monument à Benvenuto Cellini, par Raffaello Romanelli (1901), au centre du Ponte Vecchio, à Florence. Thermos (CC BY-SA 2.5) / Persée par Benvenuto Cellini. Bronze et marbre (base), 1545-1554. Sous la Loggia dei Lanzi, Florence, depuis 1554. Jastrow (CC BY 2.5).

On regrette les libéralités des débuts du XVIe.

Laurent Binet : Tout est toujours dialectique en vérité, et notamment les époques de l’Histoire. Quand on nous dit qu’un temps est réactionnaire, alors au même moment, on peut être sûr qu’il y avait une résistance à cette réaction, ou inversement, dans une époque révolutionnaire, il y avait en face des conservateurs virulents. Dans la période spécifique du roman, c’est la dimension de crise religieuse dans un temps qui est très religieux, qui mérite qu’on s’y attarde, en concomitance de la redécouverte des cultures de l’Antiquité.

Il y a une espèce de reviviscence du paganisme, et cette dialectique-là, elle est très visible dans la production des artistes. On a l’impression que ce sont seulement des sujets religieux, mais ils sont  aussi gréco-romains, donc  antiques, donc païens. Michel-Ange par exemple, qui était très pieux, même un moment intéressé par l’évangélisme, qui est un courant assez proche du protestantisme, parmi ses grands chefs-d’œuvre, il y a le David, qui provient de l’Ancien Testament, mais la représentation est clairement antique.

Dans la chapelle Sixtine, on voit comment il intègre des figures, des sujets gréco-romains : la Sybille, l’oracle de Delphes, à la représentation religieuse chrétienne du monde. Son dieu a un côté Jupiter… Donc, normalement, en tant que chrétien, on ne peut pas accepter ça.

Michel-Ange par Daniele da Volterra (Domaine public) / David. Korido (CC BY-SA 4.0)
Michel-Ange par Daniele da Volterra (Domaine public) / David. Korido (CC BY-SA 4.0)

De leur point de vue dogmatique, les chrétiens durs de cette époque n’ont pas tort de s’attaquer à ces représentations inspirées du paganisme ancien alors ?

Laurent Binet : De leur point de vue oui. Par exemple, le dominicain Jérôme Savonarole, auquel je fais souvent allusion dans Perspective(s), c’est à Florence, la cité de toutes les floraisons artistiques, de Laurent le Magnifique, l’emblème de la Renaissance, qu’il sévit. C’est sur ces terres de liberté qu’un régime théocratique très âpre, austère, s’installe durant quatre ans.

Ce sont les talibans de l’époque ceux qui se trouvent derrière Savonarole. Dans chaque contexte, il y a toujours des courants qui s’affrontent, idéologiques, politiques, artistiques. C’est plus riche et beaucoup plus complexe qu’on l’imagine à chaque fois.

La Renaissance, c’est à la fois l’humanisme d’Érasme, et Luther et Calvin qui n’étaient pas des rigolos. Le protestantisme est un autre phénomène passionnant : quand on regarde où il s’est le plus développé, on l’observe dans des pays très libéraux : la Hollande, la Suisse… alors que Calvin a fait brûler des gens, que Luther appelait au meurtre des paysans allemands, a fini très antisémite…

C’étaient des fanatiques, mais leur doctrine politique a pris racine dans des sociétés libérales. Encore une dynamique dialectique, entre d’un côté les mormons américains, une grande austérité à certaines périodes, et le quartier rouge à Amsterdam ou le porno dans ces mêmes États-Unis.

Dans ce riche roman se joue en parallèle une tragi-comédie amoureuse pour la fille du duc de Florence, Maria de Medicis. À travers ce personnage, vous mettez en lumière le statut de femme à cette époque. Ici, en tant que fille de haute famille, elle est une monnaie d’échange pour son père, et rien pas plus.

Laurent Binet : Le roman policier m’a permis de balayer tous les milieux de la société florentine de ce XVIe siècle. Je me suis demandé : comment est-ce qu’on fait pour s’en sortir à cette époque quand on est peintre, artiste, ouvrier comme le broyeur de couleur etc. Comment on fait pour trouver sa place socialement, mais aussi quand on est une femme, et paradoxalement surtout quand on est une femme de l’aristocratie, où on est, en effet, une monnaie d’échange.

L’une des lettres principales de mon livre est celle de Catherine de Médicis qui explique à Maria ce que c’est que d’être une femme, et plus spécifiquement issue de la noblesse. Le modèle de cette lettre, c’est la plus célèbre des Liaisons dangereuses, où Madame de Merteuil enseigne à Valmont ce que c’est que d’être une femme dans la société du XVIIIe siècle.

Il y a sa condition quand on est la fille du duc, mais aussi quand on est une bonne sœur et qu’on souhaite peindre, comme Sœur Plautilla Nelli, qui a existé, et qui doit composer avec les limites de son sexe et de sa condition sociale. On constate dans ses œuvres par exemple qu’elle avait du mal à représenter les hommes, puisqu’elle ne voyait pas de corps masculins, ce qui a constitué une entrave à son développement artistique.

À cette époque, les conditions sociales étaient très figées, mais il y avait quand même des possibilités : un fils de tailleur de pierre pouvait devenir un grand artiste.

Portrait de Plautilla Nelli / Vierge affligée de la même. Domaine public.
Portrait de Plautilla Nelli / Vierge affligée de la même. Domaine public.

Il y a aussi la comploteuse Catherine de Médicis, figure de femme forte et dangereuse.

Laurent Binet : Elle a vécu quasiment toute sa vie en France, en tant que femme du dauphin, puis que reine de France. C’est l’archétype de la Florentine, de la machiavélique, ce qu’elle a été historiquement. Les intrigues amoureuses de Maria de Médicis, dans lesquelles elle s’immisce, sont des instruments politiques. Toutes ses motivations et ses actions sont politiques. L’affection potentielle pour Maria est secondaire.

On peut se dire que, par rapport à un paysan, c’est quand même mieux d’être une fille issue de la noblesse, mais son parcours, depuis sa naissance où elle une orpheline très vite, a été très dur. Elle aurait pu être tuée, violée, elle s’est faite trimballer, vendre à François Ier, qui l’a mariée à son fils cadet, ce qui ne la destinait pas à être reine...

On la connaît également pour le massacre de la Saint-Barthélemy, qui participe à sa légende noire. Elle a néanmoins essayé de trouver un compromis entre les catholiques et les protestants, d’un côté le parti du duc de Guise des catholiques forcenés, et de l’autre du futur Henri IV, mais la situation a quelque peu échappé à son contrôle…

Portrait de Catherine de Médicis en tenue de deuil, vers 1560, atelier de François Clouet, Paris, musée Carnavalet. Domaine public.
Portrait  de Maria de Medicis, par Agnolo Bronzino / Catherine de Médicis en tenue de deuil, vers 1560, atelier de François Clouet, Paris, musée Carnavalet. Domaine public.

Il y a les assistants du peintre assassiné qui vous offrent l’occasion d’une réflexion sociale sur la condition des ouvriers d’art de cette époque

Laurent Binet : On revient à mon premier questionnement : comment est-ce qu’on fait pour s’en sortir ? Il y a plusieurs possibilités : la carte du collectif, qui est celle de Marco Moro, sorte de figure du syndicalisme, ce qui n’est pas du tout anachronique, puisque je fais allusion à plusieurs reprises à la Révolte des Ciompi : un épisode du XIVe siècle à Florence, qui passe pour certains marxistes comme la première grande révolte prolétarienne. C’est une révolte d’ouvriers qui a conduit à une prise du pouvoir pendant quelques semaines.

L’autre possibilité, celle de Giambattista Naldini, c’est la carte personnelle, s’en sortir tout seul, y compris en trahissant ses amis.. Il a donc un sale rôle, mais là la forme épistolaire m’a permis de mieux comprendre ses motivations.

Pouvons-nous dire, que Moro, dans un certain sens, représente le socialisme révolutionnaire, et Naldini le socialisme parlementaire ?

Laurent Binet : (Rires) En tout cas, Naldini est la figure de l’arriviste sans scrupule, mais en même temps, j’ai du mal à en vouloir à un pauvre qui essaye de s’en sortir. La différence avec les socialistes parlementaires, les Hollande et compagnie, c’est qu’ils n’ont pas d’excuses pour leur trahison. J’en veux plus à François Hollande et Bernard Cazeneuve qu’à l’orphelin Naldini, élevé à l’hôpital des Innocents.

Quand j’étais professeur en banlieue, le dispositif Sciences Po est apparu. À chaque fois que des élèves ont pu y aller, j’étais très content pour eux évidemment. Je me souviens d’une qui était très brillante, et qui entendait faire de la finance, devenir Capital risker. De mon point de vue, je considère que ce n’est pas un métier qui apporte grand-chose à la société, et qui est même plutôt nuisible, mais à aucun moment je n’aurais pu lui en vouloir.

Elle venait d’un milieu très modeste, née dans les Comores, je n’allais pas lui dire : « Deviens prof, et gagne dix fois moins. » Donc je pardonne à Naldini, qui rappelons-le tout de même, dans la réalité, n’a balancé personne. Ces tableaux sont à découvrir dans les belles églises de Florence, notamment à Santa Maria Novella.

Vocation de saint Matthieu, chapelle Salviati de la Basilique San Marco, Florence. Sailko (CC BY 2.5)
Madone de consolation, Prato. / Vocation de saint Matthieu, chapelle Salviati de la Basilique San Marco, Florence. Sailko (CC BY 2.5 et 3)

Il y a enfin le duc de Florence, Cosimo, pris dans le jeu des intrigues, des alliances entre la France et l’Espagne, et ce contexte réactionnaire. Dans la tradition des ducs de Florence de la famille Médicis, ce n’est pas un grand moralisateur…

Laurent Binet : La situation de duc de Florence, ou de n’importe quel chef d’une principauté italienne de l’époque, c’est d’être entre le marteau et l’enclume de la France et de l’Espagne, qui contrôle déjà la Sicile et le Royaume de Naples. C’était la onzième guerre d’Italie... Ils sont en permanence menacés d’être absorbés ou broyés par l’une ou l’autre des deux grandes puissances du continent.

Dans ces jeux de pouvoir, il faut toujours gérer les plus gros que soi, mais aussi les plus petits que soi. Pour le le duc de Florence, calmer les appétits de la France et de l’Espagne qui s’opposent à Naples, et en même temps assouvir les siens, qui sont tournés vers la Toscane : étendre son territoire réduit, mais riche, à Sienne, Pise…

Comme Catherine de Médicis, c’est un pur politique. Un grand dirigeant avec une poigne de fer, et un mécène des arts dans la tradition familiale. Il rêve que Michel-Ange revienne, mais face à la tournure réactionnaire de la Contre-Réforme il décide de durcir son pouvoir à travers des lois contre les sodomites, pour des raisons strictement politiques. Tout est subordonné à la raison d’État, jusqu’à livrer à Rome des personnes dévouées jugées hérétiques par la papauté par exemple.

Face à Cosimo de Médicis dans le roman, il y a Piero Strozzi.

Laurent Binet : C’est un banquier à la base, de la grande famille florentine qui a perdu le pouvoir au profit des Médicis. Piero Strozzi s’engage au service de la France dans l’espoir de renverser Cosimo.

Portrait de Piero Strozzi / Cosme Ier de Toscane par Il Bronzino. Domaine public.
Portrait de Piero Strozzi / Cosme Ier de Toscane par Il Bronzino. Domaine public.

Cosimo de Médicis est par ailleurs tributaire d’une culture qui place la gloire dans le combat et la conquête.

Laurent Binet : Cet idéal culminera, avant de disparaître, au XVIIe siècle, avec des figures en France comme François de La Rochefoucauld ou le Grand Condé. Les grands seigneurs, qui sont à la fois des hommes de cour et des grands militaires. Louis XIV les met au pas en les enfermant à Versailles pour devenir des seuls hommes de cours, l’époque a changé, le pouvoir central s’est renforcé.

En lisant le roman, on sent le plaisir d’avoir pastiché le style de l’époque.

Laurent Binet : Je me suis véritablement immergé dans la littérature du milieu du XVIe et du XVIIIe siècles. Je devais trouver cette tonalité générale et en même temps attribuer un style particulier à chacun des personnages. Une jeune fille de la noblesse comme Maria de Médicis ne s’exprime pas comme le fripon magnifique Cellini. Marco Moro a un langage plus direct que Vasari s’adressant au duc… Le destinataire compte aussi dans le style choisi.

Avez-vous rencontré des difficultés spécifiques dans la construction de ce roman policier-épistolaire ?

Laurent Binet : Ça a été un défi de croiser le policier et l’épistolaire, car la lettre implique que tout ce qu’on raconte des événements s’est déjà produit. C’est donc plus compliqué de créer de la tension, du suspense, mais c’est possible, puisque plusieurs d’entre elles ont pour but de provoquer une action chez le destinataire, et on ne sait pas si ça va fonctionner ou pas.

La lettre est un dispositif de double énonciation, c’est-à-dire qu’un personnage parle à un autre, mais en réalité il s’adresse au lecteur. Il ne faut donc pas que ce soit artificiel. Par exemple, il ne peut pas expliquer à son correspondant ce que ce dernier sait déjà.

Du côté du roman policier, il fallait que ça se soit parfaitement agencé pour ne pas en dire trop, mais suffisamment. Qu’il n’y ait pas d’incohérence aussi tout simplement. Dans ce genre, les détails sont très importants.

Je connaissais la fin, ce qui est obligatoire pour un roman policier, car ensuite, tout le travail est de distiller les indices, les fausses pistes. C’est une mécanique d’horlogerie. Ce que je ne savais pas à l’avance, c’est qui allait s’en sortir ou pas, comment…

On se demande si ce n’est pas risqué, dans cette Italie si morcelée et conflictuelle, de s’envoyer des lettres de cette manière ? En espérant d’ailleurs qu’elles arrivent chez leur destinataire…

Laurent Binet : Je me suis documenté là-dessus pour respecter les délais. C’est parfois un peu rapide, mais possible : Florence-Rome, c’est un ou deux jours, ce n’est pas si loin,  Florence-Paris en revanche c’est plus aléatoire… Donc là je laisse une petite semaine en général. Le sujet des voies de communication continue à m’intéresser d’ailleurs. Dans le cas des grandes distances, ça pouvait varier de manière spectaculaire : un Paris-Istanbul, de quelques semaines à plusieurs mois (voir le livre de Fernand Braudel sur la Méditérannée au siècle de Philippe II).

J’ai aussi voulu intégrer un paramètre de l’incertitude, avec certaines missives qui sont interceptées par exemple, ou qu’une lettre ne trouve pas tout de suite son destinataire, qui est en vadrouille et la retrouve à son retour. Mais c'est vrai, dans mon roman, la poste fonctionne bien (rires).

Sur l’aspect peur que les lettres soient lues, mes personnages tiennent compte de cette dimension. On n'a pas les lettres de Catherine de Médicis, au départ, parce qu'elle demande à Maria de les brûler. Ils prennent des risques, mais il faut bien communiquer.

Enfin, pour les besoins de l’ouvrage, il aura également fallu se sacrifier, et se rendre en Italie on imagine…

Laurent Binet : Je suis allé plusieurs fois à Florence, en Toscane, deux fois à Arezzo, d’où vient Vasari, Rome aussi. Je commence à bien connaître les églises, où est chaque tableau etc.

À LIRE - Rentrée littéraire : Laurent Binet revient en août avec un roman épistolaire

En peinture, j'avais d'abord découvert l'art italien par l’entremise des Vénitiens : Titien, Tintoret, Véronèse. Aujourd’hui je suis totalement team Florence (rires). Je suis à présent vasarien.

Florence. Amada44 (CC BY 3.0)
Florence. Amada44 (CC BY 3.0)

Crédits photo : Grasset

 
 
 
 
 

DOSSIER - Rentrée littéraire 2023 : découvertes et coups de cœurs

Par Hocine Bouhadjera
Contact : hb@actualitte.com

2 Commentaires

 

Aradigme

12/08/2023 à 11:23

Une interview intéressante qui donne envie de lire le livre.
Une remarque sur la Saint Barthélémy. On peut se demander pourquoi le peuple catholique de Paris s'est laissé si aisément convaincre que les protestants préparaient un massacre et s'est donc décidé à prendre l'initiative de les agresser le 24 août 1572.
Les livres d'histoire le mentionnent rarement, mais un massacre des catholiques, connu sous le nom de Michelade, s'était déroulé à Nîmes le 29 septembre 1567, donc cinq ans plus tôt, et se trouvait sans doute encore dans les mémoires des parisiens. Cela pourrait constituer une des causes de cet embrasement effroyable.
Une autre remarque sur le métier de "capital risker". Ce sont des personnes qui aident des projets risqués à voir le jour. Supposons que vous êtes un chercheur brillant, mais peu conventionnel, et que vous avez l'idée d'un nouveau médicament. Les banques ne vous financent pas car vous êtes un peu trop en dehors des clous, pas nécessairement accepté par tous vos confrères bien établis. Un capital risker va évaluer votre idée, son potentiel et peut-être y croire et convaincre des investisseurs privés de financer le développement. A la clé, il y a peut-être un médicament révolutionnaire qui apportera un soulagement à des milliers de personnes - ou peut-être rien... J'estime qu'ils ont leur utilité dans la société, même si seul un projet sur dix fonctionne et paie pour les neuf échecs... C'est un métier complexe, surtout dans la partie "évaluation et conviction".

Guz

21/08/2023 à 07:12

Je vous félicite et vous remercie pour cet entretien avec Laurent Binet que j’apprécie beaucoup.

Perspective(s)

Laurent Binet

Paru le 16/08/2023

291 pages

Grasset & Fasquelle

21,50 €

Civilizations

Laurent Binet

Paru le 19/08/2020

384 pages

LGF/Le Livre de Poche

9,20 €

HHhH

Laurent Binet

Paru le 04/05/2011

444 pages

LGF/Le Livre de Poche

9,40 €

La septième fonction du langage

Laurent Binet

Paru le 31/08/2016

480 pages

LGF/Le Livre de Poche

9,40 €

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La facture électronique ne changera pas seulement le format des documents comptables. Pour les maisons d’édition indépendantes, elle pose une question plus concrète : où circuleront, demain, les factures, les données clients, les informations fournisseurs, les statuts de paiement et les écritures qui, jusqu’ici, passaient souvent par un outil de gestion, un PDF, un mail et un cabinet comptable ?

09/07/2026, 10:26

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Avec l'iridologie, Coralie Imhoff entend ”porter un autre regard sur votre regard”

Coralie Imhoff a publié aux éditions Quintessence L’iridologie psycho-émotionnelle - Explorer le lien entre terrain, émotions et inconscient à travers l’iris. Elle y présente une lecture de l’iris qui ne se limite pas au terrain physiologique, mais prend aussi en compte les émotions, l’inconscient et certains éléments transgénérationnels. L’ouvrage s’adresse aux thérapeutes comme au grand public, avec une cartographie et des signes observables sans matériel spécifique.

07/07/2026, 11:54

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À Kinshasa, La Maison du Savoir réinvente la librairie francophone

À Kinshasa, La Maison du Savoir s’est imposée en quelques années comme l’un des acteurs majeurs du livre. Fondée par Raïssa Hakim, pharmacienne de formation devenue libraire par conviction, l’enseigne compte aujourd’hui trois points de vente et poursuit son développement avec l’ouverture prochaine d’une quatrième librairie. Loin des réseaux habituels, Raïssa Hakim avance vite et bien dans l’une des plus grandes villes d’Afrique, en portant une image moderne, vivante et ambitieuse de la librairie francophone. Propos recueillis par Agnès Debiage (ADCF Africa).

03/07/2026, 16:39

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Roxane Blondel, un yoga à hauteur de soi : "Le yoga doit pouvoir s’adapter à chacun"

Avec Le Yoga qui vous ressemble – Des pratiques simples et accessibles pour chaque moment de votre journée, publié aux éditions Grancher, Roxane Blondel défend une pratique souple, concrète et inclusive. Professeure de yoga, créatrice d’outils pédagogiques et ancienne pâtissière, elle propose un ouvrage à consulter selon ses besoins, pour faire du mouvement un véritable soutien au quotidien.

25/06/2026, 16:19

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IA et littérature : Hervé Le Tellier et Abel Quentin face à la grande dépossession

Face à l’intelligence artificielle générative, Hervé Le Tellier et Abel Quentin ne parlent pas seulement de littérature. L’un, venu des mathématiques et de l’Oulipo, interroge la disparition possible du geste d’écrire, le choc professionnel, psychologique et démocratique que provoquent les machines. L’autre cherche des lieux où préserver l’intelligence humaine, la lenteur, la joie et la confiance. 

20/06/2026, 11:22

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“La cage n’est pas simplement un ensemble de barreaux de fer”

Dans Naissances au zoo, Ashraf Al Ashmawi fait du zoo une métaphore de la condition humaine. Ancien juge, il explore justice, pouvoir et fragilité des êtres, sans réduire ses personnages à des archétypes. Lauréat du Sheikh Zayed Book Award 2026 dans la catégorie « Littérature » pour Naissances au zoo, il répond aux questions d’ActuaLitté.

19/06/2026, 11:05

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“Accompagner la lecture est une affaire collective” (Association des Bibliothécaires de France)

L'Association des Bibliothécaires de France a ouvert, ce mercredi 17 juin, son 71e congrès à Rennes, au sein du Couvent des Jacobins. L'organisation a choisi un thème fédérateur, l'hospitalité, qui rappelle que les établissements de lecture publique incarnent le premier équipement culturel de proximité, par ailleurs libre d'accès. Un statut qui n'empêche ni les remises en cause ni les réflexions... Le bureau national de l'ABF a abordé, pour ActuaLitté, une variété de sujets à l'occasion d'un entretien.

18/06/2026, 13:11

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“Des chemins de traverse” pour “donner de la joie” : le pari des éditions Poids Plume

Depuis le début de juin, les éditions Poids Plume ont confié leur diffusion et leur distribution à DG Diffusion. Fondée en 2022 à Morlanne, dans les Pyrénées-Atlantiques, par Gaëlle Perret, la maison indépendante entend renforcer sa présence en librairie. Stockage, suivi des ventes et logistique constituent les principaux leviers de ce passage à une diffusion nationale, sans dissocier développement commercial, illustration et transmission.

18/06/2026, 12:42

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Affaire Samuel Paty : “J'étais susceptible de reconnaître mes étudiants dans tous les jeunes accusés“

Dans Notes d’une enseignante sur le procès de l’assassinat de Samuel Paty publié aux éditions Maurice Nadeau, Eloïse Lièvre propose une approche incarnée et réflexive du procès des huit personnes accusées d’être impliquées dans l’assassinat de Samuel Paty qui s’est tenu à l’hiver 2024. Un livre qui mêle récit personnel, journal du procès, analyse intellectuelle et réflexion morale. Par Olivier Stroh.

17/06/2026, 18:24

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“Sans surmonter ces griefs historiques, aucun dialogue significatif ne peut s’épanouir”

Dans son essai, Zuhair Tawfiq explore la manière dont les stéréotypes se construisent entre Orient et Occident. À travers cette réflexion, il questionne le rôle de l’écrivain dans la déconstruction des idées reçues et des représentations de l’Autre. Lauréat du Sheikh Zayed Book Award 2026 dans la catégorie « Critique littéraire et artistique » pour Perceiving the World: Mutual Stereotypes Between the Self and the Other, il répond aux questions d’ActuaLitté.

16/06/2026, 10:53

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“Traduire un texte vieux de plusieurs siècles est un véritable défi”

L’œuvre de Nawal Nasrallah navigue sur de multiples aspects : le patrimoine culinaire d’Al-Andalus et du Maghreb, l’histoire matérielle, la traduction savante et les circulations méditerranéennes constituent autant d’atouts. Elle travaille sur l’histoire et la culture de la cuisine arabe à travers les siècles, avec un intérêt particulier pour les textes culinaires médiévaux. Lauréate du Sheikh Zayed Book Award 2026 catégorie Traduction, elle répond à ActuaLitté.

13/06/2026, 07:00

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“La librairie a besoin d'une aide urgente et massive” (Syndicat de la Librairie française)

Un certain sentiment d'urgence dominait les Rencontres nationales de la librairie, à Rennes, ces 7 et 8 juin. La situation économique des commerces indépendants est en effet préoccupante, d'autant plus que les perspectives ne sont pas engageantes et que l'action publique manque de moyens... Alexandra Charroin-Spangenberg, cogérante de la Librairie de Paris (Saint-Étienne) et présidente du Syndicat de la Librairie française, et Guillaume Husson, délégué général de l'organisation, reviennent pour ActuaLitté sur les sujets du moment.

10/06/2026, 14:53

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“La poésie arabe exprime des expériences humaines universelles”

Traducteur d’Adonis, Mahmoud Darwich et Ibn Arabi, Stefan Weidner fait dialoguer depuis Cologne les cultures arabe et européenne. Lauréat 2026 du Sheikh Zayed Book Award pour Der arabische Diwan, anthologie de poésie préislamique ouverte à des voix féminines rarement traduites, il revient sur son œuvre, sa lecture de la poésie arabe et les enjeux du dialogue entre les cultures. Dans cette interview, il répond à ActuaLitté.

10/06/2026, 10:48

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Affaire Grasset : Laure Darcos et Sylvie Robert avancent une “clause de confiance”

Elles forment un tandem sénatorial très actif sur les questions culturelles, et plus particulièrement les sujets relatifs au livre. Laure Darcos, sénatrice de l'Essonne (Les Indépendants - République et Territoires) et Sylvie Robert, sénatrice d'Ille-et-Vilaine (Socialiste, Écologiste et Républicain) et vice-présidente du Sénat, évoquent leur proposition de loi sur le contrat d'édition, la lutte contre la concentration du secteur, et dressent aussi un premier bilan du sort réservé à la culture sous les mandats d'Emmanuel Macron.

09/06/2026, 16:20

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“Rimbaud nous demande justement de repenser ce qu’est la modernité”

Avec son Découvrir Rimbaud aux Éditions sociales, Alix Stéphan relit le poète à travers l’histoire, la révolution et les lignes politiques de son œuvre. De l’opacité des textes aux héritages décoloniaux, du refus du travail aux rapports de domination, elle défend une lecture située de Rimbaud, attentive au contexte sans épuiser le mystère des poèmes. Propos recueillis par Vivian Petit.

09/06/2026, 12:28

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La Goutte créative : une maison indépendante mise sur le livre vivant

Fondée par Charlotte Cruz et Chilly Charly, La Goutte Créative rejoint le réseau de diffusion et de distribution de DG Diffusion. La jeune maison indépendante défend un catalogue à la croisée des sagesses du monde, de l’imaginaire, de la transmission et du développement personnel. Charlotte Cruz y voit surtout un moyen d’élargir la portée d’un projet éditorial fondé sur l’éthique, l’écologie et le lien direct avec les lecteurs.

08/06/2026, 17:01

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Richard Sebag et Patrick Aurignac, anciens du grand banditisme, se racontent

Deux anciens détenus témoignent qu’une autre vie reste possible, même après les foyers, les braquages, les centrales, les années de prison et les retours presque impossibles. Au festival Passeurs de Livres, à Alès, Richard Sebag et Patrick Aurignac présentent chacun un récit autobiographique : Quelques lumières sur le chemin pour le premier, Mes chemins de travers pour le second, tous deux publiés par la maison nîmoise Nombre7. Ils parlent sans fard de leurs parcours, de leurs erreurs, de la violence, mais aussi des mains tendues qui ont permis la sortie.

06/06/2026, 13:00

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Pompier volontaire, autrice, éditrice : l’incroyable trajectoire de Fanny Destenay

Il y a des parcours qui avancent par bifurcations successives, mais toujours dans la même direction. Chez Fanny Destenay, l’énergie frappe d’abord : ancienne professionnelle de l’hôtellerie, passée, entre autres, par les pompiers volontaires, puis par la politique, l’écriture, les réseaux sociaux, les livres jeunesse et désormais l’édition, elle donne l’impression de transformer chaque expérience en terrain d’action.

05/06/2026, 15:10

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“Les Grecs et les Romains nous apprennent l’esprit critique”

Marraine de la 5e édition de Passeurs de Livres, à Alès, Laure de Chantal y revient avec un attachement particulier. Normalienne, agrégée de lettres classiques, directrice de plusieurs collections aux Belles Lettres, autrice de nombreux ouvrages sur l’Antiquité, la mythologie et la langue française, elle voit dans ce festival un lieu où se rejoignent deux fidélités : les livres et les Cévennes.

04/06/2026, 18:11

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Passeurs de Livres : le pari des sciences humaines au cœur des Cévennes

Jeudi 4 juin au matin, avenue Carnot, le festival n’a pas encore ouvert officiellement au public. Les stands achèvent de se monter, certains exposants prennent leurs marques, l’équipe règle les derniers détails techniques - jusqu’à ce compteur de visiteurs qu’il faut encore retrouver pour suivre au plus juste la fréquentation du salon. Malgré l’effervescence des derniers préparatifs, Franck Belloir, directeur du festival Passeurs de Livres, a pris le temps de nous répondre.

04/06/2026, 16:30

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Darwin et les bas-bleus : entretien avec Françoise Lavocat

Paru en mai 2026 aux éditions Station Zapata, Darwin et les bas-bleus, de Françoise Lavocat, nous plonge dans le monde politique et littéraire de la première moitié du XIXe siècle.

02/06/2026, 15:44

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“Je ne regrette aucun message” : Tommaso Debenedetti, 15 ans à inventer la mort d'écrivains

Il affirme être Tommaso Debenedetti, faussaire médiatique passé des fausses interviews littéraires aux fausses annonces de décès d’écrivains. Dans cet entretien (réalisé par email), où l’identité même de l’interlocuteur impose une prudente réserve, il revendique ses canulars comme une enquête permanente sur la crédulité des médias, l’autorité des institutions et la puissance émotionnelle de la mort à l’ère des réseaux sociaux.

02/06/2026, 10:39

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Gilles Francescano veut “offrir au monde de l’imaginaire le plus beau des festivals”

Directeur artistique des Imaginales depuis quatre ans, et acteur de l'événement depuis toujours, Gilles Francescano dresse un premier bilan de cette édition consacrée au thème « Alter ego ». Entre affluence, chaleur exceptionnelle, place de l’autre, relation gémellaire, accessibilité et avenir du festival, il défend une ambition claire : faire des Imaginales un lieu de pensée libre, d’accueil et de circulation entre les auteurs, les publics et la ville.

01/06/2026, 16:07

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Uranium, spectres et totalitarisme : le roman tchèque qui secoue les Imaginales 

Aux Imaginales, la Tchèque Lenka Elbe présentait Uranova, son premier roman, publié en français aux Forges de Vulcain dans une traduction d’Eurydice Antolin. Un livre ambitieux, impressionnant, difficile à ranger dans une seule case : enquête, roman d’amour endeuillé, récit politique, horreur, fantastique, humour noir, mémoire familiale et histoire tchèque s’y contaminent sans cesse. Au centre, une ville réelle : Jáchymov.

31/05/2026, 18:45

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Christopher Bouix, coup de coeur 2026 : “La littérature doit mordre ou griffer”

Coup de cœur des Imaginales 2026, Christopher Bouix arrive à Épinal avec une œuvre déjà multiple : un triptyque d’anticipation sur l’intelligence artificielle et les futurs déshumanisés, un roman d’horreur où les enfants massacrent les adultes, un passé d’auteur jeunesse repéré par Netflix, mais aussi un détour plus ancien par l’Antiquité, les textes grecs et latins, Socrate, la démocratie et les sorcières. Rencontre avec un écrivain qui aime les livres noirs, drôles, mordants, et les questions que le futur pose au présent.

31/05/2026, 14:00

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François Richard : “Vivre est le seul vrai choix”

C’est une épiphanie littéraire. François Richard fait paraître aux éditions du Grand Souffle Division Eidola, le troisième tome de son cycle V I E, qui peut se lire indépendamment des deux précédents bien qu’il en tire les fils narratifs jusqu’au bout de la nuit. Une épiphanie dans laquelle l’auteur manifeste la réalité cachée comme fin de la quête de ses personnages. Exacerbation, comme une bombe à fragmentation, du précepte proustien dans Le Temps retrouvé : « La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c’est la littérature. » Par Olivier Stroh.

29/05/2026, 11:12

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“Un potager résilient, c’est être prêt à devenir autonome le jour où c’est nécessaire”

Après une carrière dans l’industrie du jeu vidéo, Didier Flipo a choisi le maraîchage bio, le sol vivant et la transmission. Avec Le Potager résilient, il propose bien plus qu’un guide de jardinage : une réflexion concrète sur l’autonomie, la résilience et notre rapport au vivant. Entre écologie pratique, production de semences, soin des sols et critique des faux conseils circulant en ligne, il défend une approche patiente, pédagogique et profondément ancrée dans le réel. Un entretien où le potager devient aussi une manière de penser le monde contemporain.

20/05/2026, 14:48

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Pour une édition de proximité : Le Cercle ouvert, publier moins pour mieux lire

Avec Le Cercle ouvert, Mathieu Larnaudie et Bertrand Py défendent une maison à la production resserrée, attentive aux auteurs, aux libraires et aux lecteurs. Adossée à Terre Neuve et donc au groupe Albin Michel, elle publiera ses premiers titres le 20 août 2026 autour d’une idée presque révolutionnaire : moins publier pour mieux accompagner les livres et refaire communauté, sans céder sur le catalogue.

19/05/2026, 17:29

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“Acheter un livre dans une librairie indépendante, c’est presque militant”

À Limoges, la librairie jeunesse Rêv’en Pages, ouverte depuis plus de quarante ans, est en redressement judiciaire. Confrontée à la hausse de ses charges et à la baisse du panier moyen, sa gérante, Rachel Faure-Lencroz, cherche à adapter son fonctionnement : changement de transporteur, projet de librairie mobile, développement de la romance, du young adult et de l’occasion.

 

19/05/2026, 12:13

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Xavier Coste : comment 1984 est devenu “le projet de [sa] vie”

À Palaiseau, les planches de Xavier Coste autour de 1984 et du Journal de 1985 dévoilent les coulisses d’une obsession graphique née à l’adolescence. Dans le cadre du salon Dimension, croquis, originaux et reproductions éclairent la construction d’un univers dystopique où l’adaptation devient affaire d’émotion, de fidélité intérieure et de vision.

 

18/05/2026, 17:15

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Murielle Compère-Demarcy : Artaud, le feu du langage

Originaire de Compiègne, très active dans le milieu littéraire, Murielle Compère-Demarcy, qui signe parfois MCDem, dirige depuis 2022 la collection « Présences d’écriture » aux éditions Douro, et rédige de nombreuses chroniques pour diverses revues. Auteure d’une vingtaine de livres, Murielle Compère-Demarcy semble, entre autres, très marquée par Antonin Artaud, auquel elle consacre Alchimiste du soleil pulvérisé en 2019, recueil publié chez Z4. Par Étienne Ruhaud.

18/05/2026, 10:30

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Palaiseau : comment le salon Dimension veut réconcilier science et littérature

Grégory Hermant, responsable du service événementiel de la ville de Palaiseau, revient sur la troisième édition de Dimension, salon du livre consacré aux liens entre science, science-fiction et vulgarisation. Un rendez-vous encore jeune, mais déjà identifié par son public, ses auteurs et ses partenaires.

13/05/2026, 17:01

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“Il y a des possibilités pour les femmes de vivre beaucoup mieux”

Dans Digitopuncture et santé féminine, Jacques Staehle condense plus de soixante ans de pratique des médecines naturelles. À partir de son parcours personnel et des questions reçues en séminaire, il propose une approche accessible de la digitopuncture appliquée aux troubles féminins, entre gestes précis, équilibre énergétique et transmission d’expérience. À bientôt 95 ans, l’acupuncteur et naturopathe affiche une énergie et une vitalité qui donnent, au minimum, envie d’écouter ce qu’il a à dire.

13/05/2026, 13:38

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Angeline Delcroix : victimes ou coupables, “la frontière est très difficile à déterminer”

Angelina Delcroix ouvre les portes de sa Fabrique du Mal, où l'on entre par la violence, mais refuse d’y installer le lecteur pour le seul choc. À paraître ce 13 mai, la romancière nous immerge dans son univers, entre réalisme glacé et espoirs d'une vie meilleure.

11/05/2026, 10:43

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Réduire la lecture à un plaisir ? C'est avant tout “un instrument de liberté”

À force de vouloir sauver la lecture, on finit parfois par l’enfermer dans deux cases : le divertissement agréable ou l’effort salutaire. Dans une tribune publiée par Libération, l’avocat et éditeur Jean-Claude Zylberstein déplace le débat. Les livres lui ont permis de franchir des frontières sociales, professionnelles et intellectuelles. Le plaisir ouvre l’ouvrage ; l’émancipation commence parfois à la page suivante.

16/07/2026, 15:07

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Antiquité : ce que les Anciens avaient compris bien avant Internet et l’IA

Pourquoi l’Antiquité continue-t-elle de nous fasciner ? La question mérite d’être posée car nous savons aujourd’hui que les sociétés antiques étaient loin d’être parfaites. Elles connaissaient les guerres, les inégalités, l’esclavage, les luttes de pouvoir et les violences politiques. Pourtant, plus de deux mille ans après leur disparition, elles continuent d’habiter notre imaginaire collectif. Léa Varachaud publie aux éditions Grancher un essai sur ces rites et ce qu'ils nous apporteraient aujourd'hui encore.

15/07/2026, 15:12

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On a regardé Au fil des années : Prime Video remet l’amour d’été à flot

Prime Video replonge dans les amours d’été avec Au fil des années, adaptation de Tous nos étés, le phénomène de Carley Fortune. Entre deux temporalités, un lac canadien et 10 ans de non-dits, Percy et Sam rejouent la romance de la seconde chance. Fidèle au cœur du roman mais plus libre avec ses personnages secondaires, la série séduit malgré quelques longueurs et des dialogues parfois trop appuyés. Le charme, lui, demeure jusqu’au dernier épisode.

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C’est l’histoire d’une rencontre avec le livre d'Eleonore Frey

Certaines traductions naissent d’une commande, d’autres d’une fidélité obstinée : en s'attelant à Ainsi va Lipp, la traductrice Camille Luscher n’a cessé de vouloir faire entendre en français la voix singulière d’Eleonore Frey. Quatorze années auront été nécessaires pour que ce roman, paru en allemand en 1998, ne sorte en juin 2026 chez La Veilleuse, dans une version particulièrement soignée. À notre invitation, la traductrice revient sur cette longue aventure, sur une écriture qui déplace les mots et les normes, et sur l’insaisissable figure de Lipp.

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Le génie de Baudelaire : entre fatalité tragique et modernité poétique

PORTRAIT – Lorsqu’on évoque Charles Baudelaire, on songe aussitôt au poète-alchimiste capable de transmuer la laideur en splendeur et la tristesse en allégresse. Pourtant, derrière la figure emblématique du grand poète se dessine l’ombre d’un homme profondément mélancolique. C’est précisément dans cette affliction de l’âme que le génie baudelairien puise sa force et se déploie avec une intensité si singulière qu’il s’impose comme l’un des grands précurseurs de la poésie moderne, ouvrant la voie tant au symbolisme qu’au surréalisme. De Karim S. Rebeiz.

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La lecture, une gourmandise : des recettes d'enfants pour donner envie de lire

Cet été, je lis ! : entre l’assertion et la promesse faite à soi-même, le ministère de l’Éducation nationale annonce la couleur de sa campagne estivale. Ce 10 juillet, à la Fnac des Ternes, une vingtaine d’élèves, du CM1 à la 6e, ont mis leur imagination aux fourneaux avec l’autrice Aurélie Gerlach. Au menu : inventer un gâteau magique, choisir ses pouvoirs et dresser la liste de ses ingrédients. Os humains compris.

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La Mer Salée, une maison d'édition “aujourd’hui détenue par ses lectrices et lecteurs”

Le secteur du livre, en France, connaît un fort repli économique, provoqué par une baisse générale des ventes de livres et une concentration des achats sur un nombre restreint de titres. Les structures indépendantes, librairies ou maisons d'édition, sont particulièrement vulnérables, si bien que de nouvelles organisations émergent. Sandrine et Yannick Roudaut, co-fondateur.es des Éditions La Mer Salée ont ainsi fait le choix de la structure coopérative, bien commun des lecteurs et lectrices. Ils s'en expliquent dans un texte reproduit ci-dessous en intégralité.

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“Le pilon, si redouté des auteurs, a-t-il un cœur ?”

En juin dernier, François Belley s’inquiétait de ce que les autrices et auteurs modernes entretiennent leur bronzage à grand renfort de selfies : se montrer ou disparaître, cruel avenir. Ou pas. Tout dépend des tempéraments, certainement. L’écrivain pirate marque une pause, pour mieux observer les ravages de l'industrie, sur ses propres ouvrages... Dans la tête du bourreau des livres, ou les états d’âme du pilon.

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Maison des histoires : jouer dans les albums jeunesse

Ouverte le 9 juillet 2025, la seconde Maison des histoires de L’école des loisirs déploie, au 7 cité de la Roquette, douze univers d’albums jeunesse sur deux niveaux. Un musée à jouer où les enfants peuvent courir, grimper, lire, bricoler et, accessoirement, rappeler aux parents pourquoi les bibliothèques municipales ont inventé le chuchotement.

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Facture électronique : l’édition indépendante ne peut pas laisser filer ses flux

À deux mois de l’obligation de réception des factures électroniques, OPlibris et Dilicom défendent un choix d’organisation : intégrer la réforme aux outils des maisons, plutôt que de les laisser dépendre d’un portail extérieur.

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Quand le cloud fait de l'ombre : qui héberge désormais la mémoire culturelle ?

Où vivent vraiment les livres numériques . La Commission européenne estime, à titre préliminaire, que les services cloud AWS et Azure devraient relever du régime renforcé des « contrôleurs d’accès » du Digital Mrkets Act. Le dossier dépasse la concurrence : qui héberge les catalogues, les archives, les liseuses et les usages de lecture ? Voici une sélection de huit ouvrages qui ramènent le cloud à ses serveurs, ses contrats et ses sorties de secours.

 

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Michaël Ferrier, l’écrivain aux semelles de corail

PORTRAIT - Les carnets de voyage de Michaël Ferrier publiés mensuellement dans La Revue des deux mondes se lisent comme  autrefois lorsqu’on s’attachait à un feuilleton littéraire : par épisodes, par haltes, par reprises, avec ce plaisir particulier de retrouver une voix, un rythme, une manière d’entrer dans le monde. De l’Inde à la Guyane, de Pondichéry à Cayenne, il réactive la revue comme lieu d’apparition progressive de la littérature, celle du récit qui avance par fragments, celle de l’aventure donnée non d’un bloc, mais comme une suite précise et vivante.

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Même marché, mêmes règles : ce que la fast fashion explique au livre

En dénonçant le risque d’une loi fast fashion appliquée d’abord aux entreprises françaises, la Fevad soulève une question que l’édition connaît bien : comment réguler les pratiques des grandes plateformes sans faire peser l’essentiel des contraintes sur les acteurs les plus faciles à contrôler ? Dans le livre aussi, la vitesse de production, la rotation des références et la captation de la visibilité déplacent le risque vers les créateurs et les libraires.

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Protoon, première association professionnelle dédiée au webtoon en France, veut donner une voix collective à une filière encore fragile, mais déjà riche de créateurs, de studios, de plateformes et de lecteurs. Entre succès d’audience, dépendance aux plateformes, précarité des auteurs, manque de données et de reconnaissance institutionnelle, et besoin de formation, récit d'un secteur qui cherche à sortir de l’angle mort pour devenir une véritable industrie culturelle.

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Librairies : quel avenir au-delà de l’urgence économique ? Évelyne Darmanin, auteure de cet article, est sociologue de formation. Elle nous propose une série de trois articles, qui questionnent et interrogent. Alors que les librairies souffrent dans un environnement trop calme, la notion de projet d’entreprise serait plus que jamais nécessaire. Ce premier volet défend une idée simple : la librairie ne se réduit pas à la vente d’un produit dont le prix échappe au libraire. Non, non...

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Librairies : quel avenir au-delà de l’urgence économique ? En trois volets, Évelyne Darmanin, formatrice aux métiers du livre, examine les conditions d’un renouveau. Le premier texte plaçait le conseil et la relation avec le lecteur au cœur de la valeur du métier. Le deuxième défendait la librairie comme espace de dialogue, de circulation des idées et de débat. Ce dernier volet interroge le projet d’entreprise capable d’articuler activité commerciale, transmission professionnelle, ambition culturelle et exigence démocratique.

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Un livre géant brûlé pour les 60 ans de l’Université de Rouen : le symbole qui dérange

Lors des festivités de la Saint-Jean, à Mont-Saint-Aignan, un grand livre en bois a été brûlé pour célébrer les 60 ans de l’Université de Rouen. ActuaLitté donne la parole à plusieurs universitaires, chercheurs et intellectuels, qui s’interrogent sur la portée symbolique d’un tel geste : peut-on célébrer le savoir en mettant en scène la destruction de l’un de ses symboles les plus forts ?

24/06/2026, 12:28

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Censure à Castres : Catherine Pégard interpellée par le Off Avignon

Avignon Festival & Compagnies, qui accompagne le festival Off Avignon, dénonce la déprogrammation à Castres de Passeport, pièce d’Alexis Michalik, par le maire RN Florian Azéma. L’association y voit une décision politique et idéologique, contraire à la liberté de création et de diffusion, et affirme son soutien à l’auteur comme à ses équipes.

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IA : comment améliorer les catalogues de bibliothèque sans numériser les livres ?

Alors que l’IA et le RAG s’imposent comme des pistes pour renouveler la recherche documentaire en bibliothèque universitaire, leur déploiement se heurte à une réalité matérielle et juridique : accès aux textes, numérisation des fonds, droits d’usage et coûts de traitement. Derrière la promesse de catalogues plus intelligents, la question demeure celle de l’autonomie des bibliothèques face aux grandes plateformes. Par Cédric Limousin.

23/06/2026, 16:16

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La canicule à son clim’axe : quand les climatiseurs volent la vedette

Une climatisation défaillante peut transformer un bureau d’espions en plage artificielle. Elle peut aussi obséder un conducteur, accompagner une solitude californienne, dérégler une tour de béton ou servir de voie d’accès à une prise d’otages. Dans les romans, l’air conditionné a sa mécanique, son humeur et parfois son sens du spectacle.

23/06/2026, 15:51

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Au cœur des villages, le salon des écrivains nomades rassemble lecteurs et livres

Depuis cinq ans, le Salon du livre Nomade se déplace de commune en commune en Gironde, avec une idée claire : aller à la rencontre des lecteurs là où ils vivent. Porté par le cercle des Écrivaines de la Table Ronde, il défend une littérature plurielle, des premières publications aux auteurs déjà installés, et fait de la rencontre un geste culturel à part entière.

21/06/2026, 10:55

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Les Éditions au Pluriel : la maison indépendante qui défend une littérature humaine et engagée

Dans le paysage de l’édition indépendante française et à travers ces différentes collections, les Éditions au Pluriel construisent un catalogue singulier Romans, essais, imaginaire, beaux livres ou récits de voyage. C’est un ensemble cohérent, animé par une même exigence : défendre des textes incarnés, accessibles et profondément humains.

19/06/2026, 17:57

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Le livre d’occasion, l’économie circulaire d’une filière linéaire

Dix années de commerce de seconde main, le Label Emmaus invitait à fêter son anniversaire à l'Académie du Climat, ce 18 juin. Un appel, finalement, pour comprendre ce qu’est le réemploie, qui le porte : « 10 ans d’engagement, d’innovation sociale et de coopération au service d’une économie plus juste et circulaire », explique l’organisme. Avec un volet consacré au livre d’occasion – toujours objet de fantasmes…

19/06/2026, 16:36

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Un label pour l’édition indépendante : “Quitte à le faire seul, faisons-le joyeusement”

Alors que Grasset sombre dans l’idéologie, que le mouvement de protestation contre l’instrumentalisation de grandes maisons d’édition au service d’une radicalisation politique et sociale voit le jour, il est grand temps de rendre nos indépendances plus visibles. Je crois en cette urgence, en cette nécessité d’afficher notre fierté (une notion peu mobilisée dans le secteur éditorial) d’être indé. Par Étienne Galliand, éditeur.

19/06/2026, 10:44

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Intelligence artificielle en librairie : le risque de déposséder un métier

Aux Rencontres nationales de la librairie 2026, l’intelligence artificielle s’était invitée dans un double débat : celui de la création, du droit d’auteur et des œuvres, et celui, plus concret, des usages professionnels en librairie. Entre vigilance éthique et outils d’aide au pilotage, l’enjeu consiste à distinguer la menace du remplacement de la promesse d’une assistance pensée au service du métier. Jean-Charles Caplier, directeur commercial chez Dilisco, dépassionne le débat.

17/06/2026, 13:10

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Quand Gaston Bachelard nous aide à comprendre notre obsession pour l’IA

L’intelligence artificielle est généralement présentée comme une révolution technologique. On la décrit comme un ensemble d’algorithmes, de modèles statistiques ou d’infrastructures informatiques. Pourtant, cette définition technique ne suffit pas à expliquer l’intensité des passions qu’elle suscite. Par Bertrand Jouvenot.

17/06/2026, 12:52

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Climat : pourquoi “la lassitude peut vite devenir indifférence”

L’information climatique circule davantage, alerte plus souvent et documente mieux l’ampleur du dérèglement en cours. Pourtant, l’accumulation des faits déclenche parfois l’angoisse, la lassitude ou le repli, au lieu de nourrir l’action. Pour dépasser cette impasse, le monde du livre dispose d’un rôle singulier : faire entendre d’autres récits, d’autres voix, et transformer la prise de conscience en mouvement collectif. Fanny Audibert publie chez Oxus Sortir du déni climatique, entrer en action.

15/06/2026, 13:03

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La librairie indépendante peut-elle rester indépendante si son modèle s’épuise ?

ANALYSE – La question de l’indépendance des commerces du livre se déplace. Au-delà du statut juridique ou du choix éditorial, elle engage désormais la viabilité économique, la fatigue des équipes, l’écologie du livre et les conditions concrètes d’un métier sous tension. Jean-Charles Caplier, directeur commercial chez Dilisco, aborde le sujet frontalement.

15/06/2026, 12:30

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Rentrée littéraire 2026 : les grandes tendances des romans français et étrangers

La grande fête annuelle de la librairie démarrera fin août comme chaque année, avec son lot de romans, les premiers, les francophones, les traductions. Si 277 romans de cette rentrée ont été utilisés pour amorcer la tendance 2026, aucun n'a été blessé (certains furent blessants...). Et s'impose d'emblée un constat : la littérature prend le présent à bras-le-corps, sans distance ni précaution.

15/06/2026, 11:28

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De DSK à Patrick Bruel : violences sexuelles et impunité des puissants

Dans cette tribune, l’essayiste Nasser interroge, à partir de l’affaire Patrick Bruel et d’autres figures publiques mises en cause, la tension entre parole des victimes, présomption d’innocence, prescription judiciaire et responsabilités médiatiques. Un texte d’opinion, polémique et engagé, sur l’impunité supposée des puissants face aux violences sexuelles.

13/06/2026, 08:33

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“Lancer un livre, c’est créer un moment ; l'installer, c’est construire une durée”

ANALYSE – Surproduction, encore et toujours, l'éternelle problématique de l'industrie du livre. Trop de livres, peut-être, probablement – assurément ? Ou bien, pas assez de temps pour que chaque ouvrage vive sa vie dans les points de vente ? Jean-Charles Caplier, directeur commercial chez Dilisco, propose une autre lecture.

13/06/2026, 06:00

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Affaire Lyhanna : du silence des adultes aux mots de Darmanin

Après la mort de Lyhanna, 11 ans, à Fleurance, Gérald Darmanin a reconnu une défaillance de l’institution judiciaire et demandé le réexamen de milliers de plaintes concernant des mineurs. Face à l’émotion nationale, plusieurs livres rappellent ce que la langue politique nomme mal : la durée du trauma, l’emprise, le silence des adultes et la place trop vite retirée aux victimes.

12/06/2026, 12:59

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Hachette au Sénat : Jean-Yves Mollier dénonce une ombre vieille de 80 ans

Entre les combats parlementaires autour de la loi Bichet, en 1947, et le récent rejet au Sénat, d’un amendement visant à renforcer le lien de confiance entre auteurs et éditeurs, l'historien Jean-Yves Mollier établit un fameux parallèle. Dans une tribune communiquée à ActuaLitté, il y voit la persistance d’une influence d’Hachette sur la fabrique de la loi, et interroge les effets démocratiques de la concentration éditoriale et médiatique.

12/06/2026, 11:51

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Avec AI Overviews, Google régurgitera du conseil pour choisir vos lectures (à votre place)

Avec l'arrivée prochaine des AI Overviews, Google ne se contente plus de classer le web : il répond à sa place. Pour le livre, l’enjeu dépasse le référencement : critiques, libraires, bibliothèques et blogs nourriront une synthèse qui garde le lecteur captif, sans clic ni détour. Une promesse de confort, donc, mais aussi une confiscation très méthodique de la médiation littéraire. On se poserait presque des questions.

12/06/2026, 06:00

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“Se montrer ou disparaître !” : quand l’hyper-visibilité tue l’imaginaire

Jadis, l’écrivain hantait les cafés, les chambres closes et les marges de ses manuscrits. Le voici sommé d’occuper aussi les stories, les plateaux, les selfies et les vignettes promotionnelles. Dans un monde où l’absence frôle la faute professionnelle, l'écrivain-pirate François Belley interroge la dernière provocation possible pour un auteur : garder le silence, cultiver l’ombre et laisser l’œuvre parler avant le visage. Ou comment arrêter de bronzer avec son iPhone.

11/06/2026, 12:07