#Droit / Justice

Les Ensablés - "Yossel Rakover s'adresse à Dieu" (1946) de Zvi Kolitz

Chers amis lecteurs des Ensablés. Aujourd'hui, nous avons le plaisir et l'honneur d'accueillir dans nos pages Armel Job, écrivain belge renommé, auteur d'une vingtaine de romans dont le roman Les fausses innocences (Prix Giono) que nous avons particulièrement aimé. Depuis septembre 2018, il est membre de l'Académie Royale de Langue et de Littérature françaises de Belgique.

Le 02/12/2018 à 09:00 par Les ensablés

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02/12/2018 à 09:00

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Qu'il soit remercié pour nous avoir confié ce texte qui vaut pour nous reconnaissance pour le travail que nous effectuons depuis neuf ans. Hervé Bel

En 1946 parut dans la Yiddische Zeitung, une obscure revue de Buenos Aires, un texte intitulé « Yossel Rakover s’adresse à Dieu ». Une brève introduction indiquait au lecteur qu’il allait lire un document rédigé une heure avant sa mort par un combattant juif du ghetto de Varsovie en 1943. Sûr de perdre la vie avec les derniers insurgés, Yossel Rakover avait griffonné un ultime message et l’avait dissimulé dans une bouteille. Toute la famille de Yossel, tous ses amis avaient été exterminés par les nazis. Avant de disparaître à son tour, il voulait s’adresser à Dieu.

Par Armel Job

Ce texte d’une virulence extraordinaire se répandit dans les milieux juifs comme une traînée de poudre. Il fut traduit, adapté, remanié, commenté.  Les versions se multiplièrent rapidement. Au passage, on ajoutait, on retranchait. Une éminente femme de lettres allemande transplantée en Israël résolut d’en établir une version universelle – allemande -  au prix d’une refonte totale. Elle se flattait de donner au texte sa forme définitive, débarrassée du caractère baroque de l’original. La plupart des propagateurs  étaient persuadés que Yossel Rakover avait bel et bien existé, qu’on était en présence d’un témoignage exceptionnel. Quant à ceux qui y voyaient une œuvre de fiction, ils se perdaient en conjectures. Un savant philologue de Chicago démontra philologiquement que l’ouvrage avait été écrit en anglais et à New York, nulle part ailleurs, que le prétendu original en yiddish n’était qu’une traduction maladroite.

Loin de ces querelles d’érudits, le texte, cependant,  ne cessait de se répandre sous toutes ses formes dans le monde juif. On en faisait des lectures publiques qui arrachaient des larmes aux auditeurs. En peu de temps, Yossel Rakover passa pour un prophète et l’on alla jusqu’à se demander si cette protestation de la rude étoffe du Livre de Job n’aurait pas dû s’adjoindre aux textes bibliques. Dès 1955, Emmanuel Levinas en fit un commentaire élogieux et n’hésita pas à le référer aux Psaumes.

Aussi, lorsqu’un certain Zvi Kolitz prétendit rappeler qu’il était l’auteur de « Yossel Rakover s’adresse à Dieu », que ledit Yossel était sorti  tout droit de son imagination, personne ne voulut le croire. Kolitz, un juif lithuanien,  était un aventurier touche-à-tout, cinéaste à ses heures, auteur de quelques écrits sans grand relief. Il fut traité d’imposteur et, jusqu’à sa mort en 2002,  il eut toutes les peines du monde à faire admettre la vérité pourtant incontestable de sa paternité.

Le déni de paternité signale souvent une très grande œuvre. En présence des créations de génie, les lecteurs, dirait-on,  restent interdits. Ils rechignent à leur reconnaître un auteur. C’est trop pour un simple individu. Homère, Shakespeare, Cholokhov, on le sait, ont connu ce sort. L’antiquité de l’œuvre, son ampleur, évidemment, renforcent les soupçons. Mais, à ma connaissance, il n’y a aucun texte aussi bref que « Yossel Rakover s’adresse à Dieu » - quelques dizaines de pages – dont on ait contesté si radicalement la paternité à son auteur de son vivant.  Ce qui était objecté à Kolitz, ce n’était ni la complexité ni la perfection de son œuvre, c’était qu’il s’agisse d’une œuvre de fiction. Personne, clamaient ses détracteurs, personne n’aurait pu inventer ce récit. Seul, un homme dans les décombres de Varsovie, à l’instant de sa mort, au comble de la souffrance avait pu écrire ces lignes de feu.

Car le texte de Yossel Rakover est plus qu’un texte, c’est un cri de douleur, c’est un réquisitoire contre le plus formidable des adversaires : Dieu lui-même. Au nom de tous les juifs exterminés, Yossel se dresse devant son Dieu. Dieu qui n’a pas bougé le petit doigt, Dieu qui ne voit rien, dirait-on.

« Il n’a rien vu parce qu’Il n’existe pas, pas besoin d’autre explication  », souffleront beaucoup d’entre nous à l’oreille de Yossel. Yossel nous laisse à notre logique au rabais. Lui non seulement continue  à croire en Dieu – il Lui demande même, vu les circonstances, de pardonner à ceux qui ont perdu la foi -, mais il Lui renouvelle son amour indéfectible. Ce Dieu qu’il aime « a voilé Sa face ». Pourquoi ?

Yossel ne réclame pas d’explication, mais il met Dieu en garde. « J’ai encore autre chose à Te dire : ne bande pas trop l’arc ! Car la corde pourrait casser… Et je t’avertis pour la grandeur de Ton nom : cesse de couronner Ta grandeur en tolérant le supplice des innocents ! » Ce n’est pas avec l’humilité du serviteur qu’il s’exprime, mais avec l’assurance et la franchise de qui est devenu le créditeur de Dieu. Et, dans un dernier souffle, campé face à Lui, il Lui adresse cette menace ahurissante : quoi qu’Il fasse, il L’aimera malgré Lui. Oui, malgré Lui. «  Je T’aimerai toujours, toujours – envers et contre Toi ! »

Si j’admire tellement ce texte qui risque de paraître absurde ou impie, c’est qu’il découvre jusqu’à l’os la pensée de l’homme religieux. Comme vous et moi, l’homme religieux sait ce que sont les obstacles à la foi en Dieu. Comme vous et moi, il se cogne au mur du mal. En dépit des sourires narquois des esprits forts, l’homme religieux n’est pas idiot.  Mais, ainsi que l’affirme avec une totale franchise Yossel Rakover, la foi n’est pas une opinion. La foi est un acte de la volonté. Existe-t-il d’ailleurs une opinion – fût-ce l’athéisme - qui ne soit pas aussi un acte de la volonté ?  Laissons cette question à la phénoménologie, à la psychanalyse et autres spécialistes du Cogito,  demandons-nous  plutôt pourquoi Yossel Rakover prétend croire en Dieu et L’aimer malgré Lui. La réponse tient dans ce bref aveu : « J’aime Dieu. Mais j’aime encore davantage Sa Torah. »

La Torah, c’est la loi de Dieu qui gravite tout entière autour de l’amour du prochain, la loi que piétinent les nazis et les hommes méchants en tout temps, à toute époque. Au plus fort de l’injustice, Yossel ne veut pas se ranger au nombre des criminels. Il reste fidèle à la Torah de son Dieu, celle que les prophètes ont dégagée de la barbarie avec tant de peine. Et si le risque existe que Dieu passe pour un obstacle à sa Torah, il faut se dresser. « Car si Tu n’es pas mon Dieu, de qui es-Tu donc le Dieu ?  Celui des assassins ? » Il faut sommer Dieu de rester le Dieu de la Torah, il faut se battre comme Jacob dans la Genèse qui lutta avec Lui une nuit entière au gué de Yabboq. De ce combat terrible, Jacob se retira invaincu mais boiteux.

On ne s’empoigne pas impunément avec Dieu. Dieu n’est pas fait pour les culs-bénits. Au temps de Yossel, Il suscita dans son peuple d’autres challengers magnifiques comme Etty Hillesum[ii],  Simone Weil[iii], Hans Jonas[iv]. Aucun cependant ne ramassa en quelques pages, avec une telle force maladroite mais confondante, cette injonction adressée à Dieu de bien vouloir être Dieu. Zvi Kolitz est un des seuls écrivains de notre époque qui ait réussi à faire plus que de la littérature. Beaucoup ont écrit de sacrés textes : Kolitz a écrit  un texte sacré.

Armel Job Novembre 2018

Zvi Kolitz, trad. allemand Léa Marcou  - Yossel Rakover s’adresse à Dieu - Calmann Levy - version numérique 9782702151464 - 8,49 € (seule version disponible)

[i] KOLITZ Zvi, Yossel Rakover s’adresse à Dieu, Calmann-Lévy, 1998. Le texte figure également dans le roman de Bernard DAN, Le livre de Joseph, Éditions de l’aube, 2014

[ii] HILLESUM Etty, Une vie bouleversée, Seuil, 1985. Etty était une jeune Hollandaise juive qui aurait pu sans doute se soustraire à la déportation. Elle resta volontairement au camp de Westerbork  et mourut à Auschwitz en 1943. Son journal et ses lettres montrent comment cette jeune femme moderne, sensuelle, découvre peu à peu  en elle-même une source vitale contre laquelle la violence du mal qui se déchaîne alors ne peut rien. Dans son combat avec Etty, ce Dieu caché a tout perdu de la puissance extérieure du Dieu biblique. Mais il est une force intérieure incommensurable. C’est à nous que ce Dieu fragile est confié, c’est de nous qu’il dépend qu’Il ne meure pas. Dans l’un des passages les plus cités de son journal, on lit ceci :  «  Je vais t'aider mon Dieu, à ne pas t'éteindre en moi, mais je ne puis rien garantir d'avance. Une chose cependant m'apparaît de plus en plus claire : ce n'est pas toi qui peux nous aider, mais nous qui pouvons t'aider - et ce faisant nous aider nous-mêmes. »

[iii]  RANCE Christiane,  Simone Weil, le courage de l’impossible, Seuil, 2009.  Les œuvres de Simone Weil sont bien connues, je signale simplement cet essai de Christiane Rancé où le parcours spirituel de la philosophe est remarquablement décrit. Simone Weil fut certainement l’une des intelligences les plus brillantes de son temps. Cependant, elle ne se résolut jamais à être un philosophe de salon. Elle travailla en usine, elle fut ouvrière agricole, elle refusa tout confort et même toute alimentation normale pendant la guerre par solidarité avec ceux qui souffraient.  C’est aussi par fidélité à son origine juive sans doute qu’elle ne se convertit pas au christianisme. Du Dieu biblique, elle rejetait la puissance. C’est dans la figure du Christ souffrant et abandonné de tous  qu’elle reconnaissait le vrai visage de Dieu.

[iv] JONAS Hans, Le concept de Dieu après Auschwitz, Rivages, 1994. Hans Jonas est surtout connu comme le penseur du Principe responsabilité. Dans le petit ouvrage que je cite, il s’attelle en philosophe athée à un travail de théologien. Comment comprendre que Dieu ait permis Auschwitz ? Il faut modifier le concept de Dieu et abandonner l’idée traditionnelle de la toute-puissance de Dieu. Selon Jonas, il faut admettre que Dieu a abandonné sa puissance lorsqu’il a créé le monde, en sorte que le monde puisse se définir lui-même. Le bien et le mal sont donc la responsabilité de l’homme. On peut noter que cette conception rejoint la notion rabbinique du « tsimtsum », c’est-à-dire le retrait, la contraction que Dieu s’impose à Lui-même dans sa capacité à occuper la totalité de l’être, afin de créer une place au monde et à l’homme.

Par Les ensablés
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Un peu avant l'excellent Elisabeth que nous avons chroniqué , les éditions Le Passeur avaient réédité en 2023 le roman Le poil de la bête  de René-Jean Clot (1913-1997). Une fois de plus, soyons reconnaissants à cet éditeur d’oser ainsi remettre au goût du jour des auteurs injustement oubliés. René-Jean Clot l’est inexplicablement. Par Hervé Bel

01/12/2024, 09:00

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Les Ensablés - Jabadao (1951) de Anne de Tourville

Lorsqu’il y a tout juste vingt ans, Anne de Tourville  (1910-2004) décéda à 94 ans, elle était bien oubliée du monde littéraire et l’est encore à ce jour. Elle avait pourtant remporté le Prix Femina en 1951 avec son roman «Jabadao» devançant entre autres, dès le deuxième tour, Louise de Vilmorin et Michel de Saint Pierre. Par Marie Coat

11/11/2024, 09:40

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Les Ensablés - L'invitation chez les Stirl, de Paul Gadenne

La vie de Paul Gadenne (1907-1956) a été marquée par l'épreuve de la maladie qui le contraint à abandonner une prometteuse carrière de professeur de lettres classiques et à séjourner périodiquement au sanatorium de Praz-Coutant, en Savoie (cadre de son premier roman « Siloé », objet d'un précédent article). Paul Gadenne termina ses jours à Cambo-Les-Bains, station thermale du pays basque reconvertie dans les années 30 en centre de cure pour les tuberculeux. Par Isabelle Luciat.

27/10/2024, 09:00

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Les Ensablés - La Conspiration de Paul Nizan (1905-1940), par Nicolas Acker

Non, Paul Nizan (1905-1940) ne fut pas seulement l’auteur d’un incipit resté célèbre et redécouvert par la jeunesse étudiante de mai 1968. « J’avais 20 ans. Je ne laisserai personne dire que c’est le plus bel âge de la vie ». Cette « accroche » solennelle cache hélas un peu trop une oeuvre hybride passionnante. Mort en soldat à 35 ans en 1940, il fut jeté aux oubliettes de l’Histoire, répudié par ses camarades communistes. 

Par Nicolas Acker

13/10/2024, 18:34

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Les Ensablés - Octave Feuillet (1821-1890), un parfum de province

On ne lit plus Octave Feuillet (1821-1890), auteur à très grand succès du Second Empire et favori de lˊImpératrice Eugénie ; seul son nom sur la plaque bleue dˊune rue tranquille et banale du XVIème arrondissement, où habitaient de bons amis, m’a un jour rendu curieux de le connaître.
Les titres de ses romans ont l’odeur des armoires à linge bourgeoises, encaustique et lavande : « La Petite Comtesse » (1856), « Histoire de Sybille » (1862), « Julia de Trécoeur » (1872), voire réminiscents de la Comtesse de Ségur « Le Roman dˊun jeune homme pauvre » (1858)… Par Herbert Dune.

29/09/2024, 09:00

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Les Ensablés - La Revanche (1925) d'André Thérive

Paru en 1925, puis réédité dans une édition illustrée en 1930, La Revanche d’André Thérive (de son vrai nom Roger Puthoste) est un livre qui parle de la vieillesse, de la sénilité, de la mort, et surtout de la mesquinerie des vivants… Rien qui puisse a priori attirer le lecteur « feel good » Mais le style est magnifique, avec, l’air de rien, une musique enchanteresse. Quant à la fin du roman, autant le dire, elle est sublime. Soudain, après le crépuscule, c’est la lumière qui surgit, d’autant plus incandescente qu’elle est environnée d’ombres..
 
Par Hervé BEL. 

15/09/2024, 09:00

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Les Ensablés – André Beucler, Vu d’Allemagne

Romancier, auteur d’une quinzaine d’ouvrages dont La Fleur qui chante, chroniqué pour Les Ensablés par François Ouellet, André Beucler est un homme aux multiples talents. Il s’intéresse ainsi au cinéma, pour lequel il écrit plusieurs scénarios et même réalise quelques films. Mais Beucler brille aussi dans un tout autre exercice, le journalisme. De par ses contraintes notamment en termes de longueur et de style, l’article de journal s’apparente à l’art de la nouvelle ou du découpage en scènes du cinéma, un art dans lequel Beucler s’épanouit avec une aisance et un brio remarquables. Par Carl Aderhold.

25/08/2024, 09:00

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Les Ensablés – Elisabeth de Raymonde Vincent (1908-1985)

Après la réédition du chef-d’œuvre Campagne (prix Femina 1937) dont même Le Monde s’est fait largement l’écho en 2023, les éditions Le Passeur republient aujourd’hui Élisabeth, troisième roman de Raymonde Vincent. Comme Marguerite Audoux (voir notre article sur Marie-Claire), elle fut un phénomène littéraire, s’avérant capable d’écrire un grand livre aussitôt remarqué et publié, alors qu’elle avait été illettrée pendant toute son enfance. Par Hervé BEL.

04/08/2024, 09:29

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L’Allemagne vacille : les coulisses d’un modèle industriel en train de s’effondrer

Cette semaine, la Booksletter explore les lignes de fracture du monde contemporain. De la crise du capitalisme rhénan aux promesses vertigineuses du quantique, des vulnérabilités invisibles de l’Internet sous-marin aux voix de la diaspora vénézuélienne, les livres révèlent ce que l’actualité brute ne dit pas. Un parcours exigeant à travers idées, sciences et combats pour la liberté de publier.

17/01/2026, 09:07

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Comment habiller un garçon : Cyrille Martinez explore la mode comme roman d’apprentissage

Comment habiller un garçon, nouveau roman de Cyrille Martinez, paraît aux éditions Verticales le 19 février et poursuit une exploration littéraire de la jeunesse et de ses rites, en racontant l’initiation d’un jeune homme à la mode masculine à travers l’apprentissage collectif d’une bande d’étudiants provençaux, entre quête de style, construction de soi et détournement des codes sociaux.

17/01/2026, 08:00

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Après Kim Jiyoung, Cho Nam-Joo poursuit son autopsie de la société coréenne

Avec Miss Kim, Cho Nam-Joo poursuit son exploration implacable de la condition féminine en Corée du Sud à travers huit portraits de femmes, dans un roman traduit du coréen par Pierre Bisiou et Choi Kyung-Ran, à paraître le 5 février aux éditions Robert Laffont. De l’enfance à la vieillesse, ces trajectoires intimes exposent les violences, les discriminations et les contradictions auxquelles les femmes sont confrontées, dessinant en creux le visage d’une société entière.

17/01/2026, 07:10

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Comment Hollywood étouffe ses scandales : un polar sans filtre

Nouvelle figure du polar Angelino, Jordan Harper nous entraîne dans les coulisses des célébrités et des puissants, ceux qui sont au-dessus des lois grâce à une armée de gardes du corps, avocats, communicants, chargés de leur tisser une toile protectrice et de leur façonner une impunité où tous les vices sont permis. Convaincant et dérangeant.

16/01/2026, 15:22

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MeToo ? Bad Hombre démonte les mécanismes modernes de la dénonciation

Vite, très vite, Bad Hombre (trad. Aloïse Denis) s’annonce comme un livre impossible à ranger sur une étagère rassurante. Ni manifeste, ni confession pure, ni pamphlet idéologique, l’essai de Pola Oloixarac avance à découvert, assumant ses zones de trouble et ses contradictions. « Ceci étant une histoire vraie, elle se doit d’inclure une confession. » Cette phrase inaugurale devient pacte de lecture : ici, rien ne sera simple ni confortable. L’autrice s’expose, non pour se justifier, mais pour comprendre.

16/01/2026, 12:03

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Pierre Lemaitre tient ses belles promesses et s’empare du top des ventes

Certains auteurs tiennent parole, dès le titre de l'œuvre : Pierre Lemaitre signe ainsi une entrée fracassante sur le marché. Il se place au sommet des meilleures ventes dès la première semaine, apportant un souffle nouveau à un classement qui ronronnait depuis plusieurs mois. Passage en revue du palmarès des derniers jours (du 05/01 au 11/01)...

 

16/01/2026, 11:36

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L’Avant-poste : le roman qui transforme la frontière en poison

Il suffit de quelques pages pour comprendre que L’Avant-poste (trad. Raphaëlle Pache) n’est pas un simple roman d’anticipation. C’est un territoire. Un monde clos, poisseux, saturé de brouillard et de non-dits, où l’Histoire a reculé jusqu’à se figer. D’emblée, Glukhovsky plante le décor avec force : « L’immense pont s’enfonce dans une vase glauque, dans un épais brouillard empoisonné, s’y dissout peu à peu et disparaît complètement. » Tout est là : la frontière, l’interdit, la peur de ce qui se trouve “de l’autre côté”.  

16/01/2026, 10:33

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Accréditée : plongée inédite au cœur de la Macronie

Oubliez les dorures, les poignées de main chorégraphiées et les communiqués aseptisés : Accréditée vous propulse dans l’arrière-boutique du pouvoir, là où ça sue, ça ruse et ça verrouille. Ania Nussbaum écrit comme on infiltre un bunker, carnet en bandoulière et lucidité en alerte maximale. Ici, l’Élysée n’est pas un symbole, mais une machine nerveuse, parfois parano, souvent fascinante. Un livre qui ne murmure pas : il observe, il note, il appuie là où ça fait mal.

16/01/2026, 10:30

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Elle menait une vie discrète, jusqu’au jour où tout a dérapé

Une employée modèle, roman de Jean-Christophe Tixier publié chez Albin Michel et attendu en librairie le 11 février, met en scène une femme ordinaire dont l’existence réglée bascule lorsqu’elle décide de sauver son frère menacé, déclenchant un engrenage clandestin où la transgression devient peu à peu une manière d’exister.

16/01/2026, 08:00

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Une Russie coupée du monde au cœur de L’Avant-poste

Avec L’Avant-poste, roman de Dmitry Glukhovsky traduit du russe par Raphaëlle Pache et publié chez Robert Laffont, l’auteur de Metro 2033 plonge le lecteur dans une Russie de l’après, ravagée par une guerre civile et coupée de son propre centre, où un jeune homme isolé dans un poste-frontière rêve d’un monde auquel plus personne n’ose accéder. En librairie le 5 février, ce récit d’anticipation explore l’attente, l’enfermement et la peur de l’inconnu à travers un suspense tendu et politique.

16/01/2026, 07:00

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Les enfants de la Creuse, page éprouvante de la sombre histoire coloniale de l'État français

Une lecture éprouvante, à l'image du destin de Rose, mais un salutaire devoir de mémoire avec le rappel de l'histoire récente de l'île de La Réunion et de la sinistre affaire des « enfants de la Creuse ».

15/01/2026, 13:04

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Le Voile des illusions : le roman qui vous fait douter de l’amour… et de vous-même

Il y a des romans qui happent sans élever la voix. Et ça secoue. Le Voile des illusions (trad. Carine Chichereau) sera à ajouter au compte : le texte avance, et c’est nous qu’il déshabille. Anna, à quarante-cinq ans, enquête sur sa propre trajectoire — non pour dresser un dossier, mais pour comprendre la part souterraine des choix.

15/01/2026, 11:03

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Amour, marginalité, liberté : Billie Holiday comme vous ne l’avez jamais lue

Je suis une idiote de t’aimer (trad. Laura Alcoba) est un ensemble de nouvelles incandescent, parfois excessif, toujours sincère. Il revendique ses débordements, ses contradictions, ses élans incontrôlés. C’est un livre qui parle d’amour, oui, mais surtout de survie, de filiation choisie, de beauté trouvée là où personne ne pensait la chercher. Des portraits d'héroïnes inoubliables, avec peut-être le plus frappant : celui de Billie Holiday.

15/01/2026, 10:32

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La Résidence, un roman pour comprendre la colonisation de l’Afrique du Nord

Avec La Résidence, Laurent Crassat, dont le livre paraît le 6 février 2026, propose un roman historique solidement documenté qui explore l’histoire européenne de la colonisation de l’Afrique du Nord entre 1830 et 1925, en mettant en regard la violence de la conquête algérienne et la mise en place plus feutrée du protectorat marocain, tout en dévoilant les ressorts politiques, militaires et financiers d’une domination aux effets durables.

15/01/2026, 08:17

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Une bande dessinée jeunesse au cœur de la mythologie nordique

Skara est une jeune viking qui a reçu à la naissance un talent rare et divin : le don du Loup. Ce don fait d’elle une redoutable guerrière pouvant tenir tête à n’importe qui malgré son jeune âge ! Après la mort de sa mère, tuée par des pillards, Skara, emportée par la colère et le désespoir, incendie accidentellement un temple sacré d’Odin. 

15/01/2026, 07:00

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Vous ne lirez plus jamais l’Histoire du Cambodge de la même manière : Une main vers le ciel

Impossible de rester simple spectateur devant Une main vers le ciel : Jean-Christophe Boccou vous attrape par le col et vous installe, d’emblée, dans la tête de Khieu, seize ans, Phnom Penh, avril 1975. « La guerre est finie ? Tu n’y crois pas beaucoup. Tu n’y crois pas du tout. » « Les doctrines changent, les mains aussi, mais il y a toujours une lame, et une gorge coupable à trancher – au nom de la justice, au nom de la sauvegarde du régime, au nom du nom. »  À paraître le 5 février. Par Jérôme Bosch.

14/01/2026, 16:19

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Intervalles

14/01/2026, 16:00

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La France qui bosse (et qu’on ne regarde plus) : dans L’Usine, la chaîne avale toute

On ouvre L’Usine de Robin Conche comme on entrouvre une porte coupe-feu : l’air y est épais, la lumière blafarde, et pourtant ça accroche. Francis Painsec, vingt-six ans, s’allonge sur son canapé rouge et regarde son déficit comme un écran de fin du monde : « Il est écrit en rouge – 1 600 €. » Puis, presque bravache : « Ça va. »

14/01/2026, 11:54

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Loin du Mékong

14/01/2026, 11:39

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Julien Denormandie et Érik Orsenna imaginent la révolte silencieuse d’un sol que l’humanité n’écoute plus

Publié au Seuil et attendu en librairie le 6 février, Le Chant du sol est un conte écologique signé Julien Denormandie, ingénieur agronome et ancien ministre, avec une préface d’Érik Orsenna, membre de l’Académie française, qui imagine la révolte silencieuse de ce sol que l’humanité croit connaître mais qu’elle n’écoute plus, dans un récit engagé où la fiction devient un outil pour alerter sur notre rapport au vivant.

14/01/2026, 08:18

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Un thriller coréen sur une leçon particulière qui tourne au règlement de comptes

Avec Leçon particulière, roman de Sulmi Bak traduit du coréen par Marion Gilbert et publié aux éditions HarperCollins le 18 février, l’autrice sud-coréenne signe un premier livre sombre et tendu, construit comme une descente méthodique au cœur de la cruauté humaine, où une jeune professeure particulière s’immisce dans la vie d’un adolescent pour l’obliger à affronter une vérité dont les conséquences s’annoncent glaçantes.

14/01/2026, 07:00

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Vins d'Orient. 4000 ans d'ivresse

13/01/2026, 18:09

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Nicolas Le Clerc, chirurgien des âmes rurales dans Aurore

Il suffit de quelques pages à Aurore pour installer un climat de tension sourde, presque organique. Un appel nocturne, un réveil brutal : « Le téléphone laisse échapper deux courtes sonneries et Mélanie l’a déjà saisi, par réflexe. » En quelques lignes, le lecteur est plongé dans une mécanique d’urgence, rythmée par l’épuisement et la responsabilité. Le roman s’ouvre sur cette cadence heurtée, qui ne cessera plus de structurer le récit. À paraître le 6 février.

 

13/01/2026, 15:29

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Beyrouth Paradise : le polar du black-out

Avant même le premier corps, il y a une panne. Et quelle panne… « Soixante-treize heures d’affilée, ça fait tout de même un peu long pour une seule et même coupure de courant. » Le ton est donné : sec, drôle, lucide. À Beyrouth, l’électricité n’est pas un confort ; c’est une humeur nationale. « Routine absurde qui rythme leurs journées, à lui comme aux deux millions d’habitants de la capitale. » À paraître le 5 février.

13/01/2026, 11:28

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“il était une fois une fille qui devint invisible afin que ses mots ne le soient pas.“

En ce début d’année, difficile de passer à côté de ce roman à double temporalité qui traite de la place de la femme dans le monde des lettres et du théâtre en particulier.

13/01/2026, 09:00

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Brasileiras, voix de femmes sous la dictature brésilienne

Devant le magnétophone de Maryvonne Lapouge et Clélia Pisa, ces femmes nous plongent au cœur de la condition féminine dans un Brésil où les inégalités sociales, le racisme structurel, la violence de genre et la colonisation des femmes à l’intérieur du pays marquent profondément le quotidien.

13/01/2026, 08:00

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Croire un auteur pour sa notoriété : déconstruire les figures d'autorité

Partant du constat que nous accordons spontanément du crédit au nom posé en haut d’une couverture ou en bas d’un tableau, Samah Karaki analyse comment certaines figures d’autorité constituent une fiction cognitive, un mécanisme mental auquel notre cerveau est spontanément enclin. 

13/01/2026, 07:00

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Histoire du Maghreb de la fin du XVIIIe siècle aux Printemps arabes

12/01/2026, 18:22

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Neuf clés, une maison, un secret : Philip Gray piège son lecteur, non sans une certaine jubilation

De bons personnages, une bonne histoire, dans ce roman policier à énigme déguisé en romance à l'eau de rose : Philip Gray joue les faux-monnayeurs et nous offre une lecture facile et 100% plaisir qui devrait plaire au plus grand nombre. La maison aux neuf serrures, traduit par Elodie Leplat, se déguste, tout bonnement.

12/01/2026, 17:18

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Endormir l'orage de Natacha Wolinski : conjurer le sort du destin.

Le devoir des vivants est de penser aux morts pour qu’ils ne disparaissent pas tout à fait. C’est ce que fait admirablement Natacha Wolinski dans un texte mémoire sur son père et sa famille. Chaque jour, elle va au Palais de Justice, « un Etna » difficile à gravir, mais nécessaire, afin de suivre le procès des assassins de Charlie Hebdo. 

12/01/2026, 17:02

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Nettle

12/01/2026, 17:00

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“Personne n’a intérêt à ce que les femmes prennent leur liberté”

Il y a des romans qui commencent par une scène, et d’autres par une obsession. Dans Leurs désirs immenses, Léa Lhermet ouvre directement la vanne : « Au départ, il y a les femmes. » Et tout suit, comme une marée. « Les femmes m’envahissent, prennent possession, me gavent, m’étourdissent. » On est happé : une voix vive, parfois mordante, qui explore sans faux-semblants ce que les lignées transmettent — et ce qu’elles étouffent.

12/01/2026, 10:49

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L’Enfant du vent des Féroé : un roman où la nature parle plus fort que les hommes

Dès les premières pages, L’Enfant du vent des Féroé impose un territoire, une voix, une respiration. Le roman ne commence pas par une action, mais par un lieu qui parle. « Et puis il y a moi, Gjógv. Un village de carte postale au toponyme imprononçable. » Le décor devient narrateur, conscience diffuse, mémoire minérale. Le lecteur comprend vite qu’ici, l’histoire humaine sera indissociable des éléments.

12/01/2026, 10:45

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Un destin hors normes : Simona Kossak dans Le Souffle de la forêt

Il est des livres qui ne racontent pas une vie : ils l’approchent à pas feutrés, comme on entre dans une clairière en retenant son souffle. Le Souffle de la forêt relève de cette catégorie rare. Simonetta Greggio n’écrit pas sur Simona Kossak ; elle marche à ses côtés, dans une prose habitée, charnelle, attentive au moindre frémissement. Dès les premières pages, le ton est donné : « Elle n’a que la peau, les os et un nom de famille. » Tout est là : la nudité, la résistance, l’essentiel. À paraître le 21 janvier.

12/01/2026, 09:34

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Ambition politique dans un territoire contrôlé

Dans un Mexique ravagé par la violence et les cartels, un homme honnête croit pouvoir devenir maire. Mais, dans le même temps, il va découvrir l’amour de sa vie, un amour scandaleux. Humour ravageur, suspense, un roman de passion pure sur la morale des apparences. 

12/01/2026, 07:00

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Cynique, film noir et merdification du net : ce que les livres disent du monde d’aujourd’hui

Du film noir classique aux dérives du capitalisme numérique, de la philosophie antique aux figures spirituelles du XXᵉ siècle, la Booksletter de la semaine explore les grandes tensions de notre modernité à la lumière des livres. Au sommaire : Assurance sur la mort, archétype du film noir hollywoodien ; l’« enshittification » d’Internet selon Cory Doctorow ; Diogène, cynique radical ; Edith Stein, philosophe et martyre ; et une plongée dans l’économie criminelle contemporaine. 

10/01/2026, 10:06