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Les Ensablés - L’œil et la connaissance de Jean-François Revel

« Philosopher n’est pas régner sur les connaissances du reste du genre humain comme un lointain propriétaire terrien sur des domaines qu’il administre nonchalamment et ne visite jamais. » (Revel, La connaissance inutile) Visitons ensemble le domaine de Jean-François Revel. Son nom est familier à ceux qu’intéressent les joutes politiques qui eurent lieu entre les années soixante-dix et le début du vingt et unième siècle. C’est un nom aimé ou détesté selon le bord duquel on considère ces choses. Par Antoine Cardinale.

Le 21/03/2021 à 09:00 par Les ensablés

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21/03/2021 à 09:00

Les ensablés

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Son œuvre appartient donc principalement au monde de la controverse politique, mais aussi, par la formation qui fut la sienne, par la hauteur où il situe sa critique, à celui de la philosophie.

Certes les livres par lesquels il alimenta régulièrement ces controverses, grands succès de librairie, sont aujourd’hui moins lus. On gagnerait cependant à les rouvrir, car il fut un libéral d’une espèce assez rare en France. S’il appartint clairement à la gauche, la publication de Ni Marx ni Jésus en 1970, puis La tentation totalitaire en 1976, ouvrages dans lesquels il rend compte de l’échec total du socialisme, le firent tomber à droite. Celui qui repéra dans l’antilibéralisme la convergence entre l’extrême droite et l’extrême gauche reconnaîtrait dans notre époque un paysage familier ; j’ajoute qu’en signalant que la première de toutes les forces qui mènent le monde est le mensonge, il continue, hélas, à nous éclairer utilement. Plutôt que dans la droite de gouvernement, on le situerait aujourd’hui pas très loin des libertaires et si on devait céder à l’absurde tentation de faire parler celui qui s’est tu, je jurerai qu’il serait partisan de la légalisation du cannabis, qu’il aurait écrit une défense de l’intelligence artificielle ou celle du génie génétique ; qu’il aurait visé le communisme chinois comme il le fit pour la croulante URSS.

On l’aura compris, défenseur de la liberté et de la raison, il fut l’ennemi du conformisme et de la confusion intellectuelle, et à ce titre il traqua etdénonça ces travers dans la politique et dans la philosophie. Et les arts ?

Nous allons examiner un ouvrage singulier dans son œuvre : L’œil et la connaissance. Il s’agit d’un recueil d’articles consacrés à l’art, articles rassemblés à la fin de sa vie, au moment où il publie ses Mémoires, LeVoleur dans la maison vide. Jean-François Revel n’a pas jugé inutile de regrouper ces articles qui remontent aux années cinquante et on peut penser qu’il y attachait plus d’importance qu’il ne l’avoue. Je veux penser qu’il voulut compléter ses Mémoires en documentant, à part, son attirance pour les arts.

Les articles furent écrits entre 1957 et 1966 pour Connaissance des arts et pour l’Œil. Jean-François Revel ne prétend pas à des découvertes ni même à des analyses complètement originales. Il réalise, de son propre aveu, un travail de vulgarisateur, mais sans simplifier les problèmes et sans brouiller les données. Il choisit assez souvent de sortir des sentiers battus de l’histoire de l’art et d’éclairer un domaine peu connu, ou une question ressassée par ailleurs, mais observée sous un angle original. Une exposition, un livre ou l’actualité artistique forment généralement le support de l’article.

Il aime, en rationaliste, définir clairement les problèmes, améliorer les définitions. Mais par-dessus tout, en admirateur de Hippolyte Taine, il met en avant les personnalités représentatives : peintres et architectes bien sûr, ou grands écrivains comme Taine ; mais aussi les personnalités périphériques qui constituent l’écosystème de l’art : les collectionneurs, comme Jacques Doucet, les marchands comme Paul Guillaume, les figures curieuses comme le consul Smith, Charles Henry, le chercheur un peu fou ou bien le guide Karl Baedeker. Par-là, il réussit à être un bon pédagogue, ce à quoi, souligne-t-il tranquillement, mon métier de professeur me prédisposait.

Le livre ne reprend pas, et c’est bien regrettable, les articles que Jean-François Revel écrivit pour le Figaro, pour L’Express et d’autres publications et dont on trouvera quelques échantillons dans Contrecensures.

C’est donc au journaliste que nous allons nous intéresser : non pas au journaliste politique, mais à celui, moins connu, que M.Fumaroli nomme l’autre Revel, (cette désignation est bien sûr un procédé rhétorique, fait pour piquer notre curiosité, à la façon de ces journaux qui titrentsur La vie caché de… et Revel eût trouvé à redire à cette idée sensationnelle de dédoublement de la personnalité).

Ipercritico e pernicioso

Dans sa préface, l’auteur avoue que si sa passion pour l’art fut ancienne, c’est à Florence, de 1952 à 1956, dans l’amitié de Bernard Berenson et de Roberto Longhi, éveilleurs prodigieux, que se dévoila pour lui ce qu’il appelle l’histoire de l’art sérieuse. Il découvrit alors que cette discipline, dont on comprend entre les lignes qu’il ne la tenait pas en haute estime, pouvait conjuguer le respect de sources historiques, la rigueur de l’analyse et le talent littéraire. Il enseigna quatre années à Florence. Ce normalien à la solide structure intellectuelle se forma à l’art selon ses propres moyens, au contact des œuvres elles-mêmes et par de nombreuses rencontres, et particulièrement celles de maîtres de toutes nationalités qui allaient le mettre à l’abri, dans ce domaine comme dans les autres, de ce provincialisme qui est la plaie de la culture de notre temps.

Il en profite pour écrire un livre curieux, Pour l’Italie, qui offre une image bien éloignée, hypercritique et pernicieuse, des poncifs du tourisme romantique. Il faut s’intéresser un peu à ce livre qui est comme la préface vécue d’une expérience esthétique totale. Jean-François Revel s’y livre à un ahurissant jeu de massacre dans lequel la mauvaise foi et l’exagération ne sont pas toujours absentes. Ce travail d’ethnographe un peu malveillant reçut les félicitations de Claude Lévi-Strauss — qui n’avait pour ainsi dire jamais mis les pieds en Italie —, et de Louis Althusser qui fut le professeur de Revel à l’École Normale.

L’auteur décrit l’Italie de 1956 : un pays où, selon lui, on ne connaît plus la musique ni la peinture ; dans lequel les cercles cultivés, en fait de littérature, vénèrent encore et presque seulement Manzoni. Le goût est provincial et ombrageux ; on jalouse les nouvelles capitales de l’art modernes, et partant, les tendances qui s’y développent. Et cependant, par extraordinaire, l’Italien cultivé pousse l’audace vers la création contemporaine, il se dirige vers des œuvres et des artistes sans intérêt qui singent les avant-gardes de Paris et de New York. Ce qui n’empêche pas le même Italien de s’imaginer que le monde entier a les yeux tournés vers les grandes époques de l’art italien.

Dans l’Italie de Revel, l’art et la morale sont célébrés partout, et ne sont nulle part : c’est le peuple le plus matérialiste du monde et le plus tranquillement immoral. La cuisine est limitée à quelques plats assez identiques, réalisés ad nauseam ; les cuisines venues d’ailleurs y sont absolument ignorées et les cocktails qui réjouissent Saint-Germain parfaitement inconnus. Les femmes sont désespérantes de conformisme, et quoique jolies, elles sont affligées d’une sorte delaisser-aller qui décourage toute séduction : leur jeunesse n’est de toute façon pour elles que l’ennuyeuse salle d’attente d’un mariage avantageux. Les professeurs, souvent de qualité, doivent faire avec des étudiants parfaitement nuls, et les examens se réduisent à une ennuyeuse conversation dans laquelle l’étudiant — c’est l’exercice convenu — doit tenter d’émouvoir le professeur. On met en avant combien le diplôme est nécessaire pour avoir une place, pour pouvoir se marier ou pour rendre à ses parents tout le bien qu’ils ont fait.

C’est essentiellement un peuple névrosé, des hommes et des femmes incapables de relations simples et saines, un milieu intellectuel de valeur souvent, mais prolétarisé et comme dépaysé dans son propre pays ; l’Église catholique, dictant des mœurs absurdes et un Parti communiste puissant, mais d’un désespérant conformisme moral.

L’auteur, on l’a dit, exagère et déforme. Les énormités tombent dru : la peinture italienne est inférieure à tout : c’est dans Rembrandt et Goya que se trouvent les bons exemples à admirer, et même Bourdichon ou Fouquet peignent avec plus de vérité ; l’Italie depuis la Renaissance traverse un désert de médiocrité artistique dont le catholicisme porte l’entière responsabilité ; la littérature italienne est encore pire, et c’est tout dire de sa médiocrité que de citer I promessisposi pour le chef-d’œuvre national.

Mais quoi de neuf au fond ? Ce fonds d’ignorance, de superstition et de sottise a toujours existé dans le caractère national, et déjà les écrivains français s’amusaient à en relever, avec gourmandise, quelques échantillons : que la route ouverte dans le Simplon est cause que l’on s’enrhume en Lombardie ; une petite fille s’empoisonne-t-elle à une citerne mal couverte, le village tombe alors en oraison sans que personne ne songe à plutôt curer la citerne ; qu’une autre gamine meurt sans raison, c’est qu’elle devait avoir des galanteries cachées ; il est absolument admis qu’installer un paratonnerre, c’est refuser la volonté de Dieu.

Tous les voyageurs notent au milieu du dix-neuvième siècle l’arriération spéciale des mœurs italiennes et l’hypocrisie formidable qui a gagné les classes sociales du haut jusqu’en bas. La responsabilité de l’Église catholique est écrasante dans cet état moral. Tandis qu’à Paris, vers 1870, une jeunesse impatiente commence à revendiquer la vie libre, on trouve encore tout simple à Rome de jeter en prison un homme qui fait gras le vendredi.

C’est dans ces dispositions que Jean-François Revel regagne Paris et va écrire les chroniques et articles qui nous occupent. On n’y trouvera pas une grande unité de conception — c’est la loi du genre journalistique — mais ils valent par le ton, dans lequel l’ironie n’est jamais loin, et par un style qui revendique sa simplicité et sa clarté : à la façon de Montaigne, être entièrement dans ce que l’on dit. Je vois cependant une idée directrice, l’idée selon laquelle, pour comprendre et expliquer l’art, il faut connaître les artistes et explorer leur milieu dans un sens très large, milieu qui inclut les conditions économiques et sociales, mais aussi les techniques et l’état des sciences en leur temps et bien sûr, l’atmosphère morale qui les enveloppe : le milieu, la race et le moment, comme l’exposa Hippolyte Taine. Promenons-nous maintenant à travers ces articles.

Gislebertus hoc fecit 

Ainsi titre-t-il l’article dans lequel il met en valeur l’importance de l’artiste en tant qu’individualité créatrice, se revendiquant comme tel, et reconnue comme tel. À Saint-Lazare d’Autun, entre 1125 et 1135, au crépuscule de l’art roman, ce Gislebertus a voulu signer la sculpture du tympan : disons-le nettement, sa signature est immanquable. Il le fait évidemment avec l’accord des commanditaires, qui n’étaient peut-être pas fâchés de montrer qu’il avait su attirer ce Gislebertus et rémunérer son talent. De plus, cette signature revendique pour Gislebertus seul la sculpture et on peut penser que les compagnons, s’il en avait eu, ne l’eussent pas laissé signer si largement dans la pierre son seul nom ! Henri Focillon, qui avait remarqué cette œuvre et aimait à la rattacher à un artiste majeur, avait aussi relevé la grande liberté du sculpteur, les innovations nombreuses qu’il introduit dans les thèmes sculptés, mais aussi les références à certains exemples tirés de la sculpture antique. Récapitulons : un sculpteur reconnu, sûr de son talent, libre, cultivé et portant le style à une nouvelle hauteur. On ne peut donc douter, nous dit Jean-François Revel que le type de l’artiste ait été connu d’un moyen-âge dans lequel on ne veut souvent voir, depuis Michelet, que des œuvres collectives. On ne sait rien cependant de ce Gislebertus : le journalisme, a-t-on envie de glisser malicieusement à Revel, n’était pas encore né !

L’article sur la villa Aldobrandini, vaut par l’hommage sincère à Hippolyte Taine, le dernier des voyageurs-écrivains, dont Revel a brillamment préfacé le Voyage en Italie, dans la collection Histoire de l’art chez Julliard qu’il dirigea et qui fit connaître au grand public les classiques du vingtième siècle tel Kenneth Clark, ou Anthony Blunt. Cet article est le seul, il me semble, où se glisse du sentiment, le seul où l’admiration pour une vision totale de l’architecture — le charme des jardins et la noblesse de l’édifice, la mise en scène et la nature, la rigueur classique et le maniérisme — laisse affleurer chez l’écrivain la nostalgie pour un monde disparu.

On voudrait distinguer pour sa cocasserie et son humour mordant l’article qu’il consacre à Jacques Doucet, collectionneur extravagant n’entendant rien à la peinture et à la littérature, ne lisant jamais les manuscrits et les livres rares dont il dotait à grands frais son incomparable bibliothèque, déléguant tellement les achats que les méchantes langues aimaient à appeler sa collection personnelle, sa collection impersonnelle ; employant comme « bibliothécaires » quelques-uns des grands romanciers de l’époque comme André Breton, Suarès ou Aragon, les fatigant du décompte de sa fortune et du décompte tout aussi fatigant de ses bonnes fortunes, tatillon comme un chef de bureau et en effet congédiant ces écrivains majeurs comme on le faisait en ce temps-là des employés et des domestiques… mais malgré tout apportant au patrimoine national ses collections inestimables, et possédant pour ces raisons les titres les plus solides pour passer à la postérité reconnaissante !

Enfin, s’il ne fut pas le premier à réhabiliter Eugène Viollet-le-Duc, c’est avec beaucoup de finesse que Revel fait ressortir ce que l’architecture doit à ce grand homme qui admirait les cathédrales non comme un contenant spirituel, mais comme l’exemple d’une architecture où les moyens sont subordonnées à la fin, où rien n’est superflu, où tout est efficace et logique, où forme et fonction s’identifient. Un architecte en somme plus proche de Perret et de Le Corbusier que du romantisme de Victor Hugo et du revivalismanglais.

On trouvera une grande originalité dans l’éloge de Karl Baedeker, le créateur des guides fameux que Revel replace dans l’histoire du tourisme d’art. Son premier guide est consacré à l’Italie et marque le souci de permettre à un public aux moyens limités, mais curieux de mieux voyager. Le guide s’efforce de donner à ces nouveaux voyageurs les moyens d’une honnête indépendance, le souci d’une dépense proportionnée aux services rendus à travers mille conseils pratiques, Le portrait type de ce voyageur, on pourrait en emprunter certains traits pour dessiner le portrait intellectuel et moral de Jean-François Revel : un homme assez sauvage, qui n’aime pas être dérangé dans ses pensées, pourvu d’argent, mais sans excès, animé d’une grande curiosité, mais sans naïveté, cultivé et sachant parfaitement ce qu’il est venu voir. Ajoutons, exigeant sur la qualité des plats et des lits, soucieux de pratiquer, pour mieux le connaître, la langue du pays, cherchant autant qu’il est possible à fuir le tourisme de masse, et partageant, on l’a vu, pour l’honnêteté des pratiques hôtelières italiennes une méfiance absolue.

L’article sur les aristarques (Jean-François Revel aura essayé de relancer, en vain, ce synonyme intéressant de critique d’art, avec la même mauvaise fortune que Honoré de Balzac voulant imposer tableaumane pour connaisseur) qui décrit peu ou prou l’échec d’une critique d’art moderne, pourra utilement être lu : si la description a longtemps été au cœur de la bonne critique d’art, si c’est par elle qu’on a enseigné à voir, si cette description, pour réussir à transmettre l’émotion propre du système plastique du peintre, a toujours du s’accrocher au système figuratif de ce peintre, il en résulte peut-être que la critique d’art s’est mise à flotter dans le vide à partir du moment où presque toute la peinture vivante a cessé d’être figurative. Car les critiques, au lieu de faire face au problème nouveau posé par cette évolution, se sont élancés dans des voies latérales. Ils ont versé dans la haute philosophie, le terrorisme ou le mystère. 

On le voit il s’entend merveilleusement à comprendre et mettre en valeur les individus dans le biotope de l’art. Ses articles sur la calligraphie, le style cistercien, sur l’art abstrait et son rapport avec le cubisme, sur ceux de l’art moderne et des arts primitifs, sont moins convaincants, tout comme lorsqu’il aborde des sujets originaux : les bistrots à décor de faïence, les instruments d’optique. Alors qu’il est pénètre avec une grande facilité les personnalités des grands artistes, il semble que sa manière et l’exigence de faire court le laisse embarrassé devant les généralités et devantles thèmes.

Faisons cependant une exception pour l’article consacré à l’exil des œuvres d’art. C’est un modèle de précision et de clarté et qui pourrait avoir été écrit par un brillant conseiller ministériel. Une riche et intéressante introduction qui balaye le sujet, des prédations de Verrès jusqu’à celles de Goering, et de l’émergence du marché de l’art jusqu’au connoisseurship ; un sobre exposé des points de vue ; et enfin une conclusion pratique qui propose pour principes la nécessité pour un pays de garder une image complète de son propre art, mais de permettre une exportation contrôlée et d’offrir un champ à la collaboration internationale en mettant l’accent sur la reconstitution des ensembles les plus essentiels. 

Les morts sont parfaits

On reconnaît dans ces chroniques l’art de titrer, qui compte pour la moitié dans le génie du journaliste. Intriguer : Les trois V ; étonner : Un pèlerin soupçonneux : Karl Baedecker ; amuser : Digressions sur les bistrots à décor de faïence ; emprunter à l’éloquence judiciaire : Plaidoyer pour Viollet le Duc ouacadémique : Éloge d’Hippolyte Taine.

Du journaliste et de l’art, il a d’ailleurs dressé le constat le plus lucide : Il y aurait une histoire de l’art que les journalistes façonnent pour le grand public, qu’il est bien curieux d’examiner : elle reconstruit une histoire de l’art de sa façon dont les grandes figures sont choisies pour attirer la sympathie et l’intérêt ; pour illustrer et embellir le récit national. Caravage, Modigliani, Michel Ange parce qu’il s’oppose au pape, Raphaël parce qu’il meurt d’amour, Watteau, rêveur et malade est beaucoup plus intéressant qu’un Chardin qui peint des pots et des tables. Monet parce que sa passion du jardin le met dans la passion des Français. Delacroix est commode pour illustrer le romantisme et pour rester au seuil de l’art moderne. Si une civilisation lointaine devait n’avoir à sa disposition que les archives de la presse, toute autre trace écrite disparue et les musées et monuments volatilisés, on aurait une bien curieuse Histoire de l’Art. 

Et ne parlons pas des limites de la liberté d’expression que tout journaliste, aussi connu soit-il, rencontre un jour. Revel l’expérimenta lorsqu’en 1976, à la mort d’André Malraux, dont il dénonçait la philosophie de l’art, il proposa un article qui fut refusé. En France, les morts sont parfaits, constata amèrement le journaliste.

Classique, tout simplement

Aujourd’hui, en homme qui demande des ressemblances à son souvenir, je reconnais en lui la génération de mes professeurs, qui eurent quinze ans à l’heure de l’Occupation, puis la tête tournée par le twist des idéologies marxiste, structuraliste ou freudienne. Quoiqu’appartenant à cette génération, Revel sut, au prix d’une honnêteté intellectuelle qui lui coûta l’hostilité des bien-pensants, acquérir ce bien précieux : penser par soi-même en allant aux sources les plus sérieuses.

Il fut hostile à la rhétorique, dans lequel il voyait une technique de sujétion, qui fut, dit quelque part Saint Augustin, inventé pour charmer le peuple et le mettre en disposition d’acquiescer à la tutelle que de plus puissants lui imposent.

Il alla même plus loin : lui, l’agrégé de philosophie théorisa l’obsolescence de la philosophie, dont il jugea dans un livre célèbre qu’elle avait épuisé son rôle historique, détrônée qu’elle était par la science en tant que forme d’explication du monde.

Il avait certainement plus à donner à l’histoire de l’art que ces chroniques passionnantes. Mais il se méfiait, on l’a dit, des systèmes : les systèmes philosophiques ne seraient-ils pas destinés à suppléer l’absence d’idées ? N’est-on pas acculé à construire une théorie lorsque et parce qu’on reste stupide devant chaque occurrence d’une réalité dont la diversité nous submerge ? 

Une notice dans le Dictionnaire de Claude Schvalberg l’admet parmi les critiques d’art qui ont compté au vingtième siècle. Pour ma part, je le rangerai parmi les classiques — selon Littré : à l’usage des classes ou de première classe —. En somme un écrivain qu’il est bon de relire lorsque les fumées de l’esthétique vous montent à la tête.

 

1. L’œil et la connaissance, Plon, 1999. Par ailleurs un site très complet, Chez Revel, https://chezrevel.net/, offre le plus large choix de documents et d’articles sur l’écrivain.

2. Les lecteurs curieux trouveront en effet dans Contrecensures (Jean-Jacques Pauvert, 1966) d’autres articles dont la coloration est plus polémique, et le tour plus porté vers la fantaisie. Ils furent écrits pour le Figaro ou pour France Observateur.

3. Le mariage de JF Revel avec le peintre Yahne Le Toumelin lui aura certainement donné une culture visuelle et une familiarité avec l’art contemporain.

4. Pour l’Italie, René Julliard, 1958

5. Pourquoi des philosophes ? René Julliard, 1957

 
 

2 Commentaires

 

Henri Astier

03/05/2021 à 12:09

Merci de ce bel hommage à Revel, qui souligne son esprit universel, curieux, hors norme et hors-mode. Il est méprisé de ceux qui croient qu'une écriture simple et percutante dénote une pensée forcément superficielle, et qu'un libéral ne peut être que réactionnaire. Une précision: la formidable citation qui ouvre votre article est extraite de son premier esssai, Pourquoi des philosophes (Édition Bouquins, p. 50) et non de la Connaissance inutile.

Antoine Cardinale

07/05/2021 à 14:20

Je vous remercie de votre lecture attentive et de cette utile précision : il s'agit en effet d'une citation tirée de Pourquoi des philosophes. J'ajoute qu'il est intimidant d'être lu par le grand connaisseur de l'oeuvre de Jean-François Revel que vous êtes : on redoute l'erreur factuelle, le contresens, ...ou la citation défectueuse ! Merci encore de votre remarque.

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Le prix Renaudot 2020 attribué à Marie-Hélène Lafon pour Histoire du fils nous rappelle que les romans paysans ont souvent recueilli le suffrage des prix littéraires. Récemment, nous évoquions Campagne de Raymonde Vincent récompensée en 1937 par le prix Femina. Cette même année, Jean Rogissart avec son roman Mervale obtenait le Renaudot... Aujourd'hui, nous parlerons de l'admirable Vie d'un simple de Emile Guillaumin qui, par sa facture, fait aussitôt penser à Marie-Claire (Prix Femina 1910) de Marguerite Audoux.

06/12/2020, 00:00

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Les Ensablés - « L’axel littéraire de Jeanine Garanger » par François Ouellet

Voici un cas inattendu : Jeanine Garanger, née Hagnauer, étudiante en droit et championne de patin artistique qui devait publier deux ou trois choses assez délicates dans les années 1930, avant de disparaître complètement de la scène littéraire.

22/11/2020, 09:00

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Les Ensablés - À l'ombre de Maurice Genevoix, par Elisabeth Guichard-Roche

Le 6 novembre 2018, le Président de la République était dans la Meuse, aux Eparges, lieu d’une terrible boucherie durant la première guerre mondiale. Recueilli devant la statue de Genevoix, il annonçait son entrée au Panthéon pour le 11 novembre 2020. Il y aura deux panthéonisations : celle du romancier et celle à titre collectif de ceux de quatorze annonçant la Nation combattante.

Depuis 10 années, les Ensablés explorent la littérature du XXème siècle, et il nous est venu l’idée de répertorier les écrivains qui ont connu la Grande Guerre et dont nous avons abordé les œuvres. Cela constitue en quelque sorte notre Monument aux morts, pour ne jamais oublier…

11/11/2020, 09:00

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Les Ensablés - "Il nous est arrivé d'être jeunes" de François Bott

Une fois de plus, on en revient à cette collection de poche dirigée par Alice Déon, "La petite Vermillon" qui m'enchante depuis plusieurs années. Indifférente à la mode, La Table Ronde ose rééditer des textes qui ne feront certes pas la une des journaux littéraires de plus en plus conformistes, mais ravissent ceux pour qui la littérature est l'affaire de leur vie.

Aujourd'hui, il me faut parler d'un livre qui m'a ravi "Il nous est arrivé d'être jeune" de François Bott.

01/11/2020, 09:00

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Les Ensablés - "Captain Cap" d'Alphonse Allais

« Jetons par-dessus bord paperasses et registres, et avec les ronds de cuir de ces incapables, faisons des bouées de sauvetage. »
Tel est l’un des principaux points de la profession de foi d’Albert Caperon, dit Captain Cap, candidat aux élections législatives de 1893. « Anti bureaucrate » et anti européen » il se présente comme un aventurier qui a passé « les trois quarts de sa vie sur mer et les deux tiers de son existence sur les terres vierges. »

18/10/2020, 09:00

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Les Ensablés – Ange-Jacques Gabriel (1698-1782) par le comte de Fels

Le temps des vacances s'approche, ou s'éloigne : souvenez-vous, nous avions passé l’été à travers la Provence, en compagnie de Jean-Louis Vaudoyer. Cette fois, nous n’irons pas si loin, à peine pousserons-nous aux limites du département de la Seine-et-Oise ! Car nous sommes en 1927 et Jean-Louis Vaudoyer m’a demandé d’interviewer le comte de Fels, pour sa biographie d’Ange-Jacques Gabriel [1]. Le moyen de refuser ?

04/10/2020, 09:00

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Les Ensablés - L’incertitude amoureuse de René Laporte (1905-1954)

René Laporte est né à Toulouse dans une famille bourgeoise de magistrats et d’universitaires. Il fait des études de droit, mais lance, à dix-neuf ans, une revue bi-mestrielle, Les Cahiers libres, artistiques et littéraires, puis fonde les éditions du même nom qui, entre 1925 et 1934, publieront environ 150 ouvrages.

20/09/2020, 09:00

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Les Ensablés - Chroniques du Lac: “Le vélo” de René Fallet

L’actualité récente a mis le vélo sous les feux de la rampe. La grève des transports de Décembre et Janvier derniers incite des milliers de cyclistes à enfourcher leur bécane pour se rendre au travail, au mépris de la pluie et des frimas hivernaux. Les programmes des candidats aux élections municipales font la part belle au vélo dans les grandes métropoles françaises.

06/09/2020, 09:00

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Les Ensablés - "Une belle journée" d'Henry Céard (1851-1924)

Avec Henry Céard, nous en aurons fini de parler de ceux que l’on nommait, non sans méchanceté et envie, « la queue » d’Émile Zola, à savoir les écrivains les plus proches du maître naturaliste dans les années 1880, dont deux fort connus (Maupassant et Huysmans), trois autres beaucoup moins (Hennique, Alexis et Céard). C’est Céard que nous abordons aujourd’hui, avec son roman Une belle journée, publié en 1881, un an après la parution du recueil « Soirées de Médan » auquel il avait contribué avec sa nouvelle « La saignée ». Une belle journée qui peut être consulté sur Gallica est un charmant roman, un trésor du naturalisme, un accomplissement en quelque sorte.

23/08/2020, 09:00

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Les Ensablés - "Mal'Concilio" de Jean-Claude Rogliano, par Denis Gombert

C’est un village corse niché au cœur de la montagne. Un village austère avec son église et ses maisons uniformes toutes en pierres de granit. Il peut y souffler par bourrasque un vent mauvais. Ici les femmes respectent le deuil et sont habillées de noir. On croit autant à la puissance de Dieu qu’aux esprits. Ainsi de Mal’ concilio, l’arbre de la nuit qui se dresse à la sortie du village, près des maisons abandonnées. Cet arbre géant domine le village « cramponné à un versant où rien ne pousse ». Majestueux et effrayant, châtaigner sans âge, il est le seul grand arbre de la province de la Tèvola, région sèche et aride. On dit que le Mal’ concilia est hanté.

09/08/2020, 09:00

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Les Ensablés - “L'homme de choc” de Joseph Peyre (1892-1968)

Joseph Peyré était béarnais. Après des études littéraires où il eut Alain comme professeur de classes préparatoires, il s’essaya au barreau puis à l’administration territoriale. Mais c’est dans le journalisme puis dans l’écriture de romans qu’il trouva sa voie. Ses œuvres sont celles de l’action et de l’énergie allant de l’aventure saharienne à la tauromachie (Sang et Lumières lui valut en 1935 le prix Goncourt et fit l’objet d’une adaptation au cinéma en 1954 avec Daniel Gélin et Zsa Zsa Gabor, dialogues de Michel Audiard) et à la haute montagne (Matterhorn- le nom alémanique du Cervin en 1939).

26/07/2020, 09:00

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Les Ensablés - "L'ordre" de Marcel Arland (1899-1986), par François Ouellet

Après plusieurs mois d'absence, nous retrouvons avec une grande joie notre excellent ami et chroniqueur François Ouellet. Qu'il soit remercié pour sa fidélité à notre équipe.

Il y a des écrivains plus profondément ensablés que Marcel Arland. Pourtant, aujourd’hui, Arland n’est pas tellement plus que l’évocation d’un nom. Il survit tant bien que mal par le souvenir de sa collaboration à La Nouvelle Revue française, dont il a pris la direction avec Jean Paulhan au lendemain de la Seconde Guerre. Chez les libraires, on trouvera, avec un peu de chance, un ou deux titres, comme son premier livre, Terres étrangères, un récit de 1923 réédité dans la collection L’Imaginaire en 1996, ce qui commence à dater ; on trouvera plus facilement sa correspondance avec Paulhan, éditée par Jean-Jacques Didier chez Gallimard en 2000.

12/07/2020, 09:00

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Les Ensablés - "Raphael" (1886) de Eugène Müntz – 2e partie

Cet article fait suite à celui du 14 juin sur Eugène Müntz. Après avoir replacé, selon sa méthode, l’activité artistique comme un facteur central de compréhension de la civilisation de la renaissance, tout en se livrant à un examen documentaire des premières années de Raphaël, Eugène Müntz nous accompagne dans le développement du jeune peintre, fraîchement sorti de son apprentissage dans l’atelier du Pérugin pour partir à la conquête de Florence.

28/06/2020, 09:00

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Les Ensablés - "Raphael" (1886) de Eugène Müntz (1845-1902) 1ère Partie

Sous son imposante reliure de basane noire, c’est un intimidant in-quarto de plus de sept cent pages ; sur le plat figure un lourd médaillon de cuivre doré légendé Raphael Sanctius, représentant en buste le profil d’un homme jeune, aux cheveux longs, coiffé d’une barrette aux revers élégants.

A l’abri de cette présentation austère, dorment en sûreté, sous les serpentes qui craquent encore sous le doigt, de riches illustrations. Le trésor des notes critiques, le précieux catalogue des œuvres et la substance d’un texte éloquent font à ce livre un fermoir invisible dont seules la curiosité du savant et l’intrépidité de l’érudit possèdent la clef. C’est un livre réservé aux études profondes et au calme des bibliothèques, parlant à voix basse dans le silence des lampes. Le temps venu, on en soulève la lourde couverture comme on pousse la porte d’un ami qu’on ne se savait pas avoir.

14/06/2020, 09:00

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Les Ensablés - "Un amour platonique" de Paul Alexis (1847-1901)

Découvrir la littérature, c'est dérouler une pelote. En allant d'un auteur lié à un autre, voilà, comment le paysage littéraire se dessine peu à peu... Les Ensablés ont abordé récemment Léon Hennique (à lire ) et son roman étrange Un caractère. Voici maintenant Paul Alexis (1847-1901). Comme Hennique, il fut un fidèle d'Emile Zola et fournit l'une des six nouvelles du recueil des Soirées de Médan (1880).

31/05/2020, 09:00

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Les Ensablés - "Le soleil des indépendances" de Ahmadou Kourouma

Chers lecteurs, nous sommes heureux d'accueillir à nouveau Henri-Jean Coudy qui, après de longs mois de silence, nous revient avec un nouvel ensablé, Ahmadou Kourouma.

Ahmadou Kourouma, né en 1927, en Afrique Occidentale Française, était Ivoirien même s’il suivit des études secondaires à Bamako, alors grande ville du Soudan français devenue après 1960  la capitale de l’état du Mali. Il aura donc connu les dernières années de la colonisation française puis le début des nouveaux états indépendants.

17/05/2020, 09:00

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Les Ensablés - "Un caractère" de Léon Hennique (1851-1935)

Je suis tombé par hasard sur un roman de Léon Hennique, paru en 1889, intitulé "Un caractère". Il s'agit d'un livre qui a certes vieilli, mais mérite, comme le soulignait Octave Mirbeau, d'être lu. Surtout, il permet de découvrir son auteur qui joua un grand rôle dans l'histoire littéraire française, tout comme son camarade Lucien Descaves, d'ailleurs, que nos lecteurs connaissent mieux désormais (voir ici). Avec Hennique, on retrouve Goncourt, le naturalisme et... l'occultisme de la fin du dix-neuvième siècle.

01/05/2020, 09:00

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Les Ensablés – "Ecrits sur l’art" de Joris Karl Huysmans (1848-1907)

Joris-Karl Huysmans tenait à distance le grand public : même dans la période où la charité chrétienne gagna un petit avantage sur son pessimisme natif, il douta toujours qu’il fût possible de ramener par l’éducation, ou par l’admiration, le public vers l’art[1].

Ce grand solitaire est maintenant entré dans cette constellation très peuplée, la Pléiade ; avec Soumission, M. Houellebecq a remis Durtal à la mode ; cet hiver encore, le musée d’Orsay a consacré à Huysmans critique d’art une curieuse exposition dont il y aurait beaucoup à dire ; les rééditions se multiplient, comme celle que les Cahiers de l’Herne consacrèrent en 1985 à l’auteur.

Les éditions Bartillat se joignent à cette vogue en apportant leur contribution : la riche édition des Ecrits sur l’art, établie par Patrick Lormant, deviendra inévitablement le bréviaire des amateurs de Huysmans. Tout le parcours critique de l’auteur est rassemblé là, des premiers et respectueux essais du début de la carrière littéraire jusqu’à la grande conversion à l’art chrétien des années 1890, en passant par le chamboule-tout des critiques des Salons annuels.

19/04/2020, 09:00

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Les Ensablés - "Sur le chemin des glaces" (1988) de Werner Herzog

La marche comme expérience mystique... En novembre 1974, le réalisateur Werner Herzog apprend que sa grande amie Lotte Eisner, célèbre critique de cinéma allemande qui vit et travaille à Paris à la cinémathèque française, est très gravement malade. Elle risque de mourir.  « J’ai répondu : cela ne se peut pas ». Saisissant une veste, une boussole et un sac, Herzog part sur le champ pour la retrouver. Mais il fera le voyage à pied, convaincu que c’est par la marche, vécue comme un acte de foi, qu’il sauvera son ami. Tête baissée, il se lance dans un improbable périple au cœur de l’hiver, quittant Munich pour rejoindre Paris. Sur le chemin des glaces est le journal de bord de sa folle aventure.

05/04/2020, 09:00

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Les Ensablés - "le dernier dimanche de Sartre" de Jean-Pierre Enard

Dans son essai "Un bon écrivain est un écrivain mort", Jean-Pierre Enard insistait sur le fait qu'un roman, comme le cinéma, le théâtre, la peinture ou n'importe quel autre mode d'expression, s'apprend. Ce qui ne signifie pas qu'il s'enseigne (...) Le langage, c'est comme le bois ou la pierre: un matériau. Écrire, c'est le travailler. On admet qu'un sculpteur apprenne sa technique. Et qu'un acteur fasse de la gymnastique ou place sa voix avant de monter sur scène. C'est pareil pour l'écrivain. Il doit s'exercer.

La mort est  une condition nécessaire mais non suffisante pour faire un bon écrivain. Enard en est la preuve: il est mort, c'était un bon écrivain, mais il n'est toujours pas considéré comme méritant une redécouverte. Faute de chance, seulement. Parce que ses livres valent d'être lus. Ce ne sont pas des grands crus, plutôt de la catégorie agréable des rosés, des blancs frais, avec de la buée sur le verre, qu'on boit avec plaisir en été à la terrasse des cafés, avec l'impression fugace d'être heureux.

22/03/2020, 09:00

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Les Ensablés - "La Maternelle" de Léon Frapié (1863-1949)

Parue en 1904, "La Maternelle" obtint le prix Goncourt au deuxième tour de scrutin, face, notamment, à Charles-Louis Philippe (que nos lecteurs des Ensablés connaissent bien) et Emile Guillaumin (pourtant favori avec son roman "La vie d'un simple"). Son auteur, Léon Frapié, était employé à l'hôtel de ville de Paris et marié à une institutrice qu'il avait beaucoup interrogée pour écrire ce roman étonnant, à mi-chemin entre la fiction et le documentaire. Il n'a pas perdu de son actualité quant aux questions qu'il pose sur l'école. Il vient de reparaître grâce aux éditions L'Eveilleur.

08/03/2020, 09:00

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Les Ensablés - "Anna" d'André Thérive

Chers lecteurs des Ensablés, La Thébaïde publie ces jours-ci un des romans que je place parmi les meilleurs. Jusqu'à ce jour, il n'avait pas été réédité. Nous en avions déjà parlé en 2014: il s'agit d'Anna. Précipitez-vous si vous aimez Maupassant, Flaubert et Huysmans (dont d'ailleurs Thérive était un spécialiste). Il vous faut d'autant plus vous procurer ce texte exceptionnel qu'il est préfacé par notre excellent ami, collaborateur des Ensablés, François Ouellet qui, depuis des années, pour notre plaisir, explore la littérature française des années 30.

23/02/2020, 09:00

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Les Ensablés - “Histoire artistique des ordres mendiants”, de Louis Gillet (1876-1943)

« …dans le silence de ce jour naissant, je veux regarder le monde avec des yeux remplis d’amour »
Saint François d’Assise

Ce livre est un cours d’histoire de l’art que l’auteur donna à l’Institut catholique de Paris. Il est composé de dix leçons, qui suivent le développement des formes artistiques qu’inspirèrent les ordres mendiants du XIIIème siècle au milieu du XVIIème siècle ; le titre répond de l’austérité du sujet, mais il paraît utile de redonner vie à cette étude, en particulier lorsque l’occasion se trouve de mesurer l’état d’ignorance qui règne sur cette matière.

09/02/2020, 09:00

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Les Ensablés - "Le rire de Caïn" de José-André Lacour (1919-2005)

Comment est-il possible que ce livre ait échappé à ma vigilance ? A sa parution, en 1980, je n'avais pas encore 20 ans, mais je lisais déjà beaucoup. Sans doute a-t-il été signalé dans quelque journal et l'ai-je ignoré parce qu'à l'époque je ne lisais que des classiques, et qu'en plus ce Rire de Caïn était un roman d'un Belge obscur, un certain José-André Lacour. De la littérature belge, je ne connaissais que Simenon et Rodenbach, ce qui m'allait assez, et depuis je n'ai gère progressé, ajoutant simplement à ma liste Armel Job... Mais la Petite Vermillon (la Table ronde) m'a envoyé récemment ce "Rire de Caïn" réédité pour le centenaire de son auteur, et je l'ai lu... C'est admirable de bout en bout!

26/01/2020, 09:00

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Les villages de Dieu d'Emmelie prophète : Port-au-Prince, coeur battant d'un État voyou 

BONNES FEUILLES - « J’ai grandi dans cette cité où jamais il n’y avait eu de trêves, où la mort circulait à midi comme à minuit. » Publié aux éditions Mémoire d'encrier, Les villages de Dieu, écrit par Emmelie Prophète se présente comme un roman extrême, qui puise sa substance au milieu des agitations des bidonvilles. Un ouvrage sur la puissance des gangs à Port-au-Prince. La mise en scène d’un État voyou, qui résonne longuement avec l'actualité d'Haïti. 

 

15/07/2021, 12:12

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 Mister Cerveau : les explorations cérébrales de Jean-Yves Duhoo

BANDES DESSINEES - La science est loin d'avoir exploré le fonctionnement du cerveau : la manière dont nos pensées, notre mémoire ou nos raisonnement s'organisent constituent autant de champs d'investigation en perpétuel défrichage. Les découvertes se suivent et lèvent un coin du voile qui recouvre la matière grise. Mais le grand public n'est pas toujours bien informé de ces avancées des connaissances. Les cours de biologie divulgués par l'Education nationale sont bien loin et le savoir a avancé depuis que la dernière heure de cours s'est achevée : Mister cerveau propose de faire le point et de dresser un état des lieux, encyclopédique et amusant, sur les connaissances scientifiques concernant le fonctionnement non pas de notre boîte crânienne, mais de la masse spongieuse qu'elle protège.

15/07/2021, 09:11

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Laura Antonelli n'existe plus : un destin fracassé 

L’Automobile Club de France a récemment remis à Philippe Brunel le Prix de l’Homme pressé 2021, pour son roman Laura Antonella n’existe plus, publié chez Grasset. Au cours de la cérémonie, le secrétaire du Prix de l’Homme pressé, Bertrand de Saint-Vincent, a rendu un hommage appuyé à ce texte. Et avec son autorisation, nous le publions dans nos colonnes.

15/07/2021, 08:30

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Paternoster d’Adrien Girard : dernière déclaration 

BONNES FEUILLES – Un père est dans le coma et son fils se rend à son chevet, au rythme de tout un service de réanimation, d’une folie pandémique mondiale et d’un deuil qui, coupablement, se fait attendre. Un père solaire autrefois adoré, mais un père irrémédiablement absent, une ombre dans laquelle le fils a dû grandir. Pour cette rentrée littéraire, les éditions Au Diable Vauvert publient le premier roman, Paternoster, du plus jeune lauréat du Prix d'Hemingway : Adrien Girard. Ce dernier y narre la veillée funèbre d’un fils auprès de son père, au seuil de la mort.  

14/07/2021, 15:56

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Emplettes : courses graphiques 

ALBUM JEUNESSE - Une personne se rend dans une supérette et demande divers produits. C'était sans compter la surdité de l'épicier.ère. Dans Emplettes, Jérémy Fischer dessine un dialogue court et absurde qui émerge progressivement en fonction des pages que l'on tourne. 

14/07/2021, 15:26

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Feu de Maria Pourchet : la passion et ses menaces 

BONNES FEUILLES - Edité par Fayard, Feu, le sixième roman de l'écrivaine et scénariste Maria Pourchet, sera disponible en librairie dès le 18 août 2021. Rongés par la monotonie de leurs vies respectives, Laure et Clément seront bientôt consumés par leur passion mutuelle naissante. Loin du classique des romans d'amour, Feu en propose une vision mêlant puissance sentimentale et humour. 

13/07/2021, 17:55

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L’imagier des fleurs du jardin : éducation poétique 

ALBUM JEUNESSE – Cet imagier présente, à raison d'un dessin par page, des fleurs ordinaires que l'on peut trouver dans n'importe quel jardin. Ainsi se succèdent une jonquille, une tulipe, un oeillet ou une glycine. Avec ce livre, Marie-Noëlle Horvath livre un bel exemple de la poésie de ce qu'elle nomme des illustrations textiles, c'est-à-dire des images qui sont réalisées à partir de tissus découpés.

13/07/2021, 10:21

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Tableau final de l’amour, de Larry Tremblay : Francis Bacon, radical 

BONNES FEUILLES – Pour cette rentrée littéraire, les éditions La Peuplade publient le prochain roman de l’auteur québécois Larry Tremblay. Librement inspiré de la vie du peintre Francis Bacon, Tableau final de l’amour fait le récit d’une quête artistique sans compromis, viscérale, voire dangereuse. Un roman humblement cruel sur l’amour et la création…

13/07/2021, 09:38

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Voyage en train / C'est chez moi : Pop-ups en perspective 

POP UP JEUNESSE – En l’espace de quelques mois sont sortis en librairies deux beaux pop-ups très différents mais donnant à penser, à manipuler et à admirer, chacun à leur manière. D’un côté, nous avons Voyage en train réalisé par Gérard Lo Monaco, auteur chevronné à cette technique depuis de nombreuses années et qui a travaillé avec des éditeurs historiques tels que Jean-Jacques Pauvert et Robert Delpire. De l’autre, C’est chez moi, imaginé et dessiné par Aurore Petit, illustratrice jeunesse qui a notamment publié des albums chez Thierry Magnier ou Le Rouergue et dont c’est ici le premier ouvrage en volume.

12/07/2021, 17:19

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Philipp Weiss : Le grand rire des hommes assis au bord du monde

BONNES FEUILLES - 1200 pages, une œuvre en quatre romans et un manga, qui, à travers cinq histoires personnelles toutes liées les unes aux autres, tourne autour d’un seul et même thème, la fin de notre monde : un projet romanesque hors norme qui nous conduit du XIXe siècle français au Japon du XXIe siècle, de la Commune à Fukushima, des premiers pas de la libération de la femme à la réalité virtuelle et à l’humain augmenté. 

12/07/2021, 16:02

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La trilogie de Licanius de James Islington : la saga des prophéties 

BONNES FEUILLES - Vingt ans se sont écoulés depuis la fin de la guerre. Les Augures, autrefois considérés comme des dieux - devenus dictateurs - ont été renversés et anéantis, leurs pouvoirs mystérieusement disparus. Leurs représentants, hommes et femmes dotés d'une capacité moindre, les Talentés, n'ont évité le sort des Augures qu'en se soumettant au Pacte qui les lie à quatre Préceptes, les marque de manière indélébile et protège les humains. Davian, élève des Talentés, en subit les conséquences. Le premier tome de la Trilogie de Licanius de James Islington est annoncé pour cette rentrée aux éditions Leha. 

12/07/2021, 16:00

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Books by Women : chaos et liberté

Si vous les suivez un peu sur les réseaux sociaux et dans nos colonnes, vous avez peut-être dû voir la raison de leur longue absence : Elsa et Elura ont ouvert leur librairie ! Elles s'y attendaientt forcément, mais pas à ce point-là, et le projet prend tout leur temps et leur énergie, au point que Books by Women s'est retrouvée sur le carreau... Et pourtant ce n'est pas faute de lire et d'avoir de beaux coups de cœur ! 

12/07/2021, 15:30

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Disparition de Robson Rocha, illustrateur chez DC Comics

Dimanche 11 juillet, Robson Rocha, illustrateur, est décédé à 41 ans suite à des complications liées à la COVID-19. Après une entrée dans le monde de la bande dessinée en 2010, Rocha avait signé un contrat exclusif avec DC Comics en 2016, où il a fait carrière depuis. Il s’est principalement fait connaître pour son travail de reprise d’illustrations pour Aquaman, d’après le script de Kelly Sue DeConnick.

12/07/2021, 12:12

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Uchronie biographique : Rimbaud en 2021, poète dans un monde sans poésie ?

Aujourd’hui, Raphaël Gariépy, à la suite d'un entretien avec Adrien Cavallaro, maître de conférences à l’université Grenoble Alpes, auteur de Rimbaud et le rimbaldisme. XIXe-XXe siècles, et codirecteur, avec Yann Frémy et Alain Vaillant, d'un récent Dictionnaire Rimbaud, imagine une rencontre avec le jeune Arthur, auteur de polar, sympathisant des Gilets jaunes et futur transhumaniste. 

09/07/2021, 16:14

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Le secret très secret du maitre des secrets : alors, alors, alors? 

ALBUM JEUNESSE – C'est la fin de l'année scolaire et tes parents t'ont inscrit dans une super colonie de vacances où de nombreuses activités sont organisées chaque jour. Mais toi, plus malin, plus curieux aussi, te donnes un autre objectif : trouver le maître du secret afin qu'il te révèle quel est son secret si secret.

09/07/2021, 15:01

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La langue du pic vert de Chantal Dupuy-Dunier : de vos folies faites vos rêves

BONNES FEUILLES - « Le pic vert enroule sa langue autour de son cerveau pour le protéger contre les trépidations quand il fore les arbres. » Cette phrase, prononcée par un guide de musée, est une révélation pour Sylvain Breuil, le point de départ d’une quête de l’invulnérabilité, puis de l’immortalité. Premier roman mystérieux et original, La langue du pic vert de Chantal Dupuy-Dunier, publié chez La Déviation, est dédié à tous ceux dont le rêve est appelé folie.

09/07/2021, 09:00

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Gallimard publie l'édition intégrale du Journal de Franz Kafka

Ces 12 cahiers allant de 1909 à 1923, Kafka les qualifiait parfois de Journal, observations de vie quotidienne, rêves, visions, fulgurations, réflexions et même dessins alternant avec de multiples débuts de récit, certains répétés. Comme s’il s’agissait de réchauffer un moteur narratif refroidi. Dans cette galaxie brille un seul récit achevé, Le verdict, écrit d’une traite une nuit de 1912, devenu pour l’écrivain le modèle du bonheur de raconter. 

08/07/2021, 08:26