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Les Ensablés - “Histoire artistique des ordres mendiants”, de Louis Gillet (1876-1943)

« …dans le silence de ce jour naissant, je veux regarder le monde avec des yeux remplis d’amour »
Saint François d’Assise

Ce livre est un cours d’histoire de l’art que l’auteur donna à l’Institut catholique de Paris. Il est composé de dix leçons, qui suivent le développement des formes artistiques qu’inspirèrent les ordres mendiants du XIIIème siècle au milieu du XVIIème siècle ; le titre répond de l’austérité du sujet, mais il paraît utile de redonner vie à cette étude, en particulier lorsque l’occasion se trouve de mesurer l’état d’ignorance qui règne sur cette matière.

Le 09/02/2020 à 09:00 par Les ensablés

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09/02/2020 à 09:00

Les ensablés

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Par Antoine Cardinale

Qu’on en juge : les amateurs qui se sont rendus cet automne au musée Jacquemart-André pour admirer la superbe collection Alana et ses précieux peintres italiens des XIII et XIVème siècle, ont pu en feuilleter le catalogue sans trouver un mot de la spiritualité qui imprègne ces œuvres, cette spiritualité de « l’art mendiant » qui sortit tout entier de la prédication de saint François d’Assise, et dont tout en elles renvoient à lui. C’est passer la revue des peintres du Grand Siècle sans articuler jamais le nom de Louis XIV. On veut penser que ce silence signe une noire ignorance plutôt qu’une censure volontaire ; ajoutons qu’on a manqué là l’occasion de renvoyer à un livre remarquable, dont le sujet va nous occuper maintenant et de faire connaître un auteur qui fut un peu « de la maison » puisque Louis Gillet fut à partir de 1912 le conservateur de l’abbaye de Chaalis dont Nélie Jacquemart fit l’acquisition en 1902.
De ce livre, Louis Gillet donna deux éditions[1]. Celle de 1912 [2] contient tout l’élan d’un jeune homme de trente-cinq ans : un esprit dont la formation n’était pas achevée, mais dont les vives impressions des voyages en Italie colorent toutes les pages et dont l’érudition, abondante et comme impatiente, justifie l’ambition de l’ouvrage. Il reconnaît sans difficultés sa dette envers Emile Mâle, qui eut l’intuition qu’une source vive avait été ouverte, autour de ce XIIIème siècle qui avait transformé toutes les représentations et le fond même du  tempérament chrétien. L’auteur de l’Art religieux au XIIIème siècle, son aîné de dix ans seulement, mais déjà respecté comme un maître, avait souhaité que cette inflexion décisive donnée par les ordres mendiants fût un jour écrite[3].  

La grande Consolation
Le rôle essentiel des ordres monastiques dans le naufrage du monde antique est trop connu pour qu’on y revienne. Ces communautés furent le refuge des lettres classiques, l’école de la philosophie médiévale et l’atelier de l’art monumental roman et gothique. Au XIIIème siècle, les Ordres mendiants, autour de saint François et de saint Dominique, en retrouvant le farouche esprit de pauvreté de l’Evangile, mirent en révolution la civilisation chrétienne : leur paupérisme intransigeant, la discipline inflexible des organisations qu’ils fondèrent, et une prédication tournée vers le peuple devait inévitablement donner un visage nouveau à la civilisation de l’Occident.
Dès la mort du Poverello en 1226, les papes, l’Eglise, cherchèrent à organiser cette révolution, qui tendait à l’absolu au risque de l’hérésie, et ils y parvinrent avec d’autant plus de brio qu’ils en conservèrent le prosélytisme en le débarrassant de son vague socialisme et des ferments de sédition politique que cette doctrine de dénuement, poussé à l’excès, ne pouvaient manquer de répandre ; ils comprirent que ces prédicateurs qui cultivaient le dénuement et goûtaient les privations comme de délectables récompenses, étaient contre hérésie l’exemple le meilleur, la plus juste réponse et l’arme la plus formidable. D’une menace à l’ordre social et à l’autorité religieuse, ils surent faire une immense promesse.
S’il est juste de citer les Carmes et les Augustiniens, les ordres mendiants majeurs furent les Franciscains et les Dominicains : ils constituèrent l’armée de cette reconquête. La révolution qu’ils menèrent, cette grande Consolation, gagna l’Europe en quelques mois. Il sembla soudain que le Seigneur allait demander compte à la génération des princes-évêques et des abbés à cheval, et qu’enfin seraient établis sur les biens du monde les plus diligents des serviteurs du Maître.
Et l’art dans tout cela : et bien d’art il n’en fut pas question ! Ces prêcheurs impécunieux qui n’emportaient, selon le commandement de saint Luc ni bourse, ni besace, ni sandales, doux et humbles de cœur, allaient au plus rapide et au plus efficace : ce furent d’abord des églises que l’on décida de bâtir, avec une hâte de Saints des derniers jours, lorsque passa l’âge héroïque des prêches en plein air. On construisait au meilleur compte, à la périphérie des cités, de vastes édifices dont le but était d’accueillir le plus de fidèles possible : pas de chapiteaux sculptés, des colonnes sans base et sans finesse : pas d’ogives mais un plafond et du bois plutôt que la pierre. Inévitablement, ce dépouillement s’étendit aux murs de l’église : ces immenses murailles nues étaient faites pour tenter l’art des peintres, car en effet, le gothique est un système de poids et de soutiens, où les supports se réduisent aux colonnes et aux nervures, et dont l'idéal est l'amincissement progressif et la suppression des murailles, — l'architecte d'Assise a manifestement fait une oeuvre toute différente, où les surfaces pleines l'emportent sur les vides, et où ce sont les murs qui jouent le rôle essentiel. Lorsque la foi farouche, l’ascétique et impécunieuse foi des premiers temps de l’ordre fut lentement amenée aux concessions du siècle, lorsque les lois somptuaires écrits par les premiers maitres des ordres tombèrent, il se fit à la fois une domestication sociale de l’aspiration religieuse et aussi un intérêt nouveau vers le pouvoir de l’art, sur sa capacité à soutenir le Message. Les murailles des églises des Mendiants accueillirent naturellement ces grandes fresques qui décorèrent d’abord Assise, dès 1250. C’est en ce sens qu’il faut comprendre le mot de Renan : Ce mendiant est le père de l’art italien : non que le saint se soit jamais soucié de peinture ou d’architecture, mais le mouvement dans lequel il lança le monde chrétien, fonda, sans que jamais il y mît la main, un art nouveau.
Le tournant qui mènera à la renaissance des arts, la date en est marquée. En 1288 Nicolas IV, le premier pape franciscain, monte sur le trône de Pierre et sa première pensée est pour la basilique du fondateur de son ordre : il dépêche à Assise les meilleurs peintres de Rome, ceux qui œuvraient alors au Latran et à Sainte Marie Majeure.

Et Giotto vint

Et c’est un grand nom qui arrive dans la cité d’Assise, celui de Giotto. Puisqu’il faut bien donner une date, malgré bien des incertitudes, donnons avec Louis Gillet l’année 1296. La peinture en Occident était retombée dans l’enfance. Cavallini, Arnolfo di Cambio, Cimabue retrouvaient à peine les rudiments de l’art. Explorer ce moment c’est déchiffrer les archives de la Renaissance, c’est en épeler les noms, c’est lire le registre de son état-civil. C’est Saint Bonaventure dont les écrits sur saint François furent si populaires que les docteurs craignirent qu’ils fussent reçus par le peuple comme un cinquième Evangile, c’est saint Bonaventure qui allait fournir le programme des fresques. Et on aperçoit déjà les immenses conséquences d’une peinture qui trouve dans l’épopée d’un saint tout un registre d’images nouvelles, un vocabulaire contemporain qui venait donner une apparence, une forme, aux sermons et à la légende. Ce fut une révolution. Pour la première fois depuis des siècles, l'art, au lieu de reproduire des formules, imagine, invente, improvise. Au lieu de copies, bâtardes, dégénérées, difformes, c'est la vie qui devient l'objet de l'imitation, la source et la matière du beau. La fresque – et la fresque, au XIIIème siècle, c’est encore toute la peinture- devient le miroir de la nature.
Avec ce naturalisme de Giotto, représentant ici un âne, là un arbre couvert d’oiseaux attentifs au prêche du Poverello, on sent la peinture prête à recueillir, à travers ces exempla, tous les incidents, toutes les trivialités de la vie. C'est véritablement la Prière de saint François: je veux regarder le monde avec des yeux remplis d'amour.Tout ce qui n’était pas dans la peinture allait y entrer, tout ce que l’orgueil théologique de l’art gothique avait laissé à la porte de la maison de Dieu est encouragé à y entrer : les costumes et les outils, les paysages et les intérieurs, l’homme saisit au moment où il boit, au moment où il dort ; toute la société, du frère en robe de bure au joli page qui mène la monture du chevalier : une irruption, un débordement de vie ! Que voit-on sur ces fresques, ces tableaux de dévotion ? Des monuments aussi, ceux que Giotto avait sous les yeux et que nous pouvons admirer aujourd’hui encore, comme la place d’Assise ou la colonne Trajane –et c’est une belle page de Louis Gillet :
Là, c'est une ville italienne, serrée dans ses remparts, avec ses toits plats se chevauchant comme des tuiles, ses loggias, ses fenêtres à colonnettes, son profil hérissé de tours, pareil à une herse retournée en plein champ au sommet d'une colline. Ailleurs, un intérieur d'église aperçu de l'autel, derrière la clôture du choeur : on voit la perspective piquante de l'ambon, des icônes sur l'iconostase, le châssis de la grande croix oblique maintenue par un tirant de fer. Et partout, dans les ornements, dans la décoration, dans les meubles, dans les édifices, dans les mosaïques des tympans, des gâbles et des pinacles, dans les enroulements polychromes des colonnes torses, respire le sourire brillant de la Renaissance romaine. Il y a ici des airs de tête, des vieux à mine de sénateurs, de belles Ombriennes à figures de madones, aux beaux arrangements de coiffures et de mouchoirs, des gens d'armes, des hallebardiers, qui entreraient tels quels, comme morceaux de grand style, dans ce que le quattrocento nous a laissé de plus magistral. Personne, encore une fois, n'a pareillement accru le dictionnaire des formes, enrichi de plus de néologismes le répertoire des peintres.
En illustrant la vagabonde prédication du saint, Giotto composa un charmant et pieux Cantique des voyageurs. L’art mendiant s’engageait dans le siècle et donnait ainsi naissance à un art qui épousait les thèmes héroïques de la grandeur évangélique. La vision de la crèche miraculeuse de Greccio en sera l’expression ultime : peut-être est-ce de ce moment qu’instruit depuis longtemps du fait de mourir, les hommes prirent au sérieux le fait d’être nés.

Le temps de l’orgueil
Sassetta, Fra Angelico surent conserver l’esprit de cet art, l’un assimilant Sienne, l’autre Florence à cette heureuse Galilée où mûrit la méditation chrétienne, pays de claires fontaines et de jardins nourriciers, figuré par une peinture aux ombres sèches dans lesquels les martyrs sont élevés dans les bras d’anges aux ailes qu’ils semblent avoir frottés aux couleurs d’un arc-en-ciel.
Cette révolution que rien n’annonçait, on la doit à François d’Assise : un univers d’une sensibilité nouvelle, une tendresse, une attention aux êtres vivants du haut en bas de l’échelle de la Création, pour ce qu’ils sont et non pour le symbole qu’ils représentent. Et selon le mot de Emile Mâle, dans un article[4] qui résume le livre de Louis Gillet, il n’est pas exagéré de dire que François a transformé le tempérament chrétien. Seulement Mâle pose comme terme à cette révolution la renaissance italienne, tandis que Louis Gillet voit se poursuivre cette fièvre, dans une peinture d’une grande force.
Aujourd'hui, fatigués de la culture classique, désabusés de cette grande conquête, et de plus en plus indifférents au prix de l'art, au bien dire, à l'ornement de l'intelligence et à ce qu'on appelait les belles humanités, nous avons peine à nous figurer ce que fut, au XVème siècle, l'enthousiasme devant l'antiquité renaissante. L'esprit humain retrouvait ses titres. Jamais nous ne nous expliquerons la gloire invraisemblable de quelques personnages, les honneurs rendus à un Pogge, la situation européenne d'un Politien ou d'un Erasme, les traitements réservés à un Marsile Ficin ou à un Gémisthos Plêtho, par la raison que celui-là avait exhumé Quintilien, que cet autre tournait le vers latin comme Horace, ou que le dernier possédait à fond la grammaire grecque et pouvait expliquer les arcanes de Platon. Pendant deux siècles, ce fut là une sorte de délire : depuis Pétrarque, qu'on trouva mort sur un texte d'Homère qu'il ne savait pas lire, jusqu'à Michel-Ange, demi-aveugle, palpant de ses vieux doigts le Torse du Vatican qu'il ne pouvait plus voir, l'intelligence humaine demeura dans l'enchantement de cette beauté entrevue, qui semblait revenir au monde.
Car le temps de l’orgueil viendra dans lesquels les idéaux de frugalité, ce sens presque amoureux de l’humiliation de l’homme allaient disparaître ; après le temps de la redécouverte de la nature et des vraies formes, l’art aura  un autre rendez-vous, celui des sources de l’art antique. C’est au travers de ces deux ingrédients que l’humanisme donna la formule de la civilisation : la Renaissance limitée d'abord au siècle de Léon X, puis reculée à Masaccio, est en réalité un mouvement homogène, un phénomène continu qui commence au XIIIe siècle, se poursuit avec Giotto, pour s'achever deux siècles plus tard dans les œuvres de l'âge d'or.

Un normalien différent
Louis Gillet appartenait à une de ces familles pieuses et unies, aux mœurs sévères, dont le type a été fixé au temps de Port Royal et dont les jours, faits de joies simples, s’écoulaient dans un silence conventuel où l’amour donné, jamais redemandé, était pourtant rendu au centuple. Son père est marguiller de l’église Saint-Paul à Paris. Elève de Joseph Bédier et de Romain Rolland, Louis Gillet fut un normalien différent : dans une école au sein de laquelle, quoique la chose nous paraisse extraordinaire, l’amour de la littérature semblait même suspect, il dévore le roman et la poésie de son temps : Maupassant et Heredia. Son grand homme, c’est un petit bonhomme à lorgnons menant depuis sa petite boutique, dans une rue du quartier des Ecoles, une guerre mystique au monde et au siècle : Charles Péguy.
Cette amitié, ces rêveries, ces voyages à Chartres, Louis Gillet les paya comptant : il échoua à l’agrégation. Après avoir commencé une carrière de professeur loin des prestiges de Paris, c’est l’écriture qui va absorber sa vie. Il fit de la Revue des Deux Mondes sa chaire d’enseignement, d’abord comme spécialiste des questions artistiques, ensuite comme spécialiste des littératures étrangères.
Une partie, une partie seulement de cette œuvre a été rassemblée par M. de Rubercy [5] : ces mille pages, qu’i est important de lire, suffisent à peine à donner une idée de l’énorme production de Louis Gillet. Outre la Revue des Deux Mondes –deux fois par mois ! le Figaro ou le Journal des Débats lui ouvrent leurs colonnes ; mais aussi le Gaulois, l’Eclair, l’Illustration. C’est un travail infatigable et les photographies des dernières années montrent un visage aux traits accusés sur lequel les veilles, les cigarettes et le café, ont laissé leurs traces. Dispersion ? il lui fallait bien vivre, sans situation forte, sans ce confort modeste mais vital d’un salaire de professeur agrégé ; il lui fallait multiplier les articles, les conférences, les ouvrages : sur Dante, Shakespeare, Raphael ou Monet ; chroniquer les dernières expositions, les livres dernièrement parus ; écrire, écrire, et écrire encore.

Une passion de connaître
Il sut cependant préserver la sagacité et de la profondeur du critique. Il fut capable de rendre au graveur anonyme de la Nef des Fous l’inspiration du Songe du chevalier de Raphaël, rattachant l’austère humanisme rhénan qui lisait l’Ecriture à la fumée des lampes, à la lumineuse aurore qui naît à la cour d’Urbino. C’est un bel exemple de ces études profondes que donna Louis Gillet, unissant l’œil du connaisseur, le savoir étendu de l’historien et la vivacité du journaliste. Il s’aventura avec un courage qu’il ne faut pas mésestimer, à juger de la littérature, de la peinture et de la sculpture de son temps. Il y a un grand courage à commencer par la condition d’historien, puis de descendre à celle d’historien d’art, et enfin par une intrépidité un peu inconsciente de dégringoler à la situation de critique d’art : Matisse, Bonnard ou Maurice Denis étaient encore des valeurs spéculatives à la bourse de l’Art et n’avaient pas dans l’histoire de l’art l’inexpugnable situation qui est la leur aujourd’hui – et il mena le même combat pour James Joyce. Louis Gillet les chroniqua avec d’autant plus d’intrépidité que rien ne garantissait qu’il fût suivi des lecteurs de la Revue des Deux Mondes.
Si Emile Mâle incarne le savant profond, en qui s’unissent une profonde science et une longue méditation morale ; si Ruskin est le prophète aux vues fulgurantes par lequel un au-delà de l’art se laisse entrevoir, Louis Gillet est le maître d’école dans lequel Paul Claudel reconnut la passion de connaître et celle d’expliquer, celui qui nous apprend à déchiffrer et à compter juste, celui dont la dette nous est sinon la plus importante, en tout cas la plus ancienne. En le portant au fauteuil d’Albert Besnard en 1935, l’Académie française sut reconnaître un génie sérieux qui s’est malheureusement effacé de notre horizon.
Le centenaire de sa naissance a été célébré au musée Jacquemart-André en 1976. Ses livres sont réédités et commentés ; manque sa biographie, qui viendra. Comme le prédisait Péguy, dans cinquante ans, toute la littérature moderne aura péri. Et c’est Péguy, c’est Gillet, qui resteront.

Le fil d’or
La seconde édition de l’Histoire artistique date de 1938 : elle est dépouillée de notes, raccourcie, son texte remanié par une nécessité des temps sur laquelle on voudrait connaître davantage, mais elle vaut cependant par une riche préface, dans laquelle l’auteur se retourne sur son œuvre avec une lucide sévérité. Faut-il le croire lorsqu’il nous dit qu’il regrette les effets oratoires, et le ton professoral ; les longues citations et les copieuses notes de bas de page ; qu’il renie une sentimentalité qui ôte au dessin de ce livre le naturel et le goût ? Qu’il prend la démesure d’une œuvre qui voulait embrasser quatre siècles de civilisation européenne, la peinture, la théologie et les lettres ? On pourrait souscrire à ce dernier regret, tant dix volumes n’y suffiraient pas, comme il nous en fait l’aveu. Et pourtant lorsqu’on se familiarise avec l’œuvre de Louis Gillet, on se rend compte qu’en réalité le compte est bon : les dix volumes y sont, tant il écrivit toute sa vie en suivant le fil d’or de la rêverie autour de Chartres et d’Assise[6].
Il nous dit aussi que, tandis qu’il corrigeait les épreuves de ce livre, en 1911, l’Allemagne à Agadir prenait la mesure de la détermination de la France ; qu’en 1938, tandis qu’il signe cette dernière préface, il reconnaît dans la comédie de Munich un prologue tragique. Car ce livre, qui enjambe près de quarante ans d’Histoire, contient l’amertume de voir une Europe embastillée dans des frontières, s’invectivant par-dessus ses remparts, promettant au voisin le sort des criminels et à l’ami d’hier la malédiction des vaincus.
Ces siècles qui courent de la prédication de saint François aux murs d’Assise jusqu’aux aux œuvres de Rubens aux Récollets d'Anvers, ont-ils conservé pour nous leur poésie ? Prenons garde : il n’y a de poésie que des choses que l’on sent, selon le mot de Goethe. Et c’est l’immense service que rend Louis Gillet de nous faire sentir ce monde ancien afin que leur poésie n’en soit pas perdue. Si cela ne se peut, si l’on ne devait plus jamais sentir ni comprendre, alors il nous sera donné, témoins des siècles rapides qui grondent dans le tourbillon de l’Histoire, de comprendre la parole de l’Evangile et comme est légère la pesée des œuvres de l’homme : de tout cela, qu’en sera-t-il à la fin des âges ?

[1]  Klincksieck a réédité en 2017 cet ouvrage avec un texte établi par M.Bertrand Cosnet. Les deux premières éditions sont Histoire artistique des ordres mendiants, Laurens, 1912 et Flammarion, 1938
[2] Disponible sous Gallica.bnf.fr
[3] Henry Thode, François d’Assise et les origines de l’art de la renaissance, Henri Laurens, 1909 et Emile Gebhart, L’Italie mystique, Hachette, 1890 . Ces deux auteurs avaient, il est vrai, ouvert la voie.
[4] Emile Mâle, « Les aspects successifs de l’art chrétien » in Arts et artistes du Moyen-Age, Flammarion, 1968
[5] Essais et conférences, Klincksieck, 2017
[6] On citera, sans être exhaustif Sur les pas de saint François d’Assise, Plon, 1926 et La cathédrale vivante, Flammarion, 1936 ainsi qu’un livre charmant : Dans les montagnes sacrées, Plon, 1928

Par Les ensablés
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2 Commentaires

 

Christine Belcikowski

11/02/2020 à 08:35

Merci pour ces très belles propositions.

Antoine Cardinale

12/02/2020 à 12:00

Merci Madame,
votre lecture et vos commentaires me sont, depuis le début de cette série de chroniques, un encouragement précieux.

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Les Ensablés - Le bouquet de Henri Calet

Cela fait 70 ans qu’Henri Calet (1904-1956) a quitté le monde des vivants. Mais un certain nombre de lecteurs, dont les Ensablés, travaille régulièrement à sa résurrection. Pas étonnant, puisque ce chroniqueur des vies fragiles, à commencer par la sienne, est un auteur des plus attachants. La poisse toujours en bandoulière, son humour caustique semble vouloir excuser une mélancolie persistante. Le Bouquet (1945) revient sur l’expérience de la débâcle de 1940, de la captivité à l’évasion de son auteur. Fidèle à son style, Calet déroule avec une simplicité désarmante le récit doux-amer de ce moment de bascule pour l’écrivain comme pour le pays. Par Nicolas Acker. 

29/03/2026, 09:00

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Les Ensablés - Ma petite Yvette, d'André Dumas

En terminant la lecture de Ma petite Yvette d’André Dumas (1874-1943), récemment réédité par J’ai lu, je me suis demandé aussitôt : est-ce un chef-d’œuvre ? Mon cœur  me répondait « oui ! », tandis que ma raison, le souvenir des romans de Proust, de George Eliot (bref les écrivains de mon Panthéon) me disaient que non, ce n’était pas tout à faire un chef-d’œuvre. J’ai ma petite idée désormais. Par Hervé BEL

15/03/2026, 09:00

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Les Ensablés - Le vitriol de Lune de Henri Béraud

Au rebours des titres à rallonge péniblement explicites dont raffolent certains plumitifs contemporains, il en est d’intrigants et mystérieux qui suscitent curiosité et envie de lire. Ainsi des ouvrages d’Henri Béraud (1885-1958), qui avait indubitablement l’art de trousser des titres originaux, du Martyre de l’obèse au Flâneur salarié, en passant par La croisade des longues figures ou le surprenant Vitriol de Lune.

Par Marie Coat

01/03/2026, 09:00

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Les Ensablés - L'insaisissable, de Liane de Pougy (1869-1950)

La vie de Liane de Pougy, de son vrai nom Anne-Marie Chassaigne (1869-1950), est une œuvre à programme, passant du vice au luxe, du luxe à la vie spirituelle. Elle est l’une des grandes courtisanes de la Belle Époque avant de devenir écrivaine puis tertiaire dominicaine. Issue d’un milieu modeste, danseuse puis demi-mondaine adulée du Tout-Paris, elle incarna la somptuosité, l’esprit et la liberté scandaleuse de la fin du XIXᵉ siècle, fréquentant artistes, aristocrates et écrivains. Elle connut une célébrité éclatante grâce à ses romans et journaux à clé. Après la Première Guerre mondiale, elle se retira progressivement du monde, se rapprocha du catholicisme et termina sa vie dans la prière, à Lausanne, laissant l’image paradoxale d’une femme passée de l’érotisme mondain à l’ascèse religieuse.

Par Nicolas Kinosky     

15/02/2026, 17:17

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Les Ensablés - Les hommes sont pressés, de Juliette Pary

Née Julia Gourfinkel en 1903 à Odessa, mais venue en France à la suite de la Révolution russe de 1917, Juliette Pary  (1903-1950) a été une journaliste de gauche pour divers périodiques (Marianne, Regards, Le Journal Juif, etc.) à l’époque du Front populaire, menant des reportages parmi les milieux populaires, traitant des questions sociales ; traductrice notamment de Stefan Zweig et d’Hermann Hesse, d’Agatha Christie et de romans populaires américains pour la revue hebdomadaire Confidences ; auteure elle-même de polars désopilants et d’un remarquable roman non moins burlesque, Les Hommes sont pressés, paru chez Gallimard au printemps 1934. Par François Ouellet.

31/01/2026, 13:29

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Les Ensablés - Caserne 1900, de Léon Werth (1878-1958)

Si Léon Werth fit scandale en 1919 après la publication de sa charge antimilitariste Clavel soldat et Clavel chez les majors (objets d'un précédent article des Ensablés) il reste dans les mémoires comme le dédicataire du Petit Prince dont la page de garde affiche: A Léon Werth quand il était petit garçon». Et c'est bien ainsi qu'il apparaît sur la photographie qui orne la couverture de son Caserne 1900 réédité en 1993 par les éditions Viviane Hamy.POar Isabelle Luciat.

18/01/2026, 09:00

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Les Ensablés - La Billebaude, de Henri Vincenot

Le premier article des Ensablés de cette année 2026 (16 ans d'existence)  est consacré à la réédition d’un roman que les lecteurs de moins de vingt ans ne peuvent pas connaître : « La Billebaude » (1978), du bourguignon Henri Vincenot (1912-1985) dont le passage à Apostrophes (heureux temps !) assura la gloire dès 1976. Une fois de plus, ce sont les éditions Le Passeur qui prennent l’initiative de cette publication, après avoir, l’année dernière, réédité l’admirable Campagne de Raymonde Vincent… Par Hervé BEL.

04/01/2026, 09:00

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Les Ensablés - Les demi-vierges, de Marcel Prévost, par Jean-Marc Quaranta

Romancier à succès des années 1890-1920, Marcel Prévost (1862-1941) partage avec Marcel Proust son prénom et l’étymologie de son nom. Altération locale du substantif prévôt, le patronyme de Proust a été parfois confondu avec celui de cet autre Marcel, alors plus connu que lui et dont le nom semblait comme « une faute d’impression du » sien, comme il l’écrit en 1912 à Louis de Robert[1]. La postérité a réglé la question et donné raison au cadet : Prévost est complètement oublié, ensablé, quant à Proust chacun le connaît, beaucoup le lisent encore et sa place dans l’histoire de la littérature – comme fondement du Nouveau Roman et de l’autofiction – n’est plus à faire. Par Jean-Marc Quaranta

21/12/2025, 09:00

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Les Ensablés - Il y a cinquante ans décédait Pierre Bost

J’écris cet article au moment où je termine l’écriture d’une biographie de Pierre Bost, écrivain, journaliste, scénariste. On pourra la lire ultérieurement. En attendant, relisons l’écrivain, dont le 6 décembre 2025 a marqué le 50e anniversaire de sa disparition. Par François Ouellet.

07/12/2025, 17:00

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Les Ensablés - Les Réveillés de la vie et Les Irréductibles de Zoé Oldenbourg

Avec Les réveillés de la vie (1956) et Les Irréductibles (1958), Zoé Oldenbourg (1916-2002) retrace l’histoire d’un amour impossible. De la fin des années 1930 à l’aube des années 1950, Elie et Stéphanie se cherchent et se fuient dans une valse-hésitation cruellement heurtée par la guerre. Semblable à son premier diptyque médiéval qu’il l’avait révélée, la romancière-historienne projette ici ses personnages dans la lumière contemporaine du XXe siècle où s’étirent encore les ombres portées du Moyen Age et ses dilemmes spirituels.

Par Nicolas Acker.

23/11/2025, 10:00

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Les Ensablés - Huysmans vivant d'Agnès Michaux

Bravo à Agnès Michaux d’avoir osé s’attaquer à Huysmans dans son épais volume publié au Cherche Midi il y a peu ! Il fallait le faire ! « Huysmans vivant » est la première biographie depuis celle de Robert Baldick publiée en 1958 (chez Denoël). Vieil admirateur du romancier, je me la suis procurée aussitôt, curieux de voir comment cette romancière (La fabrication des chiens) et spécialiste de la fin du XIXème siècle a pu traiter ce sujet vaste et ardu. En effet, aborder la vie de Huysmans, c'est aussi évoquer tout un pan de la littérature du XIXeme siècle.
Par Hervé Bel

09/11/2025, 09:00

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Les Ensablés - La Maternelle de Léon Frapié

Que reste-t-il de nos Goncourts ? Nombre d’heureux lauréats de ce prix littéraire tant convoité ne sont pas passés à la postérité et leurs romans sont aujourd’hui bien ignorés... Entre les oubliettes où ils churent et le Panthéon des auteurs consacrés, se maintiennent bon an mal an quelques romanciers dont la notoriété subit certes des éclipses, mais dont on redécouvre périodiquement l’intérêt. Par Marie Coat

 

26/10/2025, 09:00

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Les Ensablés - Le tout sur le tout, de Henri Calet (1904-1956)

Henri Calet (de son vrai nom Raymond Barthelmess) n'est pas un inconnu pour Les Ensablés qui l'ont abondamment célébré, notamment au travers de son roman majeur Monsieur Paul (publié en 1950). C'est que l'homme qui se devine au travers d'une œuvre largement autobiographique, est éminemment énigmatique et attachant, se caractérisant, selon les termes de son biographe Michel P. Schmitt par « un fin humour allié à la peine de vie la plus noire » . Dans l'un des articles que Les Ensablés lui ont consacrés, il est dit que « La vie de Calet fut riche en aventures dans sa première moitié, beaucoup moins dans la seconde ».

Par Isabelle Luciat.

12/10/2025, 09:00

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Les Ensables - Les modérés, d'Abel Bonnard

Le parcours d’Abel Bonnard  (1883-1968) est l’un des plus surprenants parmi les écrivains du XXe siècle. Son destin intellectuel et politique est un précipité d’ambiguïtés, de compromissions et de fulgurances. Par Nicolas Kinosky 

28/09/2025, 10:42

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Les Ensablés - La Reine battue, d'Henri Duvernois

Le propre du « petit maître » est d’être discret. Un temps, il s’impose, il plaît... Puis disparaît, écrasé sous les poids des « grands ». C’est que l’on ne peut pas retenir tout le monde. J’ai mes « petits maîtres » favoris, et l’un d’eux, vous le savez peut-être, car j’en ai déjà parlé, s’appelle Henri Duvernois. Récemment, dans un vide-grenier, perdu dans un amas de livres vendus un euro chacun, je suis tombé sur son roman « La Reine battue » publié sur papier alfa bouffant dans la belle collection de luxe Le livre de demain, où le texte s’orne de gravures. Je l’ai acheté évidemment, sachant à l’avance que je ne serais pas déçu. Par Hervé Bel.

14/09/2025, 10:00

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Les Ensablés - La Pierre angulaire, de Zoé Oldenbourg

Zoé Oldenbourg (1916-2002) fut longtemps associée aux succès d’édition de grandes fresques médiévales. Son premier livre, Argile et Cendres (1946) qui suit les péripéties d’un petit seigneur partant pour les croisades, impressionna tellement par sa précision et son ampleur qu’on y vit un potentiel Goncourt. Le couronnement arrivera finalement en 1953 avec son second roman La Pierre angulaire qui remporte le Prix Femina. Zoé Oldenbourg y expose les tableaux contrastés d’un Moyen-Âge où même les âmes les plus abjectes vivent dans l’espérance du salut éternel. Par Nicolas Acker.

31/08/2025, 09:00

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Les Ensablés - La vierge et le taureau, de Jean Meckert

Les éditions Joëlle Losfeld poursuivent avec bonheur la réédition des romans de Jean Meckert  (1910-1995). Le dernier en date, La vierge et le taureau, occupe une place à part dans l’œuvre de Meckert. D’abord parce qu’il s’agit du dernier publié sous son propre nom. S’il continue à publier par la suite, ce sera désormais sous le pseudonyme de Jean Amila, bien connu des amateurs de romans policiers. Dernier roman de Meckert donc, La vierge et le taureau est aussi entouré d’une légende noire qui fait de ce livre, une sorte d’ouvrage maudit qui a donné libre cours à de nombreuses spéculations. Par Carl Aderhold

17/08/2025, 09:00

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Les Ensablés - Le wagon à vaches (1953), de Georges Hyvernaud

Sa prose noire et acérée rappelle Raymond Guérin. Son ironie pessimiste penche du côté d’Emmanuel Bove. Le phrasé rageur est célinien. Nous sommes en 1953 lorsque Georges Hyvernaud publie son deuxième récit le Wagon à vaches. On y retrouve la veine existentialiste, sans le torse bombé de l’intellectuel engagé. Par Nicolas Acker.

27/07/2025, 09:00

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Les Ensablés - La fin de la IIIe République, de Emmanuel Berl

Paru en 1968 dans la célèbre collection de Gallimard, « Les trente journées qui ont fait la France », La fin de la IIIerépublique est republiée quelques années plus tard dans une autre collection intitulée «Témoins». Ce passage révèle bien à la fois la nature de cet ouvrage mais aussi celle de son auteur, Emmanuel Berl (1892-1976). S’il est aujourd’hui tombé dans l’oubli (tout juste certains se souviennent qu’il fut le mari de la chanteuse Mireille), il a pourtant marqué la vie intellectuelle des années 1930 par ses positions que ses biographes qualifient volontiers d’inclassables. Par Carl Aderhold

06/07/2025, 10:45

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Les Ensablés - Le roi dort, de Charles Braibant

« Nos pays ne sont pas beaux...mais il y a en eux une espèce de grandeur calme et comme un peu dédaigneuse qui est beaucoup plus captivante que la beauté ». Ainsi Charles Braibant (1889-1976), Champenois de lignée et de coeur, décrit-il sa région d’élection dans son roman Le roi dort qui, s’il rata de peu le prix Goncourt, fut couronné du Renaudot en 1933. Par Marie Coat

 

22/06/2025, 09:00

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Les Ensablés - La peau et les os de Georges Hyvernaud

Dans la fosse commune de l’oubli, Georges Hyvernaud n’a non seulement rien fait pour l’éviter - en ne publiant que deux livres de son vivant - mais y a sauté à pieds joints. La Peau et les os (1949), court mais édifiant récit de sa captivité pendant la seconde guerre mondiale, puis Le Wagon à Vaches (1953), roman implacable de l’impossible réadaptation à une vie dite normale, prouvent que l’écrivain avait pris le parti non négociable d’une vérité humaine très difficile à vendre. Par Nicolas ACKER.

08/06/2025, 19:15

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Les Ensablés - Planète sans visa, de Jean Malaquais

Né en 1908 à Varsovie, Vladimir Malacki - devenu par la suite Jean Malaquais  (1908-1998) - quitta la Pologne à l'âge de 18 ans pour venir vivre en France. Mobilisé en 1939, il fut fait prisonnier, puis parvint à s'évader. Juif et apatride, il partagea alors l'existence précaire de nombre de personnes réfugiées à Marseille dans l'espoir d'obtenir un visa. Grâce à l'aide de son ami Gide, il obtint ce précieux sésame et gagna les Etats-Unis où il vécut plusieurs années, enseignant la littérature. Malaquais n'a publié que trois romans : « Les Javanais » (prix Renaudot 1939),  « Le Gaffeur » (publié en 1953), tous deux objets de précédents articles et  « Planète sans visa », grand roman de la France sous l'occupation, publié en 1947 et qu'il remania jusqu'à ses derniers jours. Ce roman de plus de 500 pages a été réédité en 1999 après sa mort.

25/05/2025, 09:41

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Les Ensablés - La Saint-Michel et le Pont Euxin d'Anne Lacroix, par François Ouellet

Anne Lacroix (1897-1982) n’aurait publié qu’un seul roman, La Saint-Michel et le Pont-Euxin chez Grasset en janvier 1933. À cette date, elle a déjà commencé un deuxième roman, Rézle (et même annoncé un troisième titre, Les Bergers d’Arcadie), soumis en décembre de la fin de cette même année pour le Prix du roman du Temps ; les quelques voix qu’elle récolte seront insuffisantes pour qu’elle obtienne ce prix qui consiste dans la publication du roman dans les pages du quotidien. Mais, cinq ans plus tard, en mars 1938, Rézle paraîtra en feuilleton dans Le Temps. Il ne semble pas que la carrière d’Anne Lacroix ait connu d’autres développements. Par François Ouellet.

11/05/2025, 09:00

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Les Ensablés - L'Impassible de Frédéric Berthet (1954-2003)

Lorsque la critique d’un livre est aussi intéressante, voire plus, que le livre dont elle parle, lorsqu’on se régale de son style, de son ironie, de sa drôlerie, et si transparaît à travers ses mots l’originalité de l’homme lui-même, alors on peut se dire qu’elle est elle-même œuvre littéraire, et que son auteur est un sacré bonhomme. Voilà la réflexion que je me suis faite après la lecture de ce recueil d’articles de Frédéric Berthet, récemment paru chez La Table Ronde sous le titre L’Impassible. Par Hervé BEL

27/04/2025, 09:00

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Sororité : pourquoi apprend-on si tôt à se méfier des autres femmes ?

Une boîte en carton, des journaux intimes, et voilà le féminisme bien peigné qui prend un coup dans les tibias. En vidant l’appartement de sa mère, Clarence Edgard-Rosa retrouve ses carnets d’enfance. À huit ans, elle écrivait : « Les filles sont terribles. Elles sont méchantes, c’est la guerre. Il n’en restera qu’une. » Toute l’enquête part de là : non d’une théorie à appliquer, mais d’un embarras à regarder en face.

15/09/2026, 15:31

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Ce PDG pensait tout contrôler : un dîner va le mettre en procès

Il suffit parfois d’une batterie morte pour qu’un homme très important redevienne simplement un homme. Erik Dogam, PDG d’une multinationale, a tout prévu : son emploi du temps, son corps, ses déplacements, ses affaires, probablement jusqu’à la quantité d’oxygène utile à une journée bien menée. Une panne de téléphone, pourtant, enraye la mécanique. Et Michel Layaz résume son héros avant même de commencer à le démonter : « Erik Dogam goûtait peu les imprévus. » Bilan comptable ce 1er octobre.

15/09/2026, 15:31

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Infierno : Carmen Mola plonge dans l’enfer esclavagiste de Cuba

Madrid brûle, Cuba suffoque et, entre les deux, l’Atlantique ressemble moins à une promesse qu’à un sas vers l’abattoir. Infierno (trad. Anne Proenza,) part d’une nuit d’insurrection, en juin 1866 : Leonor, choriste madrilène, croise Mauro, étudiant en médecine passé du côté des insurgés. Un soldat meurt, un policier les traque, chacun doit fuir. Elle gagne Cuba sous la protection trouble d’un mariage quand lui y découvre qu’un contrat de travail peut n’être qu’un autre nom donné aux fers.

15/09/2026, 15:26

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Une réponse : Devenir lesbienne

Ni formules toutes faites ni slogans tapageurs. Dans Une réponse, Iris Brey livre une traversée émancipatrice, entre réflexion intime et critique sur la construction du désir. Faisant la part belle aux trajectoires obliques, elle esquisse les contours d’une éthique attentive aux violences que subissent les démunis et les minoritaires, le viol et l’inceste au premier chef.

15/09/2026, 15:20

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Ténébreux : Brandon Sanderson passe du côté obscur de la fantasy

Brandon Sanderson a souvent construit ses mondes autour d’une mécanique : des règles, des pouvoirs, une prophétie, puis des personnages chargés d’en éprouver les limites. Ténébreux retourne la pièce. Paul Tanasin n’est pas l’élu promis à sauver un royaume : à Mirandus, il est celui que l’histoire attend pour le détruire. Un changement de perspective simple sur le papier, autrement moins sage en images.

15/09/2026, 15:17

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Thomas Gunzig : les Spectres d’un futur quantique

Un livre inclassable en cette rentrée : l'imagination fertile de Thomas Gunzig questionne pêle-mêle la science, le futur, le capitalisme, notre humanité en perdition et notre rapport au deuil, à la mémoire ou à la mort.

 

15/09/2026, 15:04

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Caroline Goldman : un vade-mecum du réel pour parents désarçonnés

Qu'on ait trouvé son enfant dans un chou, dans une rose ou dans sa propre chair, l'affaire n'a que faire des doctrines. Pédagogie libérale, rigoriste ou bricolée : rien ne protège de l'expérience nue. Non par défaut d'instinct, mais parce que l'épreuve est structurelle — un vertige existentiel qu'une simple question d'enfant suffit à faire basculer.

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Elles ne mouraient pas toutes : comment rendre lisibles les féminicides

Dans Elles ne mouraient pas toutes, Barbara Métais-Chastanier, avec la collaboration de Sandra Lucbert, interroge les manières dont sont racontés les meurtres de femmes. À partir d’un travail d’élaboration né de la mort de Loan Bernède, l’autrice cherche à restituer les mécanismes sociaux et genrés qui peuvent disparaître derrière le récit d’un « crime passionnel ».

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Racisme, exil et secrets de famille : un été pour découvrir ses origines

Avec Le commandant du fleuve, Ubah Cristina Ali Farah raconte le passage à l’âge adulte d’un jeune homme partagé entre plusieurs héritages. Entre racisme quotidien, diaspora somalienne et histoire familiale, le roman suit Yabar, 18 ans, dans un été qui va bouleverser ses certitudes.

15/09/2026, 07:00

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La Pleureuse : Camilla Läckberg ressuscite un ancien mystère à Fjällbacka

Avec La Pleureuse, Camilla Läckberg replonge Erica Falck et Patrik Hedström dans une nouvelle affaire à Fjällbacka. Trente ans après la disparition d’une lycéenne, la découverte de restes humains vient réveiller les secrets et les rancœurs d’une petite communauté où personne ne semble avoir tout oublié. Roman traduit du suédois par Susanne Juul et Andreas Saint Bonnet

 

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Aventurier, écrivain, résistant, ministre : André Malraux a multiplié les vies et largement contribué à construire sa propre légende. Avec Malraux, Jean-Yves Le Naour et Alain Grand proposent une biographie dessinée décalée, dans laquelle l’intéressé raconte lui-même son histoire… tandis que Clara, sa première épouse, intervient pour rétablir les faits.

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Rainer Maria Rilke : le portrait sensible de Lou Andreas-Salomé

Les Éditions Bartillat ressortent Rainer Maria Rilke de Lou Andreas-Salomé à l’approche du centenaire de la mort du poète, le 29 décembre 1926 à Montreux, en Suisse.

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Hilda Bustamante est morte depuis un an. Elle se réveille sans souvenir de son décès, sans savoir pourquoi elle se retrouve dans le cimetière. Pour célébrer cette nouvelle vie, elle va sonner les cloches de l’église à toute volée au point d’éclater toutes les vitres du village et regagne sa maison. Hilda Bustamante revient de Salomé Esper, traduction d’Hélène Serrano.

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À 61 ans, Logn raconte dans DJ Bambi une vie à devenir soi

Dans DJ Bambi, Auður Ava Ólafsdóttir retrace le parcours de Logn, une femme de 61 ans qui revient sur les différentes étapes de son existence alors qu’elle attend l’opération qui doit lui donner le corps auquel elle aspire. Un roman sur l’identité, la famille et la transition, traduit de l’islandais par Éric Boury.

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À la Strange Academy, la rentrée ne ressemble pas franchement à une rentrée. Ici, les élèves viennent d’Asgard, de Weirdworld ou de la Dimension Noire, un géant du givre partage les couloirs avec une fée et le fils de Dormammu tente de ne pas finir comme papa. Dans

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Cette semaine, la Booksletter passe des partitions de Nino Rota aux archives du KGB, du spleen d’un tueur imaginé par Edgardo Scott aux patients qui réapprennent les gestes les plus simples après une lésion cérébrale. En chemin, Alexander Krauss rappelle combien les outils façonnent les découvertes scientifiques. Cinq livres, cinq manières d’explorer les zones où l’art, l’histoire, la médecine et la science déplacent notre regard sur notre monde.

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Avec Oratorio, Cécile Wajsbrot revient sur les parcours de celles et ceux qui quittent leur pays par nécessité, traversent la Méditerranée ou empruntent les routes migratoires. À partir de données recueillies sur plusieurs décennies, la romancière compose un texte entre chœur, dialogue et récit, qui interroge notre rapport à l’exil et aux frontières.

 

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Avec Été 1914, Victor Lepointe revient sur les premières semaines de la Première Guerre mondiale à travers deux jeunes hommes que tout semble opposer. Un récit en bande dessinée qui suit le basculement d’une génération, de l’enthousiasme patriotique d’août 1914 à la brutalité d’une guerre nouvelle.

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11/09/2026, 06:00

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Dans les coulisses de la France populaire, une histoire écrite au jour le jour

Au jour le jour : écrire le quotidien des classes populaires en France (XIXe-XXIe siècle) entend regarder l'histoire par un autre bout de la lorgnette : celui de la vie ordinaire. Sous la direction d'Anaïs Albert, Fanny Gallot, Anne Jusseaume, Eve Meuret-Campfort, Clyde Plumauzille et Mathilde Rossigneux-Méheust, cet ouvrage collectif plonge dans le quotidien des femmes et des hommes des classes populaires, du XIXe au XXIe siècle.

11/09/2026, 06:00

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Déclaration de perte : Catherine Benhamou revient sur les silences de la maternité

Avec Déclaration de perte, Catherine Benhamou poursuit son travail autour des récits de femmes et de leurs trajectoires intimes. Publié aux éditions des femmes-Antoinette Fouque, ce nouveau texte fait dialoguer deux destins marqués par la perte d’un enfant et par un silence difficile à briser.

10/09/2026, 06:00

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L’Enclos des esclaves : Najwa Bin Shatwan fait entendre une histoire méconnue de la Libye

Avec L’Enclos des esclaves, Najwa Bin Shatwan revient sur une réalité historique largement méconnue : celle de milliers d’Africains subsahariens réduits en esclavage en Libye sous la domination ottomane. Traduit de l’arabe par Souad Labbize, ce roman propose une fresque de la société libyenne à travers le destin d’une femme en quête de ses origines.

10/09/2026, 06:00

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Ensemble contre l’antisémitisme : 50 questions pour aider les plus jeunes à comprendre

Destiné aux lecteurs à partir de 9 ans, Ensemble contre l’antisémitisme propose 50 questions-réponses pour mieux comprendre l’histoire et les mécanismes de l’antisémitisme, en France comme dans le monde. L’ouvrage paraîtra le 8 octobre 2026 aux éditions Privat.

10/09/2026, 06:00

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La Marche du monde : Lou Lubie imagine un monde où le code régit la société

Et si le monde était régi par un code informatique que seuls quelques-uns pouvaient lire ? Avec La Marche du Monde, Lou Lubie signe une nouvelle série de fantasy destinée aux lecteurs de 14 ans et plus. Dans ce premier tome, intitulé Nord, une adolescente mise à l’écart découvre que ses mystérieuses syncopes lui permettent en réalité de lire le code qui régit le monde.

10/09/2026, 06:00

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Le quatrième péché

09/09/2026, 09:00