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Napoléon et Las Cases, une collaboration littéraire

Tout est dans le verbe et l’attitude

Le 30/03/2012 à 17:21 par Les ensablés

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Publié le :

30/03/2012 à 17:21

Les ensablés

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De 1815 à 1821, des Français et des Anglais, jetés sur l’île de Sainte-Hélène à la suite d’événements assez extraordinaires, ont pris des notes sur ce qu’ils voyaient et entendaient . Beaucoup se sont contentés d’écrire un journal au jour le jour, à usage privé, dont le contenu ne laisse de surprendre le lecteur par son caractère spontané. Ces écrits sont d’ailleurs parus après leur mort (Gourgaud, Bertrand, Gorrecquer par exemple) par la volonté de leurs descendants. D’autres, plus ambitieux, ont publié de leur vivant leurs notes, utilisant la forme du journal intime, mais sans doute par commodité. Presque tous les témoins, en effet, comme nous le soulignions dans un article, avaient peu de familiarité avec la chose littéraire, de par leur fonction et leur culture.De tous ces écrits, un seul se détache vraiment par son propos et son ampleur : le Mémorial de Sainte-Hélène.Edité en 1823 avec la fortune que l’on sait, il dépassa pour des raisons connues, le succès de l’Atlas que Las Cases avait publié quelques années plutôt. L’ouvrage se présente lui aussi sous la forme d’un journal écrit au jour le jour. Contrairement aux autres diaristes de Sainte-Hélène, Las Cases était parfaitement capable, de par sa culture, de ne pas utiliser cette forme de narration. S'il l’a adoptée, c’est sans doute en raison des dictées quasi quotidienne de l’Empereur, fort longues, que des Mémoires n’auraient pu absorber, sauf à rendre le texte illisible et pénible. Le journal appartenait d’ailleurs déjà à la tradition littéraire. Celui de Montaigne a été publié en 1774, celui de Dangeau, en 1720, en extraits grâce à Voltaire puis, en 1817, aux soins de madame de Genlis, et d’autres encore.L’intérêt du Mémorial est double. Napoléon y parle longuement de son passé, de ses campagnes et de ses opinions, Las Cases se contentant, dit-il, de noter soigneusement ce qu’il entend. Entre ces longs monologues, Las Cases raconte les événements de l’île tels qu’il les perçoit. Contrairement au journal de Gourgaud par exemple, la présence du diariste est presque nulle, les péripéties quotidiennes à peine abordées, ou sinon dans le sens officiel voulu par l’Empereur. Las Cases ne fait aucune critique sur l’entourage du captif. Tandis que Gourgaud est souvent méchant à son propos, lui le cite à peine. Gonnard remarque à juste titre qu’il nomme rarement ses compagnons, préférant des formules évasives, comme « l’un de nous ».Nous ne sommes pas devant un journal intime du type de celui de Bertrand. C’est autre chose. Sa nature est hybride, à la fois œuvre d’histoire (rappelons en passant que Las Cases a écrit déjà sur le Moyen-Âge) et témoignage de la période « hélénienne ». Le Mémorial n’a rien de spontané. Il est subjectif, mais d’une subjectivité consciente, aussi bien du côté de l’observé que de l’observateur. Le caractère de l’un et de l’autre s’y manifeste, bien sûr, mais arrangé, retravaillé par les conceptions littéraires des deux protagonistes. Le Mémorial étant une œuvre à part, appartenant aussi bien à l’histoire qu’à la littérature (il n’est pas anodin de relever sa publication dans La Pléiade), ce sont les rapports de Las Cases et Napoléon avec la chose écrite qui doivent être, selon nous, d’abord envisagés pour évaluer la valeur du témoignage.Le chambellan Las Cases a beau jeu de commencer son journal par ce préambule : J’entreprends d’inscrire ici, jour par jour, tout ce qu’a dit et fait l’empereur Napoléon, durant le temps où je me suis trouvé près de lui.Son intention avouée est donc d’être exhaustif, il veut tout dire, et cela dans un journal à caractère homodiégétique (texte dont le diariste n’est pas le sujet principal), mais son premier soin, après sa déclaration d’intention est de nous raconter sa propre histoire, forcément arrangée et flatteuse. Il clôt sa courte autobiographie par cette anecdote « sublime ». Napoléon lui dit, alors qu’il souhaite le suivre dans l’exil « Mais savez-vous  jusqu’où votre offre peut vous conduire ? », il répond : « Je ne l’ai point calculé. » Il se peut qu’il n’ait jamais prononcé une telle parole, ou au contraire qu’il l’ait dite, peu importe, qu’il la mentionne montre assez son goût de la belle phrase et surtout affiche son désintéressement, indispensable pour celui qui veut dire la vérité. Il n'hésite pas à confier l’intensité de son attachement : J’étais plein d’admiration ; et il n’est, comme on sait, qu’un pas de l’admiration à l’amour.Vrai ou faux, cet amour, qui suppose l’abnégation, est le filtre par lequel passe tout ce que nous dit Las Cases de ce qu’il voit et entend. Toujours dans le préambule, il ne peut s’empêcher d’indiquer qu’il a déjà écrit un livre qui fit sa fortune. Il est écrivain et tient à le faire savoir. Il a du métier, son style est d’ailleurs classique, construit, avec des mots choisis.Tout cela jette la suspicion dès lors que nous lisons le Mémorial en historien et non en « littéraire ». François Mauriac ne dit pas autre chose lorsque, rappelant qu’il a toujours exécré Napoléon, il ajoute : « (…) j’admire que, lisant Le Mémorial, un charme agisse sur moi, le même qui enchaîna tant d’hommes à ce conquérant. »On n’a peut-être pas assez répété que le sujet même des écrits de Sainte-Hélène, l’empereur Napoléon, savait parfaitement l’importance de la subjectivité des hommes sur leur jugement, et qu’il en a joué toute sa vie durant, et encore à Sainte-Hélène. Il faut lire ce qu’il dit à Las Cases le 20 novembre 1816 à propos de la vérité historique : « un simple mot », « une fable convenue ». Ce n’était pas là une simple opinion, mais bien une conviction dont il tirait toutes les conséquences dans la pratique. Jacques Garnier, dans sa somme sur Austerlitz, met en lumière ce trait de Napoléon en un court chapitre intitulé judicieusement légende et histoire. « Il y a, écrit-il, quelque chose à la fois d’agaçant et de moderne dans la volonté de Napoléon  de modeler son image à travers la mise en scène de sa propre action. » Et de rappeler avec quel soin il corrigeait les récits de ses batailles destinés à son peuple et à la prospérité. Il cite le comte de Castrie : « L’empereur ne veut pas qu’on dise que cela s’est passé ainsi. » Telle était la réponse dont on se servait pour repousser les faits les plus avérés.Certes Napoléon manipule. Le mot est sans doute un instrument à ses yeux. A Sainte-Hélène, dans sa lutte contre Lowe, il continue à agir comme il a toujours agi, nie les faits avec véhémence, parfois même à l’encontre de toutes les évidences, surtout au début de la captivité. Comment croire ainsi qu’il puisse penser sincèrement, comme il le dit au pauvre général célibataire qu’est Gourgaud, qu’il le mariera à Paris, « d’une manière convenable », alors que nous sommes le 19 octobre 1815, soit quatre jours après son arrivée sur l’île et quatre mois après Waterloo ? Ce serait faire injure à son sens aigu des réalités. Mais il a bien dit la chose, n’en doutons pas (Gourgaud n’est pas Las Cases), et s’il l’a prononcée, c’est, comme on dit, « pour le moral des troupes », ce nerf de la guerre, qui, si souvent, dans les instants les plus critiques, l’a fait triompher.Il ne faut surtout pas qu’il paraisse abattu. Sa confiance en son destin, même s’il n’y croit plus, doit être éclatante, être un soleil sous lequel ses compagnons pourront se réchauffer et auquel, peut-être, car son désespoir était bien réel, il finira par croire lui même.La manipulation n’est qu’une des manifestations d’une pensée plus profonde, relative au mot, au concept. De par son expérience, Napoléon n’ignore pas que la subjectivité a des effets sur la réalité, qu’elle en est même un élément objectif pour la comprendre. Aux yeux des spectateurs, paraître, c’est être. Le mot et l’attitude remplacent ou modifient la chose qu’ils suggèrent ; ils la font exister. C’est par son récit d’Eylau, par son attitude sur le champ de bataille, que Napoléon transforme cette rencontre indécise en victoire.Dans une de ses nouvelles intitulée Le masque prophète, Bonaparte narre l’histoire de Hakem (voir notre article là-dessus), fondateur d’une secte dont la puissance finit par menacer le prince de Bagdad. Mais Hakem tombe malade. Lui qui était « le plus beau des arabes » est défiguré.Ce changement eût pu ralentir l’enthousiasme de ses partisans. Il imagina de porter un masque d’argent. Il parut au milieu de ses sectateurs ; Hakem n’avait rien perdu de son éloquence. Son discours avait la même force ; il leur parla, et les convainquit qu’il ne portait le masque que pour empêcher les hommes d’être éblouis par la lumière qui sortait de sa figure.Que nous dit ce texte, sinon la toute puissance de la dissimulation et du verbe ? Bien qu’affaibli, Hakem paraît plus fort, plus séduisant encore, et il l’est de fait aux yeux de ses disciples. En ce sens, Napoléon est prométhéen. Il y a aussi, dans cette attitude, quelque chose d’enfantin, le désir de croire que, comme dans les contes (Las Cases et Napoléon en ont écrit dans leur jeunesse), la vie peut se transformer par des formules magiques. L’Empereur, d’ailleurs, aime les enfants, et il n’est qu’à se souvenir de ses jeux avec Betzy Balcombe pour s’en convaincre. Il stupéfie ses officiers par cette facilité qu’il a à la comprendre et à se mettre à son niveau. Baudelaire l’a dit :Ne serait-il pas facile de prouver (…) que le génie n’est que l’enfance nettement formulée, douée maintenant, pour s’exprimer, d’organes virils et puissants ?On comprend le lien soudain et fort qui a lié l’Empereur à Las Cases. Comme lui, Las Cases aime les lettres et croit en leur pouvoir (sinon pourquoi écrire ?). Le journal dont, et il est important de le noter, Napoléon n’ignore pas l’existence, devient certes, on la dit mille fois, un instrument de propagande, mais surtout réconcilie l’Empereur avec l’idée qu’il se fait de lui même. Sa vie, déjà extraordinaire, devient épopée sous la plume du thuriféraire ; sa vie passée bien sûr, mais aussi celle qu’il mène à Sainte-Hélène, de telle manière qu’il est difficile de se fonder sur ce texte pour approcher la réalité de la captivité. La subjectivité du texte, contrairement à d’autres journaux, est ici voulue à la fois par l’observateur et l’observé. Napoléon garde le masque, même si, par malice, il dit le contraire à Las Cases le 30  novembre 1815.Les malheurs ont aussi leur héroïsme et leur gloire… l’adversité manquait à ma carrière. Si je fusse mort sur le trône, dans les nuages de ma toute-puissance, je serais demeuré un problème pour bien des gens. Aujourd’hui, grâce au malheur, on pourra me juger à nu.Un nu singulier reflèté par les miroirs déformants du héros et du diariste. La subjectivité assumée est double, en effet. Consciente chez Napoléon, peut-être un peu moins chez Las Cases, elle conduit à dresser un portrait d’un comédien vu par un écrivain.Celui-ci-ci sait très bien à qui il a à faire, combien le comportement de Napoléon, ses paroles sont souvent biaisés et ne correspondent nullement à son état d’âme. Il écrit : C’est ainsi que souvent l’Empereur attaquait toute une masse sur de simples individus ; et il le faisait avec un grand éclat, pour qu’on en demeurât frappé davantage ; mais ses colères publiques, dont on a fait tant de bruit, n’étaient que feintes et factices.A Sainte-Hélène, l’Empereur poursuit la même stratégie face aux Anglais et même à ses proches. Précisons cependant qu’elle n’était pas seulement voulue mais aussi subie. Les circonstances l’empêchaient d’être complètement naturel. Il se savait sans cesse observé, épié, par ses geôliers et surtout par ses compagnons qui, le soir venu, s’enfermaient dans leurs chambres pour écrire ce qu’ils avaient vu. Pour mieux se rendre compte de ce qu’il devait ressentir, imaginons notre réaction si nous savions notre vie surveillée pour toujours par une caméra et commentée ensuite, pendant des heures, par une foule de spectateurs. La comédie, dans ces conditions, devient nécessaire.Tacitement, Las Cases l’accepte et la met en scène, grossissant ainsi, par son goût pour la littérature, la distortion entre la perception immédiate et son interprétation.Les goûts littéraires du captifNapoléon aime à parler de littérature. Le Mémorial, plus que tous les autres journaux de Sainte-Hélène, place des propos littéraires dans la bouche de l’Empereur. Il a une très haute opinion de la littérature. Elle ne saurait être la nourriture du peuple, dit-il, elle doit demeurer « celle de gens délicats ». Parfois, il confond la littérature avec l’histoire à laquelle il aurait tellement aimé se consacrer. Il aurait aussi prononcé cette belle parole : « La France, c’est le français quand il est bien écrit ».Malgré son goût pour la Nouvelle Héloise, il préfère l’Antiquité et son style. Paoli lui aurait dit un jour : « O Napoléon ! tu n’as rien de moderne ! tu appartiens tout à fait à Plutarque. »Pendant les interminables soirées de Longwood, devant ses compagnons, l’Empereur se livre à des critiques littéraires qui, n’en doutons pas, n’ont pu qu’influencer le rédacteur du Mémorial. Le 22 avril 1816, il déclare au sujet du Mahomet de Voltaire que : Voltaire (…) avait ici manqué à l’histoire et au coeur humain. Il prostituait le grand caractère de Mahomet par les intrigues les plus basses.Le grand homme ne peut pas être un intrigant. Il est au dessus des bassesses humaines. Le rendre semblable aux autres, c’est empêcher le lecteur de comprendre sa grandeur et même de l’apercevoir.Un soir, il lit Atrée et Thyeste, de Crébillon. Cette pièce nous a paru horrible, nous l’avons trouvé dégoûtante, et nullement tragique. L’empereur n’a pu l’achever.Le genre littéraire qu’il préfère, en effet, c’est la tragédie. Fort logiquement, il n’aime ni Crébillon, ni Beaumarchais.La tragédie (…) échauffe l’âme, élève le coeur, peut et doit créer des héros. Sous ce rapport, peut-être la France doit à Corneille une partie de ses belles actions.Pour comprendre l’importance de cette remarque dans notre approche du Mémorial, il n’est qu’à rappeler la définition de la tragédie donnée par le Robert, une œuvre « représentant quelque grand malheur arrivé à des personnages célèbres de la légende. (…) dont les événements, par le jeu de certaines règles ou bienséances se traduisent essentiellement en conflits intérieurs chez des personnages illustres aux prises avec un destin exceptionnel. »Lui même ne désirait pas écrire ses mémoires. Il le dit clairement le 20 novembre 1816, à la suite de ses considérations sur la vérité historique citées plus haut. Je ne pouvais descendre à des confessions à la Jean-Jacques, qui eussent été attaqués par le premier venu.Et cependant, tout en prononçant ces paroles, il sait qu’au même moment Las Cases relève le propos, qu’à côté des dictées sur les actes publics de l’Empire, le littérateur décrit ce qui se passe à Longwood. Peut-on raisonnablement penser que Las Cases, dans la rédaction de son journal, n’a pas tenu compte de ces remarques lorsqu’il a mis au net toutes ses notes ? N’y a-t-il pas, dans sa façon de raconter, dans le choix des événements de Sainte-Hélène qu’il présente, le désir de faire de Napoléon un personnage tragique ?D’ailleurs, une fois au moins, Napoléon a eu le loisir de lire le texte de Las Cases et l’a approuvé, n’y revenant plus, satisfait sans doute du portrait qui était fait de lui. Sous ce jour, le Mémorial peut apparaître comme une œuvre commune, une correspondance exacte entre les intentions de l’écrivain et celles de l’Empereur déchu, personnage tragique, écrasé par le monde ligué contre lui, alors qu’il voulait le sauver, et condamné à souffrir sa déchéance en ne la montrant pas, ou sinon par allusion significative et, implicite; ce qui oblige à une économie de moyens astucieuse.Un exemple significatif : comment Las Cases raconte l’arrivée à Sainte-HélèneL’arrivée de Napoléon à Sainte-Hélène, racontée par le Mémorial, est, parmi tant d’autres, un exemple significatif. Littérairement, et pour le prestige du captif, il faut que l’événement doit être sobre et poignant. Le samedi 7 octobre 1815, à une semaine de Sainte-Hélène, Las Cases indique : Les vents constants du sud ouest étaient devenus une véritable calamité ; nous reculions au lieu d’avancer ; nous nous enfonçions tout à fait dans le golfe de Guinée. Nous y aperçûmes un bâtiment qu’on fit reconnaître : c’était un Français égaré comme nous, et hors de sa route.Ulysse n’est pas loin, qui erre sur la mer plate. Le 8 octobre 1816 : Le temps était d’une obstination sans exemple. Chaque soir on se consolait de la contrariété du jour, dans l’espoir d’une crise heureuse de la nuit ; mais chaque matin on se réveillait avec le même chagrin (…) Le découragement était extrême, l’ennui au dernier degré. (…) Quant à l’empereur, il y semblait plus insensible encore, il ne voyait dans tout cela que des jours écoulés.Pour la même période, le journal de Gourgaud est beaucoup plus lapidaire. De cette malédiction qui semble peser sur le navire, il n’en dit mot. Ce même 4 octobre, il signale la position du navire puis précise que Napoléon a travaillé avec lui jusqu’à 11 heures. Le 8, à nouveau la position du navire, et la mention d’un pari entre Montholon et lui à propos de la date probable de l’arrivée.Cependant, le témoignage de Marchand et de Glover confirment bien les difficultés du navire à rejoindre la fameuse île. Ce dernier point est fondamental : les informations fournies par Las Cases ne sont pas forcément fausses parce qu’elles obéissent à un traitement littéraire : elles sont seulement  présentées différemment des autres journaux, essentiellement par le style, par leur agencement, et sans doute leur sélection.Le 14 octobre, Sainte-Hélène est en vue.L’Empereur gagna l’avant du vaisseau pour voir la terre, et crut l’apercevoir ; moi, je ne vis rien. Nous restâmes en panne toute la nuit.Le lendemain, l’île est parfaitement visible. Le bateau jette l’ancre vers midi. C’est là, dit Las Cases, « le premier anneau de la chaîne qui va clouer le moderne Prométhée sur son roc. » La phrase est certes pompeuse, dans le style du temps, mais elle fait aussi indirectement référence au Prométhée enchaîné d’Eschyle, « père de la tragédie » dont l’Empereur, à propos d’une autre pièce, loue, comme par hasard, « l’extrême force, jointe à la grande simplicité ». Prométhée est celui qui a donné l’espoir et le feu aux hommes, autrement dit l’intelligence qui leur permet de connaître les lois de l’univers, et en s’appuyant sur elles à devenir libres. Napoléon, dans le Mémorial, explique l’histoire et révèle ce qu’eût été son règne s’il n’avait été contraint à la guerre perpétuelle. Il eût été celui par lequel la liberté politique aurait été enfin établie. Ce n’est que partie remise, un jour, vivant ou mort, le nouveau Prométhée sera libéré et reconnu, son message sauvé par le Livre. En attendant, son supplice commence, sa tragique destinée s’accomplit.Napoléon est devant Sainte-Hélène. Las Cases la décrit à peine (« d’énormes rochers arides et pelés », « les crêtes hérissées de canons »). Il préfère s’attarder sur Napoléon.L’Empereur parcourait le tout avec sa lunette ; j’étais à côté de lui ; mes yeux fixaient constamment son visage , je n’ai pu surprendre la plus légère impression, et pourtant c’était là désormais peut-être sa prison perpétuelle ! Peut-être son tombeau !… (…)  L’Empereur est rentré bientôt après ; il m’a fait appeler, et nous avons travaillé comme de coutume.D’un côté, l’impassibilité de Napoléon qui, pareil à Prométhée, refuse de transiger avec Zeus, son bourreau, et subit sa torture avec courage. De l’autre, l’homme du commun, Las Cases qui s’étonne. Peu de mots sur cet instant crucial, potentiellement si riche en digressions romantiques. Peu d’effets, mais tout est dit. Le Mémorial montrera un héros que rien n’atteint, car la nature l’a placé entre Dieu (les dieux, a-t-on envie d’écrire) et les hommes.Il est intéressant de lire comment les autres diaristes ont décrit la même scène. Chez Gourgaud, aucune description de l’île, mais l’Empereur n’est pas silencieux en la découvrant. Il s’écrie : Ce n’est pas un joli séjour. J’aurais mieux fait de rester en Egypte : je serais à présent empereur de tout l’Orient.On estime le journal de Gourgaud, avec celui de Bertrand, comme les plus spontanés, les moins travaillés. En l’espèce, c’est tout le contraire. Napoléon y prononce une phrase « historique »… Qu’en est-il ?D’abord, cette phrase a un goût de déjà vu. Jacques Garnier cite une anecdote racontée par Ségur, dans ses Mémoires. Un aide de camp de Napoléon. Le 1er décembre 1805 au soir, Napoléon dîne avec ses principaux généraux. La conversation roule sur la littérature, plus particulièrement… sur la tragédie, Napoléon critiquant les nouveaux auteurs. Puis : (…) se rappelant le temps de la campagne d’Egypte : « Oui, si je m’étais emparé d’Acre, je prenais le turban ; je faisais mettre de grandes culottes à mon armée (…) C’est par des Arabes, des Grecs, des Arméniens que j’eusse achevé la guerre contre les Turcs ! Au lieu d’une bataille en Moravie, je gagnais la bataille d’Issus, je me faisais empreur d’Orient (…)La coincidence est étrange. C’est le même propos, à la veille d’une grande épreuve. Gourgaud en a peut-être entendu parler et l’aurait replacer, la jugeant à son goût. En tous les cas, Marchand ne la cite pas. Curieusement, indépendamment du style, son propos est presque semblable à celui de Las Cases : une description courte, reprenant d’ailleurs l’expression « rochers pelés » ; le silence de Napoléon ; la comparaison avec un tombeau enfin. A croire que les deux auteurs se sont concertés. La version de Marchand est cependant beaucoup plus factuelle que celle de Las Cases. Contrairement à lui, il ne se met pas en scène.Aucun journal autre que Gourgaud ne mentionne la fameuse phrase, même pas celui de Montholon qui aurait pu la lui reprendre. On peut en conclure que Napoléon n’a rien dit et n’a rien montré de ce qu’il ressentait. N’ayant rien à dire, la plupart des témoins, y compris O’Meara, passent rapidement sur l’épisode : l’île est en vue. Napoléon l’observe et ne dit mot. Puis l’on passe au lendemain, au débarquement.Le traitement de l’épisode est caractéristique de Las Cases. S’agissant d’un moment clé, il met en scène la situation, se décrit comme spectateur (permettant au lecteur de s’identifier à lui, pour mieux ressentir l’événement, dit la vérité enfin, mais l’exprime de belle manière, dans une optique littéraire, tragique : le combat de Napoléon est intérieur et suggéré, suffisamment cependant pour laisser une impression tenace au lecteur.La possibilité d’un Mémorial Les critiques de Gourgaud, de Lowe, à propos de Las Cases, le petit homme si cultivé, ont contribué à jeter un voile sur son désintéressement. Beaucoup le considèrent comme un opportuniste. Son honnêteté, son affection pour Napoléon, ne sont cependant pas douteux, comme en témoigne son comportement à son retour en Europe. Il semble que les griefs portent plutôt sur le fait qu’il aurait suivi l’Empereur dans le seul but d’écrire un bon livre et connaître la gloire.Ce reproche a-t-il un sens pour un écrivain ?  « L’on écrit que pour être entendu ; mais il faut en écrivant faire entendre de belles choses » dit La Bruyère. Chercher un sujet, le plus beau possible, le plus fascinant, c’est le but de tout écrivain, et Las Cases l’était. On oublie trop les épreuves qu’il dut subir pour écrire ce Mémorial : les heures et les heures de rédaction, le caractère de Napoléon, la méfiance des proches, puis, pendant des années, une vie errante en Europe. Tout cela, il l’accepta et ne s’en est jamais plaint. C’était le prix à payer pour rendre possible cette œuvre unique.Son départ de Sainte-Hélène intervient en 1816, sans doute arrangé, avec le consentement au moins tacite de l’Empereur. A cette époque, Longwood tenait encore : l’Empereur était en bonne santé, en possession de tous ses moyens. Son attitude avait encore cette dignité antique qui, peu à peu, disparut sous les coups de la maladie et de l’ennui. 1817 est le début de la fin. Las Cases ne la verra pas. Il a écrit l’essentiel, mis en valeur ce que Napoléon voulait laisser de lui.Imagine-t-on le Mémorial racontant par le menu la lente agonie ? la lente altération des facultés intellectuelles de l’Empereur, ses mesquineries que Bertrand note dans son style télégraphique ? Le Napoléon que Las Cases nous a légué est plus attachant, plus beau. Philosophe, il est assis sous un arbre, les bras croisés, et devise comme un sage, déjà en dehors du monde.Sans aucun doute, Napoléon était un peu cela, mais pas seulement, et il appartient à ceux que ses dernières années de vie intéressent, de rechercher dans les autres journaux, en se livrant d’abord à une étude de fond sur leur nature, de déterminer les autres facettes de cet homme étonnant.Les témoignages de Sainte-Hélène ne portent pas seulement sur Napoléon, car, même s’il en est le sujet exclusif, ils permettent aussi, par leur multitude et leur sujet (les actes et les paroles d’un seul homme dans un endroit clos), d’estimer la part d’incertitude auquel se heurte systématiquement l’historien face à des récits portant sur le même épisode.L’incertitude naît de la subjectivité humaine, tout ce qui est nous et que nous ne disons pas : nos partis pris, notre culture, notre presbytie même qui nous empêchera de voir correctement un événement ; nos intentions enfin, cette fois conscientes, qui vont orienter le récit. Intentionnelle ou non, la subjectivité révèle l’homme qui écrit et est inévitable ; elle conduit donc à la diversité des points de vue et rend impossible le rendu d’une réalité que nous ne percevons pas par elle-même. Plus que dans toute autre journal de Sainte-Hélène, celui de Las Cases nous paraît emblématique de ce primat de la subjectivité.Tous n’ont qu’un objet, Napoléon captif ; un lieu d’action, une île perdue, et une période (six ans au maximum). Ils portent sur des péripéties, et n’ont d’intérêt, en vérité, que pour la personne, Napoléon, qui en est le héros. A juste titre, on serait tenté de considérer ces témoignages comme appartenant à la « petite » histoire, au domaine de l’anecdote, s’ils n’étaient aussi la possibilité de toucher du doigt, en quelque sorte, et d’évaluer ce qui constitue le défi majeur de tout récit historique : la subjectivité de l’auteur. Elle éclate partout, à tout instant, pour les moindres détails. L’historien de Sainte-Hélène en est réduit à un travail d’élimination et à rechercher le probable.Cela n’est possible que si la subjectivité de chacun des protagonistes a été analysée et jaugée. Ce travail à notre sens n’a pas encore été fait totalement


Richesse inépuisable des témoignages de Sainte-Hélène. Revue du Souvenir Napoléonien, février-mars 2003.
Les origines de la légende napoléonienne, éditions Calman Levy.
Mémorial de Sainte-Hélène, éditions Garnier Frères 1961, page 5.
Emmanuel de Las Cases, dans sa biographie Las Cases, le mémorialiste de Napoléon, édition Fayard, page 194, ne la cite pas. Jean Pierre Gaubert, dans son Las Cases, l’abeille de Napoléon, édition Loubatière, 2003, la reprend, sans commentaire, comme Octave Aubry et Paul Ganière (légèrement modifiée) etc.
Bloc-note du 2 août 1959, cité par Gaubert op.cit.
Austerlitz, 2 décembre 1805, Edition fayard, p.19.
Journal de Sainte-Hélène, Edition Flammarion 1947; p.66
Le masque prophète et autres écrits de jeunesse.publié par M. Vox. Paris 1945. Texte consulté sur www.bmlisieux.com
Les paradis artificiels.
Mémorial, tome 1, p.252.
Mémorial, tome 1, p.761.
Mémorial, tome II, p. 249
Mémorial, p 525, op.cit.
Mémorial, tome II, p. 52. Op.cit.
Mémorial, tome I, p.406. op.cit.
Mémorial de Sainte Hélène, op. cit, p.158
Journal de Sainte-Hélène, op.cit p. 61.
Mémoires de Marchand, tome II, p.125
Journal de bord du secrétaire de l’amiral Cockburn, dans Napoléon à bord du Northumberland. Plon, 1936. p.136. Ce témoignage est d’autant plus indiscutable qu’il était de Glover, secrétaire de Cockburn, qui n’avait aucun intérêt à révéler que son chef avait mené le navire dans une zone sans vent, qui le fit arriver à Sainte-Hélène bien après les autres bateaux qui l’accompagnaient.
Mémorial, tome I, p.162. Op.cit.
idem.
Mémorial, tome II, 8 novembre 1816, p. 534.
Mémorial, tome I, op.cit., p.163
Gourgaud, Journal de Sainte-Hélène, op.cit., p.63
Austerlitz, 2 décembre 1805. Op.cit. p. 231.
Récemment encore Jacques Jourquin, dans Sainte-Hélène, île de mémoire, Fayard 2005, se fait écho des doutes sur le désintéressement de Las Cases (p. 143).

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L’œuvre de Ramuz comprend une vingtaine de romans. La grande peur dans la montagne est un texte de 1925 qui fait montre d’une grande maturité d’un auteur qui a entamé une carrière littéraire à Paris en 1900, à l’âge de vingt ans. Cependant, à Paris, là où son éditeur Bernard Grasset lui demandera toute sa vie de « se montrer », Charles Ferdinand Ramuz aura à cœur de toujours se mettre en retrait des mondanités. Par pudeur ainsi que par méfiance de la corruption urbaine, Ramuz est avant tout un homme de la terre. Par Denis Gombert

11/10/2021, 16:51

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Les Ensablés - L’univers sévère et lumineux de Maria Borrély (1890-1963)

Maria Borrély, le nom n’est pas connu. Pourtant, il devrait !...Il est toujours émouvant de découvrir des auteurs du passé. Je ne parle pas d’auteurs renommés qu’on lit pour la première fois, mais de ces auteurs complètement oubliés, que plus personne ne lit depuis longtemps, si tant est qu’ils ont déjà été lus. Par François Ouellet. 

27/09/2021, 09:39

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Les Ensablés - Les quatre éléments (1935) d'André Chamson (1900-1983)

« Mort sont les beaux diseurs/Mais le livre est écrit/Morts sont les bâtisseurs/mais le temple est bâti » (F.Mistral) André Chamson fit un voyage au Japon qu’il relate dans ses souvenirs. Nous avons été naturellement chez les geishas qui ne sont pas ce que l’on peut croire. La fille qui était venue sur le tatami pour allumer ma cigarette m’a dit « Monsieur, j’ai lu votre livre les Quatre éléments ». Les quatre éléments étaient devenus « le soleil, la rivière, la montagne » et je ne sais plus quoi… Par Antoine Cardinale

12/09/2021, 14:02

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Les Ensablés – La Rédemption de Mars de Pierre Nothomb (1887-1966)

Au sortir de la Première Guerre mondiale, durant laquelle il a travaillé pour le Gouvernement belge en exil au Havre (Sainte-Adresse) et publié des essais défendant et illustrant les positions de son pays, Pierre Nothomb (1887-1966) mène une vie littéraire entre la Belgique et la France et fait notamment paraître à Paris le roman La Rédemption de Mars (Paris, Plon, 1922). Par Louis Morès.

18/07/2021, 10:00

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Les Ensablés - Prétextat, de Pierre Bost (1901-1975)

Nos fidèles lecteurs n'ignorent pas que nous aimons Pierre Bost (1), écrivain d'avant-guerre devenu scénariste célèbre après 1945, et que nous aimons aussi les Editions de la Thébaïde qui, il y a deux ans, ont publié un recueil de nos articles sur les écrivains oubliés (Lectures en stock). Il était donc évident et naturel que nous parlions aujourd'hui de la réédition de Prétextat (1925) de Pierre Bost, d'autant plus que la préface a pour auteur François Ouellet, chroniqueur des "Ensablés", et par ailleurs grand spécialiste de l'écrivain. Par Hervé Bel.

27/06/2021, 13:22

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Les Ensablés – La Maison Camille, (1935) de Henri Duvernois

Les fidèles de notre rubrique se rappelleront que nous avons déjà chroniqué deux romans de cet auteur prolixe (Edgar, L’homme qui s’est retrouvé) mort en 1937, juste avant la guerre ; ce qui lui fut peut-être fatal, car, en 1945, on était passé à un autre monde, pas forcément meilleur. À côté de Camus, Sartre, et tant d’autres, Duvernois ne faisait plus très sérieux, d’autant que l’homme, dans sa vie comme dans ses écrits, avait toujours imité la légèreté. Je dis « imité » à dessein, car l’œuvre de Duvernois, sous des apparences d’ironie et de comique, dissimule une profonde mélancolie, une réflexion désabusée sur l’homme. Par Hervé Bel.

06/06/2021, 19:41

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Les Ensablés - Voyage d’un livre à travers la Bibliothèque Nationale de  Henri Beraldi

Exhumé de l’oubli, ce petit texte écrit par un bibliophile passionné raconte et s’inquiète de la croissance des arrivées des livres en masse à la Bibliothèque Nationale. Nous sommes à la fin du XIXe siècle et la noble institution enregistre déjà 500.000 références disponibles (14 millions aujourd’hui !). « La vérité, annonce l’auteur, est que, de ces espaces, aujourd’hui, il n’y en a plus. La Bibliothèque est pleine, archipleine, bondée, bourrée jusqu’à refus. » Voyage au cœur de la Bibliothèque, ogre-machine qui tourne à plein régime. 

23/05/2021, 20:41

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Les Ensablés - Hiver 1814, de Bernard Michel, la Campagne de France

Les Ensablés ont plusieurs fois évoqué Napoléon pour rappeler que dans sa jeunesse, il avait écrit des nouvelles, et qu’à Sainte-Hélène, il avait retrouvé son désir d’écrire et pu assouvir sa passion pour la lecture. Il faut lire Le Mémorial pour mesurer l’étendue de sa culture littéraire. Il profita de son inactivité pour écrire quelques ouvrages, dont une étude sur « La guerre des Gaules », et une espèce de fiction sur son exil à Sainte-Hélène. Par Hervé Bel

 

09/05/2021, 10:22

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Les Ensablés - Black (1858) d’Alexandre Dumas (1802-1870)

« Pas de mystère, pas de souterrain, pas de ténèbres dans cette œuvre ; partout le rayonnement, partout le plein midi », disait Victor Hugo. L’œuvre d’Alexandre Dumas n’intéresse pas l’Histoire de l’art. En 1840 certes, résidant à Florence, il lui fut commandé, pour la somme considérable de dix mille francs, un ouvrage sur la galerie des Offices. La description des trois cent cinquante portraits de peintres qui sont dans ce fameux musée devait former L’histoire biographique et anecdotique de la peinture depuis huit siècles. Par Antoine Cardinale.

25/04/2021, 10:12

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Les Ensablés - Le grand coucher, de Guy Dupré (1981)

Guy Dupré (1925-2018) ne fut un écrivain ni prolixe ni facile. Son œuvre littéraire ne comporte que trois ouvrages, si l’on met de côté des chroniques diverses : Les Fiancées sont Froides (paru en 1953 et salué par Gracq et par Breton), Le Grand Coucher (1981) et Les Mamantes (1986). par Henri-Jean Coudy

04/04/2021, 09:08

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Les Ensablés - L’œil et la connaissance de Jean-François Revel

« Philosopher n’est pas régner sur les connaissances du reste du genre humain comme un lointain propriétaire terrien sur des domaines qu’il administre nonchalamment et ne visite jamais. » (Revel, La connaissance inutile) Visitons ensemble le domaine de Jean-François Revel. Son nom est familier à ceux qu’intéressent les joutes politiques qui eurent lieu entre les années soixante-dix et le début du vingt et unième siècle. C’est un nom aimé ou détesté selon le bord duquel on considère ces choses. Par Antoine Cardinale.

21/03/2021, 09:00

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Les Ensablés - Marthe Femme seule, d’Antonine Coullet-Tessier

Pour le moins précoce, Antonine Coullet-Tessier (1892-1983) publie son premier recueil de poésie à l’âge de 11 ans. Intitulé Poésies d’une enfant, il paraît aux éditions Lemerre et est préfacé par le poète François Coppée. Suivront deux autres recueils de poèmes, L’Envolée, en 1911, puis Un Visage à la fenêtre, en 1930, peu de temps après la parution de son premier roman, Marthe Femme seule à la fin de 1929 à La Renaissance du livre. Dorénavant, le roman est le genre qu’elle va privilégier et qui, pendant les années 1930, en fera une des meilleures représentantes du roman populiste. Par François Ouellet

07/03/2021, 08:43

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Les Ensablés - Vache tachetée et concombre fugitif d'Octave Mirbeau

Octave Mirbeau (1848-1917) n'est pas un ensablé, ne serait-ce que par le film tiré de son roman, Journal d'une femme de chambre, avec Jeanne Moreau et Michel Piccoli, et sa pièce célèbre Les Affaires sont les affaires. Mais c'est peu au regard de la masse d'écrits qu'il a laissée à la postérité. Et notamment, trop oubliés, ses contes publiés dans la presse, et qu'il considérait comme alimentaires... À tort. Je puis l'affirmer après avoir lu la réédition d'une partie d'entre eux par l'Arbre Vengeur dans sa collection "L'exhumérante". Par Hervé Bel.

21/02/2021, 07:31

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Les Ensablés – Le pain quotidien d'Henri Poulaille

Henri Poulaille, Henry Poulaille en littérature (1896-1980), est souvent considéré comme le créateur du courant de la littérature prolétarienne. Directeur de presse chez Grasset, il fonde également une dizaine de revues libertaires dans lesquelles il promeut la littérature d’expression populaire et les utopies sociales : Nouvel Âge, Prolétariat ou encore À Contre-courant. Il publie ou fait publier de nombreux auteurs français et étrangers, parmi lesquels Henri Barbusse, Lucien Bourgeois, Blaise Cendrars, Eugène Dabit, John Dos Passos, Jean Giono, Panaït Istrati, Charles Ferdinand Ramuz... Le Pain quotidien a obtenu en 1954 le prix des bouquinistes. Par Pascal Malbrunot

31/01/2021, 14:03

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Les Ensablés – Le crime de l'omnibus, de Fortuné de Boisgobey

Aujourd’hui, un roman de Fortuné de Boisgobey (1821-1891), Le crime de l’omnibus (1881) ; une curiosité assurément, mais dont la lecture reste un plaisir... peut-être parce que, comme le nom de son auteur, elle évoque un temps suranné. Avec ce texte, c’est tout un monde qui ressuscite, une ambiance qui annonce les enquêtes de Gaston Leroux ou de Maurice Leblanc. Plongeons-nous donc, ensemble dans le Paris de la fin du dix-neuvième siècle.

Par Hervé Bel

17/01/2021, 10:55

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Les Ensablés – Confession de minuit, de Georges Duhamel, un inconnu au pays des anti-héros

L’écrivain et académicien Georges Duhamel (prix Goncourt 1918 pour son roman Civilisation) entamait en 1920 avec Confession de minuit un cycle romanesque Vie et aventures de Salavin tout entier consacré à un personnage de parfait antihéros : Louis Salavin. Les éditions de la Belle Étoile ont la bonne idée de ressusciter en format poche ce texte oublié et pourtant majeur par bien des aspects. Ce titre, la Confession de minuit, a été classé par Le Figaro littéraire comme un des douze meilleurs romans de la première partie du XXe siècle. Inconnu, levez-vous ! 

03/01/2021, 10:07

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Les Ensablés – Les origines de la Renaissance d'Émile Gebhart (1839-1908)

Elle raisonnait facilement sur la peinture italienne ou flamande, sur le moyen âge ou la renaissance. Le bal de Sceaux est une nouvelle publiée en 1830, dans laquelle Balzac nous donne la peinture admirable d’une époque, nouvelle dont la profonde leçon morale qui frappe Emilie de Fontaine a été méditée par tous ceux qui furent tentés de soumettre l’amour à un calcul social.

20/12/2020, 09:00

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Les Ensablés - "La vie d'un simple" d'Emile Guillaumin (1873-1951)

Le prix Renaudot 2020 attribué à Marie-Hélène Lafon pour Histoire du fils nous rappelle que les romans paysans ont souvent recueilli le suffrage des prix littéraires. Récemment, nous évoquions Campagne de Raymonde Vincent récompensée en 1937 par le prix Femina. Cette même année, Jean Rogissart avec son roman Mervale obtenait le Renaudot... Aujourd'hui, nous parlerons de l'admirable Vie d'un simple de Emile Guillaumin qui, par sa facture, fait aussitôt penser à Marie-Claire (Prix Femina 1910) de Marguerite Audoux.

06/12/2020, 00:00

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Les Ensablés - « L’axel littéraire de Jeanine Garanger » par François Ouellet

Voici un cas inattendu : Jeanine Garanger, née Hagnauer, étudiante en droit et championne de patin artistique qui devait publier deux ou trois choses assez délicates dans les années 1930, avant de disparaître complètement de la scène littéraire.

22/11/2020, 09:00

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Les Ensablés - À l'ombre de Maurice Genevoix, par Elisabeth Guichard-Roche

Le 6 novembre 2018, le Président de la République était dans la Meuse, aux Eparges, lieu d’une terrible boucherie durant la première guerre mondiale. Recueilli devant la statue de Genevoix, il annonçait son entrée au Panthéon pour le 11 novembre 2020. Il y aura deux panthéonisations : celle du romancier et celle à titre collectif de ceux de quatorze annonçant la Nation combattante.

Depuis 10 années, les Ensablés explorent la littérature du XXème siècle, et il nous est venu l’idée de répertorier les écrivains qui ont connu la Grande Guerre et dont nous avons abordé les œuvres. Cela constitue en quelque sorte notre Monument aux morts, pour ne jamais oublier…

11/11/2020, 09:00

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Les Ensablés - "Il nous est arrivé d'être jeunes" de François Bott

Une fois de plus, on en revient à cette collection de poche dirigée par Alice Déon, "La petite Vermillon" qui m'enchante depuis plusieurs années. Indifférente à la mode, La Table Ronde ose rééditer des textes qui ne feront certes pas la une des journaux littéraires de plus en plus conformistes, mais ravissent ceux pour qui la littérature est l'affaire de leur vie.

Aujourd'hui, il me faut parler d'un livre qui m'a ravi "Il nous est arrivé d'être jeune" de François Bott.

01/11/2020, 09:00

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Les Ensablés - "Captain Cap" d'Alphonse Allais

« Jetons par-dessus bord paperasses et registres, et avec les ronds de cuir de ces incapables, faisons des bouées de sauvetage. »
Tel est l’un des principaux points de la profession de foi d’Albert Caperon, dit Captain Cap, candidat aux élections législatives de 1893. « Anti bureaucrate » et anti européen » il se présente comme un aventurier qui a passé « les trois quarts de sa vie sur mer et les deux tiers de son existence sur les terres vierges. »

18/10/2020, 09:00

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Les Ensablés – Ange-Jacques Gabriel (1698-1782) par le comte de Fels

Le temps des vacances s'approche, ou s'éloigne : souvenez-vous, nous avions passé l’été à travers la Provence, en compagnie de Jean-Louis Vaudoyer. Cette fois, nous n’irons pas si loin, à peine pousserons-nous aux limites du département de la Seine-et-Oise ! Car nous sommes en 1927 et Jean-Louis Vaudoyer m’a demandé d’interviewer le comte de Fels, pour sa biographie d’Ange-Jacques Gabriel [1]. Le moyen de refuser ?

04/10/2020, 09:00

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Les Ensablés - L’incertitude amoureuse de René Laporte (1905-1954)

René Laporte est né à Toulouse dans une famille bourgeoise de magistrats et d’universitaires. Il fait des études de droit, mais lance, à dix-neuf ans, une revue bi-mestrielle, Les Cahiers libres, artistiques et littéraires, puis fonde les éditions du même nom qui, entre 1925 et 1934, publieront environ 150 ouvrages.

20/09/2020, 09:00

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Les Ensablés - Chroniques du Lac: “Le vélo” de René Fallet

L’actualité récente a mis le vélo sous les feux de la rampe. La grève des transports de Décembre et Janvier derniers incite des milliers de cyclistes à enfourcher leur bécane pour se rendre au travail, au mépris de la pluie et des frimas hivernaux. Les programmes des candidats aux élections municipales font la part belle au vélo dans les grandes métropoles françaises.

06/09/2020, 09:00

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Les Ensablés - "Une belle journée" d'Henry Céard (1851-1924)

Avec Henry Céard, nous en aurons fini de parler de ceux que l’on nommait, non sans méchanceté et envie, « la queue » d’Émile Zola, à savoir les écrivains les plus proches du maître naturaliste dans les années 1880, dont deux fort connus (Maupassant et Huysmans), trois autres beaucoup moins (Hennique, Alexis et Céard). C’est Céard que nous abordons aujourd’hui, avec son roman Une belle journée, publié en 1881, un an après la parution du recueil « Soirées de Médan » auquel il avait contribué avec sa nouvelle « La saignée ». Une belle journée qui peut être consulté sur Gallica est un charmant roman, un trésor du naturalisme, un accomplissement en quelque sorte.

23/08/2020, 09:00

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Les Ensablés - "Mal'Concilio" de Jean-Claude Rogliano, par Denis Gombert

C’est un village corse niché au cœur de la montagne. Un village austère avec son église et ses maisons uniformes toutes en pierres de granit. Il peut y souffler par bourrasque un vent mauvais. Ici les femmes respectent le deuil et sont habillées de noir. On croit autant à la puissance de Dieu qu’aux esprits. Ainsi de Mal’ concilio, l’arbre de la nuit qui se dresse à la sortie du village, près des maisons abandonnées. Cet arbre géant domine le village « cramponné à un versant où rien ne pousse ». Majestueux et effrayant, châtaigner sans âge, il est le seul grand arbre de la province de la Tèvola, région sèche et aride. On dit que le Mal’ concilia est hanté.

09/08/2020, 09:00

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Les Ensablés - “L'homme de choc” de Joseph Peyre (1892-1968)

Joseph Peyré était béarnais. Après des études littéraires où il eut Alain comme professeur de classes préparatoires, il s’essaya au barreau puis à l’administration territoriale. Mais c’est dans le journalisme puis dans l’écriture de romans qu’il trouva sa voie. Ses œuvres sont celles de l’action et de l’énergie allant de l’aventure saharienne à la tauromachie (Sang et Lumières lui valut en 1935 le prix Goncourt et fit l’objet d’une adaptation au cinéma en 1954 avec Daniel Gélin et Zsa Zsa Gabor, dialogues de Michel Audiard) et à la haute montagne (Matterhorn- le nom alémanique du Cervin en 1939).

26/07/2020, 09:00

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Les Ensablés - "L'ordre" de Marcel Arland (1899-1986), par François Ouellet

Après plusieurs mois d'absence, nous retrouvons avec une grande joie notre excellent ami et chroniqueur François Ouellet. Qu'il soit remercié pour sa fidélité à notre équipe.

Il y a des écrivains plus profondément ensablés que Marcel Arland. Pourtant, aujourd’hui, Arland n’est pas tellement plus que l’évocation d’un nom. Il survit tant bien que mal par le souvenir de sa collaboration à La Nouvelle Revue française, dont il a pris la direction avec Jean Paulhan au lendemain de la Seconde Guerre. Chez les libraires, on trouvera, avec un peu de chance, un ou deux titres, comme son premier livre, Terres étrangères, un récit de 1923 réédité dans la collection L’Imaginaire en 1996, ce qui commence à dater ; on trouvera plus facilement sa correspondance avec Paulhan, éditée par Jean-Jacques Didier chez Gallimard en 2000.

12/07/2020, 09:00

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Les Ensablés - "Raphael" (1886) de Eugène Müntz – 2e partie

Cet article fait suite à celui du 14 juin sur Eugène Müntz. Après avoir replacé, selon sa méthode, l’activité artistique comme un facteur central de compréhension de la civilisation de la renaissance, tout en se livrant à un examen documentaire des premières années de Raphaël, Eugène Müntz nous accompagne dans le développement du jeune peintre, fraîchement sorti de son apprentissage dans l’atelier du Pérugin pour partir à la conquête de Florence.

28/06/2020, 09:00

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Les Ensablés - "Raphael" (1886) de Eugène Müntz (1845-1902) 1ère Partie

Sous son imposante reliure de basane noire, c’est un intimidant in-quarto de plus de sept cent pages ; sur le plat figure un lourd médaillon de cuivre doré légendé Raphael Sanctius, représentant en buste le profil d’un homme jeune, aux cheveux longs, coiffé d’une barrette aux revers élégants.

A l’abri de cette présentation austère, dorment en sûreté, sous les serpentes qui craquent encore sous le doigt, de riches illustrations. Le trésor des notes critiques, le précieux catalogue des œuvres et la substance d’un texte éloquent font à ce livre un fermoir invisible dont seules la curiosité du savant et l’intrépidité de l’érudit possèdent la clef. C’est un livre réservé aux études profondes et au calme des bibliothèques, parlant à voix basse dans le silence des lampes. Le temps venu, on en soulève la lourde couverture comme on pousse la porte d’un ami qu’on ne se savait pas avoir.

14/06/2020, 09:00

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Les Ensablés - "Un amour platonique" de Paul Alexis (1847-1901)

Découvrir la littérature, c'est dérouler une pelote. En allant d'un auteur lié à un autre, voilà, comment le paysage littéraire se dessine peu à peu... Les Ensablés ont abordé récemment Léon Hennique (à lire ) et son roman étrange Un caractère. Voici maintenant Paul Alexis (1847-1901). Comme Hennique, il fut un fidèle d'Emile Zola et fournit l'une des six nouvelles du recueil des Soirées de Médan (1880).

31/05/2020, 09:00

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Les Ensablés - "Le soleil des indépendances" de Ahmadou Kourouma

Chers lecteurs, nous sommes heureux d'accueillir à nouveau Henri-Jean Coudy qui, après de longs mois de silence, nous revient avec un nouvel ensablé, Ahmadou Kourouma.

Ahmadou Kourouma, né en 1927, en Afrique Occidentale Française, était Ivoirien même s’il suivit des études secondaires à Bamako, alors grande ville du Soudan français devenue après 1960  la capitale de l’état du Mali. Il aura donc connu les dernières années de la colonisation française puis le début des nouveaux états indépendants.

17/05/2020, 09:00

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Craig Johnson : Dry Bones, plutôt T-bone ou T-Rex ? 

C’est complètement par hasard que Jennifer Watt, accompagnée de son dogue du Tibet, avait découvert, dans une grotte du Lone Elk Ranch, ce qui allait s’avérer être une découverte sensationnelle, extraordinaire même, pendant que Dave Baumann, le directeur du High Plains Dinosaur Museum, s’acharnait à remplacer une roue de son vieux Land Rover, crevée alors qu’ils sillonnaient les terres de l’immense ranch dans une quête jusque là restée infructueuse.

30/11/2021, 12:43

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Watergang, la première vague de Mario Alonso

BONNES FEUILLES – « Je rêve. Je suis connu dans le monde entier sous le nom de Jan De Vaart, écrivain né à Middelbourg, de père inconnu et de mère incertaine. Mais pour l’instant, au village, tout le monde m’appelle Paul. Paul De Vaart, et je n’ai rien d’un rêveur. Je sais ce que je veux. »

30/11/2021, 07:34

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Nous sommes l'incendie : l'Amérique brisée de Steph Cha

BONNES FEUILLES – Sous les palmiers, les flammes. Los Angeles, 1991. Tandis que la ville brûle sous le feu de la contestation et des émeutes, la sœur de Shawn Matthews se fait tuer sous ses yeux. Son crime ? Être noire. Depuis, l’injustice pèse sur les épaules de Shawn. 

30/11/2021, 07:18

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Langue Morte, d'Hector Mathis : quand ressuscite le passé

Langue Morte sera le nouveau roman d’Hector Mathis qui dépeint avec une tendresse acide la difficulté de grandir dans un monde désenchanté, gris, où les rapports humains ne connaissent ni empathie, ni complaisance. Loin de K.O. (2018) ou Carnaval (2020), ses précédents romans, Langue Morte offre au lecteur un roman sur la vie doté d’une écriture poétique et musicale avec une percutante ironie, qui exprime les contrastes entre les grandes villes et leurs banlieues et surtout le monde actuel occidental.

 

30/11/2021, 06:34

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Anouk Lejczyk : Felis Silvestris, sa soeur

BONNES FEUILLES - Elle porte une cagoule pour faire comme les autres et se protéger du froid. Du haut de sa cabane, ou les pieds sur terre, elle contribue à la vie collective et commence à se sentir mieux. Mais Felis ignore que c’est sa soeur qui la fait exister – ou bien est-ce le contraire ? 

29/11/2021, 16:57

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L’Ours ou le nature writing post-apocalyptique

C’est un étonnant petit roman que nous proposent les éditions Globe cet automne. L’Ours est avant tout un roman post-apocalyptique qui commence par ces mots : « Les deux derniers étaient une fille et son père… » Cette fille et son père, donc, qui ne seront pas nommés de tout le roman – mais à quoi bon nommer quand il n’y a plus ni autre femme ni autre homme ? – semblent être les deux derniers humains sur terre. Par Laurence Baulande.

29/11/2021, 15:00

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Le codex, de Simon de Thuillières : voyage à l'ère médiévale 

Durant le premier confinement, fameux temps de suspension pour nombre de français, Simon de Thuillières a réalisé des images dans lesquelles il représente des œuvres populaires suivant des conventions esthétiques caractéristiques de l’époque médiévale. L’auteur postait alors régulièrement ses images sur des réseaux sociaux et connu un tel succès qu’il les a regroupées dans ce recueil déjanté. 

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Boubou en était sûr : la déconfusion des sentiments

BONNES FEUILLES – Un échange epistolaire entre deux enfants met en scène les limites du langage face à l’amour et les difficultés de mettre en mots les sentiments. Un album à partir de 5 ans

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Selva Almada : Ce n’est pas un fleuve, un hymne à la nature

BONNES FEUILLES – Une partie de pêche sur un fleuve peuplé de raies géantes. Le grand roman de la nature tropicale où rêve et réalité se confondent dans la torpeur fluviale. Une Carson McCullers latina au sommet de sa forme. 

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Blake et Mortimer, By Jove ! : les 200 meilleures ventes (semaine 46)

Solidement accroché à son rocher, Astérix persiste et signe : 1,12 million d’exemplaires, soit près de 60.000 de plus que la semaine passée… Pas si fou pour l’irréductible Gaulois. Il est suivi par le Goncourt, à 125.000 exemplaires, et Blake et Mortimer, évidemment, qui pour sa première semaine de vente passe joyeusement les 24.000 unités. Enfin, solidarité oblige, le collectif 13 à table 2022 occupe la 4e place des meilleures ventes de la semaine. Juste devant Ken Follett, à 26.000 ventes !

26/11/2021, 10:17

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Vous haïssez vos voisins ? Attendez de voir Ceux d’à côté, de M.T. Edvardsson 

BONNES FEUILLES – À Köpinge, petite localité résidentielle proprette de Suède, tout le monde se connaît, et l’entraide entre voisins fait office de loi. Du moins, en apparence. Car Micke et Bianca Andersson, qui ont quitté Stockholm pour élever leurs deux enfants dans le calme de la petite ville, découvrent rapidement que leur voisinage est loin d’être aussi idyllique que prévu.

 

26/11/2021, 08:00

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Quand il fait triste Bertha chante : Rodney Saint-Éloi, de la mère au fils

« Ce récit est, à mes yeux, l’hommage le plus émouvant rendu à une mère depuis le Livre de ma mère d’Albert Cohen », écrit Alain Mabanckou. Dans ce récit admirablement écrit, l’auteur rend hommage à sa mère, Bertha. Cette grande dame noire à l’énergie et à la générosité exemplaires, « amoureuse de l’amour », vient de mourir. Rodney, son fils aîné, raconte l’enfance bleue au pays natal, leur chemin d’exil, elle à New York, lui à Montréal.

26/11/2021, 07:12

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Patrice Leconte et Vincent Lacoste : la BD fait son cinéma

Fort de ses succès en librairie, Riad Sattouf lance une nouvelle série, dans laquelle il raconte le parcours de Vincent Lacoste, jeune étoile du cinéma français. Au même moment, Joub et Nicoby retracent les aventures cinématographiques atypiques de Patrice Leconte, l'un des rares réalisateurs à être parvenu pendant plusieurs décennies à alterner films à grand succès et projets plus personnels. Ces deux albums BD dévoilent les coulisses des tournages, les complications de production et les joies de la création cinématographique. Des cases qui donnent des envies de salles obscures.

25/11/2021, 16:19

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Asphalte, de Matthieu Zaccagna : courir à perdre la vie ?

BONNES FEUILLES – À 17 ans, Victor fuit un quotidien d’une violence absolue. Sans argent, sans liens, sans but, sans aide de quiconque, il court dans Paris jusqu’à l’anéantissement, la souffrance. Il fera des rencontres, se mettra à l’épreuve, défiera sans cesse la mort pour se réapproprier son corps et son passé. 

25/11/2021, 07:35

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David Lelait-Helo : Je suis la maman du bourreau, Prier Dieu, se vouer au Diable

BONNES FEUILLES – Du haut de ses quatre-vingt-dix ans, Gabrielle de Miremont semblait inatteignable. Figée dans l’austérité de la vieille aristocratie catholique dont elle est l’incarnation. Sa devise : « Ne jamais rien montrer, taire ses émotions. » 

25/11/2021, 07:12

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Un projet inédit de Max Ernst et René Crevel en librairie

Ce 26 novembre, les éditions Prairial publient Monsieur Couteau, mademoiselle Fourchette, la traduction inédite de Mr. Knife Miss Fork, rareté de bibliophile parue en 1931 et vendue, par souscription, à 250 exemplaires. Ce bel ouvrage réunit Max Ernst et René Crevel autour d'un projet surréaliste.

24/11/2021, 16:08

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15 aphorismes insoucieux et désenchantés, par Françoise Sagan

Les éditions Julliard ont sorti en ce mois de novembre un recueil de plus de 230 aphorismes et pensées de Françoise Sagan sélectionnés par son fils, Denis Westhoff. L’occasion d’en faire une petite sélection pour pénétrer son univers désinvolte et mélancolique. Des aphorismes sur l'amour, l'argent, le jeu, la gloire, le bonheur ou encore la mort. Autant de traits d'esprit exprimant sa modernité et sa liberté, comme une approche radicale contre l’esprit de sérieux.

24/11/2021, 14:08

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Lenka Horňáková-Civade : Un regard bleu, quand Rembrandt rencontre Comenius

BONNES FEUILLES – Amsterdam, 1656. Alors que Rembrandt voit ses créanciers vider sa maison, il croise le regard bleu d’un inconnu dans la foule qui immédiatement capte son attention. Cet homme, Comenius, est un philosophe et pédagogue tchèque qui, chassé par la guerre, a été contraint de quitter son pays. La rencontre passionnante, au XVIIe siècle, entre deux génies attachants et modernes.

24/11/2021, 08:05

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David Joy : Nos vies en flammes, plus qu'un combat, une révolte

BONNES FEUILLES – Retraité depuis quelques années du service des forêts, Ray Mathis mène une vie solitaire dans sa ferme des Appalaches. Il attend sans vraiment attendre que son fils Ricky vienne le rejoindre. Mais celui-ci a d’autres préoccupations – se procurer sa dose quotidienne de drogue, par exemple...

24/11/2021, 07:30

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À la découverte de Zahhak, la légende du roi serpent, livre pop-up d'exception

Zahhak, fils du roi de Perse, séduit par le Démon, assassine son père et s’approprie le trône. Constamment menacé et intrigué par deux serpents lovés autour de ses épaules, il se lance dans une conquête dévastatrice et agrandit considérablement son royaume, imposant sa cruauté aux peuples opprimés. Il règne ainsi mille ans, jusqu’à ce qu’un oracle lui prédise sa chute prochaine sous le bras armé du jeune Fereydoun.

23/11/2021, 11:08

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Revenir à toi : Léonor de Récondo, meutrissures et abandon

Magdalena sort tout juste du cabinet de sa dermatologue lorsque son téléphone sonne : un rappel de sa messagerie sur laquelle Adèle, son agente, lui a laissé un message ! Encore engluée dans ses réflexions à propos des soins qu’elle vient de subir et qui sont, pourtant, sans conséquence, elle peine à entendre le sens des mots qu’Adèle a laissé pour elle : la trace de sa mère a enfin été retrouvée ! Après une disparition pendant trente ans. Sans aucune nouvelle. Sans aucune information. Seulement « partie » selon son père et ses grands parents ! Retrouvée !

23/11/2021, 10:38

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Le Syndrome du golem : Mikael Hirsch revisite Frankenstein

BONNES FEUILLES – Bizarrement, c’est moins le golem éponyme, le seul, l’unique, modelé à coups de pouce rageur, et dans une épaisse argile, par le rabbin pragois Judas Lœw Ben Bezalel, qu’évoque le formidable roman de Mikaël Hirsch, que la créature de Frankenstein, colosse couturé et titubant fait de bric charnel et de broc osseux. 

23/11/2021, 08:42

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Johanne : Graciano, sur des traces peu connues de Jeanne d'Arc

BONNES FEUILLES – Le premier roman de Marc Graciano avait failli s’intituler Anarchie dans la montagne. Celui qui nous vient aujourd’hui aurait pu tout autant s’intituler Liberté dans les forêts. Sans cesse déployé, et mûri par un écrivain parvenu à sa plénitude, c’est toujours le même enjeu, et toute la grâce de Graciano : nous soigner de ce qui nous fait souffrir, nous ouvrir à un regard qui comprend le monde, nous redonner une langue qui permet de nommer ce que nous ressentons et pouvons ressentir.

23/11/2021, 08:17

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Ils ont tué Oppenheimer : Virginie Ollagnier raconte le “Doctor Atomic”

BONNES FEUILLES – Un roman intime et politique qui nous plonge au cœur de la guerre froide et dans la pensée complexe du père de la bombe. Robert Oppenheimer aimait les femmes, courser les trains au volant de sa puissante voiture, affronter les tempêtes à la barre de son bateau et galoper sur les chemins du Nouveau-Mexique. Par-dessus tout, il aimait la physique car elle réveillait en lui le philosophe, le poète. 

23/11/2021, 08:00

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Sapiens, tome 2 : la puissance de la fiction

« Sapiens », le brillant essai fleuve de Yuval Noah Harari, ce best seller mondial qui raconte sous un jour nouveau l'histoire de l'Humanité, prend à nouveau d'assaut les tables des librairies dix ans après sa première parution en hébreu, en bande dessinée cette fois. Le deuxième tome, toujours aussi réussi, met en lumière les mécanismes qui ont permis aux homos sapiens de s'établir, de coopérer et, petit à petit, de faire société à grande échelle, notamment grâce au recours à des fictions collectives comme l'argent, les divinités ou les empires. Un récit en cases et en bulles qui, comme l'Homo Sapiens il y a 70000 ans, part à la conquête du monde entier.

22/11/2021, 11:51

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Daft Punk, Pikachu ou Greta Thunberg : le grand retour de Clotaire se déguise

BONNES FEUILLES – Roi incontesté du déguisement en tous genres, Clotaire revient dans une nouvelle édition, pour un défilé de personnages toujours plus surprenants ! Un album, paru originellement chez Autrement jeunesse en 2014, toujours dès 3 ans, mais que l'on retrouvera réédité en janvier prochain.

22/11/2021, 08:40

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Braconniers, d’Alessandro Cinquegrani : “Le chant d’une vie consumée”

Pour cette nouvelle année, les éditions do publiera Braconniers d’Alessandro Cinquegrani, traduit de l’italien par Laura Brignon. Plongé dans une représentation allégorique de l’histoire de l’Italie, le lecteur découvre des personnages tourmentés par la mort de leur fils dans des conditions mystérieuses, qui les laissent dans une souffrance — presque — inexprimable. 

22/11/2021, 08:15

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Le latin ? Un droit pour tous : un vivifiant plaidoyer 

Le latin ? Une langue ancienne, une langue morte, devenue inutile dans notre monde contemporain, diront certains. C’est pour répondre à ces mauvaises langues qui s’égarent dans une vision étriquée du savoir que Marie-Pierre Delaygue-Masson a décidé de prendre la plume. Son court essai intitulé Le latin ? Un droit pour tous ! vient d’être publié par la nouvelle maison d’édition l’autreface créée en 2020.

22/11/2021, 07:30

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Dragon Ball, Astérix et un Goncourt : les 200 meilleures ventes (semaine 45)

La potion magique continue de faire son effet, mais après avoir dépassé le million d’exemplaires en quelques semaines, Astérix et son Griffon perdent un peu leur souffle. Tout en gardant la première place des ventes. Assez logiquement, le Prix Goncourt décerné à Mohamed Mbougar Sarr, permet à son livre, avec 86.595 exemplaires, de prendre la seconde. Et à sa suite, San Goku et ses amis se glissent à la 3e place : le T.15 de Dragon Ball Super affiche 21.770 ventes, star de la semaine.

19/11/2021, 11:33

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Enki Bilal : A l'intérieur de l'artiste

Alors qu’une exposition Picasso, l’étranger s’est installée au Musée de l’histoire de l’immigration depuis le 4 novembre, le maître espagnol fait le même jour l’actualité éditoriale. Les éditions Points ressortent dans leur collection Beaux livres le texte d’Enki Bilal, paru d’abord aux éditions Stock. Connu pour ses BD devenus cultes et son style si particulier, Enki Bilal propose ici une déambulation onirique et nocturne dans le Musée Picasso. Une nuit où l’on croise le maître espagnol, mais également son illustre compatriote qui le précéda, Francisco de Goya, la photographe et compagne du peintre des Demoiselles d’Avignon, Dora Maar, ou encore le Minotaure..

17/11/2021, 09:36

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Rodolphe Tosi, Le voltigeur de la République

C’est un témoignage particulièrement poignant qu’à recueilli notre confrère, le journaliste et critique Jean-Luc Favre Reymond — celui du résistant de la première heure, dénommé Rodolphe Tosi, âgé aujourd’hui de 94 ans passé, et vivant en Savoie. Né en 1926 à Modane en Maurienne, zone frontalière avec l’Italie, il est issu d’une famille d’immigrés italiens, comme beaucoup de ressortissants à cette époque venus chercher un emploi en France. 

16/11/2021, 16:37

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Écriture et sexisme : “Ils n’adopteront jamais une femme auteur à mérite égal”

La collection « Les Plumées », des éditions Talents hauts, destinée à donner une nouvelle vie à des textes d'autrices oubliés ou négligés par l'histoire littéraire, accueille le 25 novembre prochain La femme auteur, roman écrit en 1802 par Félicité de Genlis. Auteure de quelque 140 ouvrages, elle encourage les femmes, dans ce roman, à prendre la plume.

16/11/2021, 15:58

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La nuit tombée sur nos âmes : souvenirs du G8 de Gênes, en 2001 

Été 2001 ! Convergent vers Gênes (Genova, la magnifique cité méditerranéenne aux églises somptueuses, aux ruelles étroites, aux palais magnifiques) des catégories de gens bien différentes...

15/11/2021, 15:47

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La jeune femme au luth, de Vermeer au coeur du thriller de Katharine Weber

Patricia Dolan est, certes, d’origine irlandaise, mais bien américaine depuis l’émigration de sa famille de l’autre côté de l’Atlantique pour tenter d’échapper à la pauvreté qui s’abattait sur les Irlandais avec autant d’assiduité que les pluies venues de l’ouest sur la terre d’Irlande. Pourtant Patricia a quitté son passionnant travail à la bibliothèque de la Frick Collection, célèbre musée d’art de New York, pour un congé sans solde, sans durée prédéfinie et sans explication très claire à son père Pete, pour venir s’installer pour une durée indéterminée dans un cottage isolé, au bord de l’Océan, à quelque distance d’un village irlandais où sa famille perd ses origines.

15/11/2021, 15:11

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Potiki : en Nouvelle-Zélande, mythes et difficiles réalités

Roimata a épousé Henri parce que l’amour les avait déjà unis alors qu’ils n’étaient que des enfants. Il avait accompagné leur enfance jusqu’au jour où Roimata a dû partir pour aller étudier, ailleurs, dans un pensionnat où son père, déjà veuf, juste avant de mourir, l’avait inscrite. Et le jour où elle a pu et décidé de revenir, des années après, elle n’a prévenu personne de son retour, préférant retrouver seule le chemin qui la ramenait vers la maison où elle savait que Henri et sa famille lui feraient bon accueil.

12/11/2021, 15:55

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Chainsaw Man 11 : coup de poing final

Le 11e et dernier tome de la première partie de la série phénomène est là. Préparez vos yeux pour des larmes et des doubles pages flamboyantes, et votre âme pour un déchirement final. L'espace de 192 pages, vous êtes entre les mains de Fujimoto-sensei.

12/11/2021, 15:24