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Les Ensablés - Notes de voyage de Laurent Jouannaud: "Oublier Palerme" de E. Charles-Roux (1920-2016)

Mon cher Hervé, les journaux ont beaucoup parlé, à sa mort, d’Edmonde Charles-Roux qui a reçu le prix Goncourt en 1966 pour Oublier Palerme. Je n’ai pas lu ce roman, ni aucun autre livre d’Edmonde Charles-Roux. Un prix Goncourt datant exactement d’il y a cinquante ans, un demi-siècle, est-ce que ça vaut encore la peine d’être lu ? On sait qu’un Goncourt ne devient pas forcément un classique. L’auteur a peu écrit, son nom n’est associé à aucun courant littéraire. Et je ne sais absolument pas de quoi parle ce roman dont le titre est assez mystérieux. J’ai emprunté le livre en bibliothèque. Ce sont 324 pages, à l’écriture très serrée.

Le 22/02/2016 à 08:55 par Les ensablés

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Publié le :

22/02/2016 à 08:55

Les ensablés

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 Goncourt 1966

Par Laurent Jouannaud

Surprise dès le premier paragraphe  : « A New York, cela étonnait un homme en noir assis sur le pas de sa porte. Même dans la ville basse, même au coin de Mulberry Street[1] cela étonnait. Je reverrai toujours Carmine Bonnavia tel qu’il m’est apparu ce jour-là, borne sombre contre laquelle j’ai buté. » Je m’attendais à la Sicile et me voici aux USA. Mais j’ai compris : les Siciliens d’Amérique n’arrivent pas à oublier Palerme. En effet, le roman fait le grand écart entre l’Italie et l’Amérique. Nous sommes alternativement à New York et à Solanto, près de Palerme, le village sicilien d’où sont originaires les protagonistes de l’histoire.

Quels protagonistes ? L’auteur multiplie les pistes et même les fausses pistes. On n’entendra plus parler de Carmine Bonnavia avant la page 95. C’est Gianna Meri qui est la narratrice. Elle travaille pour Fair, un journal de mode : elle rédige des articles sur l’Europe, et surtout l’Italie. Gianna est arrivée récemment (l’auteur ne précise pas) à New York, elle a été élevée dans un couvent à Palerme. Elle est « étrangère ». Elle se rappelle le pensionnat des  sœurs de la Visitation, sœur Rita, le père Saverio. Les souvenirs ne l’empêchent pas de s’intégrer. Le passé reste en elle sans l’empêcher de vivre le présent : « Je ne réussissais toujours pas à me couper du passé ni à me guérir de l’envie de regarder en arrière. » Un nom apparaît dans ses souvenirs, sans plus d’explications : Antonio (p. 91).

Gianna découvre les Américains. Le Nouveau Monde n’en sort pas grandi. Son amie Babs, journaliste à Fair, fait passer sa carrière avant tout : « Babs portait en évidence et comme à la surface de sa peau les signes extérieurs d’une réussite sans histoire. » Elle habite chez sa vieille tante Rosie, Mrs Mac Mannox, qui n’aime pas les « caractères exotiques », c’est-à-dire les catholiques, les juifs, les acteurs, les noirs (« ils ont une odeur »). Tante Rosie a cette formule qui explique tout : « Une minorité a forcément quelque chose d’inquiétant. » Veuve, elle veut « faire jeune » et l’industrie cosmétique est là pour s’occuper d’elle. L’auteur multiplie les portraits et les petites scènes. Il y a Fleur Lee, la directrice alcoolique de Fair, « le magazine des vies heureuses, des belles fortunes et des femmes qui réussissent ». Il y a l’enterrement de Miss Blaisie, secrétaire de rédaction. Et Gianna croise un Entrepreneur, un homme sérieux, qui « a horreur des étrangers ». Il y a le défunt Mac Mannox qui savait arranger les rencontres. Une carrière réussie implique un mariage réussi, mais Babs n’a que des liaisons : « Il y a toujours un premier homme, puis un autre et encore un autre. » Jamais l’amour ! Cette première partie culmine avec un cocktail où l’on boit, où l’on se montre, où Carmine Bonnavia, personnalité politique importante, a été invité et où Gianna le rencontre.

La deuxième partie du roman nous envoie en Sicile d’où est venu Alfio Bonnavia, le père de Carmine. Et c’est comme un autre roman qui commence. L’auteur plante un nouveau décor qui remonte à cinquante ans en arrière. Elle raconte les raisons de l’exil d’Alfio : sa maison a été emportée par un raz-de-marée, l’Autorité a refusé de l’indemniser et de lui faire crédit. « Et c’est ainsi qu’une fois encore un Bonnavia décida de partir. » L’auteur passe sur le voyage et l’arrivée dans le Nouveau Monde : « Alfio fera sans nous l’apprentissage de sa carrière urbaine ». Mais Edmonde Charles-Roux aime le détail et les anecdotes : Alfio a obtenu un passeport grâce au jeune don Fofo, fils du baron de D., le  seigneur local. Alfio a traité Fofo de fils de cocu. Amis d’enfance, ils se sont disputés car don Fofo ne voulait pas qu’Alfio émigre. Après l’insulte, les deux hommes doivent se battre ou ne plus se voir : Alfio part.

L’insulte était-elle justifiée ? Oui. Et nous voilà maintenant partis non pas vers New York, mais dans la vie amoureuse du père de Fofo et dans la chronique du village. On présente le grand-père qui était garibaldien. Puis son fils, le père de Fofo, dont la femme était une originale. Ils aimaient tous deux la musique, et elle rencontra par hasard un chanteur de charme et de génie. Il s’agissait de Caruso lui-même (1873-1921), sicilien d’origine, qui commence son extraordinaire carrière. On ne lui résiste pas. Le baron, découvrant la vérité, s’enferme dans son château, repousse sa femme, élève seul ce fils qui n’est peut-être pas le sien. L’auteur nous a prévenus : « Ce qu’il adviendra de cet aristocrate italien, dans l’espace de vingt ou trente ans, exige que le cours du récit soit interrompu et Alfio Bonnavia abandonné au voyage qu’il a résolu d’entreprendre. »

Le roman a changé de style : de l’étude sociale de la société new-yorkaise, on est passé à la chronique burlesque d’un village imaginaire et d’un baron de fantaisie. Le baron méprise les fascistes arrivés au pouvoir, écoute de la musique. Un beau jour, son fils Fofo lui amène son petit-fils : « Un petit-fils lui tombait du ciel ? Il ne désirait plus d’autres joies que de l’avoir là, toujours ». Ce bébé s’appellera Antonio (voir p. 91). Et le médecin du coin qui s’occupe de lui s’appelle Paolo Meri. Et un jour, la fille du médecin (c’est Gianna !) rencontre Antonio qui a quinze ans ce jour-là. Ils s’aiment tout de suite, évidemment : « Je vais t’aimer, tu sais…Je vais t’aimer beaucoup et pour toujours. Et je le crois. Et j’ai ses lèvres sur les miennes ».

Nous revoilà de nouveau à New York. Carmine y est né car son père Alfio y a rencontré la belle Mariannina qui tenait une sorte de restaurant où tous les immigrants étaient les bienvenus. Le magazine Fair prospère (« mode, sexualité, voyage et boustifaille »), Babs est toujours seule, Gianna est reprise par ses souvenirs, et je sais ce qu’on va me raconter : l’amour avec Antonio, la mort d’Antonio et le départ de Gianna pour les USA. Et Carmine ? Il attendra. En effet, voici de belles pages sur la belle histoire d’amour entre la belle Gianna et le bel Antonio sur la belle Méditerranée par de belles journées ensoleillées : « Nous restions longtemps ainsi, dérivant ensemble, les lèvres unies, avec la mer étendue sous nos deux corps comme un drap immense et le bruit doux des vagues pour nous bercer. » (p. 158) Pour le coup, j’ai l’impression de lire un feuilleton publié dans Fair ! Mais il y a les fascistes, la guerre !

Et maintenant, enfin, l’auteur nous raconte l’histoire de Carmine Bonnavia. La gargote de l’arrivée à New York s’appelle désormais « Chez Alfio », on y mange les meilleurs spaghettis de la ville. Mais Mariannina, la mère de Carmine, est devenue alcoolique, elle est assassinée dans une affaire louche. Carmine a abandonné ses études de droit : « La mort de Mariannina libérait en lui des facultés insoupçonnées de mécontentement, de révolte. » C’est alors qu’il rencontre Pat O’Brady, irlandais, dit le Cogneur, assagi (« Pat O’Brady buvait plus qu’il ne cognait ») et membre du parti démocrate. Carmine entre en politique et fait une ascension fulgurante, notamment grâce à une statue de la madone, au teint jaune  et aux traits nettement asiatiques, qui lui assure le vote des Chinois de New York. En quinze ans, le fils d’immigré s’est complètement américanisé : « Disparu l’Italien, introuvable. Un véritable Américain. » Assimilé, dirions-nous.  Fini ?

Mais non ! Juste avant la guerre, Calogero, le frère d’Alfio, décide d’émigrer lui aussi, vingt-cinq ans après son aîné. Carmine facilite les choses administratives. Calogero arrive avec la jeune Agata, qui est enceinte et doit le cacher sinon on ne la laissera pas émigrer. Le passé revient au cœur d’Alfio. Inoubliable le passé : « Revoir son frère, l’entendre, vivre dans son intimité, c’était retrouvé le passé, s’y enfouir et mesurer aussi ce que le présent avait de précaire, de froid, d’irrémédiablement étranger. » Agata, seize ans, a du caractère : « Agata refusait de se fondre dans le paysage new-yorkais. Il lui fallait son passé, ses habitudes, son patois, comme à l’escargot sa coquille. » Elle refuse de tricher. « Elle était le glas, le tocsin de la tricherie. » Oui, l’auteur a raison,  les immigrés trichent, ils font semblant d’être heureux. Mais Gina s’adapte sans changer, fière du passé et du présent. Carmine est presqu’amoureux d’elle. Fini ? Non, il y a encore la troisième partie.

La troisième partie voit mourir Antonio dans les sables de Libye. Gianna quitte alors la Sicile, l’auteur ne donne guère de détails. Mais le Baron, père de Fofo et grand-père d’Antonio, quitte l’île lui aussi, après la guerre, grâce à Lucky Luciano, emprisonné à New York mais toujours maffioso influent en Sicile. A Little Italy, le vieux baron  rencontre un buste de Caruso dans l’épicerie de Dionisio Caccopardo, et croit revoir sa femme qu’il a toujours aimée, celle qui l’a trompé avec le ténor. Il croit l’entendre à nouveau, « ivre de joie, enfin dépossédé de lui-même et de cette écharde qu’il avait au cœur ».  En voilà un que l’exil replonge dans le passé au lieu de l’en éloigner !

 Finir un roman, mon cher Hervé, c’est plus difficile que de le commencer, vous le savez bien. Et j’ai l’impression qu’Edmonde Charles-Roux n’y arrive pas. Ses personnages courent tout seuls. Et il faut encore un peu d’amour dans tout ça. Carmine et Agata ? Non, elle est la femme de son oncle. Carmine et Gianna ? Non, il y a l’ombre d’Antonio. Mon cher Hervé, je vous le donne en mille, c’est Carmine et Babs ! Pourquoi pas ? Deux carrières s’épousent. Fête réussie. Tante Rosie est heureuse. Fini ? Mais non ! Carmine organise son voyage  de noces à Palerme.

Et à Palerme, l’imagination d’Edmonde Charles-Roux déborde. Carmine redevient sicilien et Babs ne s’habitue ni à la chaleur ni à l’odeur de poisson. Alors apparaît Gigino, un petit vendeur de jasmin à la sauvette, un adolescent sans famille qui manque de respect à Carmine. Carmine le poursuit, lui plante un coup de couteau (« soif de vengeance ») et puis le soigne, caché avec lui dans un souterrain. Carmine est recherché par la police. Babs rentre vite aux USA et comprend qu’elle n’a pas choisi l’homme qu’il fallait : « Sur le chemin du retour, elle eut vite fait de redevenir elle-même. » Quand Gigino meurt (longue agonie où il montre un grand courage), Carmine sort de sa cachette et se fait descendre en pleine rue par on ne sait qui. La vendetta, je suppose. Fin en forme de polar.

Carmine est mort à Palerme. Voici ses derniers mots : « New York mon exil, ma race  reniée…New York, je te hais. » Assimilation ratée pour cet immigré de la seconde génération qui avait pourtant réussi. Chassez les origines, elles reviennent tôt ou tard ? Gianna le pense : « Je savais maintenant ce que Carmine avait représenté pour moi : la Sicile retrouvée, et plus secrète qu’il ne m’était possible de la concevoir, puisqu’en lui elle vivait masquée. »

Non, je n’ai pas aimé ce récit. Les romans-gigogne où les histoires s’enchâssent à volonté, ce n’est pas ma tasse de thé. L’auteur multiplie les portraits réussis, les petits tableaux drôles et critiques, les scènes pittoresques. Mais les pièces du puzzle n’arrivent jamais à composer une image totale et convaincante. Il fallait sans doute choisir, ou New York, ou Palerme. Les personnages peuvent hésiter, mais pas le romancier. Et puis, j’ai revu récemment Le Parrain (1972), le grand film qui adaptait le roman éponyme de Mario Puzzo, paru en 1969. La force des images fait pâlir le roman d’Edmonde Charles-Roux.

La question de l’immigration m’intéresse pourtant. Elle est plus que jamais d’actualité. Et vous savez, mon cher Hervé, que je vis en Allemagne où je suis exilé sans y être vraiment un  immigré. Gianna m’a laissé sur ma faim. Elle aurait dû être le personnage central. Il manque le combat intérieur que les premières lignes du roman annonçaient : « On a beau vouloir couper avec le passé, quelque chose malgré tout demeure, qui s’accroche et dont on a le plus grand mal à se débarrasser. » Cette « double vie », l’auteur ne la décrit pas et sans doute qu’elle ne la connaît pas vraiment. Je crois qu’on peut oublier Oublier Palerme.

Il n’empêche que ce roman a reçu le Prix Goncourt en 1966. Pourquoi ? Les prix sont décernés, à côté de critères littéraires et éditoriaux, en fonction de la personnalité de l’auteur, de son œuvre déjà publiée, des urgences sociales, des crises morales. Que se passait-il donc en 1966 en France ? Antoine Compagnon, professeur au Collège de France, a consacré son cours de 2011 à cette année 1966, année admirable, annus mirabilis, dit-il [2]. Il fait de cette année une année charnière : une France meurt, une France naît. La guerre d’Algérie s’achève, De Gaulle a été réélu de justesse en 1965, l’économie tourne fort, les USA s’enlisent au Vietnam. En littérature, quatre dinosaures passent la main: Sartre, Mauriac, Malraux, Aragon. Le Nouveau Roman s’essouffle, mais dure encore. Le structuralisme supplante le marxisme et le freudisme. Le roman qui marque l’année, c’est Le Vice Consul de Marguerite Duras (qui obtiendra le Goncourt 18 ans plus tard avec L’Amant). Antoine Compagnon voit dans Les Choses (Georges Perec, 1965) et Blanche ou l’oubli (Louis Aragon, 1967) les grands romans qui racontent cette époque. Lui qui a certainement tout lu ne mentionne pas Oublier Palerme.

Dans ce prix Goncourt de 1966, il n’y a curieusement pas un mot sur la France et les Français. Ce ne peut être un hasard. Je lis à la dernière page que l’écriture a duré 5 ans, de 1961 à 1966. Edmonde Charles-Roux travaillait dans la presse, elle a vécu la guerre et s’est engagée dans le camp de l’honneur. Elle connaît l’actualité. Et elle a écrit un roman de pure fiction. C’est peut-être ce qui a motivé le jury. Un écrivain femme, un premier roman, de la verve, de bons sentiments, pas de polémiques hexagonales. Un bon choix par défaut. Oublier Palerme, c’était oublier Paris.


[1] Artère principale de Little Italy.

[2] Ce cours est sur internet. Tapez Antoine Compagnon + 1966

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En 1995, les éditions Le Croît vif, à Royan (Charente Maritime), rééditaient trois romans de Geneviève Fauconnier (1886-1969) : Les Trois Petits Enfants bleus (1927), Claude (1933) et Les Étangs de la Double (1935). La même année, Omnibus reprenait Pastorale (1942), intégrant cet autre roman de la même auteure dans Gens de Charente et de Poitou, au sommaire duquel figurent aussi des romans de Jean-Richard Bloch, Pierre Véry, Ernest Pérochon, André Theuriet et Pierre Loti. En outre, Les Étangs de la Double reparaissait en 2020 aux éditions La Geste, à Niort, en Nouvelle-Aquitaine. Par François Ouellet.

13/08/2023, 11:19

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Les Ensablés - Le fer rouge de Paul-André Lesort, ou l'emprise

Paul-André Lesort (1915-1997) aurait pu intituler son cinquième roman L’emprise, mais il a choisi un titre plus incisif : Le fer rouge. Paru en 1957, l’ouvrage de ce romancier étiqueté « grand écrivain catholique » choqua autant les lecteurs que la critique, à quelques rares exceptions près comme Jean Cayrol (« Ce n’est pas un spectacle auquel il nous convie,...mais une quête, une aventure avec « risques et périls»... Son honneur est de déranger et de se déranger...Beaucoup n’ont pas compris la route surprenante qu’il put choisir sans avertissement »). Par Marie Coat.

30/07/2023, 10:05

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Les Ensablés - Petit Louis, d'Eugène Dabit

Chers amis des Ensablés, notre site accueille aujourd'hui une nouvelle contributrice, Isabelle Luciat, à qui nous souhaitons la bienvenue au sein de notre équipe. Pour son premier article, elle a choisi "Petit Louis" deuxième roman d'Eugène Dabit, qui avait rencontré le succès avec L'Hôtel du Nord, paru en 1929. Hervé BEL.

16/07/2023, 09:00

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Les Ensablés – Des hommes passèrent…, de Marcelle Capy

Pendant la première moitié du XXe siècle, de nombreux romans « champêtres » ont été publiés, et les Ensablés n’ont pas manqué d’en chroniquer. Parmi ceux qui nous ont particulièrement marqués, rappelons l’admirable Campagne (prix Femina 1937) de Raymonde Vincent que les éditions Le passeur viennent de rééditer et La vie d’un simple, d’Émile Guillaumin. Il me faut en ajouter un autre, récemment paru chez La Thébaïde d’une romancière complètement oubliée, Marcelle Capy. Par Hervé BEL

02/07/2023, 12:20

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Les Ensablés - Cinis in cinerem, de Régis Messac (1893-1945)

Les Éditions de La Grange Batelière achève par Cinis in cinerem (allusion à la Genèse « tu es poussière et tu retourneras à la poussière), la publication des quatre romans policiers de Régis Messac, auteur que nos amis des Ensablés commencent à connaître (Quinzinzinzilli, Le mystère de Monsieur Ernest). A mon goût, c’est le roman plus étonnant, le plus attachant aussi, car il s’y mêle le gothique, le fantastique, la psychanalyse et le scientisme du XIXème siècle, dans une ambiance mystérieuse : plaisir assuré pour tous ceux qui ont aimé Gaston Leroux, Maurice Leblanc, Stevenson, Edgar Poe, et j’en passe. Par Hervé Bel

11/06/2023, 09:00

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Les Ensablés - Le tramway des officiers (1973) de Georges Thinès

Georges Thinès  (1923-2016) est un écrivain belge de langue française né en 1923 à Liège et décédé en 2016 à Court-Saint-Étienne. D’abord attiré par les lettres classiques, il fut étudiant en philosophie et lettres à la Faculté universitaire Saint-Louis de Bruxelles. Après son engagement à la Royal Navy durant la guerre, Georges Thinès renonce à la philologie et s’oriente vers la psychologie. Professeur à l’université de Louvain, il fut un spécialiste de renommée mondiale dans le domaine de l’éthologie animale. Excellent musicien, fondateur de l’orchestre symphonique de Louvain, il fut encore poète, nouvelliste, romancier, dramaturge, essayiste. Par Armel Job

28/05/2023, 09:00

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Les Ensablés - Les aiguilles à tricoter de Denis Belloc, le bas bruit de la violence

Décédé en 2013 à l’âge de 64 ans, Denis Belloc ( (1949-2013) a marqué d’une empreinte noire la littérature française. Son œuvre, une dizaine de romans parus, s’abreuve au sirop de la rue. Mais ce liquide est violent et amer. C’est l’univers de la toxicomanie dans Képas (Lieu commun, 1989) ou de la prostitution dans Suzanne (Lieu commun 1988) qui forme le décor des romans de Belloc dont l’entière matière est autobiographique. Par Denis Gombert.

14/05/2023, 09:00

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Les Ensablés - Heureux les pacifiques de Raymond Abellio (1907-1986)

En janvier 1947, les éditions du Portulan publièrent un épais volume au titre biblique, « Heureux les pacifiques », que la critique accueillit avec force éloges, n’hésitant pas à parler de «roman fracassant et excitant » (Pierre de Boisdeffre), de « roman d’une génération » (Maurice Nadeau), tous se montrant impressionnés par  la justesse d’un tableau riche et complexe d’une époque charnière (1934-1945): ainsi Pierre Descaves, selon lequel ce roman est « sans aucun doute, le document le plus important, le plus impressionnant qui nous ait été donné depuis quinze ans, sur l’état d’une jeunesse que guettait le conflit de 1939-1940 et les années, noires et rouges, des refus ou des abandons ». Par Marie Coat

30/04/2023, 16:45

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Les Ensablés - Le renard à l'anneau d'or, de Nelly Kristink    

Mariève a vingt-trois ans lorsqu’elle épouse Gilles, de dix ans son aîné. Ce mariage la conduit à s’installer chez lui, dans un domaine forestier des Hautes Fagnes, à l’est de la Belgique. Le manoir du Rondbuisson, situé à l’orée du bois, est la résidence de quelques personnages rustiques et gentiment intrigants. Tout semble en place pour assurer le confort de Mariève, dans un cocon où l’on ressent plus qu’ailleurs le rythme envoûtant des saisons. Mais pourquoi n’y semble-t-elle pas heureuse ? C’est l’histoire de la lente dégradation d’un amour s’abîmant au grattage de l’écorce. Par Louis Morès. 

10/04/2023, 09:47

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Les Ensablés - Jeunes femmes en uniforme, de Terreska Torrès

« Elles sont les premières. Cinq filles. Jeunes, timides, heureuses, excités, cœurs battants et prêtes à mourir pour la France. » Nous sommes en 1940. La France vient de perdre la guerre. À Londres, la France libre sous l’impulsion du général de Gaulle fait ses premiers pas. Pour la première fois, les femmes prennent part au conflit sous l’uniforme français. Un Corps féminin de Volontaires de la France libre est créé, dans lequel s’enrôlent les héroïnes de ce roman, ainsi que son autrice, Tereska Torrès. Par Carl Aderhold.

26/03/2023, 17:17

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Les Ensablés - Kikou Yamata (1897-1975), la Japolyonnaise

Qui se souvient aujourd’hui de Kikou Yamata, une écrivaine née à Lyon en 1897 d’un père japonais et d’une mère française et décédée en 1975 à Genève ? Étonnante et attachante figure, auteure d’une œuvre importante. Par François Ouellet

12/03/2023, 10:00

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Les Ensablés - Génération hussards, de Marc Dambre

En septembre 2022, Marc Dambre, spécialiste de Roger Nimier, a publié chez Perrin une somme passionnante (je pèse mes mots) intitulée Génération hussards, en référence à une mouvance littéraire des années 50. L’occasion d’aborder avec lui non seulement la vie et la production littéraire des « hussards » les plus connus, mais aussi d’en (re)découvrir d’autres, dont Stephen Hecquet, objet d’un récent article des Ensablés, et de revisiter trente années de vie culturelle française. Par Hervé Bel

20/02/2023, 09:56

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Les Ensablés - Henry Thoreau sauvage, de Léon Bazalgette

Emmanuel Bluteau m’a envoyé ce livre, Henri Thoreau sauvage, qu’il vient de rééditer dans sa maison d’édition, la Thébaïde, avec ce petit mot : « Voilà un vrai ensablé ! ». Par Hervé Bel.

05/02/2023, 09:00

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Les Ensablés - Deutschland de René Trintzius (1898-1953)

Quiconque vous demanderait ce qu’évoque pour vous le nom de Trinztius, vous resteriez coi ou chercheriez en vain du côté des érudits anversois de la Renaissance. Bien oublié aujourd’hui, René Trintzius fut très connu dans le monde des lettres de la première moitié du siècle dernier. Né en 1898 dans une famille bourgeoise de Rouen -son père était un architecte renommé- il abandonna très en amont une carrière de magistrat pour se consacrer dans un premier temps au journalisme, puis rapidement à l’écriture de pièces de théâtre et de romans. Par Marie Coat

22/01/2023, 09:00

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Les Ensablés - Malpertuis (1943) de Jean Ray (1887-1964)

Au carrefour de ruelles obscures se dresse Malpertuis. Quentin Moretus Cassave, le maître de cette grande maison, s’éteint sur son lit de mort et fait lire à sa famille réunie les articles de son testament. Pour recevoir l’héritage, les héritiers doivent s’engager à venir vivre au sein de ce lieu rempli de mystères et seul le dernier d’entre eux recevra la fortune. Le dernier ? Dans cette demeure hantée peuplée d’une faune étrange et où le temps s’étire à la croisée des mondes, les périls sont immenses. Jean-Jacques Grandsire, un jeune neveu de Cassave, nous confie avec effroi les heurts et malheurs de Malpertuis. Un chef-d’œuvre du fantastique belge à redécouvrir. Par Louis Morès. 

08/01/2023, 09:00

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Les Ensablés - une biographie de Marie Borrély (1890-1963)

J’ai parlé, il y a quelques mois dans cette chronique, de Maria Borrély (1890-1963), une romancière d’exception de la Haute-Provence. Voici qu’une belle biographie vient de lui être consacrée par Danièle Henky aux éditions Le Papillon rouge, Maria Borrély. La Vie d’une femme éblouie. La biographe, qui a commencé à s’intéresser à Maria Borrély au début des années 2000, a pu avoir accès aux archives de l’écrivaine, se nourrir des souvenirs de Pierre Borrély, le cadet des deux fils de l’écrivaine, qu’elle a maintes fois rencontré, travailler aux premières rééditions avec Paulette Borrély, la femme de Pierre. Par François Ouellet

25/12/2022, 09:00

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Les Ensablés - La baie des Wallons (1991) de Viviane Dumont

Dernier tome d’une trilogie de romans historiques suivant sur trois générations l’histoire d’une famille aux XVIe et XVIIe siècles dans les Provinces-Unies et les Pays-Bas espagnols, La Baie des Wallons relate les aventures du jeune Tristan de Noirfontaine, un orphelin seul héritier de sa lignée ne rêvant que d’exploration au point de s’embarquer dans un navire à la conquête du Nouveau Monde. C’est avec enthousiasme qu’il participera àl’émergence d’une nouvelle ville et d’une société lui offrant une vie pleine de promesses, à condition de faire preuve de prudence et de ne pas oublier ses racines.

Par Louis Morès.

11/12/2022, 09:00

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Les jeux dans l’Antiquité : entre mythe et réalité

Alors que se préparent en grande pompe les jeux olympiques de Paris 2024, il est peut-être temps de porter un regard informé sur ce que furent véritablement les jeux dans l’Antiquité, loin d’une reconstruction imaginaire, au plus près de la réalité historique.

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Deux garçons et un dragon sans ailes parcourent une immense forêt enneigée, tentant de fuir les inquiétants monstres qui s’y tapissent. Ce sont les deux princes du royaume des neiges. Ils ont fugué du château où ils ont été enfermés toute leur enfance, à la recherche de la princesse du royaume du feu. Une aventure émouvante dans des décors magnifiques. 

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Voilà un roman poétique et truculent tout à la fois, dont les phrases semblent tirées d’un conte moderne où chaque expression sort tout droit d’un passé ancestral. Par Jean Doutrepont.

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Les auteurs célèbres ne devraient pas traverser en dehors des clous

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Au coeur des Indes, vampires d'ici et d'ailleurs s'affrontent

Signée par le scénariste Ram V et le dessinateur Sumit Kumar, These Savage Shores plonge le lecteur dans le sud-ouest de l'Inde des années 1760, durant les guerres anglo-mysoriennes – époque où la Couronne britannique et la Compagnie des Indes orientales exercent leur influence sert de toile de fond à une exploration profonde des horreurs du colonialisme, métaphoriquement représentées par des vampires.

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Voilà un roman assez bref, mais captivant comme peuvent souvent l’être les romans japonais. L’héroïne est une femme un peu perdue et pas très épanouie, qui va suivre dans la rue une femme mystérieuse croisée à la piscine. Par Jean Doutremont.

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La Saga De Youza : fresque de l'entre-deux-guerres

La saga de Youza est d’abord l’histoire d’un paysan lituanien né au début du XX siècle. Homme solitaire et amoureux déçu, Youza déserte son village pour s’installer dans le marais voisin, le Kaïrabaïlé. Par Jean Doutrepont

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Des choses qui arrivent, de Salah Badis : Alger, regards singuliers

Une écriture sobre, efficacement dépassionnée, au-dessus de tout nationalisme effusif, imprégnée de la géographie algéroise, centrée autour des banlieues, des gares et des rails, mais surtout attentive aux petites choses du quotidien, la vie ordinaire, les existences simples. Tel est l’art du récit cultivé par Salah Badis, la clarté du style sur fond de tremblements de terre. Ecrire, c’est voir Alger autrement, dans sa nudité tragique.

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Huit nouvelles de Maupassant sur le suicide

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La santé des hommes après 40 ans s'inscrit comme un nouveau guide de santé pour comprendre son corps une fois 40 ans passés. 

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BONNES FEUILLES - Après La Putain du Diable, qui a connu un succès critique inattendu, et Les Chutes, un recueil oscillant entre désespoir moqueur et exigence impérieuse d’exister, Melchior explore dans sa poésie les désillusions amoureuses avec une touche à la fois personnelle et universelle.

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Le futur. Quand exactement ? Impossible à déterminer. Notre narratrice, Saki Watanabe, indique être née le 10 décembre 210, à Kamisu 66. « Juste avant ma naissance, les bambous, connus pour ne fleurir qu’une fois par siècle, avaient tous éclos en même temps. Cela faisait suite  à une série d’épisodes climatiques anormaux, dont une sécheresse de trois mois et des chutes de neige en plein été. » Une chose est certaine : le monde a bien changé. Et ses règles aussi. 

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Créé en 2004, Facebook connecte aujourd’hui presque trois milliards d’humains à travers le monde, ce qui suscite à la fois passions et critiques. Accusé de manipuler les données, de voler du temps de vie, Mark Zuckerberg laisse rarement indifférent. Journaliste et éditeur de presse, Alexandre Arditti a, lui, imaginé le meurtre de l’entrepreneur, à travers un polar bref, sec, au titre programmatique. Par Étienne Ruhaud.

22/05/2024, 11:13

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BONNES FEUILLES – Après le roman graphique La Traque, qui détaille l'affaire Dupont de Ligonnès, plongez dans les profondeurs de l'énigmatique disparition en mer de la famille Godard...

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À peine quelques semaines que Jean Malaurie a quitté le monde des vivants pour rejoindre les âmes de tous les habitants des terres glacées septentrionales dont il a plaidé la cause tout au long de sa vie après en avoir découvert l’exception culturelle alors qu’il n’était encore qu’étudiant !

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Tradition et modernité : fresque d’une Inde divisée

Jeune couple s’éclate en plein air narre l’effondrement d’une famille indienne après que Sreenath, l’aîné, a été filmé à son insu dans un moment intime. À travers les tensions familiales, Aravind Jayan esquisse une Inde divisée, tiraillée entre l’aspiration à la modernité des jeunes générations et le conservatisme des familles traditionnelles. Un roman traduit de l’anglais (Inde) par Benoîte Dauvergne.

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La balade du dialogique : Kafka sur le rivage, de Murakami

Les grands romans modulent le temps, central dans nos vies. Écrit par Haruki Murakami, publié au Japon en 2003, Kafka sur le rivage (trad. Corinne Atlan) le dilate, le remonte, le transgresse, pour le suspendre finalement dans un village édénique des plus modestes. La taille du livre, qui compte plus de six cent pages, accroit ces tours singuliers, à la prégnance envoûtante. Elle nous propose une lecture qui dure, aux motifs dédaléens. Par Galien Sarde. 

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