Soudain, dans les rayonnages, je tombe sur un gros volume intitulé "Les salauds ont la vie dure", une réédition de 2011. Le titre m'intrigue. Auteur, un certain André Héléna mort en 1972, oublié de tous, malgré les dizaines de romans noirs qu'il a écrits sous son nom ou sous pseudonyme.
Le 02/09/2018 à 09:00 par Les ensablés
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02/09/2018 à 09:00
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La couverture du livre représente la photographie d'un soldat allemand, un officier sans doute, regardant attentivement un document que lui montre un civil en chapeau de feutre. A côté, la suite de ce roman édité en 1949, un autre volume: "Le festival des macchabées" publié en 1951. J'achète les deux, d'autant qu'ils sont en promotion: 15 euros la paire, et huit cents pages de plaisir à venir. Je le sais, je le sens.
Par Hervé BEL
Voilà, ça a commencé comme ça, ces quelques jours passés avec André Héléna. Premières lignes: A cette époque, ça tombait bien, j'étais plein aux as. Je venais de vendre dix mille cercueils à l'organisation Todt. A cent balles de bénéfices du bout, ça m'avait exactement laissé une brique. Maurice est un petit truand de Pigalle qui travaille avec Jimmy, son copain. Maurice, séparé de son épouse Colette, file le parfait amour avec Hermine.
Il a un autre ami, un certain Meister qui travaille pour la Gestapo et lui refile de bons tuyaux. Ce jour-là, comme tous les soirs, il va boire son apéritif chez Fredo, un taiseux, en attendant Hermine qui doit le rejoindre. C'est l'hiver, il fait froid, il commande un pastis. -Vous buvez de ça? s'étonna Dominique. Y a rien de plus mauvais. - Pas tant que ça, répondit Jimmy (...). - Moi j'en bois plus, dit Dédé, depuis qu'ils ont fauché les bocaux à fœtus du Muséum. -Et moi je veux pas devenir dingue, renchérit Dominique. L'autre jour il y a un mec qui est entré dans un bar. Il était tout ce qu'il y a de plus normal. Il s'en est tapé deux. Eh bien, il est ressorti à quatre pattes. Il essayait de mordre les mollets de passants (...). - Moi, dit quelqu'un, j'ai vu un type devenir aveugle, comme ça, d'un seul coup. On dirait un dialogue tiré des Tontons flingueurs, n'est-ce pas?, sauf qu'il date de 1949, alors que le film devenu mythique ne date que des années 60.
Et c'est vrai qu'il y a du tonton flingueur dans ce roman étrange, multiforme. Roman comique, mais parfois dramatique, mélancolique. Car Maurice, le truand, a souvent le cafard... Ce soir-là, on est fin 42, il attend Hermine avec impatience; il sait qu'à son arrivée son cafard disparaîtra: il l'aime. Il l'aime tellement que cela énerve son ami Jimmy qui le traite de cave puis lui dévoile qu'Hermine le trompe avec Meister.
Dès lors, le récit change de ton: Je n'avais pas faim. J'avais comme des nausées. Un immense dégoût me tordait l'estomac et remontait jusqu'à ma gorge. (...) C'était minable, on avait tous des airs de macchabées sous cet éclairage blafard. Mais si, en écartant un peu le rideau noir, on regardait la rue, c'était encore pire. Les trottoirs luisaient faiblement sous la lumière bleue et on voyait passer des ombres frileuses et voûtées. De temps en temps un bruit de bottes.
La colère de Maurice lui fait voir tout en rouge. C'est un idéaliste à sa façon. Il va commettre l'irréparable. Posté dans la rue, il attend Hermine, la voit appuyée au bras de Meister. Au même moment, une voiture s'arrête devant eux. Le conducteur dit quelques mots à Meister en allemand. Meister embrasse alors Hermine et s'apprête à la quitter lorsque Maurice, fou de rage, le tue puis tue le chauffeur et enfin Hermine.
Dès lors, Maurice a choisi son camp, malgré lui: il devient un résistant puisqu'il a tué un Allemand. Comme il le dira dans le second tome, son engagement n'a rien de raisonné. Si l'amant avait été un résistant, il serait devenu un collaborateur zélé. Il faut fuir, très vite. Il trouve refuge chez son ami Jimmy. Mais pas question de rester là longtemps, d'autant que la police française ne va pas tarder à les retrouver.
Ainsi commence ce roman absolument passionnant. Avec lui, on embarque dans la France occupée où tant de salauds prospèrent: les pervers, mais aussi les petits salauds, les lâches, les mesquins. On y voit la vie quotidienne, la milice, la gendarmerie compromise ou résistante, les Allemands parfois bons, parfois mauvais que le narrateur déteste moins que les collaborateurs.
C'est une aventure picaresque, philosophique, amoureuse. Quel talent! Cela fonctionne du début à la fin. Il y a bien sûr les poncifs du genre. Les femmes sont des "souris" qui ne sont pas fiables. Les truands ont parfois du cœur. Mais cela ne gêne pas, cela doit être. On rit souvent. On a peur. Recruté comme tueur pour un réseau américain, Maurice excelle. Il n'est pas antipathique.
Il tue parce qu'il ne supporte pas l'injustice, et l'on finit par s'habituer aux macchabées qui s'entassent tout au long du récit. Comment cette équipée sauvage se terminera-t-elle ? Je vous laisse à votre lecture.
Hervé Bel
Par Les ensablés
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Avec Souffrance au travail dans le service public, l’avocate Christelle Mazza livre un ouvrage massif – plus de sept cents pages – qui se présente à la fois comme un diagnostic et comme un appel. Diagnostic d’une crise profonde du service public français ; appel à une prise de conscience juridique et politique de ceux qui y travaillent. Préfacé par le psychiatre du travail Christophe Dejours, ce livre s’inscrit dans une tradition critique qui interroge le destin des institutions publiques à l’heure du management et de la dématérialisation de l’État.
11/03/2026, 09:00
Brûle bébé, premier livre de Matthieu Barbin, connu sur scène sous le nom de Sara Forever, paraîtra le 9 avril 2026 aux éditions Au diable Vauvert. Ce récit suit la trajectoire d’Alex, jeune homme issu de la banlieue bordelaise dont la découverte de la danse ouvre un chemin artistique et intime où s’entremêlent quête identitaire, création et rupture avec son milieu d’origine.
11/03/2026, 08:15
Romance challenge, de Susan Lee, paraît le 9 avril dans la collection dédiée aux romances chez Robert Laffont. Ce roman met en scène une passionnée de littérature sentimentale qui tente d’appliquer dans sa propre vie les codes narratifs qu’elle analyse et commente en ligne, avec l’espoir de vivre une histoire digne des romans qu’elle dévore. Un livre traduit par Karine Forestier.
11/03/2026, 07:11
Ici, personne n’entre dans l’âge adulte à pas feutrés. Dans les Terres Bannies, on grandit sous la menace, entre fidélités imposées, récits officiels et violence prête à rompre ses chaînes. Avec Le temps de la terreur (trad. Thomas Bauduret), John Gwynne relance sa mythologie par l’héritage empoisonné : une génération née après les grandes batailles découvre que la paix n’était qu’une trêve armée, et que les vainqueurs, eux aussi, cachent leurs failles sous l’armure. par Théo.
10/03/2026, 11:34
Sous le soleil trop vif d’une île du golfe de Naples, l’adolescence n’a rien d’un été léger. Elle ressemble plutôt à un territoire miné : rivalités, regards, hiérarchies invisibles, premières morsures du désir. Avec Terra Murata, Laura Ulonati installe son roman dans cette zone trouble où l’apprentissage du monde passe par les ruines, la mémoire et les corps qui cherchent leur place. Sortie le 25 mars.
10/03/2026, 11:02
Moi qui désormais ne me passionne plus guère que pour le doux silence de la nature ou pour les Suites pour violoncelle de Bach — et qui dois pourtant quotidiennement batailler avec l’horrible patron du bar sis au rez-de-chaussée de mon immeuble afin qu’il renonce aux basses abrutissantes de sa sono —, je dois confesser que Bruits, le titre du dernier roman d’Anne Savelli, avait de quoi m’agacer…
10/03/2026, 10:36
Jaylen, Jonas et Joshua Jann viennent d’emménager dans la maison voisine. Trois frères, silencieux, presque insaisissables, dont la présence trouble immédiatement l’équilibre du quartier. Depuis la fenêtre de sa chambre, la narratrice les observe chaque nuit. Ce rituel d’observation devient rapidement une obsession. Somber jann : saison 1 de Cynthia Havendean, sera disponible le 16 avril.
10/03/2026, 09:00
Ian Soliane publie Le Pèse-Dieu chez Robert Laffont, dans la collection Ailleurs & Demain, un roman attendu en librairie le 16 avril, qui imagine un futur où les morts continuent d’exister dans un au-delà numérique. L’histoire suit un père qui décide de descendre dans cet espace virtuel pour retrouver sa fille disparue, dans un récit mêlant quête intime et exploration d’un monde situé à la frontière entre la vie et la mort.
10/03/2026, 07:07
Avant la Naples de Maradona et Marek Hamsik, il y eut le Royaume de Naples, et Diego n’en était pas le roi. Alain Blondy raconte une longue histoire, du Ve au XIXe siècle, avec des frontières mouvantes, des capitales qui basculent - Palerme ou Naples -, des dynasties qui se succèdent. Et surtout : l’histoire de Naples est indissociable de celle de la Sicile, tantôt jumelle, tantôt rivale, tantôt tenue par le même souverain, sans jamais se confondre vraiment.
09/03/2026, 18:33
Billy the kid, petit gars né possiblement à New-York, possiblement en 1859, avait possiblement pour vrai nom William Henry Mac Carty, ou alors pas, c’est flou. À l’époque, celle de sa naissance, il n’était pas destiné à rester dans les mémoires. D’ailleurs l’est-il ? Resté dans les mémoires ? Ce qui est resté, c’est le mythe d’un jeune bandit habile au pistolet et dégommé par les autorités avant sa vingt-deuxième année. De ce mythe associé à une poignée de photos et faits avérés, Vuillard tire un portrait plutôt collectif et tout à fait captivant de quelques desperados de l’Ouest américain au XIXe siècle.
09/03/2026, 15:05
Troisième épisode des enquêtes du commissaire Bornec du XIIIe arrondissement, chronique sociale du Paris des années 30, les années du Front populaire. Alexandre Courban poursuit sa chronique sociale, policière et bien documentée du Paris ouvrier de cette période.
09/03/2026, 11:42
Dans les livres de Jon Fosse, il suffit parfois d’un homme qui tourne au hasard sur une route pour que le monde bascule. Depuis le Prix Nobel de littérature qui a consacré son œuvre, l’écrivain norvégien s’impose comme l’un des rares auteurs capables de transformer l’immobilité en expérience vertigineuse. Avec Blancheur (trad. Terje Sinding), il pousse plus loin encore cette littérature du seuil, où le réel se fissure et où la lumière devient un passage. Parution le 2 avril.
09/03/2026, 10:27
Un jour, l’argent a appris à voyager sans passeport. Depuis, il circule plus vite que les corps, se dérobe aux frontières et laisse les États courir derrière son ombre. Dans Déclaration de la personne, Elfriede Jelinek observe cette chasse moderne : celle d’institutions qui exigent des individus qu’ils se déclarent pendant que les fortunes, elles, disparaissent dans les marges du monde. La satire devient alors radiographie d’une époque où le capital se cache mieux que les hommes.
09/03/2026, 10:22
Le premier roman de Matthieu Barbin s’ouvre dans le tumulte d’un rassemblement politique place de la République. Sur scène, Alex prend la parole face à une foule compacte. L’instant est survolté, collectif, traversé par la peur d’un basculement politique et par l’énergie d’une mobilisation.
09/03/2026, 10:20
Avec La peur dans l’âme, de Valerio Varesi, (traduit par Gérard Lecas)à paraître le 16 avril chez Agullo Éditions, l’auteur italien poursuit les enquêtes du commissaire Soneri dans un polar situé dans les montagnes des Apennins, où un village isolé voit la peur s’installer après une fusillade inexpliquée et la traque d’un criminel en fuite.
09/03/2026, 07:06
Il existe des livres qui ne racontent pas seulement une histoire : ils ouvrent une cicatrice. Depuis la révolution de 1979, l’Iran vit sous un régime qui a transformé la foi en instrument de pouvoir et les familles en champs de bataille. Dans ce roman inspiré de faits réels, une mère voit ses enfants engloutis par la machine répressive. La littérature ne répare rien ; elle empêche seulement que les morts disparaissent une seconde fois.
07/03/2026, 15:06
Quand on entame la lecture de La partie immergée de l’iceberg. Éloge du GPS algérien, on adhère presque immédiatement à la démarche du nouvel essai que signe le cinéaste Lamine Ammar-Khodja. Par un usage rafraîchissant de l’auto-dérision, la mise en récit de ses déambulations introspectives sur l’histoire algéro-française et ses géographies « brumeuses » trouve un ton juste : agréable, frais, nonchalant et parfois féroce.
07/03/2026, 10:21
Dans le vacarme des algorithmes, des guerres culturelles et des diagnostics en ligne, les livres persistent : ils observent, dissèquent, contestent. Cette semaine, la Booksletter circule de Bach aux dactylos oubliées, des gourous de santé numérique à la désillusion cubaine de Leonardo Padura, jusqu’aux alliances secrètes du vivant. Autant de récits qui scrutent une même question : comment nos sociétés écrivent-elles leur propre partition ?
07/03/2026, 10:09
Lucette Routaboul : une histoire mondiale, de Jean-Robert Jouanny, paraît aux Éditions de l’Aube dans la collection « Regards croisés » le 3 avril 2026. L’ouvrage retrace la trajectoire de Lucette Routaboul, maire d’une petite commune du Tarn, dont la vie permet de parcourir près d’un siècle d’histoire rurale française et d’en saisir les transformations à hauteur d’individu.
07/03/2026, 07:30
Votre cerveau va vous sauver, de Mohamed Boclet, paraît chez Robert Laffont le 9 avril. Dans cet essai consacré aux capacités d’apprentissage et à la plasticité cérébrale, l’auteur propose d’explorer le rôle que peut jouer une meilleure compréhension de notre fonctionnement mental pour améliorer le bien-être et la santé psychique.
07/03/2026, 07:00
Un livre en appelle souvent un autre. C’est en lisant Les fleuves du ciel d’Elif Shafak (Flammarion) que j’ai eu envie d’en savoir plus sur le roi d’Assyrie, Assurbanipal. Et comme si j’avais été écoutée, les éditions Perrin viennent de sortir sa biographie, Assurbanipal. Le roi assyrien derrière la légende de Sardanapale, signée par l’historienne de l’Antiquité, spécialiste de latin, de grec, d’hébreu, d’araméen et d’akkadien, Josette Elayi.
06/03/2026, 16:38
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3 Commentaires
Christine Belcikowski
06/09/2018 à 08:09
Je ne sais pas si je lirai Les salauds ont la vie dure ; mais quelle alacrité dans le ton de l'article ! Bravo !
Anne
17/10/2019 à 17:15
Voilà c est terrible mais je n y résiste pas je dois lire ce livre
J aime bcp vos chroniques
Merci
Dany
23/10/2019 à 11:52
J'ai lu ce livre et sa suite il y a déjà quelques années. Je suis tout à fait d'accord avec votre critique, sauf sur le coté romantique. J'en avais apprécié la lecture,ce sont vraiment des romans noirs, même s'ils ne sont pas politiquement corrects, à l'époque et encore aujourd'hui. Le "héros" petit garagiste ruiné par sa femme qui a filé avec ses économies, est monté à Paris ou il est séduit (et/ou) séduit une prostituée (Hermine) qui en fait son protecteur-proxénète. Il fait du marché noir avec les allemands (les boches), et fréquente le milieu parisien. Par dépit amoureux il trucide sa compagne (féminicide) en plus de quelques allemands. Et devient de fait un ennemi du 3eme Reich donc un résistant.Déjà, il n'a pas l'image du résistant idéal.Ses livres seront interdits pendant un temps à la demande de MME Yvonne de GAULLE. Ensuite, selon les rencontres diverses qu'il va faire dans cette france occupée, il va trainer de cafés en hôtels, en passant par le maquis. Ce n'est pas un gars compliqué, il se laisse porter par les évènements, et se laisse facilement séduire par les femmes rencontrées. Un romantique, je ne crois pas. En tout cas s'il est trompé (vu que toutes les femmes des livres sont des G....) cela se termine mal pour elles. Je doute que Marlène Schiappa lise ce livre. En dehors de cet aspect, il y a de l'action, du suspense, et une vision de la France de cette époque très intéressante.