Encore un, encore un écrivain mort pendant la première guerre mondiale, le 27 décembre 1914, des suites d'une blessure mal soignée. Louis Codet n'avait que trente-huit ans. Il avait participé à la rédaction du premier numéro de la NRF et il laissait derrière lui des poèmes et des récits dont "La petite chiquette" (1908). En 1918, à titre posthume, paraissait chez Gallimard son dernier roman "César Capéran ou la tradition". La petite Vermillon le réédite aujourd'hui avec une préface de Jean-Baptiste Harang, journaliste et écrivain dont "Jours de Mai" vient de paraître chez Verdier.
Le 13/01/2019 à 09:00 par Les ensablés
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13/01/2019 à 09:00
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Les gens heureux n'ont pas d'histoire, dit-on souvent, et c'est peut-être pour ça qu'il y a si peu de romans "heureux". Le malheur serait-il donc le compagnon obligé de la littérature, la souffrance l'ingrédient nécessaire à toute cuisine littéraire? Bref, pour faire un bon roman, faut-il absolument que le héros souffre ?
Le petit texte dont nous parlons aujourd'hui, prouve que non. César Caspéran, héros de ce roman éponyme, est et sera tout au long de l'histoire un homme heureux. Il m'évoque la chanson de Maurice Chevalier:
Les hommes
Je l'crois,
S'font du souci, pourquoi ?
Car pour être heureux comme,
Ma pomme,
Ma pomme,
Il suffit d'être en somme
Aussi peinard que moi.
Il y en a un, pourtant, qui souffre pour lui, ou plutôt qui s'inquiète: le narrateur, ami dudit Caspéran dont il a fait la connaissance au café Vachette, du temps où il est étudiant. "Imaginez un grand gaillard de vingt-deux ou vingt-trois ans, dodu, ventru, fleurant la santé, ayant l'oeil très noir et la joue bien pleine, avec quelque chose de napoléonien dans le menton".
Capéran est un taiseux, mais il n'est jamais ombrageux. On le surnomme "Le Gascon taciturne". Il regarde le monde évoluer autour de lui en fumant sa pipe. Il intrigue: "Il faut qu'on juge un homme qui se tait. Il faut qu'on se dise, ou "c'est un sot, ou "c'est un homme très intelligent..." Dans la petite bande d'étudiants, les avis sont partagés. Mais le narrateur, lui, va l'aimer, tout simplement parce que l'insolente insouciance de Capéran lui plaît.
On ne saura rien de la vie du narrateur, mais on la soupçonne plus compliquée que celle de son ami. Un jour Capéran l'invite, et nous avons droit à cette belle description de son domicile: "Il était logé boulevard Saint-Germain (...) dans une vieille petite maison qui avait l'air d'être oubliée au pied d'un grand immeuble neuf (...) C'était donc une masure antique et légèrement déjetée, à deux étages, teinte à mi-hauteur d'une couleur chocolat, puis juqu'au toit d'une nuance crème saumonée (...) Enfin, un très vieux toit de tuiles toutes brunies, toutes violettes, aux écailles plates et serrées."
De la fenêtre, on peut voir la statue de Diderot. Capéran ne se lasse jamais de la regarder. Pour lui, Diderot est un des quatre hommes qu'il admire le plus au monde, avec Pascal, Poussin et Bossuet. Drôle de mélange, si l'on y songe, et qui laisse entendre que Capéran n'est pas aussi simple qu'il y paraît.
Il vit d'une petite terre située dans le pays de l'Armagnac, qui produit un excellent petit vin blanc "ayant le goût de pierre à fusil". Chaque fois que le narrateur vient, il en ouvre plusieurs, et parle de la Gascogne avec enthousiasme et poésie. Jamais il ne travaille. "Il n'était inscrit à aucune école: il ne mettait jamais les pieds dans une bibliothèque, ni dans un musée (...) Je crois qu'il n'avait pas même un encrier dans sa chambre." Il y a dans sa vie des choses étranges, qu'il vous faudra découvrir, cher lecteur.
Capéran attend, mais quoi? Un beau jour, le narrateur remarque que Capéran est moins soigné. Des détails lui révèlent qu'il n'a plus d'argent. "Il conservait toutefois sa dignité grande. Je lui offris de l'argent, et il refusa".
Que va -t-il devenir? L'histoire est là, qui finira bien. Il semble d'ailleurs que la seule personne à se soucier de son destin soit le narrateur. Capéran, lui, attend toujours et encore, confiant en sa destinée, en quelque sorte un Job des temps modernes, ayant remplacé Dieu par l'optimisme (ou bien est-ce la même chose?).
Ce livre est un hymne à la vie, à ce qu'elle a de plus beau, l'amitié, la nature, le bon vin et d'excellentes recettes, comme cette "dinde véritable, grasse comme un râble de chanoine et fraîche comme un buisson de fleurs".
Jean-Baptiste Harang nous apprend dans sa préface que Capéran a existé, sous le nom de Gastilleur, Gascon lui aussi. Le plaisir du livre, écrit-il aussi, et nous sommes d'accord avec lui, c'est "la redécouverte d'un style, un texte à la fois modeste et altier, surannée et moderne, élégant et goguenard, documentaire et poétique, parisien et provincial". Que demander de plus?
Pour finir, un extrait des poèmes de Louis Codet qu'on pourra en entier sur le site Andrebourgeois.fr.
Pauvre putain que j'ai trouvée un soir d'orage !
Sur le vieux port,
Où dans cette eau qui sent la mort
Bouge indéfiniment le reflet des bateaux,
Toi qui rêvais aussi de faire un beau voyage,
Pauvre putain !
Tu m'as montré timidement ton brun visage
Et tu m'as touché le bras d'une crasseuse main,
Pauvre putain que j'ai trouvée un soir d'orage...
Hervé BEL Janvier 2019.
Louis Codet - César Capéran ou La Tradition - La petite Vermillon - 9782710389538 - 6.10 €
Par Les ensablés
Contact : contact@actualitte.com
Paru le 08/11/2018
142 pages
Editions de La Table Ronde
6,10 €
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Les Uns et les Autres raconte en effet beaucoup de choses. Des histoires d’amour. Des séparations. Des ambitions. Des rencontres. Des enfants. Des morts. Mais le film raconte surtout que nous vivons des vies personnelles à l’intérieur d’une Histoire qui, elle, ne nous demande jamais notre avis. Propos recueillis par Jean-Charles Bettan, psychanalyste à Cannes.
07/10/2026, 16:35
Dès le préambule, la subjectivité du philosophe est impossible à séparer de ce qu’il raconte. Mais comment écrire ses mémoires partagés avec ce que l’on a vu, ceux que l’on a rencontrés, les causes que l’on a défendues ou abandonnées, les conflits que l’on a traversés ou atténués, et surtout les noms qui nous ont influencés ? Tout cela compose peu à peu le tableau d’une époque qui n’existe plus tout à fait, mais aussi l’image d’un homme dont l’identité elle-même est déjà un récit.
07/10/2026, 12:19
Un micro derrière un Vermeer. Une chaise médicalisée qui résiste au montage. Un chronomètre autour du cou. Une cassette qu’on ne sait plus faire jouer. Et, au milieu, Laure, revenue dans la maison familiale de Morsan pour y vivre ses derniers jours. Tiphaine Raffier installe L’Hors-Présence ou Chimères du pays de Morsan avec une précision clinique, puis laisse tout se dérégler.
07/10/2026, 10:00
Le titre désigne déjà un piège. Esquisse d’une serial killer (trad. Pierre-Mong Lim) promet le monstre, la mécanique du crime, peut-être le frisson confortable du true crime. Hu Mu-ching fait exactement l’inverse. Elle revient vers Lin Yu-ju, condamnée à mort à Taïwan pour trois meurtres et très vite figée par les médias sous un surnom : la Diabolique. Ébauche prévue le 15 octobre.
06/10/2026, 17:59
Il y a des livres qu’on offre sans raison particulières, juste pour faire plaisir, petit format, une centaine de pages, un prix raisonnable, un livre qui pique notre curiosité ; vous connaissez toutes et tous ce genre de livre qu’on lit en une après-midi et qui laisse une empreinte importante par la suite. Le souci de vivre d’Olivier Carré fait partie de ces livres qui reste longtemps en mémoire tant il parle d’un sujet auquel nous tous aurons à faire face un jour ou l’autre : la mort.
06/10/2026, 17:57
Une valise, un mot, une fracture politique : voici la nouvelle pièce de Lola Lafon. Une valise dépasse de quelques centimètres et, avec elle, tout déborde. Dans une salle d’embarquement, quatre amis d’une quarantaine d’années devraient partir en vacances. Décollage (ou pas), le 15 octobre.
06/10/2026, 17:20
Il y a un principe dans la vie sur lequel il est difficile d’y revenir : on ne peut pas donner l’amour que l'on n’a pas reçu. Pour Franck Maubert, l’amour non reçu vient de cette mère distante, froide, qui le place durant sa petite enfance chez un couple vivant dans une ferme, puis viendra le reprendre pour le laisser à ses parents, couple âgé qui se désintéresse de lui avant de le conduire contrainte chez elle. De cette enfance heureuse en campagne, l’auteur découvrira la joie du silence et une quête mystique dans les églises.
06/10/2026, 15:12
Tokyo s’éloigne, la route monte, le béton cède aux pentes de Shizuoka. Mayumi et Akane ont trente-cinq ans, sont amoureuses et décident de reprendre la plantation de thé du grand-père d’Akane, affaibli par un AVC. Sur le papier, tout ressemble au fantasme contemporain du grand départ : quitter la ville, retrouver la terre, repartir de zéro. Infusion dès le 15 octobre.
06/10/2026, 14:06
Il part à pied pour se remettre d’un chagrin, s’équipe beaucoup trop, achète une ânesse pour porter le tout et découvre presque aussitôt qu’elle n’a aucun goût pour les itinéraires bien tracés. Voyage avec un âne dans les Cévennes tient depuis 1879 sur ce délicieux désaccord entre un homme qui veut avancer et Modestine, qui préfère brouter. Parution le 15 octobre
06/10/2026, 13:32
Philippe Schwartz commence par se méfier de sa propre mémoire. C’est une excellente manière d’entrer dans Toute la famille a eu de la chance. « Aujourd’hui, j’ai conscience d’enjoliver. J’en fais une légende. » Le narrateur ne promet donc ni archive pure ni reconstitution infaillible. Sortie le 15 octobre.
06/10/2026, 12:55
Il y a les livres sur la parentalité, avec leurs principes, leurs méthodes, leurs lendemains mieux organisés. Et puis il y a 17 h 30. Le travail n’est pas fini, les enfants reviennent dans le cadre, le dîner se rapproche et quelqu’un pense soudain : « Purée... Il est déjà 17h30 ! » Quelques cases plus loin tombe le verdict : « J’ai rien foutu. » Mom Alone habite exactement cet espace-là : celui où les bonnes intentions se froissent au contact du réel.
05/10/2026, 17:30
Cette semaine, la Booksletter explore cinq livres qui déplacent le regard sur l’histoire, la morale et nos sociétés : l’économie quotidienne de la Rome antique, les grandes expéditions britanniques en Antarctique, l’humour noir face à la mort, les marchés jugés moralement « répugnants » et le poids de l’époque dans les trajectoires criminelles. Cinq lectures pour éclairer autrement des questions anciennes et très contemporaines, sans simplifier.
03/10/2026, 11:13
Dans ce recueil de cinq nouvelles toutes plus originales les unes que les autres, Agnieszka Szpila, autrice du très remarqué Hexes, également traduit et publié par Notabilia, imagine de nouvelles manières de désirer pour repenser notre rapport au monde, à l’altérité et à la littérature, qu’elle soit lue ou écrite. Par Emma Tholozan.
03/10/2026, 09:00
À l’occasion de son cinquantenaire, la maison Phébus publie une édition collector d’un de ses romans emblématiques : La boîte en os, d’Antoinette Peské. Un nouvel écrin pour un petit bijou de la littérature du XXe siècle. Par Emma Tholozan.
02/10/2026, 17:37
Dominique Rocheteau avance par souvenirs, visages, sensations et fidélités. Trente récits plutôt qu’une autobiographie chronologique : le dispositif lui va bien et forme cette Soif d’idéal. Il préfère le lien au palmarès, l’émotion au monument. Dès les premières pages, la ligne est donnée : « L’émotion avant tout. » Le ton ne variera guère, direct, pudique, sans désir de régler des comptes. Sortie le 8 octobre.
02/10/2026, 13:13
Être libre, est-ce faire tout ce que l’on veut ? Avec Vive la liberté !, Sybille Hein aborde cette grande question à hauteur d’enfant, en partant de situations concrètes pour aider les plus jeunes à comprendre ce que signifie être libre, mais aussi les limites et les responsabilités qui l’accompagnent. Traduit et adapté de l’allemand par Camille Logoz.
02/10/2026, 07:00
Alors que l’antisémitisme connaît une progression mondiale depuis le 7 octobre 2023, un autre phénomène attire l’attention : le philosémitisme. Dans Les Nouveaux philosémites, Edith Bruder réunit sociologues, politologues et théologiens pour enquêter sur celles et ceux qui se revendiquent « amis des Juifs », « compagnons de route d’Israël », voire « presque juifs ».
02/10/2026, 06:00
Un véritable polar photographique qui met en scène les journalistes mais aussi en filigrane les insurgés hongrois de 1956 : tous ont été les témoins d'événements historiques qui ont façonné notre monde. Mais cette enquête (trop) minutieuse finit par lasser.
01/10/2026, 17:30
Belleville n’est pas un décor dans Bellevilles. C’est une matière vivante : une pente qui coupe le souffle, une terrasse trop pleine, un café où les fidélités se renégocient, un escalier qui sépare deux vies, un trottoir où l’on peut croiser sa propre jeunesse. Samih Amar Tran construit son livre comme une promenade à six voix. Alma, Landrot, Marie, Omar, Jim et Romy prennent tour à tour possession du quartier, chacun avec son rythme, ses angles morts et sa manière de s’y accrocher. Tour du quartier, le 4 novembre.
01/10/2026, 14:00
Deux vieillards s’écrivent comme d’autres croisent le fer. L’un règne depuis Ferney sur l’Europe des idées ; l’autre, aveugle, tient encore salon à Saint-Joseph et refuse de céder sur le goût, l’esprit ou l’art de s’ennuyer. Cher Voltaire restitue moins un échange sage entre deux monuments qu’un commerce vif, capricieux, traversé de silences, de susceptibilités, de nouvelles du monde et d’une commune hantise du vide. Dès 1764, Voltaire le constate : « Notre commerce à tâtons devient vif, Madame. »
01/10/2026, 13:37
Il ne faut jamais commencer une histoire par un réveil. Adrian Tchaikovsky le sait, son narrateur aussi, et Alien Clay (trad. Gilles Goullet) commence donc exactement ainsi : après trente ans de sommeil interstellaire et quelques secondes avant une chute vers une planète carcérale. « Il ne faut jamais commencer une histoire par un réveil, à ce qu’il paraît », observe Arton Daghdev. Alien Clay sortiral le 4 novembre 2026. Science, catastrophe et sarcasme : le roman vient de trouver son carburant.
01/10/2026, 13:01
Entre 1974 et 1976, Martine Faustin tient un journal intime alors qu’elle est pensionnaire à l’Institution Saint Paul de Thiviers, en Dordogne. À quatorze ans, elle y consigne ses amitiés, ses premières histoires d’amour, ses colères et ses envies de liberté. En 2021, elle retrouve par hasard ces trois cahiers, dont elle avait oublié l’existence.
01/10/2026, 09:27
Palais princier, casino, yachts et palmiers : l’image de Monaco semble évidente. Avec Monaco, l’histoire inconnue, Pierre Abramovici entreprend de regarder derrière cette façade et de faire ressurgir 150 ans d’une histoire monégasque faite de luttes de pouvoir, de guerres, d’Occupation et d’épisodes restés dans l’ombre.
01/10/2026, 08:57
Le titre promet la bouteille de trop, l’ivresse qui déborde, peut-être même la gueule de bois. Christophe Esnault cherche pourtant ailleurs. Dans Si le vin ne te rend pas génial, essaye une autre bouteille, le verre n’est ni décor ni prétexte à célébrer la cuite : il ouvre une brèche. Une bouteille, un millésime, un prix, puis la pensée part. Vers les amis, les femmes aimées, le père vieillissant, les écrivains, les chansons, les morts. Vers cette question surtout, ressassée jusqu’à l’obsession : comment demeurer vivant quand la tentation de disparaître rôde dans les marges ?
30/09/2026, 17:55
La Pleureuse (trad. Susanne Juul - Andréas Saint Bonnet) s’ouvre dans l’étouffement. Une jeune fille lutte, perd le contrôle de son corps, tente de comprendre ce qui lui arrive. Une phrase suffit à installer la menace : « Elle ne voulait pas mourir. » Camilla Läckberg ne cherche pas encore l’énigme ; elle impose d’abord une sensation. Puis Fjällbacka retrouve son quotidien, ses restaurants, ses familles, ses plaisanteries, ses habitudes. Sous cette normalité, pourtant, quelque chose attend depuis trente ans.
30/09/2026, 14:00
Maboule est trobairitz. Elle collecte les rumeurs, les regards et les soupirs, puis les change en histoires. De villes en villages, elle sème ces récits récoltés ou entièrement inventés. Venant tout droit de Villedor, où elle a été élevée par ses deux mamans – en fait elle en a quatre, longue histoire –, elle échange une fable contre un repas ou une couchette.
30/09/2026, 13:04
Abdeljalil Lahjomri n’empile pas des comptes rendus : il compose une autobiographie de lecteur. Les Compagnons indociles avance par rencontres, retours, désaccords et fidélités, comme si une bibliothèque pouvait devenir le journal d’une conscience. Dès l’introduction, une phrase donne la mesure du projet : « Les livres sont des compagnons d’éternité. » Le titre ajoute aussitôt ce qui empêche toute dévotion tranquille : ces compagnons résistent, irritent, déçoivent, obligent à relire. L’ouvrage se construit dans cet écart entre attachement et liberté critique. A paraître le 8 octobre.
30/09/2026, 13:00
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