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Prévenir les catastrophes patrimoniales : “Le temps et l'argent se font rares”

Antoine Oury - 03.09.2020

Interview - catastrophes patrimoine - prevention sinistres bibliotheques - GASP sinistres


Plusieurs catastrophes patrimoniales de grande envergure, notamment l'incendie de la Cathédrale Notre-Dame de Paris, ont dernièrement attiré l'attention médiatique et suscité l'émotion populaire. Mais ces événements sont malheureusement assez fréquents : le Groupe d'Aide en cas de Sinistre Patrimonial (GASP), en Normandie, apporte ressources et aides pour prévenir ou limiter ces catastrophes. Anthony Zurawski, chargé de mission au sein de La Fabrique de patrimoines, revient sur les activités du GASP.

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ActuaLitté : À quand remonte la création du GASP ?


Anthony Zurawski : L'histoire du groupe a commencé en 2017 sous l'impulsion de Guillaume Debout (La Fabrique de patrimoines) et d'Agnès Babois (Normandie Livre et Lecture), spécialiste sur le sujet de la conservation préventive des fonds anciens. L'idée fut de se servir intelligemment des différents réseaux professionnels normands : celui de La Fabrique de patrimoines en Normandie (incluant le Réseau des Musées) et celui de Normandie Livre et Lecture. Cette organisation nous donnant par la même occasion une expertise étendue sur les musées, les archives en passant par les bibliothèques.
 

Pourquoi avoir créé le GASP ?


Anthony Zurawski : Il y a eu un déclic en Normandie dans la sphère culturelle et politique, le 18 juillet 2017, suite à incendie du musée de l'île de Tatihou (50). La foudre est tombée sur ce musée maritime de Saint Vaast la Hougue. Ce jour, 44 pompiers se sont rendus sur cette île malgré une tempête. Cependant, de nombreuses œuvres ont été détruites (85 % des peintures furent détruites, soit 186 pièces). Les dégâts ont été estimés à plusieurs centaines de milliers d'euros.




Les futurs membres du GASP se rendirent sur place pour prêter main-forte aux personnels du musée afin de sauver ce qui restait des collections, les conditionner et les traiter. Ce furent les prémices du GASP, avec une volonté précise de ne plus faire face à une telle situation.
 

Quels sont les membres du GASP et quelles sont ses activités ?


Anthony Zurawski : Les membres du GASP dits « administrateurs » sont membres des deux institutions Normandie Livre et Lecture et La Fabrique de patrimoines en Normandie : Agnès Babois, Guillaume Debout responsable du pôle LABO, Margot Frénéa, responsable du pôle Réseau des musées, Antoine Cazin, chargé d'études en conservation préventive et Responsable de l'imagerie scientifique, et moi-même.

Le GASP est ouvert à tous professionnels de l'urgence, du patrimoine et toutes institutions types : musées, archives, bibliothèques, artothèques, laboratoires, centre de recherches, monuments historiques.

Avec le temps, le GASP s'est structuré et nos missions sont devenues la sensibilisation des institutions patrimoniales face aux risques potentiels (incendie, inondations, vandalisme...), la préparation et l'accompagnement à la gestion de crise en cas de sinistre patrimonial (rédaction de Plan de Sauvegarde des Biens Culturels), la mise en relation des professionnels de la culture et des professionnels de l'urgence (SDIS, sécurité civile), d'unir les institutions patrimoniales normandes autour d'un réseau d'entraide, de proposer une aide directe de matériels et de personnes si nécessaire en cas d'urgence.

Nous mettons à disposition sur notre site des méthodes de préparation au sinistre, des méthodes de traitement des collections sinistrées, des annuaires, une carte qui recense les sinistres passés, nous mettons du matériel d'urgence à disposition, nous proposons des journées de rencontre et des formations.
 

Quels sont les risques et dangers couverts par les actions du GASP ?


Anthony Zurawski : Le GASP essaye de couvrir tous les risques existants (incendies, inondations, glissements de terrain, séisme, vandalisme, vols, risques liés au quotidien...), d'une part par la prévention, en incitant les professionnels à être alertes sur des sujets comme la sécurisation des installations dans leur institution, mais aussi la sûreté des œuvres. Et afin la conservation préventive afin de prévenir tout risque qui pourrait se développer (ex : être alerté lors des fermetures en longue période, être vigilant pendant des travaux afin d'éviter les incendies par points chauds, faire attention à l'humidité relative pour ne pas provoquer des moisissures dans toutes les réserves...). Et d'autre part, la prévision opérationnelle avec l'intervention et l'accompagnement pendant et après sinistre, qui permettent de couvrir les risques les plus violents et communs comme les incendies et les inondations. Nous essayons surtout d'endiguer les suraccidents sur les collections, liés aux moisissures, infestations, aux mauvais traitement et conditionnement.
 

Les institutions patrimoniales sont-elles plus exposées aux risques aujourd'hui ?


Anthony Zurawski : D'après certaines études, j'aurais tendance à dire que non. La médiatisation des sinistres apporte une vision biaisée de la réalité. Il y a toujours eu autant de danger et de sinistres, c'est juste que nous avons accès à l'information plus facilement.

watching the missing thing...
Notre-Dame de Paris, en mai 2019 (Jeanne Menjoulet, CC BY-ND 2.0)


D'un côté, avec le réchauffement climatique, les aléas naturels se font bien plus fréquents et violents, mais de l'autre côté, les professionnels sont de plus en plus concernés et préparés. Notre but est de maintenir cette balance au mieux, et du bon côté. 
 

Dans un contexte de crise, la préservation des ressources patrimoniales est-elle plus délicate ?


Anthony Zurawski : Si vous faites référence à la crise sanitaire, effectivement, cela freine un peu les interventions et rend plus délicates les manipulations des collections et l'organisation spatiale des zones de sauvetage ou d'évacuation des œuvres. Il faut jongler entre protection personnelle et protection des collections.
 
Sinon, en temps de crise, cette fois-ci financière ou économique, bien sûr. L'argent est le nerf de la guerre : même mon poste se trouve en difficulté, je suis le seul à plein temps sur le sujet du GASP. Le plus dur est parfois de convaincre les politiques et autres instances financières d'investir dans la préservation des biens culturels en cas de sinistre. Chaque euro mis dans la préservation et la gestion de sinistre, c'est bien des centaines euros d'économisés par la suite. Par exemple, le 5 août 2011, une inondation au musée Unterlinden de Colmar s'est déclarée. 140 œuvres ont été évacuées grâce au programme de sauvegarde des œuvres d'art en cas de sinistre, initié en 2004 avec le SDIS68. Ce fut 50.000 € investis, pour 10 millions € de valeur sauvés.

De plus, dans un monde où l'emploi précaire se fait fréquent, il est dur pour un établissement avec une seule personne à son bord de se concentrer sur ce sujet en plus de ses occupations quotidiennes. Le temps et l'argent se font rares, que ce soit pour la conservation prévention ou la préparation aux sinistres.

Photographie : illustration, darkday, CC BY 2.0


Commentaires
Bravo pour tout ce travail !
Félicitations. Immense fierté pour nous bravo wink
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