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Les Ensablés - Notes de voyages de Laurent Jouannaud: "La peste" d'Albert Camus

Mon cher Hervé, On a fêté l’an dernier le centenaire de la naissance d’Albert Camus (13 novembre 1913 - 4 janvier 1960). On a vu un peu partout sa gueule, sa clope, ses gros yeux. C’était surtout une opération commerciale. Mais le « sujet » en valait la peine : mon admiration pour Camus, homme et œuvre, n’a jamais faibli. J’ai relu La Peste ces derniers jours. Malgré ma mauvaise mémoire, j’en sais tous les personnages, je me rappelle les progrès de la maladie, je connais les quelques dialogues clé. J’ai relu ce livre sans surprise mais sans ennui, car La Peste, parue en 1947, est une œuvre qui dérange toujours.

Le 18/01/2014 à 15:48 par Les ensablés

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Publié le :

18/01/2014 à 15:48

Les ensablés

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Par Laurent Jouannaud

L’écrivain raconte que la peste s’est déclarée à Oran, « en 194. », et décrit l’évolution de l’épidémie depuis son apparition, « le matin du 16 avril », jusqu’à son extinction officielle, « à l’aube d’une belle matinée de février », une dizaine de mois plus tard. Après quelques centaines de mort, l’administration préfectorale prend une mesure radicale : « Déclarez l’état de peste. Fermez la ville. » Les Oranais sont livrés à eux-mêmes et à l’épidémie. Le récit décrit le cours de la maladie : les signes cliniques (crachements de sang et bubons), la douleur physique (« l’enfant, comme mordu à l’estomac, se pliait à nouveau, avec un gémissement grêle »), les morts, l’isolement, la quarantaine, les désinfections, la création d’un sérum, les enterrements, le manque de planches qui fait qu’on réutilise les cercueils, le manque de place au cimetière qui conduit à la crémation des cadavres. Camus décrit les réactions des malades et de leurs familles, espoirs et désespoir, larmes et douleur. C’est saisissant. La Peste est un livre dur, un memento mori.  On meurt à chaque page, mais on ne lâche pas le livre.

La médecine est impuissante et la peste s’arrêtera de son propre mouvement, aussi mystérieusement qu’elle était venue : « On était obligé seulement de constater que la maladie semblait partir comme elle était venue. La stratégie qu’on lui opposait n’avait pas changé, inefficace hier et, aujourd’hui, apparemment heureuse. On avait seulement l’impression que la maladie s’était épuisée elle-même ou peut-être qu’elle se retirait après avoir atteint tous ses objectifs. En quelque sorte, son rôle était fini. » On ne peut rien faire contre cette peste sauf fermer les portes… et lutter contre elle. C’est le paradoxe du récit : quelques hommes vont organiser le combat en sachant que leurs efforts sont pratiquement vains. Ils vont aider les malades à moins souffrir, protéger ceux qui sont encore indemnes, lutter contre la panique et le désordre, fabriquer un vaccin (d’abord inefficace, et peut-être ensuite efficace). Ces hommes ne se décourageront pas et n’abandonneront pas. Ils risqueront leur vie et  feront passer la lutte avant leur intérêt privé. Ils ne fuiront pas et ne se contenteront pas de joindre les mains et de prier. Ils ne guériront personne mais ils empêcheront peut-être que l’épidémie ne s’étende, et accompagneront les mourants.

Parmi ces courageux, il y a des médecins qui font leur métier : « Pour le moment, il y a des malades et il faut les guérir. » Mais certains médecins font plus que leur métier, c’est le cas du docteur Rieux. D’autres luttent contre la peste parce qu’ils ont toujours lutté contre le mal, c’est le cas de Tarrou. Il y a ceux qui luttent parce « qu’il peut y avoir de la honte à être heureux tout seul », comme Rambert. D’autres luttent sans se poser de questions, comme Grand : « Il y a la peste, il faut se défendre, c’est clair. Ah ! si tout était aussi simple ! » Ils font passer leurs besoins personnels (confort, amour, sécurité) après les besoins de la lutte. Ils sont exemplaires, même le prêtre Paneloux qui accepte la volonté de son Dieu tout en proposant un « fatalisme actif » ! Personne n’était obligé d’entrer dans les équipes sanitaires organisées : mais certains l’ont fait. « Je dis seulement qu’il y a sur terre des fléaux et des victimes et qu’il faut, autant qu’il est possible, refuser d’être avec le fléau. » Camus montre la morale en action et, en nous la montrant, il fait de la morale. Or la morale est toujours dérangeante : elle va plus loin que ce que nous demandent les lois, elle nous demande parfois même d’aller contre elles.

Tenue d'un médecin soignant la peste

La Peste me pose des questions. Y a-t-il des fléaux en marche au moment où j’écris. Lesquels ? Où ? Quelles sont les victimes ? Qui sont les responsables ? Que faire ? Quand il n’y a ni guerre ouverte ni épidémie près de chez soi et que l’information couvre la planète, la leçon de morale est à la fois claire et ambiguë : se battre, mais où et contre qui ? De 1933 à 1945, l’Europe a été confrontée à la question morale. On n’a pas pu y échapper. Ceux qui sont restés neutres défendaient par la même leur morale, la morale de la neutralité, qui consiste à laisser faire. En 1947, on avait donc un cas de peste tout frais, indubitable et récent. D’où le succès immédiat de ce récit. Le parallèle était évident : la peste brune avait été chassée par les équipes sanitaires de la Résistance et la grande coalition militaire. Camus voulait ce parallèle : « La Peste, dont j’ai voulu qu’elle se lise sur plusieurs portées, a cependant comme contenu évident la lutte de la résistance européenne contre le nazisme. La preuve en est que cet ennemi qui n’est pas nommé, tout le monde l’a reconnu, et dans tous les pays d’Europe. » (Lettre à Roland Barthes, 1955)

L’habileté artistique de Camus a consisté à ne pas dire un mot du nazisme. Là où certains auraient écrit : « Il faut lutter contre le nazisme qui est une peste », Camus suggère : « Il faut lutter contre la peste, contre toutes les pestes ». D’où la portée supérieure de son récit et son ambiguïté. Camus a renoncé au mot « roman » : La Peste est une allégorie. Il a gommé les références historiques, les détails militaires ou idéologiques. Il s’est coupé intentionnellement de l’Histoire qui venait de s’achever. S’il avait parlé de pétainisme et de gaullisme, la leçon de morale serait déjà moins bien passée. Tout le monde savait en 1947 qu’il n’y avait pas eu de peste à Oran dans les années 40. Camus renonçait à l’interprétation historique directe pour élargir sa leçon. C’est d’ailleurs ce qu’on a reproché à son livre quand la guerre s’est éloignée. On a parlé de sa naïveté, de sa morale de boy-scout. Les plus indulgents parlaient de son didactisme, de sa lourdeur. Rieux, le docteur admirable, déclare : « Il ne s’agit pas d’héroïsme dans tout cela. Il s’agit d’honnêteté. C’est une idée qui peut faire rire, mais la seule façon de lutter contre la peste c’est l’honnêteté. » Dans Oran pestiférée, un homme honnête devait se mettre au service de ceux qui subissaient le fléau.

Le message de l’ « honnête » Albert Camus a longtemps fait rire en France. Il est aujourd’hui « réhabilité », mais pour de mauvaises raisons : il se trouve que la morale ressemble en partie aux bons sentiments et à la bienpensance actuels.

Albert Camus

Camus lui-même a provoqué l’équivoque. En effet, celui qui raconte après coup la chronique de la peste, c’est Rieux. L’honnête médecin, l’homme honnête devient un honnête écrivain en témoignant de l’épidémie : Rieux gagne sur tous les fronts. Dix ans plus tard, dans son discours de réception pour le prix Nobel de littérature (1957),  Camus déclare : « L’écrivain ne peut se mettre aujourd’hui au service de ceux qui font l’histoire mais au service de ceux qui la subissent. » Être avec les blancs ou avec les noirs, il faudrait donc choisir. Sartre disait la même chose au même moment. Mais où sont les blancs, qui sont les noirs ? Sartre et Camus différaient déjà d’opinion sur ce point. Soixante ans plus tard, il est encore plus difficile de savoir qui fait l’histoire et qui la subit. La leçon de Camus résonne à mon oreille et à mon cœur, mais je suis incapable de savoir l’appliquer. L’écrivain ne met plus les pieds ni la plume dans aucun camp : par sagesse, par prudence, par lâcheté, et parfois même par honnêteté. Le temps de l’engagement est-il révolu ? Peut-être… D’où le sentiment, parfois si fort, de l’inutilité d’écrire et de la futilité de tout ce qui s’écrit autour de nous. Camus proposait deux critères pour juger de la blancheur ou de la noirceur de l’encre. Il les rappelle dans son discours de Suède : l’écrivain doit se mettre « au service de la vérité et de la liberté ». J’ai renoncé à comprendre le mot « liberté ». Je serais bien incapable de lui donner un sens concret. Les forces qui pèsent sur un individu en font le prisonnier de son époque, de son pays, de son milieu, de son histoire, de son corps.

Qu’est-ce aujourd’hui que la liberté d’expression, la liberté de culte, la liberté dans la vie privée ? Quant au mot « vérité », il a un sens, je ne suis absolument pas sceptique : « Deux et deux font quatre », rappelle Rieux, « et il vient toujours une heure dans l’histoire où celui qui ose dire que deux et deux font quatre est puni de mort ». Oui, la vérité est dérangeante, mais elle ne suffit pas à faire de la littérature. L’opposé de la vérité, c’est, disons, le mensonge, l’erreur, le flou. Il faudrait donc, quand on écrit, ne pas mentir, ne pas se tromper et être précis ? Peut-être. Mais ces trois règles ne font pas encore un art d’écrire. Un écrivain n’est ni journaliste, ni sociologue, ni historien. Un roman ne dit pas la vérité, c’est une fiction. L’écrivain exerce le « mentir vrai », disait Aragon. Il n’y a jamais eu de peste à Oran en 1940, et c’est pourquoi seul un romancier pouvait la raconter. Non, ce n’est pas son honnêteté d’homme qui a donné à Camus son talent d’écrivain. La littérature n’est pas une copie de la Déclaration des droits de l’homme. Il y a un deuxième écrivain dans La Peste, c’est Joseph Grand. Héros sans prétention, petit employé de mairie, il compose le soir un roman dont voici le début : «  Par une belle matinée de mai, une svelte amazone, montée sur une somptueuse jument alezane, parcourait, au milieu des fleurs, les allées du Bois… » Ce roman en gestation se passe à Paris et raconte une histoire d’amour, bien loin d’Oran et de l’épidémie. Joseph Grand peine à l’écrire, il recommence à chaque fois, il se bat avec les mots, et ça deviendra  peut-être un jour un grand roman… Après le saumon et le champagne de fin décembre, mon cher Hervé, ma première chronique de 2014 manque un peu d’entrain ! J’en suis désolé. Je vous souhaite, à vous, à nos lectrices, à nos lecteurs, une bonne année littéraire.


On peut entendre sur You Tube la voix de Camus lisant son discours.

DOSSIER - Profession : agent littéraire, un métier mal connu

Par Les ensablés
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« Nos pays ne sont pas beaux...mais il y a en eux une espèce de grandeur calme et comme un peu dédaigneuse qui est beaucoup plus captivante que la beauté ». Ainsi Charles Braibant (1889-1976), Champenois de lignée et de coeur, décrit-il sa région d’élection dans son roman Le roi dort qui, s’il rata de peu le prix Goncourt, fut couronné du Renaudot en 1933. Par Marie Coat

 

22/06/2025, 09:00

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Les Ensablés - La peau et les os de Georges Hyvernaud

Dans la fosse commune de l’oubli, Georges Hyvernaud n’a non seulement rien fait pour l’éviter - en ne publiant que deux livres de son vivant - mais y a sauté à pieds joints. La Peau et les os (1949), court mais édifiant récit de sa captivité pendant la seconde guerre mondiale, puis Le Wagon à Vaches (1953), roman implacable de l’impossible réadaptation à une vie dite normale, prouvent que l’écrivain avait pris le parti non négociable d’une vérité humaine très difficile à vendre. Par Nicolas ACKER.

08/06/2025, 19:15

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Les Ensablés - Planète sans visa, de Jean Malaquais

Né en 1908 à Varsovie, Vladimir Malacki - devenu par la suite Jean Malaquais  (1908-1998) - quitta la Pologne à l'âge de 18 ans pour venir vivre en France. Mobilisé en 1939, il fut fait prisonnier, puis parvint à s'évader. Juif et apatride, il partagea alors l'existence précaire de nombre de personnes réfugiées à Marseille dans l'espoir d'obtenir un visa. Grâce à l'aide de son ami Gide, il obtint ce précieux sésame et gagna les Etats-Unis où il vécut plusieurs années, enseignant la littérature. Malaquais n'a publié que trois romans : « Les Javanais » (prix Renaudot 1939),  « Le Gaffeur » (publié en 1953), tous deux objets de précédents articles et  « Planète sans visa », grand roman de la France sous l'occupation, publié en 1947 et qu'il remania jusqu'à ses derniers jours. Ce roman de plus de 500 pages a été réédité en 1999 après sa mort.

25/05/2025, 09:41

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Les Ensablés - La Saint-Michel et le Pont Euxin d'Anne Lacroix, par François Ouellet

Anne Lacroix (1897-1982) n’aurait publié qu’un seul roman, La Saint-Michel et le Pont-Euxin chez Grasset en janvier 1933. À cette date, elle a déjà commencé un deuxième roman, Rézle (et même annoncé un troisième titre, Les Bergers d’Arcadie), soumis en décembre de la fin de cette même année pour le Prix du roman du Temps ; les quelques voix qu’elle récolte seront insuffisantes pour qu’elle obtienne ce prix qui consiste dans la publication du roman dans les pages du quotidien. Mais, cinq ans plus tard, en mars 1938, Rézle paraîtra en feuilleton dans Le Temps. Il ne semble pas que la carrière d’Anne Lacroix ait connu d’autres développements. Par François Ouellet.

11/05/2025, 09:00

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Les Ensablés - L'Impassible de Frédéric Berthet (1954-2003)

Lorsque la critique d’un livre est aussi intéressante, voire plus, que le livre dont elle parle, lorsqu’on se régale de son style, de son ironie, de sa drôlerie, et si transparaît à travers ses mots l’originalité de l’homme lui-même, alors on peut se dire qu’elle est elle-même œuvre littéraire, et que son auteur est un sacré bonhomme. Voilà la réflexion que je me suis faite après la lecture de ce recueil d’articles de Frédéric Berthet, récemment paru chez La Table Ronde sous le titre L’Impassible. Par Hervé BEL

27/04/2025, 09:00

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Les Ensablés - Happe-Chair de Camille Lemonnier (1844-1913)

Happe-Chair, un titre qui a tout de suite attiré mon attention. Je me trouvais alors dans une des dernières librairies anciennes de la rue Saint-Sulpice (pour combien de temps encore sera-t-elle là ?), dans la bonne odeur des vieux livres, lorsque je suis tombé sur la réédition de 1908 de ce roman de Camille Lemonnier publié une première fois en 1886 chez Kiestmaeckers…  par Hervé Bel. 

13/04/2025, 12:28

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Les Ensablés - Jacques Rivière, Sentiments et critique

À l’occasion du centenaire de sa mort, la collection Bouquins consacre un volume à Jacques Rivière, critique et essayiste, véritable cheville ouvrière de la Nouvelle revue française dont il assura la direction durant plus de 10 ans. Mort prématurément en 1925 à l’âge de 39 ans, celui qui fut à la fois le grand ami et le beau-frère d’Alain Fournier, l’auteur du Grand Meaulnes, révèle par la quantité d’articles qu’il donna à la revue une perspicacité critique étonnante. Sensuelle et inspirée. Par Denis Gombert

30/03/2025, 09:00

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Les Ensablés - Lire sous l'occupation de Jacques Cantier

Le monde des livres sous l’Occupation a déjà été étudié par l’historien Jacques Cantier qui s’était intéressé à la trajectoire de l’une des figures maudites des lettres françaises avec sa biographie de Pierre Drieu La Rochelle (Perrin, 2011). Cette fois, avec Lire sous l’Occupation, publié en 2019 et en poche en 2024 aux Éditions CNRS, il nous présente un panorama global de la lecture entre 1939 et 1945. , par Nicolas Acker.

16/03/2025, 16:50

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Les Ensablés - La femme qui boit de Colette Andris, par Marie Coat

En mars 2023, Gallimard publiait dans sa collection L’imaginaire un grand succès de son catalogue paru en 1929, réédité à huit reprises puis repris en 1934 dans sa collection de poche : La femme qui boit », première oeuvre d’une jeune femme de 29 ans, Pauline Toutey. Par Marie  Coat

02/03/2025, 19:56

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Fanny à la folie : Émilie de Turckheim raconte les souvenirs d'une femme de 82 ans

Fanny à la folie, le nouveau roman d'Émilie de Turckheim, paraîtra le 19 août 2026 aux éditions JC Lattès. À travers le portrait d'une octogénaire contrainte de quitter son appartement pour entrer en maison de retraite, l'autrice retrace une vie traversée par les souvenirs, les amitiés fondatrices, les amours et les secrets, dans un récit où se mêlent humour, fantaisie et émotion.

18/07/2026, 10:01

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Moins de 200 pages : 10 livres à dévorer pour lecteurs qui n’ont pas le temps

Un meurtre pour préparer l’arrivée d’un bébé, une greffe d’utérus dans le métavers, des rêves fabriqués en forêt ou un trésor enfoui dans l’histoire coloniale de La Réunion : nul besoin de 500 pages pour ouvrir de vastes horizons. Du noir à l’imaginaire, de la romance à la poésie, voici dix ouvrages (francophones) à découvrir avant la fin des vacances. À raison d’un titre tous les quatre ou cinq jours, la rentrée peut bien attendre.

18/07/2026, 09:08

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Comment l’IA transforme la guerre de l’information

L’heure du digital, l’océan de l’information ne cesse de s’étendre. Toute recherche apporte son flot de réponses et il n’est pas toujours facile de naviguer entre renseignements officiels, astroturfing (une stratégie de manipulation et d’influence), fake news et propagande.

18/07/2026, 08:00

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Un vétérinaire découvre que son symptôme n’est pas isolé

Martin Reinhard est vétérinaire. Il vient de reprendre un cabinet sur le déclin à Château-Chinon. Mais depuis quelque temps, ce géant qu’on verrait bien en troisième ligne sur un terrain de rugby se sent épuisé. Et le climat automnal n’arrange rien à son état vaguement dépressif. Pire, un matin, alors qu’il observe des chevreuils à proximité de sa maison, une étrange tache bleue apparaît dans son champ de vision.

18/07/2026, 07:00

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Parle-moi de chez nous : les racines prennent l’avion

Un téléphone sonne, une femme tombe, trois générations retrouvent la parole. Entre Porto Rico et les États-Unis, Jeanine Cummins remonte les silences d’une lignée de femmes. Parle-moi de chez nous (trad. Christine Auché) est une saga généreuse, traversée d’images splendides, qui pèche surtout lorsqu’elle explique ce qu’elle vient de si bien faire sentir.

17/07/2026, 16:23

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Au-dessous du volcan de Malcolm Lowry : une postulation vers le diable

Au-dessous du volcan, de Malcolm Lowry (éditions Gallimard, 1959, traduit de l’anglais par Stephen Spriel avec la collaboration de Clarisse Francillon et de l’auteur) est un roman hors-norme, sulfureux.

17/07/2026, 12:32

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Freida McFadden et les cahiers de vacances : on prend les mêmes et on recommence

Le Dîner, de Freida McFadden (trad. Karine Xaragai), reste en tête des meilleures ventes du 6 au 12 juillet 2026, avec 42.080 exemplaires écoulés. Derrière, La Prof remonte à la deuxième place. Pour le suspense, il faudra repasser : les huit autres titres du Top 10 sont encore des cahiers de vacances.

17/07/2026, 12:31

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Septentrionale : Karim Kattan fait de l’amour le dernier moteur du monde

Un pays jamais nommé s’effondre derrière eux ; devant, toutes les routes filent vers le nord. Dans Septentrionale, Karim Kattan lance Maryam et Joseph à travers une nuit de guerre, de prodiges et de souvenirs. Porté par les trajectoires queer de ses deux protagonistes, ce roman de l’exil mêle argot, visions cosmiques et tendresse sans édulcorer les violences héritées. Une traversée saisissante, parfois freinée par des symboles trop appuyés. Sortie le 4 septembre.

17/07/2026, 10:37

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Elle le mangerait : la grande Frédé a les crocs

Frédérique a 35 ans, quelques centimètres de trop selon les autres, un ex qu’une mesure d’éloignement lui interdit d’approcher et une faim d’amour impossible à rassasier. Lorsque Gabriel la défend dans la rue, elle ne rencontre pas un homme : elle invente un couple. Avec Elle le mangerait, Nicolas Robin signe une comédie noire nerveuse, drôle dans son aveuglement, glaçante dans sa logique. À table, le 27 août.

17/07/2026, 10:37

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Que reste-t-il des idéaux quand un attentat se prépare ?

Jeanne, Eric et Abdallah sont adolescents quand ils forment un groupe de musique : Les Pirouettes Cacahuètes. Ils voulaient fabriquer du son, une matière sauvage pour contrer l’effondrement annoncé, mais jamais le trio n’aurait imaginé alimenter une révolution à venir.

17/07/2026, 09:00

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Saurez-vous distinguer l’auteur de l’intelligence artificielle ?

Antoine Hummel propose un jeu. Son dispositif littéraire caustique entreprend de nous décoller du régime permanent de sollicitation que produisent les algorithmes de plateformes et d’applications.  En se confrontant à YouTube et en laissant s’insinuer l’intelligence artificielle, le texte explore ce que deviennent l’attention, le jugement et la création lorsque la répétition du même et la suggestion algorithmique enclosent notre appréhension du monde. 

17/07/2026, 08:00

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La prochaine guerre mondiale pourrait commencer par l’eau

L’eau est devenue l’or bleu du XXIe siècle, une ressource rare et convoitée, au cœur des équilibres géopolitiques. Dans un monde sous tension, Léa, ingénieure spécialiste du traitement de l’eau, travaille sur des technologies de pointe censées répondre à la pénurie. Lorsque la crise s’intensifie, elle est mobilisée au sein de Blue Corps, une unité internationale chargée de sécuriser les ressources hydriques, considérées comme des infrastructures critiques.

17/07/2026, 07:00

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Les Carnivores : Guillaume Nail écrit un futur qui a les crocs

Après une série de contaminations venues du vivant, les bêtes ont presque disparu, la viande se rationne et le Sanum organise un monde d’interdits, de protocoles et de surfaces désinfectées. Augustin, enfant rescapé d’une forêt interdite, croise Vadim, bureaucrate carniste, masculiniste et futur Guide d’une communauté hors contrôle. Avec Les Carnivores, publié chez Denoël, Guillaume Nail signe un roman brutal, organique, parfois saturé, mais traversé d’une vraie puissance de vision.

16/07/2026, 17:31

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Jim Queen : queer et sentiments

C’est le succès cinématographique du moment : un film d’animation – pour adultes – déjanté, trash et follement irrésistible : Jim Queen, de Marco Nguyen et Nicolas Athané.

16/07/2026, 15:44

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Une étreinte pour un long voyage : une saison en Perse et en prose

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Le petit chien thérapeute : “Le deuil, c’est la mémoire qui s’obstine à battre sous les cendres”

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Dans les ruines de Munich, un tueur traque les jeunes femmes

Un polar sur fond historique qui rappelle beaucoup l'ambiance de la Trilogie Berlinoise de Philip Kerr. À Munich en 1946 sous l'occupation US, les destins de réfugiés, profiteurs, militaires, prisonniers, s'entrecroisent tandis qu'un serial-killer s'attaque à des jeunes femmes.

16/07/2026, 11:21

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Le fabuleux piano : Sonia Devillers fait parler un Érard disparu

En cherchant le piano laissé à Bucarest par sa grand-mère, Sonia Devillers rencontre un autre instrument disparu : un Érard de concert, numéro 68037, acheté par la famille Enoch en 1892, volé par les nazis en 1943 et jamais retrouvé. Dans Le fabuleux piano, publié chez Robert Laffont, elle compose un récit-enquête ample, sensible et très documenté sur les objets spoliés, les morts sans tombeau et la musique comme dépôt de mémoire. Début des gammes, ce 27 août.

16/07/2026, 10:38

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Gaëlle Obiégly, ou l’art de digresser dans Rien à voir

Une narratrice connue sous le nom de Rose de Nuit vend des fiches de lecture, se dispute avec une bibliothèque et repart avec un livre blanc qui n’en est peut-être pas un : Une sculpture. Quand l’artiste Ari Bosochur lui propose de participer à une rétrospective où les œuvres seraient remplacées par leur récit, tout se met à glisser. Gaëlle Obiégly signe un roman brillant, drôle et très mobile sur l’art, la parole, le soin et les vies qu’on tente d’ordonner. Rien à voir, peut-être à lire, ce 20 août.

16/07/2026, 10:33

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Le Mal du pays : Colin Barrett raconte l’Irlande rurale sans misérabilisme

Dans le comté de Mayo où il a grandi, l’Irlandais Colin Barrett pose un regard bienveillant sur l’humanité de ses compatriotes et nous livre un recueil de nouvelles d’une remarquable unité de ton, très rural, très social.

16/07/2026, 10:19

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Ce que le capitalisme doit au racisme et au patriarcat

Pourquoi le capitalisme domine-t-il le monde ? A-t-il toujours existé ? Quels liens entretient-il avec la démocratie, le racisme, le patriarcat ou la crise écologique ?

16/07/2026, 09:00

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Son fiancé vole les 32 millions du Loto et déclenche sa vengeance

Pâquerette a 28 ans. Elle est laborantine, et follement amoureuse de Jean-Benoît, son fiancé, qu’elle considère comme l’homme parfait. Un soir, après sa journée de travail, elle rentre chez elle, avec dans sa poche, un ticket de Loto sur lequel elle a coché tous les numéros qui racontent leur histoire d’amour. Installée devant la télé, elle retient son souffle. Les chiffres tombent… un par un. Jusqu’au dernier : jackpot, trente-deux millions d’euros ! 

 

16/07/2026, 08:00

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Une veuve face aux victimes remontées d’un lac artificiel

Près de l’ancienne mine creusée par les Britanniques, une veuve assiste aux recherches des victimes dans un lac artificiel. Un homme en combinaison plonge puis remonte sans cesse des eaux. Elle tremble à l’idée de ce qu’il pourrait repêcher. Traduit du grec par Nicolas Pallier.

16/07/2026, 07:00

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France-Espagne : la Roja met les Bleus à terre un soir de 14 juillet

Un soir de fête nationale, les Bleus rêvaient d’une troisième finale de Coupe du monde consécutive. À Arlington, dans l’agglomération de Dallas, l’Espagne les a privés de ballon, de souffle et d’avenir : 2-0, sans véritable contestation. Pour raconter cette chute, trois livres : Le Cœur du pélican pour la France, Rouge ou mort pour la Roja et Les Derniers Jours de Roger Federer pour une rencontre dont l’issue s’est dessinée bien avant le coup de sifflet final.

15/07/2026, 21:35

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Le Père-Lachaise surréaliste, d'Étienne Ruhaud

Inauguré en mai 1804 dans l'actuel 20e arrondissement, le Père-Lachaise est devenu en quelques décennies le cimetière le plus réputé de Paris. L'éponyme confesseur du Roi-Soleil n'a jamais dû, de son vivant, imaginer une telle postérité. Par Jacques Lucchesi.

15/07/2026, 15:51

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Je ne suis pas venu apporter la paix : la ferme où tout implose

Dans une ferme isolée d’une vallée pyrénéenne, un patriarche agonise. Ses enfants reviennent, chargés de rancœurs, de secrets, de fatigue et de comptes jamais réglés. Dehors, l’orage cogne. Dedans, Judith tient la maison, Maud prie, les chiens veillent, la fratrie s’observe. Je ne suis pas venu apporter la paix, ou la tragédie familiale noire revue par Nicolas Martin, organique, parfois excessive, mais d’une puissance d’atmosphère rare. À partir du 3 septembre.

15/07/2026, 15:12

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Fille de : Anne Pitteloud démonte le mythe du grand écrivain

À la mort de Christian Monnay, écrivain culte retiré du monde depuis trente ans, sa fille Chloé découvre que ses neuf manuscrits inédits ne contiennent que des pages blanches. Pour préserver sa mère aveugle, puis pour exister enfin comme autrice, elle glisse ses propres romans sous le nom du père. Anne Pitteloud signe une comédie noire, fine et acide sur la filiation, l’imposture et les légendes que fabrique le monde littéraire. Généalogie à découvrir le 21 août.

15/07/2026, 12:15

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Une unique lueur : le retour familier et réjouissant d’Adamsberg

La cuvée Vargas est un bon cru : un roman sans surprise, assez convenu, mais qui ne décevra donc pas les fans d'Adamsberg et de cette auteure, spécialiste des dialogues décalés, un brin déjantés : quand la poésie affleure du sous-jacent au-delà des apparences de notre monde que l'on croit rationnel.

15/07/2026, 11:20

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Le murmure de Jacques Derrida

Loin de se limiter à des réflexions purement linguistiques, Le monolinguisme de l’autre est une critique implacable de l’aliénation culturelle en situation coloniale.

15/07/2026, 10:49

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Comment l’ordre transforme les révolutions en cérémonies

Comme il y a une dialectique de la raison, il y a une dialectique de la mémoire qui métamorphose le souvenir de la révolte en culte de l’ordre, les anniversaires des révolutions en défilés militaires, l’héritage de la Shoah en légitimation d’un État génocidaire ; ainsi s’affrontent les romans nationaux et la tradition des vaincus, le culte des héros et les traces laissées par les sans-nom, les monuments et les remémorations dissidentes.

15/07/2026, 09:00

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Les Désarmantes : Caroline Bouffault imagine une France sans hommes au pouvoir

Avec Les Désarmantes, son troisième roman à paraître le 21 août 2026 aux éditions Fugue, Caroline Bouffault imagine une France devenue une république pacifiste dirigée exclusivement par des femmes, où l’arrivée d’une journaliste étrangère vient révéler les contradictions d’un modèle fondé sur l’exclusion des hommes.

15/07/2026, 07:48

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Ces 10 livres méconnus sauveront votre été avant la rentrée littéraire

À l’approche de la rentrée littéraire, les piles de livres à paraître ne tarderont pas à chasser celles du printemps. Il reste pourtant un mois et demi pour revenir vers des romans, récits et objets littéraires publiés entre janvier et juin 2026, parfois passés sous les radars malgré leur singularité.

14/07/2026, 15:01

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Le mythe de la France sans esclaves s’effondre dans les archives

À la veille de la Révolution française, Paris se pense comme une terre de liberté, régie par le principe selon lequel « il n’y a pas d’esclaves en France ». Pourtant, pour les esclaves venus des colonies chercher refuge dans la capitale, cette promesse se révèle fragile et souvent illusoire. 

14/07/2026, 09:00

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Une communauté protectrice devient peu à peu impossible à quitter

Alors qu’elle prend la route pour tenter de calmer ses angoisses, Coro se retrouve sur des sentiers déserts, sans téléphone portable, frôlant la panne sèche. La nuit progresse, et alors qu’elle s’aventure au bout d’un chemin étroit pour demander de l’aide, elle arrive devant un grand portail noir. Elle va découvrir une demeure isolée, entourée de végétation et peuplée d’animaux. La communauté de femmes qui y vit propose son aide à Coro.

14/07/2026, 08:00

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Celle que je suis

13/07/2026, 16:37

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En Iran, 72 jours de garde à vue deviennent un monument littéraire

Arrêté en Iran le 12 octobre 2022, Olivier Grondeau a passé 887 jours en prison avant sa libération, le 17 mars 2025. Dans Joseph dans la nuit, publié chez L’Iconoclaste, il revient sur ses 72 jours de garde à vue sous l’autorité du ministère du Renseignement. Un récit d’enfermement, de peur et de résistance intérieure, porté par une langue nette, poétique et vibrante, où les rêves, les camarades et Hafez maintiennent un peu de monde au fond du noir.

13/07/2026, 16:18