Roman moins grave qu’Adios (lien) qu’il publiera en 1974 et qui sera son dernier roman, L’été finit sous les tilleuls est un délicieux roman satirique que Kléber Haedens publie en 1966 chez Grasset.
Le 15/01/2017 à 09:00 par Les ensablés
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15/01/2017 à 09:00
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Par Denis Gombert
Engagé corps et âme « contre le littérairement correct », Kleber Haedens s’est fait connaître comme journaliste : à L’Action française à la rubrique des sports dans les années 30, à Paris presse et au Journal du dimanche après guerre où il tiendra avec une grande liberté de ton le feuilleton littéraire. Grand ami de Blondin, classé dans le cercle-carré des Hussards, Haedens s’est fait connaitre et remarquer pour sa très libre, très impartiale et surtout très savoureuse Histoire de la littérature française qui revendique, en littérature comme dans la vie, tous les droits. Haedens est un rabelaisien. Grand gaillard, bon convive, gros buveur. En matière de jugement littéraire, il ne s’embarrasse pas de théories littéraires - le structuralisme commence à planter ces banderilles à cette époque- mais clame tout haut une parfaite indépendance du jugement. C’est donc dans un accès de bonne humeur qu’il entend « faire régner sur les lettres françaises la terreur du bon sens et du goût ». Ainsi voit-il en Villon qu’il adore le premier voyant de la poésie : « Il voit, dans une exhalaison rêveuse du souvenir, les douces ombres du passé dont les corps ont brûlé d’amour » ; en revanche, un Saint Exupéry, super star littéraire de l’entre deux-guerre n’est pour Haedens qu’un « penseur irritant, plein d’idées bruleuse qu’il expose d’un ton bien trop grave et qui sont beaucoup moins originales qu’il n’a l’air de le croire ».
L’été finit sous les tilleuls arrive donc au moment où la carrière de journaliste d’Haedens est lancée. Il est, comme on dit, une figure du milieu. Depuis 1947, Haedens a peu publié. Son nouvel roman L’air du pays passe un peu inaperçu en 1963 mais L’été finit sous ses tilleuls qui arrive en 1966 retient l’attention en obtenant le prix interallié. C’est l’humour et la grande liberté de ton qui s’imposent d’emblée et qui donnent beaucoup de fraîcheur au texte. Il faut rappeler qu’en 1966 la mode littéraire est davantage tournée vers des œuvres plus sérieuses ou théoriques. Foucault et Deleuze règnent sur le domaine des essais, Margueritte Duras sur le roman. Avec son roman-farce, Haedens pourrait faire figure de zozo. Mais ce serait sans compter sur toute la délicatesse d’esprit et la finesse d’observation de cet auteur qui ne se hausse pas du col.
Dans le petit village de Fontereau, en Dordogne, une très belle jeune femme, Florence Frazé épouse un gentil instituteur Jean Sartroux. Voici les portraits. Pour elle : « Florence Frazé était crée pout laisser la fumée d’une Abdullah monter jusqu’à ses cils de soie plate tandis qu’un trop jeune officier britannique se damnerait pour elle dans un bar de Mandalay ». Pour lui : « grand, costaud au point de paraitre lourd, il portait une mèche brune sur le front et quelques jeunes filles songeaient à ses yeux sombres, intelligents et doux».
Le décor est donc planté, nous sommes dans une scène de la vie de province à laquelle Haedens donne une coloration toute ironique. Mais la plume caustique d’Haedens n’est jamais trempée dans l’acide, elle laisse au contraire supposer que le spectateur se délecte lui aussi et par avance de ces jeux de l’amour innocents et par trop naïfs. Car l’amour pur et désintéressé ne le reste jamais très longtemps. Florence écrit dans un premier temps « des pages entières couvertes de Je t’aime… Elle allait mourir sa passion la tuait » mais vient très vite, sinueux et perfide, le sentiment d’ennui qu’infuse la vie de province. Plus que toute autre Florence y est sensible. En moins de deux ans, Jean Sartroux sera un cocu intégral ! La farce tourne au vaudeville et Haedens, avec le même talent du sarcasme charmant, du fleuret moucheté rieur, du peintre des sentiments désenchantés narre : « Cette Farzé trop peinte, dont le regard répandait une lueur de néon sous les faux cils, n’avait donc pu rester fidèle à son mari. Jean Sartroux était cocu. Florence ne se disait pas cela sans mélancolie. Elle aimait rire. Elle avait cru que sa vie serait une suite de badinages élégants et que le bonheur de Jean Sartroux serait de faire naitre cet éclair enfantin qui pourrait traverser ses yeux ».
Puisque le vin est tiré, il fait le boire. Les amants vont se succéder dans les bras de Florence. Amaury Vénérand tout d’abord, un voisin, prototype du dandy à trois sous et banalement ringard. Amaury passe pour poète, ce qui enflamme Florence. Il a publié un recueil Les Travaux et les songes dans une obscure maison d’édition. Cela lui suffit à se laisser sentir pousser du génie. Il n’est qu’un fat. Evidement Florence tombe dans le panneau. « Vous êtes Verlaine avec quelque chose de plus saisissant », s’extasie-t-elle.
Ensuite, Florence se fera embobiner par un représentant de commerce, le flamboyant Gaston Firbex, qui parviendra à la lever - et à la coucher ! - en moins d’une après-midi. Deux verres de champagne, une promenade en auto, de belles promesses sur un travail à Paris, beaucoup de flatteries et le tour est joué. Dans un petit hôtel, voici le dénouement attendu : « Firbex se composait un personnage de gentilhomme courtois, mais inflexible, avec un regard d’acier derrière le monocle, regard à peine troublé par la violence domptée du désir ; il conserva ce personnage, debout sur une carpette à motif chinois, et considéra la femme dégrafée sans plus d’moi qu’un nu artistique de Bouguereau ». Sans appel… Et puis il y en aura d’autres qu’Haedens évoque d’un trait : « Florence aurait encore bien des amants de passage, comme des artistes en tournée, et referait jusqu’à la fin de ses pauvres lumières la même expérience balbutiante dans le même décor de chambre morte »
L’amour est une ronde où les hommes manquent d’imagination tandis que les femmes en ont trop. Autour de Florence, les amants dansent à Fontereau : Jacques et Viviane, Toinon et Marine, Jean et Esther. Toujours les mêmes promesses, toujours les mêmes déconvenues. Qu’est-ce que L’été finit sous les tilleuls ? Bien sûr qu’il s’agit d’un pastiche de l’Emma de Flaubert, figure féminine majeure du désir et de l’ennui. Haedens reprend Emma et la façonne à sa main. Il l’appelle Florence. Il sait qu’elle habite partout en France et qu’elle attend l’amour. C’est un thème littéraire inépuisable auquel l’auteur rend un hommage piquant.
Denis Gombert - Janvier 2017
DOSSIER - Prix littéraire Frontières-Léonora Miano 2022 : dignité humaine, acceptation de l’autre
Par Les ensablés
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13/06/2026, 08:27
Dans Ainsi la Cour décide, Caroline Knecht propose le décorticage d’une institution : la Cour nationale du droit d’asile, là où s’expriment chaque jour des récits d’exil et de survie. Par courts chapitres où se mêlent narration et collage, il met au jour la mécanique judiciaire, révélant comment l’institution écoute, classe – et ce qu’elle ne peut entendre. Le texte fait ainsi apparaître la géométrie politique du droit d’asile et sa sourde violence.
13/06/2026, 08:00
Avant « Make America Great Again », il y a eu « Make America Great » ou tout comme : c’est en effet pour rendre le pays plus puissant et son peuple plus performant que certains États ont, durant la première moitié du XXe siècle, encouragé des recherches en vue « d’améliorer la race » et promulgué des lois eugénistes..
13/06/2026, 07:00
Marc Bloch entre au Panthéon, Marc Bloch écrit La société féodale. Avant l'orietur, science avec patience, le supplice fut sûr : les lettres, les hésitations, les plans remaniés, les éditeurs, les contraintes matérielles et les guerres qui entourent la naissance d’un classique.
12/06/2026, 18:22
La prof, de Freida McFadden, traduit de l’anglais par Karine Forestier, conserve la première place des meilleures ventes en France, avec 19.866 exemplaires écoulés et 178.238 exemplaires cumulés en six semaines. Le titre publié chez J’ai lu devance Mortelle Adèle tome 23 : Nazebrocadabra !, qui gagne quatre places, et La légende, de Boualem Sansal, entrée directe sur le podium. Le haut du tableau associe un leader stable, une bande dessinée en progression et une nouveauté de littérature hors poche.
12/06/2026, 15:56
Avec Dortmunder : Bank Shot, Dupuis poursuit l’exploration du polar américain dans sa collection Aire Noire. Doug Headline adapte Donald Westlake, accompagné au dessin par Jesús Alonso Iglesias et à la couleur par Isabelle Merlet.
11/06/2026, 17:37
« Le goût du néant » : c’est avec un vers de ce poème de Baudelaire que Carole Martinez a choisi d’intituler son dernier roman, Dors ton sommeil de brute (Gallimard, août 2024). Après un roman, Les roses fauves (Gallimard, 2020) que nombre de ses lecteurs ont jugé (peut-être sévèrement) trop métafictionnel, C. Martinez nous offre avec onirisme un texte qui s’attache autant à l’inutile beauté de la prose qu’à celle de la question de la maternité.
11/06/2026, 10:56
La jeunesse est ouverte à l’inconnu, au plaisir de la découverte, et aux charmes de l’exotisme. Clément et Solène sont deux étudiants français qui débarquent à Tokyo pour une année d’Erasmus. Aidés par un étudiant japonais, Noboru, ils prennent leurs marques à l’université. Mais ces deux étudiants ont une autre idée en tête : collectionner les aventures d’un soir et vivre pleinement cette année de parenthèse.
11/06/2026, 10:55
Il y a autant de récits que de personnages dans ce roman qui débute à Paris et qui se termine sur une petite île du Pacifique en Polynésie. Servitude(s) avec ou sans « s » est une charge, un droit, souvent utilisé aux dépens d’un propriétaire : comment être pleinement libre de sa propre destinée quand le monde extérieur tente de vous imposer sa façon de vivre ou sa vision des choses ?
11/06/2026, 10:54
Dans son premier ouvrage, la secrétaire générale de la CFDT ne livre ni manifeste idéologique ni mémoires anticipés. Avec S’engager, elle propose une réflexion pragmatique sur le travail, la démocratie sociale et la nécessité du compromis dans une époque fascinée par les postures et les affrontements.
11/06/2026, 10:54
Il est des éditeurs que l’on écoute. Stéphane, des très qualitatives Éditions des Instants, est de ceux-là. Ceux qui lisent mes chroniques le savent : je chronique assez peu de littérature, étant plutôt spécialisée dans les livres d’Histoire et toutes ses déclinaisons. Ainsi, quand Stéphane me proposa de m’envoyer Siméra en Crète, premier livre de Catherine Sourd, j’ai dit oui. Mais, honnêtement, je ne saurais vous dire pourquoi. Une forme d’instinct, peut-être. Ou la Crète…
10/06/2026, 18:17
Cinq ans après son lancement, le dispositif gouvernemental connaît un virage historique. Après avoir représenté une locomotive pour la lecture, notamment de mangas, un genre encore récemment adoubé par le chancelier de l’Institut de France Xavier Darcos, le Pass Culture voit en 2026 le cinéma s'imposer comme le premier secteur de dépenses.
10/06/2026, 09:15
Quels sont les textes qui méritent d'être transmis, étudiés et célébrés ? Derrière cette question apparemment simple se cache l'une des problématiques les plus anciennes et les plus sensibles des études littéraires : celle du canon. Ensemble d'œuvres reconnues comme exemplaires ou incontournables, le canon ne relève jamais d'une sélection neutre. Il résulte de choix historiques, culturels, institutionnels et politiques qui évoluent au fil du temps.
10/06/2026, 07:00
En 1953, un journaliste demande à Hemingway qui l’a formé. Il cite Stephen Crane. Pas Fitzgerald. Pas Flaubert. Ralph Ellison dit la même chose, avec d’autres mots : Crane est à l’origine de la quasi-totalité de la fiction américaine du vingtième siècle, y compris la sienne. Henry James, qui distribuait ses compliments avec une parcimonie de banquier, répétait qu’il avait un grand, très grand génie. Par Charles Garatynski.
08/06/2026, 17:07
Sous la plume de la romancière, nouvelliste et dramaturge Ella Balaert, les éditions Cours Toujours nous offrent un livre qui ressemble à une boîte de chocolats, où toutes les douceurs seraient excellentes et dans laquelle on picore au gré de ses envies. Ce livre, c’est tout sur George Sand (ou presque), et, en cette année du 150e anniversaire de sa disparition, en parler est une merveilleuse façon de lui rendre hommage.
08/06/2026, 16:42
« On m’a abandonnée dans le carrer des Camèlies, contre la grille d’un jardin, et le veilleur m’a trouvée au petit matin. Le monsieur et la dame qui habitaient la maison voulaient bien de moi, mais sur le moment il paraît qu’ils ne savaient pas quoi faire : me garder ou me donner aux bonnes sœurs. » Voici comment tout a commencé pour cette petite fille, trouvée dans un couffin, accompagnée d’un simple papier : « Cécilia Ce », rien de plus.
08/06/2026, 11:38
Ces échanges épistolaires directs et sans fard valent d'emblée par la qualité des duellistes. Les amateurs de confidences intimes en seront cependant pour leurs frais, tant sont couverts d'un voile pudique les sentiments de chacun. Par Bertrand Levoyer, contributeur régulier de la Revue des Deux Mondes.
08/06/2026, 10:13
Goethe échappe aux souvenirs scolaires, Kim Il-sung surgit sous les habits d’un prophète politique, l’Espagne franquiste se lit à travers les obsessions de ses doctrinaires, la Bolivie minière révèle ses paysages contaminés et la censure américaine change de visage.
07/06/2026, 10:41
Freida McFadden conserve la première place des meilleures ventes pour cette nouvelle semaine (26/06 au 31/06) avec La prof, publié chez J’ai lu. Le roman s’écoule à 25.564 exemplaires sur la semaine et atteint un cumul de 158.372 ventes en cinq semaines de présence.
05/06/2026, 19:06
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Étienne Klein perd son doctorat après une enquête sur le plagiat de sa thèse “Je suis plus français que toi, parce que moi, j’ai choisi” : dans les allées de Passeurs de Livres Lionnel Astier : “Tout ce qui leur restait, c’était la parole” Plagiat d'Étienne Klein : des excuses au règlement de comptes
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