L'inflation, galopante, touche tous les secteurs d'activité ; et le monde de la culture n'est pas épargné. La Charte, association de défense des droits des auteurs et illustrateurs jeunesse, alerte sur la paupérisation des auteurs et autrices. Elle appelle la chaîne du livre à se mobiliser pour lutter contre cette précarité dans une tribune, reproduite intégralement ci-dessous.
Le 29/06/2022 à 11:57 par Auteur invité
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29/06/2022 à 11:57
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Alors que l’Insee a annoncé une inflation de + 5,2% sur un an à la fin du mois de mai, la Charte des auteurs et des illustrateurs jeunesse alerte sur la dégradation des conditions de vie des auteurs et des autrices, tandis que les effets de la pandémie se font encore sentir et que la crise du papier impacte fortement les coûts de production. Nous appelons tous les acteurs et actrices de la chaîne du livre à se mobiliser pour que les auteurs et autrices, premiers maillons sur lesquels reposent tout une industrie, ne soient pas les premiers à absorber les effets de la crise qui s’annonce.
Déjà, avant la pandémie, le rapport Racine mettait en avant la lente dégradation des conditions d’existence des créateurs et créatrices. Les résultats provisoires d’une étude du CNL sur la filière jeunesse (jamais publiée) montrent par exemple qu’en 2019, le revenu moyen d’un auteur ou d'une autrice jeunesse de moins de 40 ans était de 15 800 euros nets par an. Des revenus composites, puisque ces professionnels sont généralement obligés de combiner plusieurs activités pour survivre. Trois ans plus tard, comme on peut s’y attendre, la situation ne s’est guère améliorée.
Les auteurs et autrices jeunesse sont profondément attachés aux nombreux acteurs et actrices qui font vivre le livre et la lecture partout sur nos territoires. Elles et ils sont fiers de faire partie d’un secteur riche, dynamique et inventif. À cet égard, la crise sanitaire a offert de nombreux exemples d’élans de solidarité des artistes envers les lieux de culture.
Aujourd’hui, notre association souhaite exprimer une vive inquiétude : la pauvreté des créateurs et créatrices, qui produisent la « matière première », est de plus en plus alarmante. Nous avons, nous aussi, des charges et des coûts fixes. Et comme tout un chacun, nous subissons l’inflation. Chauffage. Alimentation. Habillement. Logement. Nos réalités sont les mêmes que celles de n’importe quel travailleur.
Pour que perdure une création de qualité, ceux qui en sont à l’origine doivent pouvoir simplement survivre.
Pour les auteurs et autrices jeunesse, et leurs collègues d’autres secteurs qui en bénéficient par ricochet, les tarifs Charte sont l’un des outils permettant de parer à l’érosion de nos revenus. Il s’agit de recommandations tarifaires offrant un cadre aux rémunérations perçues par un auteur ou une autrice dans le cadre, notamment, de rencontres et ateliers. Elles sont indexées chaque année sur l'indice des prix à la consommation publié par l’INSEE fin avril (soit + 4,8% en un an en 2022). Un moyen d’assurer la corrélation de cette rémunération avec le coût de la vie selon un mécanisme analogue à celui qui s’applique pour le SMIC. Ces tarifs sont l’un de nos rares acquis dans un univers où nos rémunérations ne sont quasiment jamais encadrées.
À lire : Quelles rémunérations pour les auteurs en 2023 ?
Pour 2023, ces tarifs ont notamment été fixés à :
- 475,33 € bruts la journée et 286,76 € bruts la demi-journée pour les rencontres et ateliers
- 237,67 € bruts la journée et 143,39 € bruts la demi-journée pour ce qui concerne les dédicaces.
Selon nos statuts, ces tarifs ne seront applicables qu’à partir du 1er janvier prochain. Pour autant, et c'est une réalité dont nos adhérents nous ont fait part, les effets de l'inflation se font d'ores et déjà sentir. Nous n'ignorons aucunement les difficultés auxquelles sont confrontés tous les maillons de la chaîne du livre. Toutefois, dans un esprit de solidarité et pour sauvegarder la création, nous proposons aux organisateurs de manifestations qui seraient en capacité de le faire à les mettre en œuvre dès à présent.
Nous nous tenons à la disposition de nos interlocuteurs locaux et institutionnels pour défendre et maintenir les financements alloués aux salons. Les écrivains et illustrateurs jeunesse restent présents sur le terrain, oeuvrant pour que les livres rencontrent leur public.
Crédits : Andre Taissin / Pexels
Par Auteur invité
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05/12/2025, 15:18
TÉMOIGNAGE - « OnlyFans ou le Bois de Boulogne. Ce sont là mes dernières options. Je suis éditrice. Voici mon histoire. Elle est authentique. » Épisode 5. J’ai presque honte de l’admettre, mais en ouvrant ce mail, j’ai d’abord cru que mon ordinateur se prenait pour un poète. Ce n’était ni un spam, ni une relance, ni l’éternel cordialement recyclé : une convocation. Une vraie. Pour moi.
05/12/2025, 12:32
Lorsqu’Henri Fellner raconte son premier jour à l’AGESSA, pour préparer sa retraite, il est presque soulagé de « faire les choses dans les règles ». Il vient d’entrer dans le monde professionnel par la grande porte : des collaborations avec Bayard, des dessins publiés dans des journaux sérieux, un environnement éditorial structuré. Bref, le scénario idéal pour un artiste de bonne volonté. Pourtant, la scène qui se déroule ce jour-là est d’une absurdité glaçante.
05/12/2025, 10:38
Dans le cadre de sa série d’entretiens avec les auteur·ices engagé·es auprès de Lire et faire lire, ActuaLitté a échangé avec Hajar Azell, autrice des romans Le sens de la fuite et L’envers de l’été, membre du comité de soutien de l’association. Elle revient sur son lien à la lecture à voix haute, l’importance de la transmission et du rapport intergénérationnel, ainsi que sur les livres qu’elle aimerait partager avec les enfants et les adolescent·es.
04/12/2025, 09:27
Le dimanche 16 novembre dernier se déroulait la braderie de la Bibliothèque municipale de Lyon (BmL), un rendez-vous annuel depuis trois ans où, cette année, 25.000 livres, CD, vinyles et albums, 441 boîtes-livres et jeux étaient proposés à des prix allant de 1 à 5 €. Le franc succès rencontré par l'événement, qui a attiré au total 3700 visiteurs, contre 2500 l'année dernière, n'est pas un cas isolé.
03/12/2025, 16:42
Avec l'opération « 50 livres pour le plaisir », le Centre national du livre et le ministère de la Culture souhaitent rapprocher les ouvrages de la jeunesse, pour promouvoir la lecture, en fournissant des bibliothèques « clé en main » à 250 centres de loisirs. Sophie Van der Linden, critique spécialiste de la littérature jeunesse et romancière, a constitué la sélection de 50 titres avec sa collègue Raphaële Botte, journaliste en charge de la littérature jeunesse pour Télérama. Elle répond à nos questions sur ce dispositif, son approche et ses objectifs.
03/12/2025, 12:52
Dans le cadre de sa série d’entretiens avec les auteur·ices engagé·es auprès de Lire et faire lire, ActuaLitté a échangé avec la Prix de Flore 2022, Joffrine Donnadieu, membre du comité de soutien de l’association. Elle suit de près le travail mené par les bénévoles et les équipes éducatives, convaincue de l’importance de cette action autour du livre et du lien intergénérationnel.
03/12/2025, 12:45
Pandora Hearts, l’incontournable shōjo fantastique de Jun Mochizuki, bien que terminé depuis dix ans, s’offre une adaptation en comédie musicale jouée avec un réel succès à Tokyo en ce mois de novembre. Ce format chanté, en direct sur scène, connaît un succès croissant au Japon, où de plus en plus de succès éditoriaux se retrouvent interprétés par des acteurs-chanteurs cosplayés à la perfection. Reportage à Tokyo.
02/12/2025, 09:50
Avec Brittany, publié au Vent des Îles dans une traduction de Lise Garond, Larissa Behrendt entraîne ses héroïnes dans un road-trip littéraire en Angleterre qui vire, peu à peu, au face-à-face implacable avec l’héritage colonial. Entre disparition d’enfant, racisme systémique et choc des générations, l’autrice aborigène renverse le regard, fissure les certitudes et fait surgir les voix que l’histoire a tenté de faire taire.
01/12/2025, 18:05
En matière de BD et de science-fiction, difficile de faire plus mythique que Les Humanoïdes associés, maison d'édition fondée en 1974 par Moebius, Philippe Druillet, Jean-Pierre Dionnet et Bernard Farkas. Portée par le vaisseau Métal hurlant, revue qui a influencé des générations de créateurs, elle a connu une existence mouvementée, faite de succès historiques et d'échecs tout aussi retentissants. Le dernier en date, en 2025, a tout emporté sur son passage.
01/12/2025, 12:25
TÉMOIGNAGE - « OnlyFans ou le Bois de Boulogne. Ce sont là mes dernières options. Je suis éditrice. Voici mon histoire. Elle est authentique. » Épisode 4. J’ai donc sauté dans le terrier du lapin blanc. C’est étonnant : aucune poussière magique ne tapisse le hall d’entrée. Juste une épaisse moquette au sol, de grossiers néons et ce brouhaha. Bienvenue au Salon du livre, vestibule officiel du Purgatoire.
29/11/2025, 15:16
Cette année-là, tout s’est mis à trembler. L’Europe se crispe comme une bête acculée. L’Allemagne d’Adolphe Hitler transforme la haine en ministère, et en France, le 6 février manque de renverser la République. Les ligues d’extrême droite déferlent sur la Concorde, veulent déborder la Chambre, les tirs claquent : quinze morts, des centaines de blessés. Le pays comprend soudain que le coup d’État n’est plus un fantasme, mais un film déjà storyboardé, presque tourné. Par Ilios Chailly.
28/11/2025, 19:05
13 Commentaires
Marco
29/06/2022 à 22:32
La Charte se bat depuis des années pour ces tarifs d'interventions qui permettent à beaucoup auteurs jeunesse de compléter leurs droits d'auteur dont ils ne pourraient pas vivre. C'était peut-être un mauvais calcul maintenant que les organisateurs de rencontres scolaires vont manquer d'argent. La Charte aurait peut-être dû lutter pour obtenir de meilleurs contrats, plus justes et mieux rémunérés pour les auteurs. Quand, il y a encore quelques années, les livres jeunesse se vendaient comme des petits pains, c'était le moment de réclamer une meilleure part du gâteau aux éditeurs (au lieu de s'appliquer à traire les organisateurs de salons).... Aujourd'hui, jours de vaches maigres, ça va être plus compliqué ! ;-)
GAUTIER Gérard
30/06/2022 à 07:59
Toute chose a une fin. Dès le début j'ai dénoncé la décision du CNL et aujourd'hui avec la crise économique et sociale que nous connaissons, ce sont les "CONTRIBUABLES" dont les plus humbles qui vont payer les dégâts. Ils se substituent aux grands groupes financiers de l'Edition
A qui la faute?
Aux élus des institutions régionales, départementales... qui allouent des subventions.
Saint-Brieuc le 30 juin 2022
Marco
30/06/2022 à 10:51
Bonjour. Ce n'est peut-être pas aux "institutions" de rendre viable le métier d'écrivain. Et la Charte a peut-être misé sur le mauvais cheval depuis des années... au point que certains éditeurs qui versaient des avances misérables à leurs auteurs se justifiaient en disant : "avec le livre que je vous édite, vous ferez des interventions au tarif de La Charte et vous gagnerez bien votre vie".
Et les auteurs Chartistes acceptaient, convaincus de trouver indéfiniment des écoles et des médiathèques pour les accueillir au tarif "syndical" de La Charte, réévalué année comme il se doit.
Représenter les auteurs, c'est bien, encore ne faut-il pas les entretenir dans un cercle peu vertueux et leur laisser croire que la poule pondra des oeufs d'or jusqu'à leur retraite ; tout cela pour attirer les nouveaux adhérents !
Affronter les éditeurs sur le terrain des bénéfices partagés aurait sans doute été un meilleur choix pour tous. La création (très tardive) du syndicat La ligue est peut-être le reflet de ce besoin.
La Charte a occupé une place centrale dans la défense des droits des auteurs jeunesse et elle a, c'est vrai, grandement contribuée à "sécuriser" un revenu aux auteurs, mais sur une structure qui aujourd'hui part en miette. Si elle avait été moins complaisante avec les éditeurs et fait preuve d'autant d'efficacité à imposer des "tarifs", nous aurions des avances et des droits plus corrects... et moins de soucis !
ne seprononcepas80%
30/06/2022 à 08:34
Et .....?
Je croyais que nous étions sur un autre site que ceux de Télérama ou Libé avec des commentaires vides .....
Donc , et ?
Ki
04/07/2022 à 11:41
Les deux ne s'opposent pas en fait... Il s'agit de reconnaitre que le travail d'écrivain autant que celui d'intervenant doit être rémunéré. Nul part n'avons nous vu la Charte clamer que les avances et les droits d'auteurs jeunesse étaient raisonnables.
Lulu
05/07/2022 à 21:56
Nul part n'avons nous vu non plus la Charte se battre contre les editeurs pour des taux plus élevés... le combat mené par la Charte en faveur de la rémunération des interventions par des deniers publics est louable mais n'a eu pour seul effet que de dédouaner les éditeurs de leur responsabilité et de transformer les auteurs jeunesse en animateurs socio-culturels pour centres de loisirs... Et quand l'Etat et les collectivités locales fermeront le robinet des subvention à gogo, les auteurs créveront de faim et les editeurs recolterons les dividendes des bénéfices accumulés durant toutes ces années sur le dos de leurs auteurs....
Marco
06/07/2022 à 10:24
C'est tellement vrai et bien résumé. La Charte a évidemment sa responsabilité dans ce désastre programmé.
Alina Reyes
30/06/2022 à 08:42
La plupart des artistes sont précaires. Augmenter les droits d'auteur, c'est très bien, mais pour beaucoup cela ne suffira pas. Il faut alors trouver d'autres sources de revenus, ou s'arranger pour vivre dans la précarité, c'est un choix de vie à faire. Sinon, être salarié à plein temps, c'est moins précaire mais c'est moins amusant. Pour ma part j'ai toujours choisi la précarité, avec ses hauts parfois, ses bas le plus souvent, j'ai été salariée quand il le fallait, et j'aime ma vie.
pierre caillou
17/10/2025 à 11:46
Je trouve un peu dommage de considérer, à vous lire, que dessiner ou écrire pour l'édition jeunesse, c'est forcément de la précarité. Y a t-il d'autre métiers/secteurs où ceux qui sont à la base de la création, sont si mal rémunérés et considérés ? Parce qu'il est aussi question de considération, très souvent absente de la part des éditeurs. On est sur le même bateau que les salariés de l'édition, sans eux pas de livres, sans les auteurs pas de livres. A quand un meilleur partage ? Le partage, la pièce manquante à nos sociétés contemporaines.
Aradigme
30/06/2022 à 10:14
La rémunération reflète en général deux paramètres: l'importance accordée par la société à une fonction, et le nombre de personnes qui disposent des compétences pour assurer cette fonction.
Un plombier sera toujours perçu comme immédiatement utile si un dégât des eaux menace et il sera d'autant mieux payé que les plombiers sont rares.
Un écrivain fournit principalement de la distraction. Certains s'improvisent en sus maîtres à penser et d'aucuns parmi eux fournissent un service utile, je dirais même essentiel au long terme, car ils aident à définir un contenu civilisationel. Mais ce n'est pas vrai pour la plupart et de toute façon, leur service n'est jamais perçu comme urgent. Vous ne verrez jamais un citoyen agripper convulsivement son téléphone et hurler qu'il a besoin de suite du dernier bouquin d'Untel. Cette scène est par contre concevable lors d'un appel au secours lancé à un plombier. Comme les écrivains sont de plus légion pour occuper cette fonction de distraction perçue par le public comme secondaire, il n'est pas surprenant qu'ils soient mal payés, et cela ne changera pas.
Guilhem Méric
30/06/2022 à 13:17
Quand la misère s'installe, la culture périt.
Aradigme
01/07/2022 à 07:43
Bonjour Guilhem Meric
A mon sens, la misère matérielle n'empêche pas la culture. Elle change sa nature et son expression, simplement. Les Sumériens possédaient bien moins de biens matériels que nous, mais avaient néanmoins développé une culture très intéressante. La misère intellectuelle, par contre, avec des marqueurs tels que le manque d'imagination, le refus de l'effort pour approcher la perfection, le refus de discuter de certains domaines, le rejet automatique de certains idées ou une curiosité atone, peut amener une culture vers l'extinction.
Salutations
Aradigme
Marco
01/07/2022 à 10:29
Oui, beau commentaire mais la richesse intellectuelle doit quand même manger un peu et payer (ce matin) l'appel à cotisation de l'IRCEC :-)
Et puis, cette richesse intellectuelle est ensuite commercialisée. La Charte des Auteurs Jeunesse a surtout vendu ce "bien" sous forme d'interventions scolaires facturées au prix fort... Personnellement, je préfère être payé pour mon travail plutôt que pour parler de mon travail.
Mais c'est moins fédérateur (et plus difficile) et ça me semble dommage et dommageable pour vivre (même au minima) de notre richesse intellectuelle.
Bonne journée