« On ne sait d’où venait Pilate. Aucune information ne nous est parvenue sur sa vie avant sa nomination en Judée. » C’est donc une biographie de Ponce Pilate, qui n’en est pas vraiment une, que nous propose Aldo Schiavone, historien italien parmi les plus renommés spécialistes du droit romain, publiée chez Fayard. Une biographie menée comme une enquête, étroitement liée à une autre, celle de Jésus de Nazareth. Mais d’analyses en déductions la carrière du préfet se profile.
Le 01/12/2016 à 10:17 par Audrey Le Roy
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01/12/2016 à 10:17
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Jesus devant Pilate - Région IDF, CC BY NC 2.0
Arrivé en Judée en 26, Pilate devait appartenir à l’ordre équestre, comme il était de coutume pour tous les préfets de Judée. Par conséquent, il était haut placé sur l’échelle sociale. Pour faire partie de cet ordre, il fallait nécessairement être passé par l’armée. Si nous ignorons tout de cette carrière, nous pouvons en déduire qu’il devait tout de même avoir « une certaine expérience de la chose militaire. »
Resté en poste pendant dix ans, ce qui est plus long que la moyenne, il devait avoir un appui important. S’il ne s’agit pas forcément de l’empereur Tibère en personne, l’auteur suppose qu’il devait être très proche du cercle impérial et très puissant, c’est donc assez naturellement qu’il pense à Séjan, chef de la garde prétorienne et citoyen le plus influent de l’époque après l’empereur.
Les pouvoirs de Pilate sont supposés très étendus bien que « le contenu concret et les limites des capacités d’intervention et de coercition de tous les hauts fonctionnaires de ce niveau ont toujours été très élastiques, réglés davantage par la pratique que par des cadres normatifs stricts. » L’auteur en fait tout de même une liste assez exhaustive : il avait en charge la juridiction criminelle et civile de la Judée, la gestion de la fiscalité (imposition et prélèvement), il était responsable du maintien de l’ordre ainsi que de la défense militaire de la province.
Toutes les provinces romaines ne se gouvernent pas de la même façon, chacune a des spécificités. Ainsi, si la Judée est un tout petit territoire, son administration n’en est pas simple pour autant. Majoritairement peuplée d’agriculteurs, de bergers et de pêcheurs, elle se singularise par « un excès pour ainsi dire prodigieux de mémoire religieuse et de transfiguration symbolique des lieux et des souvenirs – centrée autour de la Bible et du temple de Jérusalem ».
Il est très intéressant, ici, d’avoir un bref aperçu de l’histoire de cette province pour mieux appréhender les évènements liés à la « relation » entre Pilate et Jésus. On y apprend, entre autres, que des divergences religieuses existaient au sein même du peuple juif. Trois groupes se distinguent, les Sadducéens qui « s’en tenaient à la seule Torah écrite sans prêter foi aux traditions orales »; les Pharisiens qui, au contraire, estimaient qu’il fallait la compléter « par l’étude et le respect scrupuleux de la tradition orale » et enfin les Esséniens, moins importants, et qui eux se consacraient à l’étude.

Toutes ces singularités, toutes ces nuances étaient généralement incomprises par les Romains, il en sera de même pour Pilate qui ne comprit ou ne s’intéressa jamais vraiment à ces particularités que « leur culture impériale ne les préparait pas à affronter ». C’est dans ce climat particulier qu’il eut à se faire un jugement sur un homme que les prêtres juifs l’avaient convaincu d’arrêter et dont ils réclamaient maintenant la crucifixion.
Voici un auteur qui réussit la prouesse d’introduire une forme de suspens dans un livre d’histoire, ses hypothèses et analyses éclairent d’un jour nouveau cet évènement qui devait changer le destin de l’Occident, pour ne pas dire du monde.
(trad. Marilène Raiola)
Par Audrey Le Roy
Contact : aleroy94@gmail.com
Paru le 19/10/2016
248 pages
Fayard
19,00 €
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