Treize nouvelles composent ce recueil dont Thierry Clermont, auteur de la Postface, considère que « pour n’être exhaustif, [il] présente une large palette témoignant de [l’] exceptionnel art narratif dans la forme courte » de Delmore Schwartz. Et c’est vrai que chacun de ces textes plantent le décor avec un entrain qui plonge le lecteur immédiatement dans le bain, l’accapare totalement dans le développement de son histoire plus ou moins longue, et le mène à un dénouement qui le désarçonne et le laisse pantois. En tous cas, jamais indifférent !
Le 11/05/2023 à 11:47 par Mimiche
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11/05/2023 à 11:47
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Il y a une manière étonnante de raconter qui, à chaque fois, donne à découvrir un univers différent : Delmore Schwartz met en scène des personnages nombreux et forts. Ceux-ci sont tous, une facette de cette Amérique du début/moitié du siècle dernier en train de construire son visage. Mais ces émigrés-immigrants de toutes origines venant enfler la population du pays, selon Priscilla Tuciano (jeune Anglaise accompagnant son mari en visite chez un Professeur d’Université et son épouse dans « Le fabuleux billet de vingt »), « tentaient de se comporter comme des Anglais et y échouaient si épouvantablement [… tout en ignorant] combien leur échec est complet »…
Dans chacun de ces textes, l’auteur revient sur des thèmes assez récurrents qui contribuent à la création progressive d’une appartenance à un collectif national. Avec tout ce que cela comporte de difficultés quant à la digestion de l’« étranger » qui ne fait pas encore partie de ce collectif (le Noir, le Juif…) ou à l’abandon des références européennes, des convenances familiales qui se démodent (dans les années 30, il est encore un peu tôt pour parler de tomber en désuétude…).
Ce sont, à l’évidence (en tous cas, selon mon propre ressenti), les propres expériences de l’auteur qui impriment tant de véracité en particulier dans les relations intrafamiliales (notamment entre mère et fils…). Elles animent les récits avec tant de réalisme que le lecteur ne peut pas manquer de ressentir, au fil des pages, dans ces divers tête-à-tête, toutes les passions maternelles qui, passant outre toute retenue, ont pu marquer son propre parcours.
Et c’est avec une certaine frénésie que, nouvelle après nouvelle, l’auteur égratigne sans tendresse ces vies de famille, ces comportements sociaux, ces attitudes doctes ou péremptoires, ces affairismes industrieux. Il évoque ce besoin irrépressible d’accumuler l’argent qui ne fait pas tout, « mais il aide » ou ce conformisme d’alors, importé d’Europe avec tous ses travers.
Ce n’est, bien sûr, pas seulement autour des thèmes familiaux que Delmore Schwartz déroule ses textes.
Personnellement, ce n’est pas son « C’est dans les rêves que les responsabilités commencent » qui m’a le plus interpellé alors que ce texte a été l’un des premiers à le faire connaître et à lui donner une certaine aura.
En revanche, je suis tombé sous le charme de « La mauvaise farce » où Mr Fish, un « jeune professeur d’anglais et écrivain prometteur », doit enseigner devant une classe d’élèves officiers de la Navy pendant un été chaud et humide.
Cette ambiance de travail difficile amène régulièrement Mr Fish à délaisser l’enseignement conventionnel au bénéfice de discussions ouvertes avec ses élèves sur des sujets libres. Ces derniers lui permettent de les ouvrir à plus de « clarté et [de] circonspection » dans l’énoncé de leurs opinions spontanément un peu simplistes.
Comme, par exemple, la mixité sociale qui peine à s’établir entre les Irlandais d’un côté et les autres immigrés de l’autre. Et ne parlons pas des Juifs, pourtant présents dans l’effectif de sa classe, ou des Noirs.
Les différents points de la discussion que Delmore Schwartz engage entre le professeur et les élèves sont l’occasion d’une magnifique démonstration de l’universalité des attitudes humaines et de leur indépendance de la couleur de la peau ou de l’orientation de leur religion.
L’auteur, fils de roumain immigré, démontre, par Mr Fish interposé, que les Irlandais peuvent être considérés, en Irlande, comme des traîtres à leurs frères irlandais demeurés au pays. Et retourne à tous ces fils d’immigrés qui sont en train d’accaparer ce pays qui n’est pas le leur, une question laissant son auditoire coi : « si vous n’aimez pas les gens d’ici, pourquoi ne retournez-vous pas d’où vous venez ? »
En quelques pages magnifiques, Delmore Schwartz décline tous les travers du racisme de tous poils ou de la plus générale phobie de l’autre que rien n’explique et certainement pas les idées préconçues, les généralisations hâtives et sans fondement notamment quand elles se basent sur le prétendu caractère héréditaire de comportements moraux…
Ce texte montre la maîtrise du mot, la maîtrise du récit, par l’auteur, tout en restant dans une simplicité d’écriture déroutante. Il n’y aurait, et ce n’est vraiment pas du tout le cas, que cette nouvelle de qualité dans ce recueil qu’il mériterait d’être lu dans sa totalité.
Car, ce « monde d’hier » que la quatrième de couverture présente comme le terreau de ces récits, est tellement proche de notre « aujourd’hui » qu’il est d’une modernité intemporelle.
Par Mimiche
Contact : contact@actualitte.com
Paru le 05/10/2022
416 pages
Rivages
23,00 €
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1 Commentaire
Merce
13/05/2023 à 12:20
#LouReed