Montréal, de nos jours. La jeune avocate Audrey Duval, pour répondre aux sollicitations du barreau qui incite ses membres à accepter de plaider, une fois par an, une cause sans honoraires, a décidé de ne pas faire le choix d’une cause trop semblable à ses interventions habituelles en droit des affaires. Non !
Le 20/10/2021 à 14:33 par Mimiche
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20/10/2021 à 14:33
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Intriguée par une sombre histoire lue dans un journal et relatant les envois de jeunes autochtones dans des pensionnats ouverts, au début du XXe siècle, partout au Canada par le Gouvernement fédéral et découvrant que de tels établissements avaient aussi été ouverts au Québec (« comment un peuple qui lutte contre l’assimilation depuis trois cents ans a-t-il pu lui-même tenter d’en acculturer un autre ? »), elle avait décidé, maintenant qu’une entente d’indemnisation avait été conclue entre Ottawa et les Autochtones, d’aider les anciens pensionnaires à bénéficier des subsides qui avaient été débloqués à leur intention : nombre d’entre eux, généralement par méconnaissance, ne s’étaient pas encore présentés pour réclamer leur dû.
Parmi les pensionnats québécois concernés, elle avait retenu celui de Fort George, sur les bords de la Baie James, où avaient été envoyés les enfants de Maskteuniatsh, un petit village des bords du lac Saint Jean où elle avait passé quelques vacances l’année précédente.
« Faire payer une partie fautive, c’était sa spécialité » ! Alors, elle s’était mise en quête de ces hommes et de ces femmes pour les aider à constituer leur dossier et obtenir ces compensations bien tardives.
Mais, parmi tous les noms inscrits sur la liste d’enfants qui lui avait été remise, les retrouver tous, les uns après les autres, n’était pas chose facile. Outre ceux déjà décédés, certains semblaient s’être comme volatilisés, ayant quitté la réserve, vivant dans la rue : leur trace était devenue ténue, voire effacée ? Deux filles et un garçon, en particulier, introuvables, avaient mis en échec toutes ses recherches.
Mais pas éteint son opiniâtreté. Ni son amour propre qui refuse (et déteste) l’échec. La machine administrative et bureaucratique du pays ne pouvait pas lui avoir livré tous ses secrets.
Mashteuiatsh, août 1936. Des camions accompagnés d’hommes de la Gendarmerie Royale du Canada sont arrivés au village. Malgré les réticences des parents finalement amadoués par les hommes d’Église et brusqués par les militaires, les enfants du village de quatre à seize ans sont embarqués de force dans des véhicules et emmenés : un avion les emporte ensuite plus de mille kilomètres plus au Nord, sur les bords de la baie James, en territoires Cri et Inuit, loin de Nitassinan, leur pays, où ils avaient appris à vivre dans les bois, avec leur clan, au milieu d’une nature dure qui leur avait toujours procuré de quoi subvenir à leurs besoins.
Parmi les enfants, deux jeunes amies d’à peine quinze ans font partie du voyage alors qu’elles ont tout tenté pour convaincre leurs parents de ne pas les laisser partir. Mais les adultes se sont pliés aux arguments des militaires : « Le gouvernement canadien va les loger, et les nourrir à leur faim », leur apprendre « à lire et à écrire ». Et les hommes d’Église ont renchéri : « C’est la volonté de Dieu », des « religieuses […] veilleront sur elles » ! Alors…
Dès l’arrivée à Fort George, ce sont les brimades qui accueillent les enfants. Et les premières d’entre elles sont de faire disparaître leur nom pour ne devenir que des numéros, d’oublier leur langue et ne jamais plus l’utiliser, surtout entre eux et de considérer leurs parents comme des « sauvages » indignes et incapables de les élever correctement…
Michel Jean est un descendant des Innus du Québec dont « plusieurs membres de [sa] famille ont fréquenté le pensionnat de Fort George ». Son livre qui « dévoile un pan méconnu et révoltant de l’histoire des Amérindiens » prend aux tripes, car les récentes « affaires » qui ont mis en évidence des morts par centaines dans certains de ces pensionnats montrent que son roman est loin d’être le fruit de sa seule imagination.
On entre, avec son récit, de plain-pied dans l’horreur la plus odieuse.
Des personnes nanties de l’autorité de leur poste (parfois pas beaucoup plus âgées que les enfants qu’elles avaient à encadrer ! Et des religieux [ses] !) se sont comportées de la plus exécrable des manières en toute impunité et avec la bénédiction des institutions tant religieuses que laïques qui, encore aujourd’hui, peinent à admettre clairement toute l’ignominie des actes perpétrés.
Tous n’ont pas « pêché » personnellement « par action », mais, assurément, toutes l’ont fait « par omission ». Par le silence assourdissant qui entoure leur inaction.
Michel Jean, pourtant, n’est pas dans l’ostracisation des protagonistes. Son roman ne déborde jamais. Ne s’égare jamais. Ses mots sont durs. Les images sont féroces. Les scènes peuvent être insupportables (elles ont, en plus, le terrible poids de leur réalité), elles restent factuelles et sans jugement porté. Même si le seul fait d’écrire une telle histoire est, en soi, un élément à charge dans un débat qui rejoint, dans son caractère odieux, tous les génocides physiques et/ou culturels dont certains êtres (in)humains ont su faire preuve à l’égard d’autres êtres humains.
Et, si je suis loin de croire qu’il apporte quelque crédit au potentiel jugement de Dieu, il me semble accorder une préférence à la justice des hommes même si celle-ci a bien tardé et si, manquant de clairvoyance, elle n’aura pas atteint tous les responsables directs.
L’état de délabrement physique et moral des hommes et des femmes qui vivent encore aujourd’hui après avoir subi les affres de ce qui peut s’assimiler à une déportation est terrible, insoutenable. La logique qui a mené à cette situation est offensante vis-à-vis de la prétendue intelligence de Sapiens : si nous sommes collectivement capables de ça, pas étonnant que le monde reste globalement assez indifférent à la disparition de la biodiversité !
Maikan est une indispensable lecture à faire. Mais je vous recommande cependant de commencer d’abord par Kukum, du même auteur, qui a déjà fait l’objet d’une chronique dans les colonnes d'ActuaLitté.
Par Mimiche
Contact : contact@actualitte.com
Paru le 25/06/2021
268 pages
Editions Dépaysage
18,00 €
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