Comme un grand nombre de jeunes gens de sa génération en quête d’une histoire personnelle au sein d’un monde en pleine ébullition et pas toujours compréhensible dans ses réelles motivations, Pierre Chopinaud fait un peu figure d’un personnage de théâtre épique et grandiose. Il est marqué par les événements de son époque, souhaitant s’y impliquer de plain-pied sur une scène aux multiples facettes dont il revendique les aspirations, y compris les plus souterraines, dans un décor évocateur et assurément perceptible. Et là, il s’engouffre presque innocemment, sans pour autant vouloir anticiper comme culpabiliser sur un avenir faussement déterminé.
Le 14/01/2020 à 14:53 par Jean-Luc Favre
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14/01/2020 à 14:53
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Engagé comme volontaire au milieu des années 2000, dans le sud de l’ex-Yougoslavie auprès des populations minoritaires déportées par les guerres, qui rappelons le débutent aux abords des années 90 et qui affectent les six républiques qui composent ce pays, avec un coût humain et matériel dramatique aux frontières mêmes de l’Europe, menaçant l’équilibre politique du vieux continent. Il devient alors tout naturellement traducteur du romani, comme pour justifier sa pleine et soudaine vocation.
Ne rien perdre de ce qui existe et faire exister en amont ce qui semble perdu. Des rencontres marquantes aussi qui jalonnent son parcours, Armand Gatti, et Pierre Guyotat, deux écrivains majeurs qui versent volontiers aux limites de l’extrême et des références littéraires clarifiantes, Chateaubriand, Proust, Faulkner, Jean Genet, mais aussi Pasolini. Aussi Pierre Chopinaud ne se contente-t-il pas d’observer le déroulement des événements, il intervient aussi publiquement en interpellant l’opinion sur une situation politique jugée inadmissible et révulsante, en faveur de l’émancipation de groupes minoritaires déplacés.
« Si les camps sont à l’aurore de l’Europe reconstruite, les signes actuels et actifs de sa ruine indiquent qu’ils peuvent aussi bien être le lieu de son prochain crépuscule. Tant que des États d’Europe manifesteront les signes de sa ruine, des Roms et d’autres manifesteront les stigmates de sa désolation. » Une vision et une version pour le moins apocalyptiques avec un arrière-fond quasi biblique, qui va pour le coup faire naitre une interrogation et une réflexion plus lucide, autant que paradoxalement vaporeuse, intériorisée en somme bien plus que suggérée, dont un roman naitra quelques années plus tard.
« J’ai commencé d’écrire ce texte en 2015 », affirme l’auteur. Une écriture longue dans son élaboration, précise et pesante dans son affectation pour « aller au fond de soi-même » en quelque sorte. On l’aura compris, Pierre Chopinaud est un être avant tout sincère dans sa démarche structurante avec la volonté d’en démordre avec l’ignorance des procédés et des faits.
« C’est un roman que je me plais à dire féérique qui raconte un peu l’initiation, la croissance au monde d’un narrateur, de sa naissance jusqu’à l’âge préadulte, jusqu’à peu près, 17 ans et qui nait en France dans la région du Sud-Est, près de Lyon et qui va à mesure du développement, de la croissance de son esprit et de son corps se confronter au monde dans lequel il nait avec une dimension politique, émotionnelle, affective, sociale. »
Le décor est ainsi planté qui suppose en amont, une pleine conscience de l’être et de son devenir au sein d’une société contemporaine, qui subit des chocs traumatiques et récurrents, sans pour autant en comprendre les véritables mécanismes et fondements, et moins encore les résultats produits.
Pierre Chopinaud lui au contraire entend produire une voix, sa voix, en imaginant et décrivant des personnages aussi réels que fantasmés qui induisent une trame édictée sur la base du vécu mettant en jeu, des processus d’élaboration psychologique d’une rare et douloureuse intensité parfois. Se côtoient ainsi dans ce roman inégalable une kyrielle d’entités humaines toutes liées par un récit commun, Abraham, Vautrin, Omar, Jonathan, le directeur de la tranquillité, Sidonie, Adolorée, Antoine dit Tony, Ada, Éloi.
Et quelques autres encore, et bien entendu le puissant narrateur de l’étrange épopée, dont on apprend incidemment qu’il est fils d’une mère italienne émigrée et d’un père « fabricant de crânes » biologiste dans un laboratoire de vivisection. Une parfaite symbolique !
Dans une telle ambition de restitution des images ou des formes, c’est selon, fallait-il encore que l’auteur invente sa propre langue capable d’accueillir sans assujettir sur le plan normatif un imaginaire pour le moins fécond et tourmenté, voire littéralement torturé, sans denaturer le sens de la proposition initiale narrative et romanesque par défaut.
« La phrase elle-même est très spécifique, une forme syntaxique assez inhabituelle qui charrie effectivement sans doute des éléments soit de langues étrangères, soit des formes antérieures oubliées de français qui resurgissent. Ce n’est pas tant une construction intentionnelle et consciente, bien que parfois il y a le souci du rythme très important dans la phrase qui commande à certaines inversions pour des retombées rythmiques recherchées, mais au-delà de çà, je pense que çà vient pour moi d’une pratique que j’ai aussi de la lecture de textes de l’ancien français par exemple.. Par goût, par intérêt .».
À cet endroit il y a donc bien le caractère pensé d’une certaine sublimation linguistique qui se veut à la fois transversale dans sa réécriture, mais également en phase avec le sujet traité. Non pas un exercice de genre, mais plutôt une tentative de dépassement des thèmes abordés, par et avec l’aide de la langue forgée aux mutations grammaticales. Un traitement particulièrement audacieux qui place le lecteur dans une situation fort délicate. On n’entre pas en effet dans le roman de Pierre Chopinaud comme dans un moulin.
La porte ne s’ouvre pas forcément d’entrée de jeu, elle nécessite de faire quelques efforts. Certes les outils sont donnés avantageusement, mais l’organisation elle, n’est pas nécessairement négociable, parce ce que l’auteur a précisément brouillé les cartes au sein d’une filiation qui évolue dans une géographie absorbante et solitaire malgré elle qui donne l’impression vraie ou fausse que les personnages eux-mêmes ne savent pas vraiment qui ils sont. Ni où ils vont.
Ou à l’inverse le sachant trop bien, ils préfèrent se cantonner dans l’expression du passé, fut-il dramatique et barbare et qui ne soit pas pour le coup un simple réseau d’échanges perméables et abscons délibérant sur le sens d’un avenir incertain.
« Le purgatoire est une zone qu’inventent les vivants pour se défendre du retour parmi eux de ceux qu’ils ont fait disparaître, dans l’attente d’un enfer dont ils ne reviendront pas .» Une chose est sûre et j’en suis intimement convaincu, ce premier roman un peu imprévu, est un ouvrage majeur qui va certainement marquer la décennie ou au moins toute une génération.
Pierre Chopinaud – Enfant de perdition – POL – 9782818047910 – 24,50 €
Par Jean-Luc Favre
Contact : contact@actualitte.com
Paru le 03/01/2020
576 pages
P.O.L
24,90 €
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Fanatisé - Une enfance dans une secte d'extrême droite nous plonge la fabrique du fanatisme profitant d'un terreau propice à l'idéologie. Ici, la lecture agit comme une immersion dans la matrice du fanatisme : pas seulement la violence visible, mais sa construction lente, intime, presque domestique. Dès les premières pages, le récit installe une scène fondatrice — la domination physique, la peur, l’autorité totale — qui structure tout l’édifice théorique du livre. À paraître le 8 avril.
10/02/2026, 10:34
Robyn, 17 ans, a une obsession : l'hôtel Ambrosia, situé en face de chez elle. Fascinée par sa sinistre réputation, et grande fan de true crime, elle passe son temps à l'observer à travers ses jumelles : routines du personnel, étranges clients, aucun secret ne lui échappe !
10/02/2026, 07:00
Un chalet en montagne, une nuit de Noël, une morte, deux accusés : la mécanique paraît connue. Pourtant Brute déjoue vite l’attendu. Le roman s’ouvre sur une voix qui refuse l’étiquette de monstre tout en la frôlant : « Je n’ai tué personne. J’ai été lâche, tu comprends. » Et voici le lecteur entré dans une zone grise, celle où l’amour devient preuve à charge, et où la violence circule sans mode d’emploi. À paraître le 5 mars.
09/02/2026, 11:07
On ne sait plus trop comment l’aborder, désormais : Freida Mcfadden reste en première place, avec 21.908 exemplaires écoulés sur cette semaine 5 (26 janvier - 1er février). Et le reste… devient presque lassant, parce qu’après La femme de ménage (trad. Karine Forestier), viennent évidemment les suites de ses aventures.
06/02/2026, 10:27
Pendant environ quatre années, la pandémie due au Covid-19 m’ayant contraint de vivre dans l’intemporel, j’en ai profité pour regarder de plus près le temps passer. Dans la situation de l’homme dont les jours sont comptés au-delà du raisonnable, j’ai noté sur des papiers ce qui faisait que tous ces jours comptaient malgré tout pour moi.
06/02/2026, 08:00
À force de considérer que la performance scolaire repose uniquement sur les notes, les devoirs et la compétition, l’école oublie une réalité essentielle : les élèves ne sont pas des machines à apprendre, mais des individus à accompagner et à éveiller. Dans cet ouvrage, Naïm Bououchma questionne les fondements d’un système éducatif qui montre aujourd’hui ses limites.
06/02/2026, 07:00
En 1912, le Japon s'ouvre au monde. Shizo Kanakuri, un étudiant de 20 ans, rejoint la Suède en transsibérien afin de participer au marathon des Jeux olympiques de Stockholm. Le départ de la course est donné sous une chaleur accablante. Autour du trentième kilomètre, à bout de force, le coureur japonais vacille. Abandonne. Trouve un refuge. Avant de disparaître…
05/02/2026, 08:00
Enlever Yosep leur semblait être la plus belle preuve d’amour. Pour quatre de ses admiratrices dévouées, un poster accroché au mur ne suffisait plus : elles le voulaient pour elles toutes seules. Et après tout, n’étaient-elles pas en train de lui rendre service, en le délivrant du fardeau de la célébrité ?
05/02/2026, 07:00
Un récit qui transforme le voyage dans le temps en expérience intime, bureaucratique et profondément humaine : voilà la promesse, tenue, de ce récit singulier. D’emblée, la découverte du projet donne le ton, entre banalité administrative et vertige conceptuel : « Nous voyageons dans le temps, annonça-t-elle, comme si elle décrivait une cafetière. Bienvenue au ministère. »
04/02/2026, 15:44
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Japon : les bibliothèques déclenchent la vague “tadoku” pour apprendre le japonais en lisant McFadden écrase, Lemaitre décroche, la peste noire revient : le top livre de la semaine Place des Vosges, à Paris, un homme empêche les livres de mourir Freida McFadden transforme le top des ventes en résidence secondaire permanente
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