L’écriture de nouvelles est particulière, car elle entraîne le lecteur dans des petites histoires courtes. Il faut, donc, que l’écriture soit précise comme taillée au scalpel, ciselée. Edgar Allan Poe brillait dans cet exercice littéraire fort compliqué. Fouad Laroui, en écrivant Les noces fabuleuses du Polonais, opte pour ce type d’écriture très particulier où il excelle (il a reçu en 2012 le prix Goncourt de la nouvelle pour son livre : L’étrange Affaire du pantalon de Dassoukine, Julliard).
Le 30/06/2015 à 12:53 par Félicia-France Doumayrenc
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30/06/2015 à 12:53
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Dans ce nouveau recueil composé de cinq nouvelles, il tient le lecteur en haleine.
La nouvelle est une lecture différente dans la mesure ou contrairement à un roman tout mot se doit d’être percutant et tout doit être dit en peu de pages. Et, passé la première nouvelle dont le titre est éponyme, le lecteur doit avoir envie de continuer à lire le reste du livre. Ce qui, en soi, n’est pas une évidence. On peut prendre un recueil de nouvelles, en lire une, le laisser et y revenir ou non.
De même, toutes les nouvelles peuvent ne pas être de même qualité de plume.
En effet, ce n’est pas du tout une lecture équivalente à celle d’un roman. Chaque nouvelle est une découverte, c’est un récit court, qui doit son efficacité à sa concision et au talent de l’écriture.
Et on ne peut que reconnaître le talent de Fouad Laroui, dont l’écriture est claire et limpide. Elle sait tout à fois décrire et nous emporter dans l’imagination débridée de l’auteur.
Les noces fabuleuses du Polonais se situent dans le Maroc du vingtième siècle. La première nouvelle plonge le lecteur dans la vie d’un dentiste qui se marie, à son insu, à une Marocaine perdue. La deuxième lui raconte l’histoire d’un catcheur à double visage et pose cette problématique : doit-on tuer le père ?
La troisième met en scène un commissaire de police, qui dérangé par un tableau et à la suite d’un rêve, découvre et dénoue une intrigue policière. La quatrième se présente sous forme de pièce de théâtre et est une fable sur l’amour et l’art de la rupture ou comment rompre par le biais d’une formule mathématique.
Enfin, la cinquième et dernière met en scène un homme nommé Torrès qui explique comment il a su rendre addictifs des marcassins à l’aspirine et se demande si ceux-ci sont moins superstitieux que les hommes.
Il ne faut pas dévoiler plus, mais au contraire se précipiter dans ce recueil dont certaines phrases sont à retenir comme :
« — Tu as remarqué que l’âge de l’innocence, c’est toujours avant ? On y est jamais, dans cet âge-là. Le présent, c’est toujours une espèce de désenchantement général. »
ou
« Quand une femme vous dit : “Parlez-moi d’amour”, elle veut tout entendre sauf une démonstration. L’art de la rupture, c’est de faire en sorte que ce soit l’autre qui en prenne l’initiative. (…) Il salue sous les huées du public qui le bombarde de boulettes de papier. »
L’art de Fouad Laroui est d’être un conteur. Quand on le lit, on pense aux fables de la Fontaine, car toutes ces nouvelles finissent avec une morale, ou à des contes que l’on pourrait lire à haute voix.
Ce livre déborde d’imagination, il est construit de telle façon que le lecteur a le sentiment d’être celui à qui le narrateur raconte sa fable, puisque l’écrivain le fait participer aux histoires qu’ils narrent.
Les noces fabuleuses du Polonais mélangent l’absurde, l’humour, la drôlerie, l’ironie. Ce recueil brosse des histoires et des portraits attachants. Il nous fait découvrir une société marocaine que l’on connaît mal. La truculence de sa langue et sa façon de poser les situations font de ce livre un texte tout aussi émouvant qu’érudit.
À lire et à relire. En tentant de percevoir la voix du conteur qui nous laisse sur son rivage poétique.
Par Félicia-France Doumayrenc
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