L'hommage raté à Mary Wollstonecraft profite à Virginia Woolf

Antoine Oury - 16.11.2020

Patrimoine et éducation - A l'international - Mary Wollstonecraft - Virginia Woolf - statue hommage


Outre-Manche, rendre hommage aux figures féminines de la littérature anglaise n'est pas une mince affaire : l'artiste Maggi Hambling a ainsi fait face aux critiques pour sa sculpture en hommage à Mary Wollstonecraft, représentant une femme nue. Un visuel dégradant, pas vraiment raccord avec l'héritage de cette pionnière du féminisme, selon ses détracteurs. La polémique a toutefois servi un autre projet de statue et d'hommage, à Virginia Woolf, cette fois.

Virginia Woolf


Cheryl Robson, auteure, milite depuis trois ans désormais pour l'installation d'une statue en bronze, grandeur nature, de Virginia Woolf, sur les rives de la Tamise, à Richmond, quartier dans la banlieue sud-ouest du Grand Londres. Un projet de longue haleine, pour lequel la collecte des fonds n'est pas forcément aisée : 50.000 £ sont nécessaires pour cet hommage à l'auteure d'Un lieu à soi.

La sculptrice Laury Dizengremel a souhaité représenter Woolf installée sur un banc, les jambes croisées et un livre sous une de ses mains, souriant légèrement en regardant s'écouler la Tamise. « Nous avons eu quelques remarques parce qu'elle est présentée en train de sourire et de profiter du moment, ce qui va à l'encontre du stéréotype de l'artiste torturée », souligne Cheryl Robson. Virginia Woolf, sujette à des dépressions nerveuses au cours de sa vie, se suicide en 1941, à l'âge de 59 ans.

L'idée était justement, par cette statue apaisée, d'aller à l'encontre du stéréotype de l'auteure de génie, grâce à sa folie. « Si vous lisez son journal, vous réalisez que tous les jours, elle promenait son chien sur les rives de la Tamise à Richmond, elle s'asseyait et profitait de la vue. C'est donc fidèle à la réalité, et je pense que les gens aiment cette idée de pouvoir s'asseoir à ses côtés », ajoute encore Robson.

En quelques jours, la collecte de fonds a bondi : le projet a désormais 21.000 £ dans ses caisses. Ce soudain engouement fait suite à une polémique, celle de la statue installée à Newington Green, dans le nord de Londres, en hommage à Mary Wollstonecraft. Totalement dévêtue, une figure féminine est censée jaillir d'un tourbillon de femmes assemblées.
 
Une vision artistique qui n'a pas fait l'unanimité, certains reprochant une nudité inutile : 3 % seulement des statues du Royaume-Uni sont des femmes, hors royauté, rappelle The Guardian, et figurer ainsi la pionnière du féminisme n'était sans doute pas indispensable. « Les vêtements définissent et restreignent les gens, ils limitent la réaction du public. Elle est nue ici et elle représente toutes les femmes », se justifiait l'artiste, Maggi Hambling.

La statue de Woolf répondrait à cette occasion manquée : il faudra toutefois concrétiser le projet et la sculpture, pour l'instant en résine, dans l'attente d'une version en bronze. Il est possible de contribuer au projet à cette adresse.

via ArtNetNews

Photographie : illustration, ActuaLitté, CC BY SA 2.0


Commentaires
La France avait déjà "nudifié" Beauvoir, en une du Nouvel Obs.

Cette manie sexiste de représenter les femmes dans leur plus simple appareil équivaut à éroder leur pouvoir et à les ramener encore et toujours à leur corps. La femme, ontologiquement, s'appelât-elle Beauvoir, ne serait donc que chair.

Tandis qu'on prend bien soin de garder habillé le prestige masculin, et pour cause : sa mise à nu saperait aussitôt son pouvoir, le sujet deviendrait objet, le maître l'esclave.



Il est temps de faire barrage à ces concepteurs misogynes qui revêtent les oripeaux du féminisme pour mieux avancer masqués.
Amusant le deux poids deux mesures... Quand il s'agit d'exprimer ses (le politiquement correct) opinions, un artiste ne doit pas être contraint : il doit pouvoir tout faire.

Quand l'artiste en question va contre ses opinions, il doit être corrigé afin de se mouvoir dans le moule.
Amusant, je vous entends. Sauf que nulle part je ne prône la censure des artistes que j'évoque ci-dessus, contrairement à ceux qui appellent à la celle de Matzneff.

C'est là toute la différence : quand je parlais de "faire barrage", c'était uniquement sur le plan des idées. On a le droit absolu de critiquer tel ou tel artiste, mais certainement pas de lui interdire de créer, de publier, d'exposer, etc.
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