Velibor Čolić publie chez Gallimard son dernier livre, Guerre et Pluie, dans lequel il nous parle autobiographiquement d’un homme en proie aux doutes sur sa vie. Il y relate ses élucubrations et digressions sur son passé et son présent, sur la guerre et la maladie.
Le 10/02/2024 à 10:00 par Octave Lebrun
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10/02/2024 à 10:00
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C’est avec plaisir que l’on retrouve l’auteur bosniaque, qui on le sait, pourra nous toucher, comme lorsqu’il raconte avec beaucoup d’absurdité et de tendresse son enfance yougoslave dans Jesus et Tito, et nous nourrir de réflexions sur l’exil, comme dans Le livre des départs.
Cette fois-ci, le livre est dense, dur, criant des douleurs d’une vie bouleversée par deux tragédies : celle de la guerre et celle de la maladie. Velibor Čolić propose une anatomie précise et cinglante de ces deux tragédies de l’humanité. C’est au sein des services d’hôpitaux bruxellois où il se soigne, que l’auteur nous plonge avec lui dans ses souvenirs tragiques de la guerre de Yougoslavie à laquelle il a survécu pour mieux la fuir.
Il nous relate donc ici la pierre angulaire de son exil en France. Ses douleurs présentes, celles d’un corps endolori, lui rappellent celles passées, de la guerre. Le récit nous emporte dans un voyage déconstruit entre deux mondes, la « paix apparente » de sa maladie et l’expérience traumatique du conflit.
Face à la maladie, Čolić transcrit toutes ses réflexions dévorantes sur la solitude, l’exil, l’amour, la guerre, la littérature, le corps et surtout la mémoire. Chaque jour son corps malade met l’auteur face à cette dernière. « Oublier est une mort en pleine vie » écrivait Goliarda Sapienza. Čolić répond avec ce livre que la mémoire peut aussi être un poison. L’écrivain y apparait indécis, comme le jeune soldat hésitant à déserter, et cherche à fuir ses souvenirs pour ne plus se rappeler la violente décomposition de la Yougoslavie. La mémoire est pourtant ici érigée dans toute sa complexité comme un autel sacré à l’Homme, une nécessité pour faire face au présent.
L’auteur nous livre un vagabondage de réflexions rendant parfois complexe la lecture si elle n’en devenait légère grâce à son sens aigu de la formule. Il y a de tout mais c’est son sens du bon mot, qui rend une telle matière et autant de questions abordables au lecteur. Si le livre donne dans un premier temps l’impression de suivre les divagations, presque poétiques, d’un homme dont le corps le fait souffrir, la description de la guerre n’en est elle que plus acerbe. Plus que dans le reste de son oeuvre, Čolić nous marque ainsi par son sens de la formule.
C’est un écrivain de situation et de sentiments, comme il se décrit, et le prouve ici : on ressent ce qui le brûle autant que le défait de toute sensation. C’est en cela un roman extrêmement brillant sur les sensations du corps.
On se plonge alors dans les réflexions d’un homme qui a déjà fui la mort pour se retrouver de nouveau à ses côtés dans un hôpital. A travers les douleurs de la maladie, Čolić se replonge dans celles de la guerre. L’auteur divague sur la funeste présence de la mort qui a toujours fait partie de sa vie.
Chaque page nous enfonce davantage dans les abîmes de ce que l’humanité peut de pire. Colic décrit son enrôlement dans l’armée comme tragico-comique, un terme qui pourrait définir l’ensemble de son œuvre. Ce conflit a été pour lui un cauchemar dont il nous compte la peur et la déshumanisation. Il nous plonge par une écriture crue dans cet effroi, cette folie, en écrivant des scènes de terreur face auxquelles le jeune soldat s’est retrouvé. Alcool et écriture lui font traverser ces scènes insoutenables, vers une fuite de la guerre qui ne semble jamais exister jusqu’à ce qu’elle soit réelle, sur les routes de la désertion.
L’écrivain nous accompagne pour faire face avec lui à l’horreur absurde du monde en signant un roman purement pacifiste, une critique ouverte sur les conflits faits par les « personnes âgées pour tuer les jeunes ». Une oeuvre, en somme, nécessaire pour les générations n’ayant pas connu la guerre et pour ne pas oublier cet abîme ouvert au coeur de l’Europe il y a trente ans. Ce livre est en somme le pamphlet contre la guerre d’un écrivain désabusé par la vie, qui est pourtant « la chose la plus importante », « un miracle ». La fatalité n’est donc pas noirceur.
Velibor Čolić dote sa plume d’un cynisme pessimiste qui ne se targue au fond que d’aborder le réel avec absurdité. L’auteur arrive de nouveau à faire face à la gravité avec l’humour et l’absurde qui sont devenus chez lui une signature. Comment peut-on alors ne pas accueillir ce texte avec tendresse pour un homme se livrant sans retenue dans un livre profondément personnel.
« La poésie ne peut pas arrêter la guerre. La guerre ne peut pas non plus arrêter la poésie », c’est ce qu’on retient de l’exil de ce poète perdu au milieu de la guerre, venu ici livrer un témoignage essentiel et affirmer son importance dans la littérature actuelle.
Par Octave Lebrun
Contact : contact@actualitte.com
Paru le 01/02/2024
288 pages
Editions Gallimard
22,00 €
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À la mort de Christian Monnay, écrivain culte retiré du monde depuis trente ans, sa fille Chloé découvre que ses neuf manuscrits inédits ne contiennent que des pages blanches. Pour préserver sa mère aveugle, puis pour exister enfin comme autrice, elle glisse ses propres romans sous le nom du père. Anne Pitteloud signe une comédie noire, fine et acide sur la filiation, l’imposture et les légendes que fabrique le monde littéraire. Généalogie à découvrir le 21 août.
15/07/2026, 12:15
Comme il y a une dialectique de la raison, il y a une dialectique de la mémoire qui métamorphose le souvenir de la révolte en culte de l’ordre, les anniversaires des révolutions en défilés militaires, l’héritage de la Shoah en légitimation d’un État génocidaire ; ainsi s’affrontent les romans nationaux et la tradition des vaincus, le culte des héros et les traces laissées par les sans-nom, les monuments et les remémorations dissidentes.
15/07/2026, 09:00
Avec Les Désarmantes, son troisième roman à paraître le 21 août 2026 aux éditions Fugue, Caroline Bouffault imagine une France devenue une république pacifiste dirigée exclusivement par des femmes, où l’arrivée d’une journaliste étrangère vient révéler les contradictions d’un modèle fondé sur l’exclusion des hommes.
15/07/2026, 07:48
À la veille de la Révolution française, Paris se pense comme une terre de liberté, régie par le principe selon lequel « il n’y a pas d’esclaves en France ». Pourtant, pour les esclaves venus des colonies chercher refuge dans la capitale, cette promesse se révèle fragile et souvent illusoire.
14/07/2026, 09:00
Alors qu’elle prend la route pour tenter de calmer ses angoisses, Coro se retrouve sur des sentiers déserts, sans téléphone portable, frôlant la panne sèche. La nuit progresse, et alors qu’elle s’aventure au bout d’un chemin étroit pour demander de l’aide, elle arrive devant un grand portail noir. Elle va découvrir une demeure isolée, entourée de végétation et peuplée d’animaux. La communauté de femmes qui y vit propose son aide à Coro.
14/07/2026, 08:00
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