« Écrire après Auschwitz est barbare », déclare péremptoirement Adorno. La phrase paraît paradoxale, tant les témoignages consacrés à cette tragédie abondent. Dédicacé, entre autres, à Primo Lévi, ce livre de Laurent Geoffroy, fils de déporté, s’apparente avant tout à un récit familial. Médecin comme son père, l’auteur revient sur l’histoire même des siens, et livre ses réflexions de Juif laïc, volontiers anticonformiste, en un volume sincère, surprenant. Par Étienne Ruhaud.
Le 09/08/2022 à 12:11 par Auteur invité
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09/08/2022 à 12:11
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Sous-titrée « résurrections », rédigée à plus de soixante-quinze ans, cette « petite histoire » s’ouvre précisément par une sorte de renaissance. Brillant chirurgien orthopédique, Laurent Geoffroy, gravement malade, subit une greffe de foie, se retrouvant ainsi dans la peau du patient. Cette nouvelle condition (vivre avec l’organe d’un autre, et donc renaître, d’une certaine façon, à un âge déjà avancé) lui donne envie d’écrire.
Grand lecteur, auteur de plusieurs ouvrages de vulgarisation scientifique, Geoffroy décide cette fois de se livrer, et de livrer certains secrets familiaux. Fuyant les pogroms d’avant-guerre en Europe de l’Est, établie à Paris, la famille du narrateur se trouve naturellement en proie aux persécutions vichyssoises. Tandis que sa mère, Sarah, enceinte, suivie par sa grand-mère, arrive à fuir, le père, René, finit à Auschwitz, puis parvient, miraculeusement, à s’échapper, en compagnie d’un certain Charlie, lors d’un transfert. C’est alors que Sarah accouche, à plusieurs milliers de kilomètres, d’un fils né sous X, appelé Laurent Geoffroy, et non Sedel. Nous sommes en 1943.
Se cacher, travestir son identité est une question de survie. Est-ce pour cela que Geoffroy parle de lui à la troisième personne, sous le prénom de Georges ? Le récit n’a, en apparence, rien de fictionnel. Très factuel, clinique, mais sensible, le livre tourne essentiellement autour d’une figure paternelle aimante, elle-même ressuscitée après l’épreuve de la déportation. Revenu à la vie d’avant, la vie normale, René reprend sa carrière de médecin, quand son épouse est dentiste. Une fois à la retraite, l’homme décide d’évoquer son expérience.
Plusieurs volumes sont ainsi publiés. Pour autant, à la différence de son ami Charlie, René (re-né), ne souhaite pas témoigner de vive voix, retourner sur place : « À part l’écriture du livre, il [René], ne s’est pas investi dans la mémoire ». De fait, il s’agit surtout d’écrire, de « tourner la page », soit d’effectuer une sorte de thérapie, après le traumatisme.
Né sous X, donc, Laurent Geoffroy ne deviendra pleinement Laurent Sedel qu’en novembre 1948, recouvrant ainsi sa vraie identité. Pour autant, dans le dernier chapitre, le narrateur déclare ne pas non plus être Georges, dont il vient pourtant de dérouler l’histoire familiale. Qui parle, donc, exactement ? On s’interroge sur la véritable identité de l’écrivant, qui lui-même s’interroge, semble errer. Car Geoffroy, venu au monde sous de singuliers auspices, n’aura jamais pratiqué la religion de ses ancêtres. Ramené, bon gré mal gré, à ses origines, le chirurgien ne prend conscience de sa judéité qu’à l’âge de douze ans, soit relativement tard.
Et s’il peut se sentir juif à l’occasion d’un voyage en Israël, il persiste à condamner vigoureusement le sionisme, synonyme selon lui d’apartheid. En résultent une permanente ambiguïté, ainsi qu’une position iconoclaste, difficile à définir et à défendre face à un éditeur. Condamnant l’antisémitisme d’un Soral, d’un Dieudonné, Laurent Geoffroy s’attaque également au détournement historique opéré (selon lui), par le « gourou » Claude Lanzmann ou par Élie Wiesel. Claude Lanzmann parce qu’il accuse indûment l’ensemble des Polonais, peuple martyrisé par Hitler, d’antisémitisme, et qu’il parle à la place des vrais déportés.
Élie Wiesel, car sa pensée, suivant celle de Lanzmann, sert précisément le sionisme américain, et donc, pour Laurent Geoffroy, l’oppression des Palestiniens. « Juif assimilé », républicain, donc, humaniste, Georges, double de Laurent, se bat contre le repli sur soi, et prône des valeurs universelles : « le communautarisme ambiant ne fait qu’accroître les distances ».
« Il [l’éditeur] n’a pas compris mon propos », se désole Laurent Geoffroy. Il est vrai que le livre, qualifié de « brûlot », n’est pas toujours simple, et tranche avec tout consensus. Conscient du danger que sa franchise lui fait courir, l’auteur assume, et persiste à refuser la « sacralisation de la mémoire », soit, comme dit plus haut, le mésusage de la Shoah (terme d’ailleurs contesté). Nous ne pouvons que saluer pareil courage.
Malgré tout, l’ouvrage paraît souvent manquer de cohérence, demeurer légèrement fourre-tout. Certains parallèles établis entre la traite négrière, l’« islamophobie » française et la persécution des Juifs ne sont pas nécessairement heureux, et peuvent relever du poncif. De même, la victimisation relative des terroristes du Bataclan, considérés bon an mal an, comme les fruits d’une société excluante, a de quoi choquer dans son caractère unilatéral.
Aucune compassion n’est accordée aux vrais martyrs, jeunes, sacrifiés sur l’autel de la tolérance, soi-disant privilégiés par la naissance et, de fait, réduits au silence. Sincère, mais naïf, très idéaliste, Laurent Geoffroy s’égare quelque peu. Le propos est trop vaste, trop ambitieux, et le livre demeure indéfinissable. Autobiographie ? Essai ? Ce flou artistique se retrouve à travers l’histoire même de Georges, dont nous ne pouvons déterminer l’identité, et qui se cherche… Un directeur de collection sévère, exigeant, aurait dû corriger le tir, élaguer, corriger les quelques coquilles restantes. L’Harmattan ne l’a pas fait.
Les pages les plus intéressantes, les plus émouvantes, restent celles consacrées à ce même Georges et à son père René, juifs un peu malgré eux, médecins dévoués pris dans l’étau, prisonniers d’une religion « qui n’est pas une race » qu’ils n’ont pas choisie et qu’ils ne suivent pas, sans en ressentir toutefois la moindre honte. Un vrai lyrisme pointe à chaque ligne, lorsque Geoffroy/Sedel/Ledes/Georges parle des siens.
Outre la franchise, nous sommes également frappés par la vaste culture du chirurgien auteur, par l’abondance de références littéraires variées, par la présence de L.F. Céline « grand écrivain et antisémite notoire », mais aussi, au hasard des pages, de Sacher-Masoch, Jules Romains, et tant d’autres. Georges (qui est-il réellement ?) aurait « dû être écrivain ». Laurent Geoffroy/Sedel, le devient pleinement avec ce livre. Malgré ses défauts, cette Petite histoire mérite d’être lue et commentée, y compris surtout — de façon critique, honnête.
Par Auteur invité
Contact : contact@actualitte.com
Paru le 22/03/2022
232 pages
Editions L'Harmattan
23,00 €
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Avec une sincérité intrépide, l’autrice fait revivre ses années d'internat, de dix à dix-huit ans, au tournant des années 1960. Arrachée à la campagne qu’elle aimait, dans la vallée de la Marne, elle vit son arrivée en pension comme un enfermement brutal, loin de sa famille bien-aimée. Contrainte de porter l’uniforme, elle doit se soumettre aux ordres autoritaires de femmes strictes et sans cœur, jusqu’aux punitions et humiliations ressenties comme de véritables violences.
04/12/2025, 07:00
5 Commentaires
Issacovitch
11/08/2022 à 12:24
Bravo! Je ne puis qu'applaudir, à nouveau, le fait qu'Actualitté donne un éclairage à un ouvrage publié par l'Harmattan. Cet éditeur qui nous a donné parmi d'autres auteurs un Prix Nobel de Littérature est d'habitude ignoré des "radars". Cordialement,
Etienne Ruhaud
07/09/2022 à 02:07
Merci! Les publications demeurent inégales chez l'Harmattan, mais on tombe parfois sur des perles.
Myriam
29/03/2023 à 20:09
J'ai hésité cinq minutes avant de poster, devant l'inutilité probable de perdre de précieux instants à rédiger quelque chose que personne ne lira. Bon, a minima, ça soulagera ma conscience. Je ne comprends pas l'attitude de mépris de sites comme Actualitté vis à vis des auteurs qui publient chez L'Harmattan. Pourquoi ceux-ci devraient-ils morfler aux deux extrémités? C'est un peu comme si on étouffait le travail d'un peintre crève-la-faim parce qu'on n'aime pas le marchand d'art qui l'exploite! N'importe quoi! Quand on publie là, ce n'est pas forcément par manque de talent, parfois les bouquins sont remarquables, mais les auteurs manquent de relations publiques, de piston: tout le monde n'a pas les moyens de passer sa vie dans les cocktails germanopratins pour placer sa dernière ineptie d'enfant gâté chez Galligrasseuil. Alors, comment doivent-ils s'y prendre, ces auteurs peut-être géniaux mais réduits A PRIORI à la caste des parias parce qu'on n'aime pas l'éditeur? Déjà, ils ne sont payés qu'un pourcentage misérable à partir de 500 exemplaires sans couverture pub. Donc, quand ils touchent un centime, c'est le bout du monde et ça ne doit pas arriver souvent. Ils l'acceptent, pourtant, la mort dans l'âme. Mais, à l'autre bout, ils sont snobés par des sites comme Actualitté, quelle que soit la qualité de leur travail. C'est dingue, quand on pense qu'on espérait qu'Internet restaurerait une certaine justice en court-circuitant les coteries de la presse mainstream. J'ai l'exemple d'un bouquin paru chez L'Harmattan, en tout point remarquable, ce dont tout le monde convient, mais le type est pauvre et inconnu. Or les sites genre Actualitté auxquels il l'a expédié n'ont même pas eu la politesse élémentaire de lui répondre - personne, même pas ce petit geste humain qui prend une minute. Alors, il fait quoi, l'auteur? Pas diffusé d'un côté, omerta de l'autre... il se flingue tout de suite, ou il attend le miracle qui ne viendra pas? Franchement, je trouve ça révoltant (je mets "révoltant" pour l'autre mot que j'ai en tête). Surtout qu'il y aura toujours de la place pour dire que Julie Gayet est à la tête de Ciclic et autres "infos" édifiantes... hein. Ah, c'est vrai, ça, c'est pur, c'est propre. C'est de la littérature. Ben voyons, comme dit l'autre. Allez, je sors. Ca vaut mieux.
ETIENNE RUHAUD
06/04/2023 à 06:57
https://pagepaysage.wordpress.com/2023/04/06/un-commentaire-sur-lharmattan/
issacovitch
06/04/2023 à 23:27
Myriam, les conditions de cet éditeur sont différentes : outre les droits , minimes, après 500 ventes, l'auteur est tenu d'acheter entre 35 et 50 copies de son ouvrage ( Prix de vente - 30 % + Frais de port...). Vos remarques sont tout à fait exactes, touchantes et la comparaison avec les peintres (du dimanche) est la réalité. Si souvent nous sommes surpris, visitant une Expo de peintres non professionnels en admirant des oeuvres qui reflètent un talent de grand peintre. Il n'y en a pas 1 sur 1000 qui deviendra un Douanier Rousseau....Il en est certainement de même pour les auteurs irréguliers, "du dimanche"....Que faire ? Le "milieu", les lobbies dont vous parlez ne font pas de cadeau. Une chose me semble certaine: seuls les très grands écrivains, critiques, chroniqueurs, éditeurs sont susceptibles d'offrir amitié, écoute à un auteur comme celui dont vous parlez.