« Pour sauver la planète, il faut un projet de société et une ambition de civilisation » nous dit Luc Julia en sous-titre de son ouvrage. Chiche !
Le 12/10/2023 à 09:54 par Mimiche
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12/10/2023 à 09:54
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Un tel objectif affiché pour son livre ne peut être pris à la légère compte tenu du curriculum vitae de l’auteur dont l’aura le précède partout qu’il aille, aura qu’il s’est forgée suite à ses travaux sur l’intelligence artificielle l’ayant notamment conduit à participer activement à la conception de l’assistant vocal Siri. Vous savez bien, cet être fantomatique à qui vous vous adressez en parlant à votre téléphone pour lui demander à peu près tout et n’importe quoi.
Du coup, on peine un peu à l’associer à l’autre livre qu’il a pourtant aussi écrit, L’intelligence artificielle n’existe pas (livre que je n’ai pas lu mais dont je suis assez d’accord avec le titre pourtant paradoxal quand on considère l’objet de ses travaux de recherche appliquée).
Là n’est cependant pas la préoccupation qui l’a poussé, avec ce nouvel opus, à prendre la plume pour tenter d’apporter une contribution à la prise de conscience (encore bien limitée dans des actions fortes et concrètes) de ce « mur » vers lequel nous nous dirigeons, à grande vitesse, en regardant plus derrière que devant nous (pour ne pas le voir?).
Son constat ne fait qu’entériner ce que René Dumont (et d’autres avant, avec et après lui, comme le Club de Rome, quand même !) nous annonçait il y a plus d’un demi siècle : « un problème sans précédent : la planète face à sa survie ? » On croit rêver…
Oui, notre monde « est malade » de son addiction à l’énergie facile que nous a apporté le pétrole ! Et nous voilà en train de saigner, tous les jours un peu plus, la poule aux œufs d’or ! Dans cet Anthropocène (que l’homme a inventé en s’auto-établissant – là encore – tout en haut de la hiérarchie de la Vie et en créant une Ère nouvelle pour succéder à ce que des millions d’années ont mis pour amener la Terre à l’Holocène!), nous consommons entre le 1er janvier et la mi-juillet les possibilités de régénération énergétique naturelle de la Terre : le fameux « jour du dépassement » calculé par le Global Footprint Network !
Autrement dit, depuis des années déjà, à partir du 1er août, nous brûlons (nous flambons serait un terme plus approprié, nous dilapidons aussi) nos réserves terrestres. Vous savez, celles dont Saint Exupéry parlait indirectement quand il nous disait que « nous n’héritons pas de la terre de nos parents, nous empruntons celle de nos enfants » !…
C’est bien que Luc Julia (et donc l’aura dont il dispose) ait pris conscience de cela. C’est une bonne chose. Et il est important que toujours plus de gens susceptibles d’avoir l’oreille du pouvoir, puissent, à leur tour, faire prendre conscience (mais vraiment, bien sûr) de cette évidence à tous les niveaux politiques possibles.
C’est même certain que c’est une chose plus rassurante, pour nous, la fameuse « France d’en bas » (et le Monde aussi…) que les comportements totalement imbéciles de quelques « pourris de pognon » qui jouent à avoir la plus grosse (fortune…) en se mettant en scène, via des voyages spatiaux (aux coûts économiques, énergétiques, … faramineux), dans des combats d’égo d’une nullité crasse.
Mais ce n’est pas parce que l’analyse est correcte que les réponses proposées sont satisfaisantes. Cela serait trop beau.
Avec un sens didactique de l’explication, Luc Julia reprend à son compte la théorie du « Marteau de Maslow » pour entériner l’idée selon laquelle c’est « l’outil […] qui nous permet de devenir des hommes ». Et donc qu’il est nécessaire d’avoir des outils issus d’une « pensée [complexe] multidisciplinaire » pour transformer le monde.
Certes ! Certes, le « marteau [posé sur un établi] n’est ni bon ni mauvais ». En soi, il est un outil. Mais l’Histoire est là pour nous rappeler que, de Caïn à Hiroshima, les marteaux que nous avons utilisés ont certainement brisé autant de têtes qu’ils n’ont enfoncé de clous… Affirmer que « nos marteaux nous engagent, font de nous des êtres responsables, c’est oublier un peu vite que la situation dans laquelle nous sommes aujourd’hui est le fruit de notre irresponsabilité.
Oser prétendre, au début du livre que « nous sommes les seuls […] à détenir l’intelligence » pour nous enjoindre, à la fin du même opus, à être « à l’écoute du vivant » pour trouver des solutions « bio-sourcées » n’est pas pour me convaincre de cette « intelligence » intrinsèque que nous ne partagerions pas avec le reste du vivant ! Ce que contredisent des études de plus en plus nombreuses menées par des scientifiques, d’un renom aussi large que celui de l’auteur, qui observent le vivant qui nous entoure.
Pas plus que ne me convainc cette foi quasi religieuse (qui n’a d’ailleurs rien à envier à d’autres fois au moins aussi dangereuses) dans La Technologie qui serait la fin de nos soucis et « indispensable pour éviter le pire » ! Désolé mais c’est bien une perversion systématique des technologies qui nous a conduits « droit dans le mur ». Alors, comment imaginer vraiment que demain sera fondamentalement différent en utilisant les mêmes outils fussent-ils de plus en plus sophistiqués ? Une illumination de l’espèce humaine devenant soudainement bien plus et bien mieux que raisonnable ?
Quand je vois, aujourd’hui, le « jeu » de dingues qui se « joue » autour de la plus grande centrale nucléaire d’Europe, franchement, je n’ai aucune envie de voir se multiplier d’autres « outils » similaires aux quatre coins du monde, à commencer par les six coins de notre hexagone comme nous le promet notre dirigeant suprême et en confirme le caractère indispensable, l’auteur !
Vous l’aurez compris, en plus de ne pas avoir appris grand-chose dans la « liste à la Prévert » (et c’est même dommage de mêler le grand poète à cette discussion) que Luc Julia nous assène dans ses recommandations, « choisir et agir au quotidien », cent fois énoncées, par l’un ou par l’autre, ici ou là : je n’ai pas été convaincu par son propos et espère vous avoir, vous, convaincus du peu d’intérêt de ce livre.
J’aurais dû me méfier de ce point d’interrogation qui termine le titre : il ne doit pas complètement y croire à ce mur...
Par Mimiche
Contact : contact@actualitte.com
Paru le 03/03/2022
246 pages
First
17,95 €
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22/01/2026, 07:03
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2 Commentaires
Aurelien Terrassier
12/10/2023 à 14:03
Luc Julia est l'un des quelques meilleurs spécialistes de l'intelligence artificielle en France. J'ai lu son premier et précédent essai "L'intelligence artificielle n'existe pas", c'est passionnant, on apprend beaucoup de choses loin des fantasmes technofanatiques et transhumanistes de Laurent Alexandre et d'Elon Musk!
Philozab
07/11/2023 à 10:57
La question de ce livre qui est une vraie question n'est pas de croire ou pas au mur, mais de se demander comment nous pourrions encore l'éviter en coexistant dans ce monde technologique que nous ne pouvons de toutes façons pas arrêter...