En ce matin de 13 janvier, après un bref passage au bureau, le Commissaire Soneri était parti faire un tour dans les rues de Parme pour faire passer sa mauvaise humeur quand le téléphone le ramena à la triste réalité : un policier l’appelait pour lui annoncer la découverte d’un cadavre échoué sur la grève de la Parma au niveau du Ponte di Mezzo. Comme il était juste à deux pas dudit pont, il put observer un moment, avec les badauds qui se délectaient du spectacle et immortalisaient l’instant avec leurs téléphones portables, l’agitation des agents autour du corps que la baisse du niveau de l’eau avait dû déposer là après les grosses pluies des jours précédents.
Le 21/11/2022 à 12:12 par Mimiche
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21/11/2022 à 12:12
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Descendu près des équipes en intervention, il fut rapidement mis au courant des maigres détails accessibles sur le lieu de la découverte du corps après qu’un appel anonyme eût lancé l’alerte : la Parma avait dû ramener l’homme de loin. Ce qui rejoignait l’intuition de Soneri. Mais des éléments d’identification du décédé : aucun !
Plus tard, alors qu’il faisait un petit point de la situation avec le légiste devant un plat de tortelli aux blettes, le téléphone de Soneri sonna à nouveau : une camionnette avait été trouvée, criblée de balles, à proximité de Pastorello, un petit village des Apennins situé en amont, sur les bords de la Parma.
Interrompant leurs agapes à contrecœur – mais l’excitation de la hiérarchie dans les locaux de la Police les y incitait – les deux hommes s’accordèrent pour partir sur la piste de la camionnette dont l’identification fut rendue aisée du fait des papiers retrouvés dans la boîte à gants : le propriétaire venait de Pizzano, un autre petit village situé encore en amont sur le cours de la Parma.
Abandonnant le légiste et la camionnette, Soneri reprit son Alfa pour monter plus haut encore dans la vallée, où la neige faisait son apparition, et suivre instinctivement un fil ténu.
Mais ce ne fut qu’une étape : le vieux propriétaire de la camionnette ayant donné son véhicule à son neveu depuis que l’âge lui avait conseillé de s’abstenir de conduire, il dut monter encore plus haut, jusqu’à Monteripa…
Sur place, Soneri trouva un neveu moins enclin à croire à un vol qu’à un emprunt prolongé : le véhicule avait tant de kilomètres au compteur qu’il n’aurait intéressé aucun voleur.
Prêt à redescendre vers Parme, Soneri fouina un peu dans le village, parla avec le patron du seul bar-hôtel, échangea avec son équipe par téléphone, ce qui l’amena à considérer avec bonheur son éloignement de la ville où l’agitation politico-judiciaro-policière battait son plein.
Aussi, quand le patron du bar lui annonça que les intempéries des jours précédents avaient finalement eu raison d’un pan de la montagne qui avait glissé en emportant avec lui la seule voie raisonnablement carrossable ramenant à Parme compte tenu de la neige qui commençait à tomber et au froid qui allait transformer tout ça en verglas et rendrait toute autre issue impraticable, ce fut presque avec plaisir qu’il se sentit pris au piège et contraint de prendre une chambre sur place.
Il allait pouvoir continuer à fouiner tranquillement.
Vous le savez : l’instinct des flics, surtout dans les romans policiers, n’est pas une légende. Et le Commissaire Soneri ne fait pas exception à la règle même si, en l’occurrence, l’auteur a dû lui donner un petit coup de main en faisant glisser un pan de montagne pour l’empêcher de rentrer à Parme y retrouver tout ce qu’il n’aime pas : la hiérarchie, la réunionite inutile et le blabla qui va avec, l’agitation politicienne qui fait des vagues avec tout ce qui pourra bien lui permettre de parler et de faire parler,... pas toujours à bon escient, d’ailleurs !
Bref, si Soneri avait voulu s’y prendre autrement pour être tranquille au cœur de l’action et pouvoir tranquillement fureter partout, questionner, mettre la pression sans donner l’impression de le faire mais, pourtant, avec une efficacité diabolique, tisser une toile digne de la plus redoutable des araignées, je suis sûr qu’il n’aurait pas aussi bien réussi sans ces petits coups de pouce que lui a servis Valerio Varesi.
Dans ce roman, il y a toujours les ressorts essentiels qui agitent les criminels : le pouvoir, l’argent, les femmes, les stupéfiants, etc.
Mais en plus, en Italie, s’il n’y a pas la Mafia, il y a aussi l’Église. Ou l’inverse. Ou les deux.
Valerio Varesi fait une tambouille redoutable avec tous ces ingrédients que le Commissaire détricote patiemment, à l’abri de l’agitation de la Ville.
Car les petites bourgades rurales qui meurent peuvent être le théâtre d’agitations intenses pour essayer de ranimer la flamme dans ces campagnes en voie de désertification : si les choses sont moins exubérantes qu’en milieu urbain, elles sont tout autant sournoises. Les pressions exercées ne sont pas moins violentes. Les compromissions aussi. Pas de doute, l’âme humaine est la même partout, quel que soit le temps, quel que soit le lieu. Partout « le progrès se mesure en mètres cubes de béton » pour créer des stations, des remontées mécaniques, des parcs de stationnement... et faire reculer les limites bien fragiles des espaces préservés.
Voilà bien, là aussi, des sujets propices à des affrontements directs ou bien plus sourds, plus feutrés pour n’être pas moins coercitifs et efficaces.
« J’ai la nausée, [dit Soneri] à force de côtoyer les morts, la méchanceté, l’ignorance ». Et il ajoute : « Depuis des décennies, tous ceux qui ont tenté de lutter contre l’horreur n’ont pas fait baisser la vague de merde d’un millimètre, on dirait même qu’elle ne cesse de grandir ». Et même si « la pourriture travaille à une nouvelle naissance », il y a peu de raisons pour que cela change la nature du résultat.
Dans cette vallée des Apennins où il n’y a « pas de normalité et [où] la loi est inexistante », Soneri aura quand même bien du mal à dénouer l’écheveau.
Mais cela ne rendra la lecture que plus passionnante.
Par Mimiche
Contact : contact@actualitte.com
Paru le 05/05/2022
343 pages
Agullo
21,50 €
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02/01/2026, 12:52
En 2025, BD et mangas se sont encore vendus comme des petits pains… Sauf qu’ici, les petits pains valent parfois plusieurs millions d’euros. Des Gaulois increvables aux pirates infatigables, en passant par des enfants (très) mal élevés et des héros venus de YouTube ou de Minecraft, voici le top 10 des BD et mangas les plus vendus en France.
02/01/2026, 12:42
Chroniques d’un dieu boiteux, nouveau roman de Joan-Lluís Lluís, paraîtra le 6 février 2026 aux éditions Les Argonautes, dans une traduction du catalan signée Juliette Lemerle, et met en scène un Héphaïstos survivant, errant à travers les siècles dans un monde qui ne croit plus aux dieux, pour interroger la mémoire, la chute des croyances et ce que l’humanité révèle d’elle-même lorsqu’elle se croit seule.
02/01/2026, 08:00
Rapport d’activité met en scène Loïc, trente et un ans, un homme dont la vie réglée comme une horloge commence à vaciller le jour où il entreprend de tenir un journal intime, ouvrant la voie à un lent et méthodique dérèglement de son existence ; premier roman de Sarah Orokieta, le livre paraît aux éditions Zoé le 5 février.
02/01/2026, 07:00
Il y a des livres qui racontent une existence : La Vie entière fait plus que cela : il la précède, l’embrasse, l’invente avant même qu’elle n’advienne. Dès l’incipit, une voix féminine s’impose, vibrante et pressée, comme si le temps manquait déjà. « J’ai des souvenirs d’avance. Je les écris dans le désordre, très vite, pour rester vivante. » Tout est dit, ou presque : l’urgence d’écrire, la peur de disparaître, et cette intuition que la vie ne se déroule pas toujours dans l’ordre attendu Sortie le 2 janvier.
01/01/2026, 16:14
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