BEAUX ARTS - Jean-Baptiste Camille Corot, né le 16 juillet 1796 et mort le 22 février 1875 à 78 ans fait la jonction entre deux courants artistiques et deux époques. Il naît sous le Directoire et meurt sous la Troisième République. Il a connu le Premier Empire, les soubresauts d’une royauté mortifère, la Révolution de 1848, le Second Empire, la Commune en 1871 et les débuts de la révolution industrielle. Véritable témoin d’une société en pleine mutation c’est pourtant loin des villes qu’il se sent le mieux, là où tout est calme, en pleine nature.
Le 25/05/2021 à 09:57 par Audrey Le Roy
2 Réactions | 392 Partages
Publié le :
25/05/2021 à 09:57
2
Commentaires
392
Partages
Corot est le fils d’un couple de commerçants aisés, pour ne pas dire riches. Élève moyen, ses parents tenteront bien de l’envoyer en pension à Poissy pour le pousser à l’étude mais sans grand succès puis il passe comme apprenti pendant 5 ans chez un drapier, Yves Delalain. Disons-le clairement, Corot ne se voit pas du tout commerçant. Néanmoins cette expérience lui permettra de commencer à se faire un réseau parmi les industriels et les marchands d’étoffes « qui seront les premiers collectionneurs de ses œuvres. »
Quand Corot annonce à ses parents qu’il veut devenir peintre la réaction est tout d’abord bien fraîche mais dès que son père fait à l’idée, il financera son fils sans plus jamais regarder à la dépense. Corot a vingt-six ans et peut enfin commencer sa carrière.
Ainsi en 1822 il s’inscrit dans l’atelier d’Achille Etna Michallon « ancien protégé de David et paysagiste le plus prometteur de sa génération ». C’est durant ces années qu’il façonne son goût pour ce que l’on appelle le néoclassicisme, car pour lui « l’idéalisation de la nature, le genre le plus noble est celui du paysage historique, développement intellectuel d’un récit mythologique, littéraire ou religieux mis en scène dans un paysage ; le Narcisse se mirant dans l’eau de Pierre Henri de Valenciennes en constitue un brillant exemple ».

Pierre-Henri de Valenciennes - Narcisse se mirant dans l'eau - Quimper, musée des Beaux-Arts
Corot passe ensuite dans l’atelier du peintre Jean-Victor Bertin mais il estime y avoir perdu son temps, reprochant au peintre, pourtant l’un des plus réputés de Paris, de ne pas l’avoir assez formé au dessin.
En fait Corot fera ses armes seul, en marge de tout académisme et surtout en plein air. La recherche de toute une vie sera consacrée à l’étude de la lumière et des volumes. En 1826, Corot se rend en Italie, d’abord à Rome, ce qui lui permet aussi de quitter « le domicile familial pour la première fois de sa vie – à vingt-neuf ans ». Le cordon se distend mais ne se rompt pas, c’est papa qui finance entièrement le voyage.
Au début de sa carrière, ses peintures se veulent dénuées de tout sentimentalisme, il cherche juste « la synthèse de la lumière et de l’espace ». C’est dans cet esprit qu’il s’efforcera de peindre différents monuments romains comme le Colisée ou le Forum à divers moments de la journée. Il fait ses études en plein air et ses retouches en atelier, ce qui deviendra une habitude.
C’est également à Rome qu’il s’essaie à la représentation du corps humain et va finir par « inventer le genre de la figure de fantaisie, qu’il pratiquera abondamment dans la seconde moitié de son œuvre ».
Ici, nous ne sommes pas tout à fait d’accord avec Vincent Pomarède, conservateur général du patrimoine, et Gérard de Wallens, collaborateur scientifique auprès de l’Institut des civilisations, arts et lettres de l’Université catholique de Louvain et tous les deux auteurs de ce livre Corot – La mémoire du paysage, publié dans la collection « Découvertes Gallimard » en partenariat avec la RMN – Grand Palais (initialement publié en 1996), car la figure de fantaisie est le plus souvent attribuée à Fragonard (1732-1806). Passons.
C’est à l’occasion de son voyage en Italie qu’il va proposer pour la première fois deux tableaux au Salon de 1827 qui se tiendra à Paris : Le pont de Narni et La Cervara. « La critique du Salon accueille sans enthousiasme, mais sans hostilité, ce premier envoi, qui révèle un artiste encore sage, adepte des théories néoclassiques alors très en vogue, dans la filiation directe de Valenciennes et de Michallon. »
Notons que son tableau achevé du pont de Narni impressionne beaucoup moins que son étude, qui, il faut bien l’avouer, n’aurait rien à envier à un tableau de Paul Cézanne par exemple. « Cette Vue prise à Narni, présentée au Salon de 1827, fut déconsidérée parce que moins spontanée que l’étude », quand on sait le mal qu’auront, plus tard, les impressionnistes à se faire reconnaître, cela nous laisse quelque peu pantois, les critiques auraient-ils juste l’esprit de contradiction ?

Dans les années 1830, Corot est au sommet de son art et continue ses voyages en France – Auvergne, Provence, Limousin, Bourgogne, Isère, Bretagne – ou encore en Suisse chez des amis. Il y peint sans relâche avec toujours le même but « faire de sa main le pur prolongement de son œil » pour que sa peinture soit le plus possible réaliste.
Réaliste mais non point réelle. Avec les années, Corot introduit de plus en plus de sentiments et d’émotion dans ses peintures, les années de strict apprentissage sont derrière lui et il souhaite faire passer cette émotion chez les personnes qui regardent ses œuvres, « si nous avons été réellement touchés, la sincérité de notre émotion passera chez les autres » ; de même il peint de plus en plus en atelier avec pour paysages ses souvenirs.
Cette thématique du souvenir devient très présente à partir des années 1850 comme dans ce tableau Matinée, danse des nymphes (actuellement au Musée d'Orsay), exposé au Salon 1850-1851 où il réutilise des vues peintes près de Riva en Italie en 1834.

Ses peintures, peintes d’après souvenirs, rencontrent un franc succès, Napoléon III lui en achètera d’ailleurs une (Souvenir de Mortefontaine).
Après être fait Chevalier de la Légion d’honneur en 1846, il est fait officier de la Légion d’honneur en 1867, mais il ne recevra jamais la vraie reconnaissance de ses pairs, à savoir la médaille de première classe au Salon. Pour tenter de réparer cela, ses amis lui organisent une grande soirée au Grand Hôtel à Paris où ils lui remettent une médaille qu’ils ont eux-mêmes fabriquée.
Avec l’âge, Corot se fera de plus en plus aider par les élèves ayant le mieux compris son art. Corot est l’un des peintres français les plus copiés, d’où la célèbre phrase « Corot est l’auteur de 3 000 tableaux dont 10 000 ont été vendus en Amérique ». Mais il faut bien avouer qu’il est le principal artisan de ce fait. Déjà parce qu’il est son principal copieur, il n’hésitait effectivement pas à faire des répliques de ses propres œuvres ; n’hésitait pas non plus à signer des toiles … qu’il n’avait pas peints, estimant qu’il était le propriétaire d’une idée mais pas du tableau. Une manne pour les faussaires et une tannée pour les experts.
« Sans tapage, sans fracas, un paysage de Corot peut être accroché dans une chambre et regardé toujours. Combien de tableaux aujourd’hui peuvent être regardés un mois de suite sans ennuyer le propriétaire ? »
Champfleury, Salon de 1849
Vincent Pomarède et Gérard de Wallens - Corot. La mémoire du paysage – Gallimard, Collection découvertes n°277 - 9782072894244 – 16.30 €
Par Audrey Le Roy
Contact : aleroy94@gmail.com
Paru le 25/03/2021
175 pages
Editions Gallimard
16,30 €
Plus d'articles sur le même thème
Je suis Romane Monnier intrigue par son point de départ d’une banalité trompeuse : un téléphone échangé par erreur à la fin d’une soirée ordinaire. Rien de spectaculaire, et pourtant tout bascule. Delphine de Vigan s’empare de ce minuscule incident pour ouvrir une faille, puis une brèche, dans le quotidien de son personnage principal.
20/01/2026, 16:38
« Le lecteur dont j'attends quelque chose doit réunir trois qualités : être calme et lire sans hâte; ne pas toujours s'interposer, lui et sa « culture» ; enfin, ne pas s'attendre à un tableau de résultats. »
19/01/2026, 18:33
Dans la multiplicité et la complexité de leurs formes, les violences qui défigurent le visage du Proche- Orient ont une histoire. Celle-ci ne se limite aucunement à « l’authenticité religieuse des Orientaux et leur ferveur », comme le veut un certain orientalisme tardif, ni à l’attrait pour la brutalité qui serait inhérent à la « psyché arabe », selon une vision néocolonialiste saturant encore le débat public.
19/01/2026, 11:05
Quand le rêve gouverne le réel : voilà comment La Fabrique du merveilleux pose ses ambitions : raconter un monde où le rêve n’est pas une échappatoire, mais une force structurante. L’auteur pose son décor avec une clarté presque philosophique : « Lony, le monde qui nous habite, est beaucoup plus vaste… Il nous est accessible uniquement par le rêve. »
19/01/2026, 11:04
Cette semaine, la Booksletter explore les lignes de fracture du monde contemporain. De la crise du capitalisme rhénan aux promesses vertigineuses du quantique, des vulnérabilités invisibles de l’Internet sous-marin aux voix de la diaspora vénézuélienne, les livres révèlent ce que l’actualité brute ne dit pas. Un parcours exigeant à travers idées, sciences et combats pour la liberté de publier.
17/01/2026, 09:07
Nouvelle figure du polar Angelino, Jordan Harper nous entraîne dans les coulisses des célébrités et des puissants, ceux qui sont au-dessus des lois grâce à une armée de gardes du corps, avocats, communicants, chargés de leur tisser une toile protectrice et de leur façonner une impunité où tous les vices sont permis. Convaincant et dérangeant.
16/01/2026, 15:22
Vite, très vite, Bad Hombre (trad. Aloïse Denis) s’annonce comme un livre impossible à ranger sur une étagère rassurante. Ni manifeste, ni confession pure, ni pamphlet idéologique, l’essai de Pola Oloixarac avance à découvert, assumant ses zones de trouble et ses contradictions. « Ceci étant une histoire vraie, elle se doit d’inclure une confession. » Cette phrase inaugurale devient pacte de lecture : ici, rien ne sera simple ni confortable. L’autrice s’expose, non pour se justifier, mais pour comprendre.
16/01/2026, 12:03
Je suis une idiote de t’aimer (trad. Laura Alcoba) est un ensemble de nouvelles incandescent, parfois excessif, toujours sincère. Il revendique ses débordements, ses contradictions, ses élans incontrôlés. C’est un livre qui parle d’amour, oui, mais surtout de survie, de filiation choisie, de beauté trouvée là où personne ne pensait la chercher. Des portraits d'héroïnes inoubliables, avec peut-être le plus frappant : celui de Billie Holiday.
15/01/2026, 10:32
On ouvre L’Usine de Robin Conche comme on entrouvre une porte coupe-feu : l’air y est épais, la lumière blafarde, et pourtant ça accroche. Francis Painsec, vingt-six ans, s’allonge sur son canapé rouge et regarde son déficit comme un écran de fin du monde : « Il est écrit en rouge – 1 600 €. » Puis, presque bravache : « Ça va. »
14/01/2026, 11:54
De bons personnages, une bonne histoire, dans ce roman policier à énigme déguisé en romance à l'eau de rose : Philip Gray joue les faux-monnayeurs et nous offre une lecture facile et 100% plaisir qui devrait plaire au plus grand nombre. La maison aux neuf serrures, traduit par Elodie Leplat, se déguste, tout bonnement.
12/01/2026, 17:18
Le devoir des vivants est de penser aux morts pour qu’ils ne disparaissent pas tout à fait. C’est ce que fait admirablement Natacha Wolinski dans un texte mémoire sur son père et sa famille. Chaque jour, elle va au Palais de Justice, « un Etna » difficile à gravir, mais nécessaire, afin de suivre le procès des assassins de Charlie Hebdo.
12/01/2026, 17:02
Il y a des romans qui commencent par une scène, et d’autres par une obsession. Dans Leurs désirs immenses, Léa Lhermet ouvre directement la vanne : « Au départ, il y a les femmes. » Et tout suit, comme une marée. « Les femmes m’envahissent, prennent possession, me gavent, m’étourdissent. » On est happé : une voix vive, parfois mordante, qui explore sans faux-semblants ce que les lignées transmettent — et ce qu’elles étouffent.
12/01/2026, 10:49
Dès les premières pages, L’Enfant du vent des Féroé impose un territoire, une voix, une respiration. Le roman ne commence pas par une action, mais par un lieu qui parle. « Et puis il y a moi, Gjógv. Un village de carte postale au toponyme imprononçable. » Le décor devient narrateur, conscience diffuse, mémoire minérale. Le lecteur comprend vite qu’ici, l’histoire humaine sera indissociable des éléments.
12/01/2026, 10:45
Du film noir classique aux dérives du capitalisme numérique, de la philosophie antique aux figures spirituelles du XXᵉ siècle, la Booksletter de la semaine explore les grandes tensions de notre modernité à la lumière des livres. Au sommaire : Assurance sur la mort, archétype du film noir hollywoodien ; l’« enshittification » d’Internet selon Cory Doctorow ; Diogène, cynique radical ; Edith Stein, philosophe et martyre ; et une plongée dans l’économie criminelle contemporaine.
10/01/2026, 10:06
Voici une relecture en images de la fameuse Trilogie Berlinoise, quand Philip Kerr nous entraînait aux côtés du détective Bernie visiter les sombres coulisses du Berlin nazi. Avec fidélité au texte original, ces deux premiers albums de Pierre Boisserie et François Warzala redonnent une nouvelle jeunesse à ces polars devenus légendes.
09/01/2026, 15:58
En 2039, la prison n’existe plus. Les criminels sont désormais condamnés à la Sphère, un purgatoire psychique piloté par une intelligence artificielle, où ils doivent affronter leurs fautes jusqu’à obtenir une possible rédemption. Ange Barol, analyste brillante et conceptrice du système, croit avoir inventé une justice plus humaine que l’enfermement.
09/01/2026, 12:44
Il y a des romans qui ne cherchent pas à faire événement, mais qui avancent à pas feutrés, comme on entre dans une mémoire qu’on croyait close. Les filles s’ouvre ainsi, sans fracas, sur une rentrée scolaire au début des années 1970, lorsque deux enfants franchissent un portail noir, « serrées l’une contre l’autre ». Rien d’extraordinaire, en apparence. Pourtant, dès ces premières lignes, quelque chose se noue. Une intensité discrète, mais tenace.
09/01/2026, 12:27
L'écrivain en exil profite d'un roman noir entre farce philosophique et conte macabre pour disséquer la société provinciale russe. Comme il le dit lui-même, là-bas, « le climat est brusque, les gens aussi ». Accrochez-vous car son ironie est plutôt grinçante et si on rit souvent, on rit jaune.
07/01/2026, 12:50
Il y a des romans qui s’ouvrent dans le fracas. Fauves commence dans la nuit, sous la pluie, au bord d’un port industriel, avec un adolescent cabossé qui crache sa rage sur le bitume. « La porte du bar s’ouvre à la volée. Un instant, la nuit se trouble. » Tout est là : la violence latente, l’errance, l’impression d’un basculement irréversible. Mélissa Da Costa installe d’emblée un récit d’arrachement, où l’enfance se termine sans cérémonie. Par Lucy L.
07/01/2026, 11:34
En ce début d’année où l’actualité se révèle particulièrement éprouvante, La Réjouissance de Stéphane Barsacq, publié aux éditions de Corlevour, arrive comme une bouée de sauvetage. Il ne s’agit ni de naïveté ni de faire l’autruche en enfouissant la tête dans le sable pour ne rien voir. Il s’agit, au contraire, de refuser le désenchantement ambiant, ne pas céder à la résignation, chercher ce qui permet encore de tenir debout intérieurement.
06/01/2026, 12:01
Un vélo d’enfant, une jambe plus courte que l’autre, un village baptisé Grouillon. Vie et mort d’un cycliste amateur démarre au ras du bitume, dans une langue qui ne cherche ni l’élégance ni la distance. « Je ne suis pas né dans une rose », annonce d’emblée le poème, comme un refus de toute idéalisation. Jérôme Bertin choisit une entrée frontale : celle d’un corps marqué, d’un milieu populaire, d’une parole qui avance sans filtre
06/01/2026, 11:00
Le Cherche Midi a eu une bonne idée en éditant les premiers romans et nouvelles de Patrice Jean, auteur atypique qui avait surpris le public en 2017 avec la sortie de L’Homme surnuméraire. Trois romans, deux nouvelles, des articles, des chroniques et des aphorismes, au total 768 pages à dévorer ou à déguster par petits bouts, piochant ici et là des fragments humoristiques ou philosophiques.
31/12/2025, 12:30
Anaïs Nin est une femme qui se veut normale. Épouse modèle de son mari Hugo, banquier, elle se fond dans le quotidien qui a été tracé pour elle. Jours après jours, elle sourit lors des dîners mondains, magnifique trophée d’un homme d’affaires qui a tout réussi. Son seul moment de liberté pour contrer une captivité socialement acceptable ? Le jeudi. Chaque semaine, cette unique journée lui est accordée pour vivre comme bon lui semble, à son rythme, pour assouvir ses désirs – tant que Hugo n’est au courant de rien…
31/12/2025, 11:56
Raïzo vit une vie en marge de la société à Lausanne, elle squatte les combles d’un immeuble vétuste, cultive et vend de l’herbe, mène une vie bien réglée et anonyme. Un molosse Dog Argentin appelé Amon, Matthias, son meilleur ami gay rencontré lors d'un Travail d’Intérêt Général, virtuose de l’informatique et une vielle dame africaine pour qui elle s’occupe de ses courses, constituent son univers.
31/12/2025, 11:54
En 1638, le peintre Poussin reçoit une commande un peu particulière : peindre un tableau en respectant les exigences scéniques d’un commanditaire anonyme qui le menace de mort s’il évoque un jour cette peinture. En 1885, à Montréal, un jeune professeur d’Histoire tout juste admis dans une loge maçonnique, part à la recherche d’un objet convoité : l’Argumentum.
31/12/2025, 11:51
Amateurs du premier degré, du besoin de tout comprendre, de tout analyser, de polémiquer sur tout et souvent pour rien, passez votre chemin : cette lecture n’est pas pour vous. Ici, « l’insaisissable est partout » ! À ceux dont l’imagination est encore fertile, bienvenue dans les mondes merveilleux et délicieusement loufoques de Lewis Carroll, et réjouissez-vous : Alice, suivi de La Chasse au Snark, sont enfin dans la collection de la Pléiade, dans une édition bilingue, traduite par Philippe Jaworski et illustrée par plus de 200 dessins.
31/12/2025, 11:37
Curieux et hypnotique roman qu’est La fenêtre grise : un homme d’une quarantaine d’années, sans travail particulier, turfiste, entretenant une relation avec un mannequin, passe une partie de ses journées à observer l’immeuble en face de son appartement. Il regarde plus particulièrement l’appartement d’un vieux monsieur qui a une vie bien réglée et qui va se faire assassiner sous ses yeux.
31/12/2025, 11:25
Lorsqu’elle écrivait La Naissance du jour, Sidonie-Gabrielle Colette avait 55 ans. Avec tendresse et l’habituelle libertée lyrique assumée qu’on lui (re)connaît, elle déploie un texte dédié à un sujet inhabituel, aujourd’hui encore : le chemin vers la vieillesse pour une femme. Les Éditions Les Prouesses proposent de replonger dans les deux premiers chapitres, afin de découvrir ou redécouvrir cette réflexion intime et délicate.
29/12/2025, 10:47
Après L’Ère des extrêmes (Agone, 2020), entendue comme l’étude magistrale que l’historien Éric Hobsbawm consacra aux révolutions politiques et culturelles ainsi qu’aux bouleversements majeurs du XXᵉ siècle (1914-1991) – les deux guerres mondiales, le progrès scientifique et la création artistique au premier chef –, c’est encore L’Ère des extrêmes : l’ère de nouvelles visions du monde exterminatrices faisant du colonialisme et d’une guerre d’effacement d’un peuple occupé l’unique voie du parachèvement de la « démocratie »… et de la réalisation de la « paix ».
29/12/2025, 10:43
Qu’est-ce que ça veut dire, être mère ? Comment un tel rôle se vit-il ? Voici, entre autres, ce que La République des Mères permet de questionner, d’explorer. D’effleurer du bout des lèvres. Liz Berry nous offre un recueil de poésie bouleversant dédié à la maternité. Une expérience à la fois universelle et terriblement intime, dans un corps qui chante de joie autant qu’il pleure de douleur. Une traduction à quatre mains assurée par Alice Brun et Claire Hélie.
24/12/2025, 13:26
Autres articles de la rubrique Livres
Tout commence par un rêve. Ou plutôt par sa perte. « Il y a presque dix ans, j’ai rêvé d’un chien que je n’avais pas, et que je perdais. » D’emblée, le texte place le lecteur dans une zone de frottement entre imaginaire et vécu, entre anticipation et deuil. Ce chien rêvé, aimé « douloureusement », précède le chien réel. Il l’annonce. Il le prépare.
20/01/2026, 14:19
Ici, nul simple récit judiciaire ni d’une fresque historique décorative. Tout commence par une vision saisissante, presque cinématographique : « Le corps dérive vers l’aval. Mais, en cette fin de novembre, les eaux de la Kennebec commencent à geler. » Le lecteur est happé par cette image figée, par ce cadavre prisonnier de la glace, déjà promesse d’un drame où la nature, la violence humaine et la vérité vont s’entrelacer. À paraître le 11 février.
20/01/2026, 11:50
De retour au village de Gourdon, Nico est renvoyé à son passé et aux meurtres non élucidés qui ont secoué le village trente ans plus tôt. Le prédateur qui sévissait à l’époque court toujours. La menace plane encore. D’autant qu’un mystérieux témoin distille des indices inquiétants. Personnage à part entière, la nature provençale colore cette intrigue de ses ombres et lumières.
20/01/2026, 08:00
Esteban, étudiant appliqué mais maladroit, rêve d’intégrer la caste des mages d’élite de Verama. Un jour, il tombe sur Luis, pirate rebelle et excentrique, qui n’en ferait qu’à sa tête s’il n’était pourchassé par un redoutable monstre marin.
20/01/2026, 07:00
C'est une quête maternelle à couper le souffle. Dès l’exergue emprunté à Simone Weil — « Nous ne possédons rien au monde – car le hasard peut tout nous ôter — sinon le pouvoir de dire “je”. » —, le roman donne le ton : une histoire de dignité, de survie et d’identité. À paraître le 5 février.
19/01/2026, 12:14
La Trilogie chronolytique, de Michel Jeury, paraît en librairie le 26 février et réunit trois romans majeurs de la science-fiction française, Le Temps incertain, Les Singes du temps et Soleil chaud, poisson des profondeurs. Publié par la maison d’édition mentionnée dans ton dossier, cet ensemble explore les dérèglements du temps, les futurs totalitaires et les mutations technologiques à travers une écriture visionnaire qui a marqué durablement le genre.
19/01/2026, 08:00
Aux éditions du Seuil, dans la collection « Pierres vives », Thétis de Christine Spianti paraît le 20 février. Dans ce roman ample et singulier, l’autrice réinvente l’Iliade en déplaçant le regard vers Thétis, mère d’Achille, pour faire entendre une épopée contemporaine portée par la compassion, la voix des femmes et des oubliés, des rives de la Grèce antique aux luttes actuelles.
19/01/2026, 07:00
Si Léon Werth fit scandale en 1919 après la publication de sa charge antimilitariste Clavel soldat et Clavel chez les majors (objets d'un précédent article des Ensablés) il reste dans les mémoires comme le dédicataire du Petit Prince dont la page de garde affiche: A Léon Werth quand il était petit garçon». Et c'est bien ainsi qu'il apparaît sur la photographie qui orne la couverture de son Caserne 1900 réédité en 1993 par les éditions Viviane Hamy.POar Isabelle Luciat.
18/01/2026, 09:00
Comment habiller un garçon, nouveau roman de Cyrille Martinez, paraît aux éditions Verticales le 19 février et poursuit une exploration littéraire de la jeunesse et de ses rites, en racontant l’initiation d’un jeune homme à la mode masculine à travers l’apprentissage collectif d’une bande d’étudiants provençaux, entre quête de style, construction de soi et détournement des codes sociaux.
17/01/2026, 08:00
Avec Miss Kim, Cho Nam-Joo poursuit son exploration implacable de la condition féminine en Corée du Sud à travers huit portraits de femmes, dans un roman traduit du coréen par Pierre Bisiou et Choi Kyung-Ran, à paraître le 5 février aux éditions Robert Laffont. De l’enfance à la vieillesse, ces trajectoires intimes exposent les violences, les discriminations et les contradictions auxquelles les femmes sont confrontées, dessinant en creux le visage d’une société entière.
17/01/2026, 07:10
Certains auteurs tiennent parole, dès le titre de l'œuvre : Pierre Lemaitre signe ainsi une entrée fracassante sur le marché. Il se place au sommet des meilleures ventes dès la première semaine, apportant un souffle nouveau à un classement qui ronronnait depuis plusieurs mois. Passage en revue du palmarès des derniers jours (du 05/01 au 11/01)...
16/01/2026, 11:36
Il suffit de quelques pages pour comprendre que L’Avant-poste (trad. Raphaëlle Pache) n’est pas un simple roman d’anticipation. C’est un territoire. Un monde clos, poisseux, saturé de brouillard et de non-dits, où l’Histoire a reculé jusqu’à se figer. D’emblée, Glukhovsky plante le décor avec force : « L’immense pont s’enfonce dans une vase glauque, dans un épais brouillard empoisonné, s’y dissout peu à peu et disparaît complètement. » Tout est là : la frontière, l’interdit, la peur de ce qui se trouve “de l’autre côté”.
16/01/2026, 10:33
Oubliez les dorures, les poignées de main chorégraphiées et les communiqués aseptisés : Accréditée vous propulse dans l’arrière-boutique du pouvoir, là où ça sue, ça ruse et ça verrouille. Ania Nussbaum écrit comme on infiltre un bunker, carnet en bandoulière et lucidité en alerte maximale. Ici, l’Élysée n’est pas un symbole, mais une machine nerveuse, parfois parano, souvent fascinante. Un livre qui ne murmure pas : il observe, il note, il appuie là où ça fait mal.
16/01/2026, 10:30
Une employée modèle, roman de Jean-Christophe Tixier publié chez Albin Michel et attendu en librairie le 11 février, met en scène une femme ordinaire dont l’existence réglée bascule lorsqu’elle décide de sauver son frère menacé, déclenchant un engrenage clandestin où la transgression devient peu à peu une manière d’exister.
16/01/2026, 08:00
Avec L’Avant-poste, roman de Dmitry Glukhovsky traduit du russe par Raphaëlle Pache et publié chez Robert Laffont, l’auteur de Metro 2033 plonge le lecteur dans une Russie de l’après, ravagée par une guerre civile et coupée de son propre centre, où un jeune homme isolé dans un poste-frontière rêve d’un monde auquel plus personne n’ose accéder. En librairie le 5 février, ce récit d’anticipation explore l’attente, l’enfermement et la peur de l’inconnu à travers un suspense tendu et politique.
16/01/2026, 07:00
Une lecture éprouvante, à l'image du destin de Rose, mais un salutaire devoir de mémoire avec le rappel de l'histoire récente de l'île de La Réunion et de la sinistre affaire des « enfants de la Creuse ».
15/01/2026, 13:04
Il y a des romans qui happent sans élever la voix. Et ça secoue. Le Voile des illusions (trad. Carine Chichereau) sera à ajouter au compte : le texte avance, et c’est nous qu’il déshabille. Anna, à quarante-cinq ans, enquête sur sa propre trajectoire — non pour dresser un dossier, mais pour comprendre la part souterraine des choix.
15/01/2026, 11:03
Avec La Résidence, Laurent Crassat, dont le livre paraît le 6 février 2026, propose un roman historique solidement documenté qui explore l’histoire européenne de la colonisation de l’Afrique du Nord entre 1830 et 1925, en mettant en regard la violence de la conquête algérienne et la mise en place plus feutrée du protectorat marocain, tout en dévoilant les ressorts politiques, militaires et financiers d’une domination aux effets durables.
15/01/2026, 08:17
Skara est une jeune viking qui a reçu à la naissance un talent rare et divin : le don du Loup. Ce don fait d’elle une redoutable guerrière pouvant tenir tête à n’importe qui malgré son jeune âge ! Après la mort de sa mère, tuée par des pillards, Skara, emportée par la colère et le désespoir, incendie accidentellement un temple sacré d’Odin.
15/01/2026, 07:00
Impossible de rester simple spectateur devant Une main vers le ciel : Jean-Christophe Boccou vous attrape par le col et vous installe, d’emblée, dans la tête de Khieu, seize ans, Phnom Penh, avril 1975. « La guerre est finie ? Tu n’y crois pas beaucoup. Tu n’y crois pas du tout. » « Les doctrines changent, les mains aussi, mais il y a toujours une lame, et une gorge coupable à trancher – au nom de la justice, au nom de la sauvegarde du régime, au nom du nom. » À paraître le 5 février. Par Jérôme Bosch.
14/01/2026, 16:19
Publié au Seuil et attendu en librairie le 6 février, Le Chant du sol est un conte écologique signé Julien Denormandie, ingénieur agronome et ancien ministre, avec une préface d’Érik Orsenna, membre de l’Académie française, qui imagine la révolte silencieuse de ce sol que l’humanité croit connaître mais qu’elle n’écoute plus, dans un récit engagé où la fiction devient un outil pour alerter sur notre rapport au vivant.
14/01/2026, 08:18
Avec Leçon particulière, roman de Sulmi Bak traduit du coréen par Marion Gilbert et publié aux éditions HarperCollins le 18 février, l’autrice sud-coréenne signe un premier livre sombre et tendu, construit comme une descente méthodique au cœur de la cruauté humaine, où une jeune professeure particulière s’immisce dans la vie d’un adolescent pour l’obliger à affronter une vérité dont les conséquences s’annoncent glaçantes.
14/01/2026, 07:00
Il suffit de quelques pages à Aurore pour installer un climat de tension sourde, presque organique. Un appel nocturne, un réveil brutal : « Le téléphone laisse échapper deux courtes sonneries et Mélanie l’a déjà saisi, par réflexe. » En quelques lignes, le lecteur est plongé dans une mécanique d’urgence, rythmée par l’épuisement et la responsabilité. Le roman s’ouvre sur cette cadence heurtée, qui ne cessera plus de structurer le récit. À paraître le 6 février.
13/01/2026, 15:29
Avant même le premier corps, il y a une panne. Et quelle panne… « Soixante-treize heures d’affilée, ça fait tout de même un peu long pour une seule et même coupure de courant. » Le ton est donné : sec, drôle, lucide. À Beyrouth, l’électricité n’est pas un confort ; c’est une humeur nationale. « Routine absurde qui rythme leurs journées, à lui comme aux deux millions d’habitants de la capitale. » À paraître le 5 février.
13/01/2026, 11:28
Devant le magnétophone de Maryvonne Lapouge et Clélia Pisa, ces femmes nous plongent au cœur de la condition féminine dans un Brésil où les inégalités sociales, le racisme structurel, la violence de genre et la colonisation des femmes à l’intérieur du pays marquent profondément le quotidien.
13/01/2026, 08:00
Partant du constat que nous accordons spontanément du crédit au nom posé en haut d’une couverture ou en bas d’un tableau, Samah Karaki analyse comment certaines figures d’autorité constituent une fiction cognitive, un mécanisme mental auquel notre cerveau est spontanément enclin.
13/01/2026, 07:00
Il est des livres qui ne racontent pas une vie : ils l’approchent à pas feutrés, comme on entre dans une clairière en retenant son souffle. Le Souffle de la forêt relève de cette catégorie rare. Simonetta Greggio n’écrit pas sur Simona Kossak ; elle marche à ses côtés, dans une prose habitée, charnelle, attentive au moindre frémissement. Dès les premières pages, le ton est donné : « Elle n’a que la peau, les os et un nom de famille. » Tout est là : la nudité, la résistance, l’essentiel. À paraître le 21 janvier.
12/01/2026, 09:34
Dans un Mexique ravagé par la violence et les cartels, un homme honnête croit pouvoir devenir maire. Mais, dans le même temps, il va découvrir l’amour de sa vie, un amour scandaleux. Humour ravageur, suspense, un roman de passion pure sur la morale des apparences.
12/01/2026, 07:00
Entrelacs. Entretiens réunit Daniel Mendelsohn, Adrien Zirah et Déborah Bucchi dans un volume publié aux éditions Seuil et attendu en librairie le 6 février, qui donne à lire une série d’échanges approfondis autour de l’œuvre et de la pensée de l’écrivain américain, entre héritages antiques et juifs, récits personnels et lectures des grands textes, dessinant le portrait d’un auteur pour qui l’intime dialogue sans cesse avec l’histoire et la littérature. Traduit de l'anglais par Adrien Zirah.
10/01/2026, 08:00
La Sage-Femme et la Rivière, roman d’Ariel Lawhon traduit par Sarah Tardy, paraîtra le 11 février 2026 aux éditions HarperCollins. Dans ce nouveau récit historique, l’autrice explore un passé instable, traversé de secrets, de mensonges et de vérités dissimulées, où l’histoire elle-même semble se dérober sous les pas du lecteur.
10/01/2026, 07:03
Pour démarrer 2026, La Femme de ménage ne se contente pas de dominer : elle écrase tout sur son passage. Ou plutôt, elle balaie le classement (du 29 décembre au 4 janvier). Les trois marches du podium sont occupées par une seule et même autrice, infatigable depuis plus d’un an : Freida McFadden.
09/01/2026, 12:25
2 Commentaires
L' albatros.
25/05/2021 à 16:30
Ce qui est aussi intéressant, c'est la manière dont Camille Corot se démarque de l' imagerie lisse colorée des clichés, plaques de verre ou peints sur verre, de la lanterne magique ou de la photographie, par l' ajout de points de matiere picturale , infimes, feuilles d' arbres, fleurs, ornements, créant sur la surface plane, colorée clairement, et fluidement, d' une transparence lumineuse, ....; y créant une sensation perceptive de relief diffus, une image matériellement en 3 dimensions, ou une profondeur en l' apprehension d' un premier plan se discernant d' un second, faisant ainsi obstacle --a la perception d' aplats, et a la ' lisséîté' paysagiste, ou de groupe.
Une autre histoire de l' imagerie picturale: plus proche des écoles du nord, Flandres et Hollande.
En passant par Robert, Vigee-Lebrun, Fragonard, Joseph Vernet, Pierre de Valenciennes, Michallon, Delaroche, Corot et Manet.
( Y Décrochant les wagons- Ingres, Gericault, Delacroix.).
Gérard de Wallens
26/05/2021 à 12:11
Bonjour, merci pour votre chronique. Evidemment vous avez raison à propos de la l'invention de la figure de fantaisie dont la paternité ne lui appartient pas. Ici (p. 42) c'est la virgule qui est de trop... Nous limitions notre propos à la figure telle que Corot va la concevoir à partir de années 50 et singulièrement des 60.
Cordialement.