Archiver le mouvement #MeToo et quelque 32 millions de tweets

Clément Solym - 13.08.2020

Patrimoine et éducation - A l'international - archiver mouvement MeToo - documents MeToo archives - mémoire MeToo harcelement


À l’initiative de l’activiste américaine Tarana Burke, surgit l’expression « Me Too » en 2007. Il s’agissait de dénoncer les violences sexuelles, particulièrement subies par les minorités. Le renouveau connu avec l’affaire Weinstein en octobre 2017 l’a transformé en #MeToo, réseaux sociaux obligent. Mais dès lors, comment collecter les documents liés à cette libération de la parole des femmes ?

#metoo


L’université de Harvard s’interroge : alors que la bibliothèque Schlesinger, située à Radcliffe, a servi d’entrepôt pour tout ce qui touche à la vie et l’héritage des femmes, ses archives reposent sur des supports analogiques. Quand #MeToo, le hashtag, a surgi, de nouveau s’est posée la question de l’archivage des données numériques — un bien plus vaste débat.
 

Quand le numérique s'en mêle


Emails, disques durs, tweets, sans même parler des photos, illustrations et autres… collecter les témoignages issus d’un univers dématérialisé n’est pas une mince affaire. Jane Kamensky, directrice de la fondation Schlesinger le souligne : « Les discussions sur notre responsabilité, dans l’archivage de ce mouvement, ont débuté presque immédiatement. Et ce, en raison de la longue histoire de collecte d’archives qui documentent le genre et l’organisation du travail. »

Or, un gouffre sépare le Me Too de 2007 de celui #MeToo de 2017 : celui des sites web, des documents électroniques, des messages diffusés sur les réseaux sociaux. Et aucun interlocuteur spécifique ne saurait alors apporter de solution : « Nous allions vraiment devoir créer cette collection par nous-mêmes », reprend Kamensky.
Pourtant, l’expérience parle : en 2007, justement, une expérimentation débute, Capturing Women’s Voice, au sein de l’équipe numérique de Schlesinger. Sauvergarder blogs et sites racontant la vie de femmes américaines, leur philosophie, leurs engagements politiques. Au moins existait-il une pré-méthodologie, et quelques pistes de réflexion. 

Pour autant, effectuer une copie de sauvegarde de site internet ne requiert plus de grandes compétences. Réunir les messages diffusés sur les réseaux revient à farfouiller dans d’immenses meules de paille, sans vraiment savoir si l’on cherche une aiguille. 
 

Documenter, recenser, préserver


Est pourtant née la #MeToo Digital Collection, ouverte aux chercheurs, ce 1er juillet. Plus de 32 millions de tweets, 1100 pages web et des milliers d’articles permettent un regard qui, loin d’être global, présente les lignes essentielles. Tout aussi bien les manifestations de soutien que l’opposition au mouvement.

Évidemment, on retrouve le message d’Alyssa Milano, l’actrice à qui l’on attribue le retour numérique de #MeToo, et celui qu’un an plus tard, elle diffusa, pour prolonger les échanges et aider les femmes à parler plus facilement encore.
 


« Cela ne signifie pas que nous sommes pour ou contre #MeToo : simplement que nous documentons le sujet », insiste Jennifer Weintraub, responsable des collections et services numériques. Car de ces éléments découleront à l’avenir des enseignements, des recherches, des études : la Harvard Data Science Initiative, partenaire, fournira même des subventions pour aller creuser dans ces bases de données.

« Une analyse méticuleuse de ce Big Data éclairera le mouvement à travers un corpus, d’une façon que je ne parviens pas même à comprendre », reconnait Kamensky. Avec une difficulté majeure : la confidentialité et son respect, quant aux informations consultées. En élaborant une déclaration d’éthique pour que les archives servent à des causes de recherche, la Schlesinger tente d’encadrer et limiter les risques de dérive. 

Du reste, les conditions d’utilisation des réseaux sociaux font aussi office de garde-fou : « Publier quelque chose sur Twitter peut ressembler à une conversation avec des proches, autour du comptoir virtuel d’un bar virtuel. Mais en réalité, c’est bel et bien une forme de publication. »


Crédit photo : duncan c CC BY NC 2.0


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