Mr. et La Maison sortiront en poche pour la rentrée, et dans le même temps, La Maison sera traduit en allemand. Pour Emma Becker qui vit depuis quelques années à Berlin, l’occasion est difficile à manquer. Avant de reprendre la route de la promotion, elle marque une pause dans Les mots en boîte.
Le 04/08/2020 à 13:27 par Nicolas Gary
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Mr. (prononcer Monsieur...), sorti en 2011 chez Denoël était un modèle d’autofiction, de même que Alice et La maison par la suite. « Je me mettais en scène, mais j’étais un personnage. » Mais avant qu’il ne devienne un premier roman, le livre avait une dimension expiatoire. « J’ai commencé à l’écrire parce que j’étais très amoureuse. Et quand on écrit, on transforme des choses passagères en événement immortel. »
Ainsi, « cet homme qui m’échappait constamment, écrire sur lui, c’était un peu comme le clouer, tel un papillon, pour pouvoir le regarder et m’en souvenir aussi longtemps que j’en avais envie ». L’idée d’en faire un livre, au sens plein, n’est venue qu’après des années, peuplées elles-mêmes de récits entamés, jamais achevés.
Mr. marquera donc les débuts de l’autrice. Qui ne manquera pas de culot : « J’ignorais comment ça se passait », avoue-t-elle. Et la voici à l’époque qui se rend au salon du livre de Paris, « mon énorme manuscrit sous le bras. Très naïvement je pensais pouvoir le déposer simplement à un éditeur ».
La rencontre avec Olivier Rubinstein, alors directeur de Denoël, lui confirme que ce ne sont pas les usages. Réticent, de prime abord, il finit par accepter l’ouvrage. Et rappelle Emma Becker quelques jours plus tard, pour lui signifier son envie de le faire paraître. « J’étais dans tous mes états ! »
De coupes en réécriture, « ça a beau être votre bébé, il faut faire beaucoup de compromis. […] Et avec le temps, j’apprécie ce travail ».
De 2011 à 2018, ses trois livres « expliquent le cheminement d’une jeune femme, dans un contexte particulier, dans une quête de féminité. Ce qui a changé, c’est peut-être la confiance en soi avec la publication. On n’écrit pas le premier livre de la même façon que le deuxième ou le troisième. […] Le processus est plus compliqué quand on n’a plus l’inconscience ou l’insouciance du premier ouvrage ».
La Maison, c’est l’expérience en Allemagne d’un bordel. Littéralement. Et dans tous les sens. « J’avais cette fascination de la maison close, de la prostitution. J’avais envie de savoir ce qui s’y passait. Je n’ai pas fait ce boulot pour écrire un livre dessus. Je savais en revanche que cette expérience me donnerait la matière pour écrire un ouvrage sur cette expérience de la féminité. Je la voulais vivre dans ma chair et ma tête. »
Depuis, le sort des travailleurs et travailleuses sexuels continue de la préoccuper — d’autant plus que la crise du coronavirus a eu de lourdes répercussions. « Aucune aide de l’État ne leur a été donnée. » D’ailleurs, même Marlène Schiappa l’a souligné : « Elle aurait pu donner de l’argent, mais la loi étant faite comme elle est faite, cela aurait été assimilé à du proxénétisme », bombarde Emma Becker. De même qu’être marié avec une travailleuse du sexe y est également assimilé…
Au sortir de la crise, et le gouvernement du remaniement en France « cela fait un petit peu peur pour l’avenir d’une profession qui est déjà menacée et entravée par un certain nombre d’obstacles légaux ». En Allemagne, malgré la légalisation des maisons closes, aucune date officielle de retour au travail n’était encore envisagée.
« On se demande s’il n’y a pas là une stratégie politique derrière : maintenant que tout est fermé, faisons passer le modèle nordique, qui consiste à punir les clients, et on n’ouvrira plus de bordels en Allemagne. C’est une période inquiétante. » Ce qui n’a pas empêché la constitution de fonds de solidarité, « qui ne m’étonne pas : l’entraide et la bienveillance, ce sont les seules choses qui les retiennent de crever la gueule ouverte ».
Entretien à écouter dans notre podcast.
DOSSIER : 10 autrices racontent leur première fois...
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[à paraître 19/08] Emma Becker – Mr. – J’ai lu – 9782290240038 – 8,50 €
La maison – 9782290227169 – 8 €
photo : Emma Becker
Par Nicolas Gary
Contact : ng@actualitte.com
Paru le 19/08/2020
506 pages
J'ai lu
8,90 €
Paru le 19/08/2020
445 pages
J'ai lu
8,00 €
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Monsieur Morris reprend du service, avec une cible à deux syllabes : « du coup ». Entre tic de langage, béquille conversationnelle et poison doux des réunions éditoriales, notre vieux ronchon dissèque un mot devenu omniprésent — et peut-être le miroir sonore d’une époque qui cherche sans cesse à relancer la phrase.
23/06/2026, 15:12
Dans Luminous, album sans texte de Guillem Marí publié aux éditions de la Gouttière, la couleur porte tout : le récit, l’émotion, la relation aux autres. Laurent Marioni, libraire à Bulle en Stock, à Amiens, y lit une bande dessinée d’empathie, où une jeune fille colorée traverse un monde gris et découvre que la lumière se transmet dès qu’un lien s’invente.
17/06/2026, 16:18
Aux Imaginales, il y a les auteurs, les éditeurs, les tables rondes, les files de dédicaces, les débats sur la fantasy, la science-fiction ou le fantastique. Mais sous les tentes du festival, l’imaginaire prend aussi la forme d’un bijou, d’une céramique, d’une planche de bande dessinée, d’un objet en bois découpé, d’un tarot illustré ou d’un petit catalogue indépendant. Nous sommes allés à la rencontre de quelques exposants, parfois présents depuis plusieurs années, parfois venus pour la première fois à Épinal.
31/05/2026, 09:22
Aux Imaginales, il y a les auteurs, les mondes inventés, les rencontres, les costumes, l'artisanat. Mais il y a aussi, au détour du Pôle Histoire, des silhouettes fines, nerveuses, presque sculptées pour la vitesse : les lévriers. Longtemps associés aux rois, aux nobles et aux récits médiévaux, ils sont aujourd’hui encore, en Espagne, traités comme de simples outils de chasse, abandonnés ou maltraités lorsqu’ils ne servent plus.
30/05/2026, 17:38
Pourpre-sang, Le cercle de Nimuée, que signe Léo Chérel inaugure donc le catalogue d’Astrolabe, maison fondée par François Hercouët au sein de Média Participations. Thomas Jacquart, directeur de BDfugue.com, analyse ce premier tome comme un manifeste de BD de genre, entre aventure maritime, fantasy, bestiaire travaillé, cycle en deux volumes et promesse de divertissement. Un lancement éditorial autant qu’un pari de librairie spécialisée.
22/05/2026, 10:22
Directrice de la collection « L’Affaire qui… » à L’Aube noire, Michèle Pedinielli revient sur le nouveau livre de sa collection, Violette Nozière, icône et criminelle, de Jérôme Leroy. À travers l’affaire de 1933, elle lit moins un crime qu’un révélateur social : famille, classe, presse, morale sexuelle, surréalistes et regard masculin composent le portrait d’une jeune femme jugée avant même son procès, et d’une époque dont les journaux fabriquent déjà le verdict.
21/05/2026, 16:29
À la Librairie Atout Livre, dans le 12e arrondissement de Paris, Solène Quéré est notre invitée pour parler de Au grand jamais, de Jakuta Alikavazovic, sélectionné pour le prix Frontières 2026. Elle y lit moins une enquête qu’une déclaration d’amour à une mère disparue, traversée par l’exil, les silences familiaux, la poésie et l’acceptation d’une part d’inconnu. Un entretien sur la manière dont un roman approche ce qui échappe, sans le réduire ni l’expliquer.
19/05/2026, 17:39
Un absent occupe tout l’espace dans Le ciel est immense. Pour Raphaële Gueit, libraire à 47° Nord, à Mulhouse, le roman de Feurat Alani saisit d’abord par cette tension : une disparition familiale, longtemps tue, commande le mouvement entier du récit. Le livre s’ouvre comme une enquête intime, mais son horizon s’élargit vite. Derrière l’oncle effacé, pilote devenu figure presque mythique, se dessinent une famille, un pays, une histoire politique et une manière d’habiter les silences.
18/05/2026, 13:26
À l’occasion des Rendez-vous de la bande dessinée d’Amiens, Laurent Marioni, de la librairie Bulle en Stock, revient sur l’exposition À la rencontre de Pénélope Bagieu. De Culottées à La Nuit retrouvée, il décrit une autrice passée des blogs BD au patrimoine contemporain, capable d’élargir les publics sans perdre son humour, son goût du papier ni sa liberté graphique.
12/05/2026, 11:47
Commissaire de l’exposition Mickey et ses amis, une longue histoire dessinée, organisée aux Rendez-vous de la bande dessinée d’Amiens avec les éditions Glénat, Laurent Marioni relit Disney par le prisme du dessin et par les auteurs. Le propriétaire de la librairie Bulles en stock défend une culture populaire façonnée par Floyd Gottfredson, Carl Barks, Don Rosa et les créateurs européens qui, de Loisel à Keramidas, réinventent Mickey, Donald ou Picsou.
06/05/2026, 12:22
À la librairie Trait d’Union, à La Rochefoucauld, Erick-Amaury Zion défend L’Inventaire des rêves de Chimamanda Ngozi Adichie, traduit par Blandine Longre, sélectionné pour le prix Frontières 2026. Dans cet entretien, le libraire lit un roman ample et accessible, porté par quatre trajectoires féminines, où l’exil, la violence sociale, l’humour et la sororité composent une même matière romanesque.
24/04/2026, 12:35
Sélectionné pour le Prix Frontières, le texte de Judith Schalansky, traduit par Lucie Lamy, déploie une traversée singulière entre souvenirs d’enfance et élans d’émancipation. Un récit fragmenté où la mer devient horizon, et les interdits, matière à résistance.
17/04/2026, 18:56
21 Commentaires
NAUWELAERS
04/08/2020 à 19:32
Comment cette autrice est-elle jugée par les féministes ?
Dans un autre nouveau fil de discussion ce jour -Cultura et l'écriture inclusive - on a fait mention d'un sujet clivant.
Que dire alors de celui-ci ?
De nombreuses personnes pourront ou pourraient au moins être choquées.
Et même adresser des reproches peut-être à Nicolas Gary...
Moi je pense que si cette réalité existe - qu'on l'approuve ou qu'on la condamne et l'auteur Nicolas Gary reste parfaitement neutre -Emma Becker a le droit d'en faire un sujet de livre, que je n'ai pas lu je précise.
On en a déjà parlé dans la presse avant la période de confinement.
Pour traiter dans son ouvrage (brûlot ?) de ce thème vraiment ultrasensible et qui divise encore bien plus que l'écriture inclusive...eh bien elle n'a pas hésité à se mettre dans la peau d'une prostituée, dans une «maison».
Ce qui va bien plus loin que de jouer le rôle d'une professionnelle (employons ce nom générique) au cinéma ou à la télévision..
On se souvient d'illustres prostituées qui se firent connaître d'un large public notamment par leurs livres: Xaviera Hollander ou Grisélidis Réal surtout.
Mais ces femmes étaient (notamment,pas seulement) des prostituées sur la durée alors que Becker a seulement voulu vivre une expérience...en immersion.
Je boucle la boucle: quel nouveau thème à polémiques incessantes !
Soit on considère qu'il s'agit d'une démarche littéraire mais basée sur la marchandisation du corps féminin.
Oserait-on écrire...«putassière», si on pense cela ?
Dans ce cas, rejet évident.
Soit on admire ce courage, ce jusqu'au-boutisme total.
Ou encore...un mélange -si c'est possible - de ces deux regards quant au livre et à cette «préparation active» de celui-ci !
En tout cas Nicolas Gary a écrit une chronique faite pour pulvériser...
l'indifférence, je crois bien !
Là tout le monde au moins en tombera d'accord.
C'est déjà ça...!
CHRISTIAN NAUWELAERS
Heu...
05/08/2020 à 07:46
« Mr. (prononcer Monsieur...), »
Désolé, mais non. « Mr. » se prononce Mister et c'est un anglicisme. Monsieur se réduit à M. en français.
Du coup, j'ai eu du mal à lire la suite...
Belaval
05/08/2020 à 10:02
J'ai rencontré l'autrice à Brive, séduite par sa beauté et sa gentillesse...Dès qu'il y a immersion (comme pour Aubenas) il y en a toujours pour clamer que cela change tout: elles savent que cela peut s'arrêter si elles le veulent. N'empêche qu'il faut du courage pour se mettre en situation plutôt que seulement écrire à propos de ce qu'on imagine. Bien sûr, ce sont des maisons closes: ce sont les "clients" qui viennent; elles n'ont pas à battre le trottoir; il y a une mère maquerelle et non un proxénète. Les filles n'ont pas été recrutées sur mensonges dans des pays d'Est ou d'Asie; elles ne sont pas prisonnières. Mais elles ne font pas cela par choix; elles ont besoin de cet argent "facile" (?) souvent pour faire vivre leur famille. Malgré ces quelques réserves, j'ai beaucoup aimé le livre.S'arrêter à un détail, c'est dommage.
NAUWELAERS
05/08/2020 à 10:23
Belaval, je trouve votre intervention très motivante et intéressante.
CHRISTIAN NAUWELAERS
Fabienne
05/08/2020 à 11:07
Utiliser le mot "travailleurs.ses du sexe", c'est déjà manipuler le langage. Emma Becker ne fait pas juste une expérience en immersion, elle plaide contre la pénalisation des clients (le modèle nordique). Au lieu de se draper dans la solidarité, (entraide et bienveillance), elle pourrait demander l'application de la loi. Si elle s'occupait vraiment de l'avenir des personnes prostituées, et non de l'avenir d'une profession (sic)!
Laurence
05/08/2020 à 12:21
Bonjour,
Merci à M. (lire Monsieur ;-) ) Gary pour cet article, parfaitement neutre en effet.
Merci à Mr. (lire Mister re ;-) ) Nauwelaers de lancer le débat, probablement brûlant en effet.
Mais, dommage, ce n'est pas sur le féminisme que je viens vers vous mais sur votre lecture de l'article.
Vous écrivez qu’Emma Becker, "Pour traiter dans son ouvrage (brûlot ?) de ce thème [...] n'a pas hésité à se mettre dans la peau d'une prostituée, dans une «maison». "
Je ne vous rejoins pas sur cette remarque car dans son article Nicolas Gary nous apprend que c'est avant tout un choix personnel pour Emma Becker de connaître cette expérience.
Elle dit : « Je n’ai pas fait ce boulot pour écrire un livre dessus».
Le sujet l'intéressait donc à titre privé, elle voulait comprendre, en savoir plus... elle savait que ce serait une expérience pour un temps donné et elle savait que cela lui serait probablement utile plus tard… mais la démarche est avant tout personnelle et non professionnelle (j’entends par là : son métier d’autrice)
Mais ceci dit, votre commentaire est vraiment très intéressant.
Alors, tout comme vous Monsieur Nauwelaers, j’interpelle les féministes…
NAUWELAERS
05/08/2020 à 15:28
Bonjour Laurence,
Merci pour votre gentil message.
Les déclarations d'Emma Becker sont un peu floues tout de même...
Contradictoires disons.
Je reproduis ci-dessous un extrait significatif de l'article, entre guillemets.
«Je savais en revanche que cette expérience me donnerait la matière pour écrire un ouvrage sur cette expérience de la féminité.»
Clair comme de l'eau de roche...
Donc non je ne crois pas qu'elle se soit livrée à cette expérience sans penser à un livre.
Tout écrivain, toute autrice a toujours un projet de livre ou de texte qui traîne dans un coin de sa tête !
Non cette discussion me paraît un peu vaine.
J'ajoute que dans des critiques lues par moi il y a quelques mois, il s'agissait bel et bien d'une démarche en amont de l'écriture d'un livre.
D'un témoignage.
Sans ambages ni rotations autour du pot.
Pour se faire une opinion vraiment solide, je pense donc que la lecture intégrale de cet ouvrage s'impose.
Soit il exhale un peu de sensationnalisme pour voyeurs, soit il s'agit d'une vraie plongée honnête et sans concessions dans une réalité qui fait plus que jamais -ô combien -débat.
CHRISTIAN NAUWELAERS
Nicolas Gary
05/08/2020 à 15:30
Bonjour Christian
Le plus simple sera, pour vous faire un avis définitif, d'écouter le podcast : Emma y raconte tout de ce qui a entraîné l'écriture du livre et le contexte de son choix.
NAUWELAERS
05/08/2020 à 15:40
Bonjour Monsieur Gary,
Vraiment une excellente suggestion.
Pour les sous-développés technologiques dans mon genre, merci de me donner un petit parcours fléché pour accéder à ce podcast ?
Qui sait, cela servira peut-être à autrui également.
D'avance merci et bonne idée de revenir sur un livre paru avant le confinement, lorsqu'il en vaut la peine !
CHRISTIAN NAUWELAERS
Nicolas Gary
05/08/2020 à 15:42
:lol:
alors, Christian, rien de plus simple : si le son est allumé sur votre ordinateur, il suffit de cliquer sur l'image, voire la petite icône de lecture (si l'on aime la difficulté).
Tout se déclenchera automatiquement.
belaval
05/08/2020 à 16:40
Emma n'a jamais, à ma connaissance, caché qu'elle en ferait un livre (sauf aux autres prostituées car cela aurait pu conduire à un manque de naturel). Elle n'a jamais caché non plus son attirance pour le sexe dans tous ses états.
NAUWELAERS
05/08/2020 à 16:51
Belaval,
Eh bien vous aussi j'imagine que vous voudrez écouter le podcast d'Emma Becker par Nicolas Gary !
Pour moi c'est prévu ce jeudi 6 août.
CHRISTIAN NAUWELAERS
Hélène
06/08/2020 à 10:14
Pour poursuivre la lecture de textes concernant la prostitution, en France cette fois, je vous recommande "Escort-girl et soumise" de Candy Couture : le témoignage des pratiques de sexe tarifé par une femme au bord du surendettement, veuve, qui a besoin de nourrir sa famille. Edifiant.
NAUWELAERS
06/08/2020 à 21:24
J'ai écouté ce 6 août le podcast - près d'un quart d'heure d'entretien- d'ActuaLitté avec Emma Becker, par Pierre Bellemare se faisant passer pour Nicolas Gary !
(Ceci est une vaillante tentative d'humour belge mais par temps de coronavirus sous canicule: ha ha ha, du vin peut être bouchonné ou du lait caillé !)
Sérieusement, c'est vraiment intéressant.
L'autrice explique bien qu'il s'agit une fois encore d'une expérience vraiment intime, personnelle, pour son troisième ouvrage.
Donc pas d'un travail journalistique en immersion à la Florence Aubenas mais d'une démarche d'auteure à la recherche d'une nouvelle expérience de féminité, ai-je compris.
Y compris en poussant les limites très loin, ce qui peut faire débat.
Puisque vers la fin de cette conversation, elle se dit solidaire de ces travailleuses du sexe -elle parle aussi de «travailleurs» du sexe mais il ne s'agit ici que de femmes -et fière de ce qu'elle a fait.
L'exemple cité par Hélène ce 6 août correspond semble-t-il à une situation tout à fait différente.
En tant qu'observateur de tout cela, je constate que les deux coexistent, tout bêtement.
Et j'avance pour clore ce message un truisme inattaquable: c'est la lecture du livre-témoignage, de ce récit de vie particulier (disons) voire extrême d'Emma Becker qui peut véritablement forger notre opinion.
Sans généralisation abusive mais Becker est allée très loin.
Quoi qu'on en pense par ailleurs, ce récit peut être tout...sauf vain et insignifiant.
Ce qui est déjà très motivant en soi.
CHRISTIAN NAUWELAERS
Forbane
07/08/2020 à 15:36
Ce qu'en pensent les féministes (et les gens doués de raison et de compassion en général) ?
Ils en pensent ceci :
https://revolutionfeministe.wordpress.com/2020/02/23/les-fissures-de-la-maison-ou-les-contradictions-demma-becker/
Candy Couture
12/08/2020 à 10:54
Merci à Hélène de recommander mon livre, cela fait très plaisir ! Je précise que l'on ne se connaît pas.
Evidemment, j'ai acheté le livre d'Emma Becker mais je n'ai pas encore eu le courage de le lire.
En effet, Christian, mon expérience et la sienne sont forcément très différentes. D'abord, elle a "exercé" dans un pays où la prostitution est légale et encadrée, et dans un environnement "sécurisé" (une maison close avec des personnes présentes en cas de souci).
J'ai "exercé" en France, seule.
Une autre différence majeure est qu'elle a écrit à visage découvert. J'admire ce courage. Je ne l'ai pas fait parce que j'ai des enfants. Inutile d'en dire plus.
Ensuite, elle l'a fait comme une "expérience", alors que ma motivation était aussi financière. Je dis "aussi", car, et c'est là où je la rejoins, j'avais comme elle cette fascination et ce fantasme de prostitution. Donc, ce fut une expérience trouble dans la mesure où la nécessité se mêlait à cette "expérience de la féminité". En tant que féministe, j'assume ce paradoxe que j'explique dans le livre. Je ne regrette pas de l'avoir fait et je suis heureuse d'avoir témoigné. Mon expérience a changé ma vision des choses sur ce sujet. Et je comprends tellement l'agacement, voire l'exaspération des "travailleuses du sexe" quand on parle en leur nom sans savoir. C'était mon cas auparavant. Maintenant, je ne me sens pas davantage légitime de parler au nom de toutes (j'emploie volontairement le féminin car la grande majorité des personnes concernées sont des femmes, c'est important de le rappeler). En effet, si j'appris quelque chose, c'est qu'il y autant d'expériences et de situations qu'il y a de prostituées.
C'est un sujet complexe qui intéresse de près ou de loin la plupart des hommes et des femmes. J'espère juste avoir contribué à nourrir le débat et la réflexion en écrivant ce livre.
NAUWELAERS
18/08/2020 à 21:17
Extrait ci-dessous, entre guillemets, du texte fourni par Forbane et qui torpille au lance-flammes la démarche d'Emma Becker.
«aussi disgraciés et méprisables qu’ils soient interrogent la lectrice féministe.»
«Aussi moches et méprisables qu'elles soient»...cette phrase scandaliserait et à raison, non ?
Si on n'a pas le droit d'assigner les femmes à leur physique, l'inverse est-il plus acceptable ?
Disgracié donc méprisable...?
Je préfère ne pas épiloguer mais il fallait attirer l'attention sur ce petit bout de phrase...comme un dard de guêpe.
Gainsbourg qui avait un complexe de laideur a un jour assimilé à des fascistes les gens qui en condamnent d'autres sur leur seul physique.
C'était un jour sur France Inter, il y a bien longtemps et cela m'avait frappé.
Sinon il y a...beau et con à la fois, comme eût voulu être un personnage chanté par mon compatriote Brel !
(On peut être beau et très intelligent !)
Et quand donc arrêtera-t-on de décider que tous les hommes -même clients -sont des prédateurs violents voulant humilier les prostituées, si pas les femmes en général ?
Les dominants sont avant tout ceux qui séduisent avec leurs atouts physiques, sociaux, professionnels etc.
Et les gâtés de la fortune.
Qui jamais n'iront voir une prostituée.
Aller voir une prostituée est parfois le dernier recours pour certains.
Des isolés dont des immigrés qui sans cela n'ont que la solitude la plus
désespérante...
Des inadaptés, ex-détenus et moult autres cas: non tous des pervers adorant humilier et abaisser celles qu'ils paient, même si cette triste catégorie existe.
De sales types qui s'abaissent très bas, eux-mêmes, des cas quasi pathologiques, des psychopathes même...
Des tarés, des détraqués.
Mais cela ne définit pas tout ce monde masculin (sinon...cliché ! Et faux et réducteur...): il y a ceux qui veulent un contact et non de la violence, non des...rapports négatifs.
Pas du tout des dominants...
Pour qui parfois le sexe n'est même pas une priorité !
On peut être féministe et se rendre compte de cela.
Même en pensant un peu contre soi-même...
La vraie vie ne se laisse pas enfermer dans de tels filets mentaux et elle passe à travers les mailles.
Nier ces différences de situations infiniment diverses et variées avec le terme fourre-tout de «cliché», c'est laisser, outre le masque, des oeillères sur son visage (au figuré).
Et des considérations réactionnaires et ignares d'il y a plus de cent ans qu'on exhume comme dans ce texte fourni par Forbane ne semblent pas avoir inspiré du tout Emma Becker, je pense ?
Quel rapport autre que rhétorique ?
C'est vraiment vouloir faire feu de tout bois...même le plus vermoulu en l'occurrence.
Je ne vais et n'irai jamais voir de prostituées, n'en ai ni envie ni besoin même si moi je les respecte -je précise cela clairement puisque sur le web on doit toujours s'attendre à tout - mais j'ai déjà lu et entendu des témoignages marquants et crédibles de prostituées comme la Belge Sonia Verstappen -une femme remarquable et même impressionnante - qui a l'expérience du terrain (plus qu'Emma Becker puisqu'elle fut une pro) et dont le discours est beaucoup plus complexe que ce texte...
En sachant que cette matière est infiniment sensible et douloureuse.
J'en suis parfaitement conscient comme quiconque de sensé, homme ou femme.
Et pas seulement les féministes: comme quiconque a un brin d'humanisme et de jugeote.
Moi j'aimerais beaucoup une réaction d'Emma Becker au texte envoyé par Forbane et qui constitue une pièce de ce dossier.
La balle dans le camp d'Emma ?
Ce serait passionnant.
CHRISTIAN NAUWELAERS
Fabienne
20/08/2020 à 12:01
Incompréhension ou effarement devant ce commentaire très confus de M.NAUWELAERS : "Aller voir une prostituée est parfois le dernier recours pour certains. Des isolés dont des immigrés qui sans cela n'ont que la solitude la plus désespérante... Des inadaptés, ex-détenus et moult autres cas: non tous des pervers adorant humilier et abaisser celles qu'ils paient, même si cette triste catégorie existe. De sales types qui s'abaissent très bas, eux-mêmes, des cas quasi pathologiques, des psychopathes même... Des tarés, des détraqués." Vous avez oublié les chômeurs. Dans votre immense sollicitude, vous pourriez leur offrir un ticket d'entrée. Mais les immigrés, les ex-détenus ont sans doute besoin d'autre chose : de papiers en règle, de contrats de travail corrects, de conditions de vie décentes et dignes, d'un contexte d'accueil bienveillant et ambitieux. Quant aux tarés et aux détraqués, ils sont du ressort de la psychiatrie. Merci de ne pas faire la morale aux féministes. Ni de leur demander de penser contre elles-mêmes (si j'ai bien compris cette prose dont on peut se demander si elle provient de quelqu'un qui lit vraiment, qu'il s'agisse du fond ou de la forme)
NAUWELAERS
20/08/2020 à 16:52
Effarement, incompréhension...je laisse à Fabienne la responsabilité de ses propos.
Certes j'ai écrit entre les lignes et sans même le savoir ce qui est invisible à l'oeil nu mais pas pour Fabienne: «Mais les immigrés, les ex-détenus n'ont pas besoin de papiers en règle, de contrats de travail corrects, de conditions de vie décentes et dignes, d'un contexte d'accueil bienveillant et ambitieux.»
Puisque la solitude même pas nécessairement sexuelle (masculine au moins) n'existe évidemment pas ou n'a aucune importance...
D'où votre effarement ?
Décrire ce qui n'existe pas selon Fabienne et «les» féministes -toutes pareilles et que vous représentez - inadmissible (sauf pour un romancier, que je ne suis pas).
Si je pense, tel un fou, qu'elle existe malgré tout, cela signifie selon moi que le reste n'existe pas !
Pas du tout exposé cela mais c'est implicite.
Vous le savez et l'avez décidé...
Donc vous remplacez ma confusion par votre clarté si incontestable, discutable par personne !
Qui inspire respect et soumission de toutes et tous.
La phrase ci-dessous, extraite du manifeste à l'origine de cet échange (suite au livre et à la chronique de Nicolas Gary), illustre bien cette
philosophie de «contexte d'accueil et ambitieux».
Pour ce qui est de faire la morale, certaines personnes en ont un Monopole sacré auquel il est hors de question de s'attaquer, comme Vous me l'ordonnez !
Bon on ne rigole pas...en comptant tristement ses mauvais points.
CHRISTIAN NAUWELAERS
NAUWELAERS
20/08/2020 à 17:06
Attention je reprends littéralement Fabienne: «contexte d'accueil bienveillant et ambitieux» -le premier adjectif manquait !
CHRISTIAN NAUWELAERS
NAUWELAERS
20/08/2020 à 18:04
ATTENTION AUTRE AJOUT !
LA PHRASE CI-DESSOUS !
La phrase entre guillemets, tirée du manifeste, a sauté !
cet exemple de bienveillance...
C'est littéral et non inventé par moi.
Ajouter sinon incompréhensible sauf à s'en référer à un post précédent !
«...aussi disgraciés et méprisables qu’ils soient interrogent la lectrice féministe.»
CHRISTIAN NAUWELAERS