Sauf la frontière, d’Elisa Shua Dusapin, publié aux Éditions Zoé, figure dans la première sélection — liste longue — du Prix Lumière d’août 2026, dans la catégorie littérature.
Avec ce livre tendu, mobile et profondément attentif, Elisa Shua Dusapin quitte les territoires plus intimes de ses précédents romans pour s’approcher d’une ligne de fracture contemporaine : le Proche-Orient, ses routes, ses villes, ses frontières visibles et invisibles. Le récit s’ouvre au Liban, au dernier jour d’un festival littéraire à Beyrouth.
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L’autrice descend vers le Sud-Liban, au matin du 7 octobre 2023, sans encore savoir ce qui se joue de l’autre côté de la frontière, en Israël. Quelques mois plus tard, revenue en Europe, un pressentiment la pousse à repartir vers la région, en commençant par Amman, en Jordanie.
Au centre du livre, la frontière n’est jamais seulement une ligne sur une carte. Elle devient une expérience intérieure, politique et sensible : ce qui sépare les pays, les langues, les récits, les peurs, mais aussi ce qui oblige à regarder autrement. Elisa Shua Dusapin avance avec prudence, dans l’écoute des lieux et des êtres, attentive à ce que l’Histoire fait aux corps, aux paysages, aux conversations ordinaires.
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Le livre impressionne par sa retenue, sa précision et sa manière de faire du déplacement une forme de pensée. Ni reportage spectaculaire, ni méditation abstraite, Sauf la frontière cherche une justesse fragile : comment écrire depuis un lieu traversé par la violence, sans confisquer la parole des autres ? Comment regarder ce qui brûle, tout en demeurant fidèle à la nuance, à la pudeur, à l’incertitude ?
Un livre grave, nécessaire et lumineux, où Elisa Shua Dusapin interroge ce que signifie traverser un territoire quand l’Histoire s’y referme, et rappelle que la littérature peut encore tenir lieu de passage là où les frontières prétendent tout séparer.