Alix Boirot signe une enquête solidement charpentée sur un objet trop souvent réduit au cliché : les vacances festives de jeunes Européens dans une station balnéaire de la Costa Brava. Le livre part de Lloret de Mar, de ses clubs, de ses rabatteurs, de ses économies nocturnes, pour examiner ce que ces séjours révèlent des masculinités contemporaines.
D’emblée, le projet est net : « Prenant le contrepied de ce traitement médiatique, le cœur de l’analyse au sein du présent ouvrage est constitué de l’expérience et de la perspective des jeunes touristes. Cette recherche s’intéresse également aux autres acteurs et actrices du phénomène, notamment les résident·es et les travailleur·ses saisonnier·es, afin de proposer une vision chorale du tourisme festif. »
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La thèse centrale tient en peu de mots : le tourisme festif n’est pas une parenthèse vide, mais un laboratoire social où les garçons apprennent, jouent, surjouent et négocient leur rôle masculin. L’alcool, la bande, la drague, l’occupation bruyante de l’espace, l’espoir sexuel, puis le récit du séjour au retour composent un dispositif de confirmation virile. L’autrice l’énonce avec précision : « Cette approche permet de comprendre que les masculinités ne se résument pas à des traits fixes ou innés. Elles sont des constructions sociales : elles ne sont pas figées et prennent forme dans des contextes historiques, culturels et institutionnels donnés. »
La grande qualité du livre réside dans sa méthode. Boirot ne commente pas le phénomène de loin : elle travaille, observe, encaisse, écoute, compare. Cette immersion donne au texte sa densité et sa justesse, y compris quand il devient réflexif. « Je n’aimais pas mon terrain. Je le trouvais intéressant scientifiquement parlant mais il me répugnait de devoir y vivre. » Cette franchise renforce l’enquête, parce qu’elle expose les conditions concrètes de l’analyse au lieu de feindre une neutralité abstraite.
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Le livre convainc aussi par sa capacité à tenir ensemble plusieurs niveaux : critique des paniques morales sur le « tourisme de beuverie », attention aux classes populaires, analyse des rapports de genre, prise en compte des femmes et des hommes gays, soumis à des contraintes que l’illusion hédoniste masque mal. Sa conclusion est l’un de ses points forts : « Le cœur de cette recherche montre que le tourisme festif fonctionne comme un espace privilégié de mise à l’épreuve des masculinités. Celles-ci y sont préparées en amont, performées dans l’interaction et réinterprétées a posteriori dans les récits et les souvenirs. »
On peut seulement regretter qu’une telle rigueur théorique alourdisse parfois la lecture : l’appareil conceptuel, utile, resserre parfois le souffle narratif. Mais l’essentiel demeure : un essai informé, précis, politique, qui montre que ces vacances dites légères condensent en réalité une pédagogie sociale du masculin.