Quartier des fantômes, de Rithy Panh et Christophe Bataille, publié aux éditions Grasset, figure dans la première sélection — liste longue — du Prix Lumière d’août 2026, dans la catégorie littérature.
Avec ce livre bref, dense et hanté, Rithy Panh et Christophe Bataille retournent au cœur d’un lieu impossible : le centre S21, ancienne école de Phnom Penh devenue prison, lieu de torture et machine de mort sous le régime khmer rouge, aujourd’hui transformée en musée de la mémoire.
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Rithy Panh, survivant du génocide cambodgien devenu cinéaste, y revient comme on revient vers une blessure qui ne se referme pas.
Le livre avance entre récit, méditation et présence des morts. Les salles, les murs, les photographies, les voix effacées composent un territoire spectral où l’Histoire n’est jamais seulement passée. Elle demeure dans les corps, dans les images, dans les silences, dans ce que les vivants portent encore malgré eux.
Avec Christophe Bataille, Rithy Panh interroge ce lieu où l’idéologie a voulu détruire l’humain jusqu’à son nom, jusqu’à son visage, jusqu’à sa mémoire.
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Le texte impressionne par sa sobriété, sa puissance poétique et sa profondeur politique. Il ne cherche pas l’effet, mais la justesse. Il fait entendre les fantômes sans les enfermer dans le témoignage, et transforme le retour à S21 en réflexion sur le mal, la résistance, l’écriture de l’Histoire et le rôle des images. Grasset présente d’ailleurs le livre comme une « traversée poétique » et une « méditation politique » sur l’histoire à travers les mots et les images.
Un livre nécessaire, bouleversant et lumineux malgré la nuit qu’il traverse, où la littérature devient un acte de mémoire, une manière de tenir face à l’effacement, et de rendre aux disparus une présence que la barbarie n’a pas réussi à abolir.