Il arrive que l’Histoire accouche d’hommes appelés à la grandeur contre leur gré. Louis Bonaparte, frère cadet du plus célèbre des empereurs français, est de ceux-là, malgré un royal prénom. L'ancien journaliste François de Coustin dresse le portrait d’un prince malheureux, à jamais relégué dans l’ombre éclatante de Napoléon Ier.
Né le 2 septembre 1778 à Ajaccio, Louis Bonaparte fut très tôt enrôlé dans l’ascension dynastique de son aîné. Général à vingt-cinq ans, connétable de l’Empire, puis roi de Hollande en 1806, il tente de régner à la manière d’un prince éclairé, soucieux du bien public et de la culture locale – au point d’apprendre la langue néerlandaise et de signer ses décrets en Lodewijk Napoleon. Cette fidélité à son peuple d’adoption agace Paris : Napoléon, qui n’a confié à son frère qu’un trône d’apparat, ne tolère pas l’autonomie. La rupture est inévitable. Louis abdique en 1810 et s’exile en Italie, où il végète jusqu’à sa mort en 1846 sous le nom modeste de comte de Saint-Leu.
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François de Coustin éclaire avec finesse cette trajectoire contrariée. L’auteur, déjà salué pour ses travaux sur Louis XIX et Élie Decazes, poursuit ici son exploration de figures oubliées du pouvoir. Il s’appuie notamment sur les mémoires de Louis, qu’il juge « médiocres et ulcérés », mais qui trahissent un esprit sincèrement blessé par l’ingratitude de l’Histoire et la brutalité d’un frère tyrannique. L’écrivain rappelle également la fragilité physique et mentale du personnage : malade chronique, Louis se rêvait poète ou philosophe plus que stratège ou souverain.
Dans une époque qui sacralisait la volonté et le génie, il fait figure d’accident mélancolique. Frère de Napoléon Ier, père de Napoléon II, Louis Bonaparte est ce chaînon douloureux entre deux promesses impériales. Une figure effacée, mais non sans relief. Comme le résumait ironiquement le mémorialiste Jean-Baptiste de Norvins en 1827 : « Il voulut régner avec justice là où on attendait de lui l’obéissance. »
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L’ouvrage intéressera tout lecteur curieux de l’histoire napoléonienne dans ses marges, mais aussi de ces vies tues, écrasées par le fracas des héros...