Julien Sandrel inscrit son nouveau roman dans un registre plus sombre que celui du pur récit de consolation. L’intrigue, publiée chez HarperCollins, repose sur deux lignes d’abord séparées. À Toulon, Aïda rejoint une Maison des femmes, lieu de soin et d’accompagnement pour celles qui tentent de se relever de violences. À Bruxelles, Rose se réveille à l’hôpital sans mémoire, avec pour seuls indices un prénom et un numéro à moitié effacés sur la peau.
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Le dispositif relève du page-turner assumé : deux destins, une amnésie, des silences, des révélations retardées. Sandrel organise son récit comme un puzzle affectif, où chaque pièce rapproche Aïda et Rose d’une vérité commune. Le ressort fonctionne parce qu’il ne repose pas seulement sur la curiosité policière. Derrière la disparition annoncée par le titre, le roman interroge ce qu’une violence retire à une femme : un passé, une confiance, parfois jusqu’à la possibilité de se reconnaître.
La Maison des femmes donne au livre son ancrage le plus fort. Le cadre évite au récit de flotter dans le seul mélodrame : il rappelle que la reconstruction tient à des lieux, à des équipes, à des gestes professionnels, à une écoute patiente. Sandrel avance ici sur un terrain délicat, celui des violences faites aux femmes et de leurs séquelles. Il choisit une écriture lisible, émotionnelle, tournée vers l’empathie. Le choix expose parfois le texte à une intensité appuyée, mais il correspond à son projet : rendre accessibles des mécanismes d’emprise, de peur et de survie sans les dissoudre dans l’abstraction.
La mécanique romanesque garde aussi ses limites. Les coïncidences et certains retournements réclament une adhésion complète. Le livre privilégie l’élan narratif, la tension et l’émotion plutôt qu’une sécheresse réaliste. Cette orientation ne constitue pas une faiblesse en soi : elle situe clairement Le jour où Rose a disparu dans le roman populaire à suspense, conçu pour accrocher le lecteur tout en portant un sujet social identifiable.
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Le roman convainc le plus lorsqu’il resserre son regard sur ces deux femmes que tout sépare, puis rapproche : Aïda, qui tente de reprendre place parmi les vivants, et Rose, privée de son histoire. Sandrel ne renouvelle pas les codes de la reconstruction, mais il les mobilise avec efficacité, sans prétendre substituer la fiction à l’enquête ni au témoignage. Son récit rappelle qu’une disparition ne désigne pas seulement un corps absent. Elle nomme aussi ce qu’une violence efface dans une existence : la mémoire, la parole, le sentiment d’appartenir encore à soi-même.