#Imaginaire

Encore faut-il rester vivants

Anne Ferrier

Dans un monde dévasté par une éruption solaire, une étrange épidémie se répand parmi les décombres, interdisant le moindre contact entre les hommes. Julia, Shawn et Mouette, qui n'avaient jusque-là rien en commun, tentent de survivre ensemble. Ils doivent rester sur leurs gardes coûte que coûte pour éviter les mauvaises rencontres : en particulier les survivants devenus agressifs depuis qu'ils ont été contaminés par un mystérieux virus. Très vite, Julia, Shawn et Mouette décident de fuir loin des villes. Mais la menace est là, présente partout... Leur cauchemar ne s'arrêtera-t-il donc jamais ?

Par Anne Ferrier
Chez Magnard

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Editeur

Magnard

Genre

12 ans et +

07/10/2016 252 pages 13,90 €
Scannez le code barre 9782210962767
9782210962767
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Julia


BAM ! BAM ! BAM !

Les coups contre la porte redoublent de vigueur. S’ils parviennent à entrer, nous sommes morts !

Je prends quelques inspirations profondes pour calmer ma panique. Peine perdue. La terreur s’est agrippée à mes tripes et refuse de me lâcher…

Des grognements menaçants s’élèvent de l’autre côté du battant, par-dessus les crissements du verre brisé. Toutes les fenêtres ont été cassées il y a des semaines, quand les gens ont essayé de fuir. Les assauts répétés contre la porte font trembler les murs du bureau dans lequel nous nous sommes réfugiés. Pris au piège. Dans la pénombre, je distingue à peine les meubles renversés, les classeurs éventrés, une mer de débris sur la moquette grise. Des écrans d’ordinateurs sont encore en place, alors que leurs claviers pendouillent, reliés par des câbles inutiles. Le rembourrage des fauteuils crevés forme des petits nuages cotonneux qui se baladent au milieu du chaos. Un frisson remonte le long de mon dos. La température est glaciale : février, plus de fenêtres, plus de chauffage. Comment nous ont-ils trouvés ? Nous avons été prudents, pourtant.

Ils grattent et frottent contre le panneau. S’ils entrent… J’ai si peur que j’ai l’impression de devenir folle ! On ne peut pas lutter contre ce qui gronde à l’extérieur. Raz-de-marée d’angoisse, mon cerveau menace de disjoncter… Shawn se tient à deux mètres de moi. Le plus proche possible, mais suffisamment loin pour être sûr que nous ne nous frôlerons pas par mégarde. Il paraît calme et assuré, mais ses doigts pianotent sur le sol à toute vitesse. Son éternel blouson en cuir élimé ne masque plus à quel point il a maigri. Il passe la main dans ses épis rebelles, comme à chaque fois qu’il réfléchit, et m’adresse un sourire triste. Cette fois, c’est mal barré. À sa gauche, Mouette a redressé une chaise et s’est assise bien droite, face à la porte, ses prunelles d’encre parfaitement immobiles. Seule sa respiration haletante indique qu’elle appartient encore au monde des vivants. Son cerveau de petit génie est sûrement en train de calculer le pourcentage de chances de survie dont nous disposons. Sauf qu’il n’y a pas besoin d’être devin pour ça : elles doivent frôler le néant. Une simple porte métallique nous sépare de la masse vorace qui nous renifle, nous attend, nous espère avec une avidité impatiente. Chasseurs versus gibier.

Les coups se sont espacés mais on sent toujours leur présence de l’autre côté. Ils testent la solidité des murs, par des secousses répétées. Du plâtre commence à voler en nuages de poussière du sommet des cloisons. Shawn grimace :

— C’est juste du placo. Ils ne vont pas mettre longtemps à comprendre…

Soudain, un vacarme métallique venu de la rue me fait sursauter. Une sueur poisseuse glisse entre mes omoplates, et je me bouche les oreilles, recroquevillée sur le sol dans mon jean sale. Il me faut quelques secondes avant de réaliser que ce n’est sans doute qu’un couvercle de poubelle heurtant le bitume. Dans le silence pesant de la nuit, ça me fait le même effet qu’un coup de feu. Je passe les doigts dans la fourrure rêche de Jasper et sens son cœur qui bat la chamade. Brave chien, courageux et intelligent. Il a compris depuis longtemps qu’il ne fallait pas émettre le moindre grognement face au danger, sous peine d’attirer l’attention. Ma main flatte sa grosse tête et il s’appuie contre moi un bref instant. Son contact, le seul qui me soit autorisé désormais, me rassure et m’apaise. Un hurlement déchirant retentit tout à coup. Il y a dehors quelqu’un d’assez stupide pour tenter une sortie en pleine nuit ! J’aimerais penser que c’est bien fait pour lui, que quand on cherche les ennuis, inévitablement, on les trouve, mais je n’y arrive pas… C’est peut-être un de mes anciens voisins, ou un élève du lycée ? En me penchant par la fenêtre, je pourrais le reconnaître. En réalité, ça n’a aucune importance : il est déjà mort, même s’il ne l’a pas encore compris. Shawn se tend, muscles noués, prêt à intervenir, mais c’est trop tard. Nous ne pouvons qu’écouter, impuissants, les sons qui montent de la rue par les vitres brisées.

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