#Roman francophone

Des petites filles modèles...

Romain Slocombe

Sous la plume de Romain Slocombe, les petites filles modèles lâchent la bride à toutes les ambiguïtés distillées dans le roman de la Comtesse de Ségur. Un conte pervers aussi noir que raffiné.

En 1858, la Comtesse de Ségur présente Les Petites Filles modèles comme la suite des Malheurs de Sophie, et ces deux livres figurent depuis lors au cour du répertoire classique de la littérature française pour la jeunesse. Portraits d'enfants bien nés saisis au moment où ils s'interrogent sur le bien et le mal, tableaux d'un milieu social où ne cesse de se poser la question des normes et des limites, les petites filles doivent y être " modèles " en vertu d'un idéal de comportement. Mais l'atteindre n'est pas si simple ! Et l'on a amplement pointé, au-delà des récits en apparence innocents et inoffensifs de la Comtesse de Ségur, les bourgeons de l'ambigüité.
Dans son remake, Romain Slocombe les fait éclore : ses petites filles modèles deviennent les héroïnes d'un conte inquiétant et pervers, érotique et vampirique. Comme si la comtesse de Ségur avait retiré la sourdine pour écrire un roman destiné à des enfants plus âgés, laissant libre cours à la progression de la cruauté. Comme si elle avait quelquefois rêvé d'être Sade, non plus Comtesse mais Marquise...

Par Romain Slocombe
Chez Belfond

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Editeur

Belfond

Genre

litterature francaise romans nouvelles correspondance

28/01/2016 297 pages 18,00 €
Scannez le code barre 9782714460493
9782714460493
© Notice établie par ORB
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« On peut engager honnêtement des hôtes à prolonger leur séjour ; mais on ne doit jamais les retenir de force. »

J. B. J. de CHANTAL (Jean-Baptiste-Joseph CHAMPAGNAC),
La Civilité des jeunes personnes

« Parmi les souvenirs infantiles d’expériences vécues importantes qui entrent en scène avec une précision et une clarté égales, il y a quantité de scènes qui, lorsqu’on les contrôle – par exemple par le souvenir d’adultes – se révèlent falsifiées. »

Sigmund FREUD, « Sur les souvenirs-écrans »

« […] Si cet enfant donne un tour de vis de plus à votre émotion, que direz-vous de deux enfants ?

— Nous dirons, bien entendu, s’écria quelqu’un, que deux enfants donnent deux tours… et que nous voulons savoir ce qui leur est arrivé. »

Henry JAMES, Le Tour d’écrou

 

Au mois de mars 2014, des travaux d’agrandissement d’un parking situé à proximité de l’église de Rennes-le-Château, dans le département de l’Aude, ont permis la mise au jour de plusieurs cercueils en plomb dont l’origine remontait au Moyen Âge. L’équipe archéologique convoquée en urgence a eu la surprise de trouver dans l’un d’entre eux la dépouille d’une femme en un état de conservation exceptionnel. Par exemple, ses cheveux gris-blond étaient intacts alors que l’on ne trouve d’ordinaire que des os et des dents. Les premières conclusions des chercheurs furent que la putréfaction avait été interrompue par l’étanchéité absolue du cercueil, dont le plomb aurait également préservé la défunte des attaques des insectes nécrophages. Mais la découverte, à côté du corps, d’un manuscrit d’aspect relativement récent, rédigé en français contemporain, est venue infirmer ce diagnostic. Le texte incluait des références, entre autres, à des événements très postérieurs au Moyen Âge, comme l’affaire Dreyfus, le naufrage du sous-marin Farfadet, la Première Guerre mondiale, l’épidémie de grippe espagnole… Et, pour ce qui est de l’histoire qu’il racontait, s’achevait au mois de novembre 1929.

En tout état de cause, il fallait faire vite : les mouches faisaient leur apparition sur le chantier. Les archéologues appelèrent l’Institut médico-légal de Montpellier, qui les informa qu’ils ne disposaient que de soixante-douze heures pour étudier le cadavre avant sa décomposition. Les responsables du laboratoire d’anthropologie moléculaire et d’imagerie de synthèse (AMIS), et un médecin légiste du CHU de Montpellier, contactés à leur tour, acceptèrent de recevoir le corps à fins d’examen. Il voyagea de Rennes-le-Château à Montpellier en camion frigorifique. Le scanner révéla que la morte n’avait pas été embaumée : tous les organes étaient présents, à l’exception du cœur, qui avait été retiré (une cicatrice en forme de T entre les seins et le long du diaphragme montrait que l’opération avait été pratiquée en entrant par le sternum). Cette pratique, courante dans les classes supérieures entre les XVIe et XVIIIe siècles, avait pour but l’inhumation de l’organe dans un reliquaire séparé, disposé en un autre lieu : souvent la tombe du conjoint du défunt.

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