Federica Zombie commence dans la mauvaise humeur et ne tarde pas à y mettre les deux pieds. Son narrateur, graphiste proche de la quarantaine, vit à Montreuil, qu’il déteste méthodiquement. Il n’aime ni la ville, ni ses habitants, ni vraiment lui-même. Raciste sans courage, misanthrope sans grandeur, il rumine ses préjugés dans une langue qui l’accable à mesure qu’elle prétend le défendre.
Une escapade à Marseille, où l’attend une jeune écrivaine rencontrée dans un morne Salon du livre, devrait lui offrir une respiration. Elle l’entraînera, promet l’éditeur, « de Charybde en Scylla… et pire ».
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Gilles Ascaride trouve dans cette conscience peu recommandable un formidable moteur comique. Son humour noir ne vient pas ajouter quelques plaisanteries au désastre : il en règle le mouvement. Le narrateur s’enfonce avec une telle constance dans la bêtise et la mauvaise foi qu’il finit par devenir tragiquement drôle.
Dès les premières pages, son narrateur explique que les habitants de Montreuil l’importunent précisément parce qu’ils ne lui ont jamais rien fait. Toute la férocité du livre tient dans ce renversement : l’homme voudrait instruire le procès du monde, mais chacune de ses phrases dépose contre lui.
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La verve d’Ascaride fait merveille. Elle ne corrige pas la noirceur, la rend plus vive, plus grinçante et plus réjouissante à lire. Les raisonnements dérapent, les obsessions tournent en rond, un détail absurde surgit au milieu d’une tirade haineuse et fait éclater la baudruche. Le rire reste inconfortable, parce qu’il naît d’un personnage dont rien ne rachète la vulgarité. Mais il est franc, ravageur, parfois irrésistible. Ascaride laisse son antihéros se ridiculiser tout seul.
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Cofondateur avec Henri-Frédéric Blanc de l’Overlittérature, l’écrivain reste fidèle à une esthétique crue, iconoclaste et provocatrice. Il s’en écarte par la violence particulière de ce récit, que ses premiers lecteurs n’attendaient peut-être pas. Federica Zombie avance entre aventure, suspense et roman marseillais, mais en dynamite les conforts. Le voyage annoncé n’a rien d’une carte postale et le protagoniste, rien d’un compagnon aimable.
Cette absence de séduction constitue le plaisir du livre. Ascaride ne demande pas que l’on aime son personnage : il invite à observer la catastrophe avec ce mélange de jubilation et d’effroi que seul un humour noir parfaitement affûté peut produire. Méchant, drôle et furieusement vivant, Federica Zombie transforme la détestation en énergie romanesque.