#Roman francophone

L'enchantement du monde

Olivier Weber

1479. Après la mort de sa femme, le peintre vénitien Gentile Bellini est invité à Istanbul pour réaliser le portrait du sultan Mehmet II, protecteur des croyants, Lumière du monde et vainqueur de l’Empire byzantin. Alors qu’en terre d’islam la représentation de l’homme à son image est interdite et qu’Istanbul est secouée par les réformes religieuses et les luttes de pouvoir, Bellini parviendra-t-il à peindre ce tableau inédit ? Pour que l’oeuvre voie le jour, il devra échapper aux pièges et aux complots fomentés par le grand vizir, le chef des janissaires et la secte des Assassins. A la cour fastueuse du sultan, Bellini découvrira la ruse, la peur, l’amitié, et renouera avec l’amour. L’Enchantement du monde nous révèle l’incroyable histoire de ce tableau et de ce périple initiatique qui, en suscitant espoirs et querelles, changera le visage de l’islam ainsi que les liens entre l’Orient et l’Occident. Un roman d’aventures qui est aussi une parabole sur la tolérance et contre le fanatisme.

Par Olivier Weber
Chez Flammarion

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Editeur

Flammarion

Genre

Littérature française

14/10/2015 439 pages 22,00 €
Scannez le code barre 9782081324060
9782081324060
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plus d'informations

« C’est si court l’amour et si long l’oubli. »

Pablo NERUDA

 

« Celui qui sait profiter du moment, c’est là l’homme avisé. »

Johann Wolfgang VON GOETHE

 

« J’aimais les peintures idiotes. »

Arthur RIMBAUD

 

 

1

 

Je n’ai jamais été doué pour les voyages,

et encore moins pour l’amour

Venise,

place Saint-Marc,

automne 1479

 

Je n’ai jamais été doué pour les voyages, et encore moins pour l’amour. Entreprendre des périples depuis Venise m’a toujours ennuyé, ne serait-ce que pour me rendre dans l’arrière-pays de Mestre ou naviguer sur la lagune. Les navigations me font peur, elles me donnent la nausée. J’ai toujours préféré les voyages à pied, crayon en main, les pinceaux dans la poche, un chevalet parfois sur le dos lorsque ce n’était pas le palefrenier qui le portait. Ma famille s’est depuis longtemps sédentarisée. Peindre exige souvent l’immobilité, la contemplation. Croquer les horizons nécessite certes de les avoir aperçus ou pensés, mais aussi et surtout de se poser, quitte à s’enfermer avec ses chimères.

 

Je contourne la place Saint-Marc que je n’aime guère, trop de courtisans et d’espions, trop d’hypocrites et de vendus, et les échoppes dans les ruelles alentour commencent à fermer. L’agitation vénitienne les soirs d’automne se transporte vers le Grand Canal ou le pont du Rialto et c’est là où je vais flâner, oublier, boire aussi, dans quelques estaminets où l’on ne croise que des brigands, des petites frappes, des catins, des maquereaux qui sentent mauvais, des maîtres de galère et des fouetteurs de chiourme. Là, on ne vous reconnaît pas. Point de Gentile Bellini, point de fratrie de peintres, d’artistes de père en fils, point de putains trop payées qui vous menacent du mauvais sort. Le clair-obscur a permis l’apothéose des nouveaux peintres. Il assure aussi leur anonymat dans les pires endroits.

 

En cette fin d’après-midi, en revanche, le clair-obscur n’est pas au rendez-vous. Le messager venu frapper à la porte de notre atelier se déclarait pressé. La missive ne souffrait pas l’attente. Le doge me demande. Il me convoque, plutôt ! Le doge de Venise a beau être élu, il a beau être soumis au verdict de la populace, il fait la pluie et le beau temps dans notre république sérénissime. Nul n’ose le contredire, sauf lorsque le notable est déjà frappé d’ostracisme, prêt à la déchéance. N’avons-nous pas condamné un jour un vieux doge alors qu’il fomentait un coup d’État ? Ses électeurs n’ont-ils pas ordonné la décapitation, alors que l’accusé avait plus de quatre-vingts ans ? Le doge ne doit jamais oublier, jamais, qu’il est l’otage du peuple et surtout des marchands. Mais celui que nous avons choisi, Mocenigo, capitaine général des mers, s’avère implacable. Il fut amiral de notre flotte ; il navigue désormais au plus près. Il guerroya contre les Turcs ; il pactise aujourd’hui avec eux, autant dire avec le diable. Bon négociateur et redoutable commerçant, il sait traiter les autres négociants et armateurs en fin stratège depuis son élection l’an dernier, en mai 1478.

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