#Roman francophone

Rendez-vous au pré-aux-clercs

Jean-François Zimmermann

Les fils du comte Christophe de Courcelles sont réputés être jumeaux. François, le premier né, a tous les droits et rejoindra les Mousquetaires du Roi. Raphaël, le cadet, n'a d'autre choix, à son plus grand désespoir, que d'épouser la carrière ecclésiastique. Une inimitié grandissante s'est pernicieusement installée entre les deux frères que tout oppose. Lorsque la Fronde prend sa pleine ampleur, François est fidèle à la reine-mère Anne d'Autriche, régente jusqu'à la majorité de Louis XIV, secondée par Mazarin, tandis que Raphaël, devenu la meilleure lame du royaume, participe très activement à la rébellion. Un terrible secret, qui pourrait bien mettre la couronne en péril, risque d'être étalé au grand jour. Inéluctablement, François et Raphaël en viendront à s'opposer après une folle course-poursuite. Comme dans une tragédie, la mort est au bout du chemin, au Pré-aux-Clercs, lors d'un duel sans merci. Lequel des deux en sortira vivant ? Dans un rythme soutenu digne des romans d'Alexandre Dumas, Jean-François Zimmermann restitue avec précision une période trouble de l'Histoire de France, la Fronde, menée et combattue par des personnages hauts en couleur, d'une criante vérité.

Par Jean-François Zimmermann
Chez Editions De Borée

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Genre

Romans historiques

16/11/2017 355 pages 19,90 €
Scannez le code barre 9782812921605
9782812921605
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À Danielle, ma plume sentinelle,

qui veille à l’orthodoxie de mon écriture,

et à Raphaël

qui a guidé mes pas dans le monde de la littérature.

 

 

Prologue

 

 

8 février 1653

 

– Dans la famille de Courcelles, on a toujours regardé les hommes, leur histoire et Dieu en face.

Savinien, marquis d’Aubigny, avale une nouvelle gorgée de ce vin bourguignon qu’il ne manque jamais de boire à Paris, tant il lui rappelle sa province natale, et qu’il préfère au vin de Champagne très en vogue à la Cour. Le chevalier Armand d’Argonne dont il partage le repas lève son verre afin de ne pas être en reste. Il faut dire qu’en dépit du vin servi en abondance et de la faconde de Savinien, le repas n’a rien eu de très jovial. Les deux hommes sont premiers témoins d’un duel qui opposera demain leurs deux amis respectifs, François et Raphaël de Courcelles.

Savinien d’Aubigny, un vieil ami de François de Courcelles, est son aîné de peu : vingt-sept ans pour le premier, vingt-cinq pour le second. Armand d’Argonne et Raphaël de Courcelles se connaissent depuis le temps qu’ils ont fréquenté le collège de Beauvais ; ils ont depuis cette époque vécu bien des aventures communes au cours desquelles ils ont risqué leur vie avec toute la générosité et l’insouciance de leur jeunesse.

Savinien se dandine d’une fesse à l’autre. Il regrette de ne pas s’être muni de son coussin, le bois nu de ce banc est décidément trop dur pour ses hémorroïdes.

 

– Mon père m’a souvent parlé de celui de François et Raphaël, le comte Christophe de Courcelles, seigneur de Chevannes, Montigny et Vincence. Il avait une trentaine d’années lorsqu’il a épousé Jeanne Philbert…

– Philbert ? ne peut s’empêcher de l’interrompre Armand. Comme…

– Oui, c’était la nièce du président à mortier du Parlement de Bourgogne.

– Voilà qui ressemble fort à une mésalliance !

– Je soupçonne en effet le comte de Courcelles d’avoir visé plutôt la dot que la jeune personne, ce qui, après tout, est de bonne guerre !… Du reste, je me montre peut-être injuste car Jeanne n’était point laide si j’en juge un portrait d’elle-même, présent dans la grande salle de réception de la demeure des Courcelles, et que l’on peut supposer avoir été brossé par un pinceau non complaisant.

– J’aimerais que vous me parliez plus de lui car, pour autant que m’en a instruit Raphaël, leurs relations étaient pour le moins orageuses !

– Eh bien, répond Savinien en souriant, rieur, charmeur, il pratiquait le jeu galant avec bonheur. Devant que d’être marié, les forteresses qu’il investit lui causèrent bien des querelles avec les porteurs de cornes. Il montrait en s’esclaf­fant les cicatrices dont il était porteur, comme autant de signatures de ses aventures enflammées. Après qu’il se fut marié, mon père le perdit de vue. Jeanne lui donna deux fils, deux jumeaux, François, et Raphaël, nos amis qui vont croiser le fer demain matin dans un duel à outrance. Songez que l’un d’entre nous relèvera le corps sans vie de l’un de nos deux amis couché sur l’herbe grasse du Pré-aux-Clercs nourrie par le sang de générations de duellistes.

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