Moscou-sur-vodka

Victor Erofeev, Venedict

Soliloque d'un pochard lyrique dans le train de banlieue qui l'emmène pour le week-end chez sa bien-aimée, récit canularesque d'une soûlerie colossale - si colossale que le voyageur se retrouve finalement à son point de départ... -, ce roman paraît tout à fait singulier dans une littérature soviétique qui s'est toujours voulue littérature sérieuse, traitant de problèmes sérieux. Ici, rien n'échappe à la dérision. Ni les gloires consacrées, ni les dogmes de l'histoire officielle, ni les clichés du marxisme-léninisme. Non plus que d'autres idées reçues, comme les valeurs religieuses, la sollicitude envers le moujik ou la sanctification de la Russie. L'irrespect étant le propre de l'ivrogne, celui-ci s'abandonne à la joie sacrilège de secouer tous les cocotiers. Pourtant, en appelant "poème tragique" cette gigantesque farce qui, en effet, finit mal, Vénédict Erofeiev nous invite à ne pas en négliger la substantifique moelle. Le rire où nous entraîne ce crescendo de fantasmes se révèle, au bout du compte, dérision lui aussi. Car il n'exprime rien d'autre que le désespoir absolu auquel un univers clos réduit quiconque tente de s'en évader. Alliant la démesure de Rabelais, l'acuité de Gogol, la cruauté pathétique de Kafka, Moscou-sur-Vodka est l'oeuvre clandestine d'un auteur resté mystérieux jusqu'à sa mort en 1990. Sa parution aux Editions Albin Michel en 1976 fut un véritable événement.

Par Victor Erofeev, Venedict
Chez Albin Michel

0 Réactions |

Genre

Littérature étrangère

01/01/1976 208 pages 16,00 €
Scannez le code barre 9782226002532
9782226002532
© Notice établie par ORB
plus d'informations
Retrouver tous les articles sur Moscou-sur-vodka par Victor Erofeev, Venedict

Commenter ce livre