#Roman étranger

Le jardin de l'aveugle

Nadeem Aslam

Dans les mois qui suivent les attentats du 11 Septembre, deux jeunes gens, Jeo et son frère adoptif Mikal, l’un étudiant en médecine, l’autre rompu au maniement des armes, quittent leur bourgade du Nord pakistanais et se rendent clandestinement en Afghanistan pour porter secours à leurs frères musulmans. Jeo laisse derrière lui Naheed, la beauté qui est devenue son épouse, et son père Rohan, veuf inconsolable qui perd peu à peu la vue. Seul réconfort: son jardin superbe. Fondateur d’une école, Rohan en a été chassé par les islamistes qui préparent les élèves au djihad. Mikal, amoureux fou de Naheed, a préféré s’éloigner d’elle par respect pour Jeo. Mais, très vite, Mikal et Jeo sont séparés, engloutis dans la spirale des affrontements qui opposent Américains et talibans et qui profitent aux seigneurs de guerre. Le Jardin de l’aveugle est traversé par une telle intensité d’émotions et un tel souffle poétique que le lecteur en sort ébranlé. Nadeem Aslam met en scène avec une empathie exceptionnelle des personnages bousculés, malmenés par le destin. La mort est omniprésente mais la vie aussi, vibrante de couleurs, de parfums et d’amour. Ici il n’y a qu’une leçon à retenir, celle de vivre à tout prix. Nadeem Aslam, né au Pakistan en 1966, a quatorze ans lorsque sa famille, fuyant le régime du général Zia, s’installe en Angleterre. Après des études à l'université de Manchester, il se consacre à l'écriture. Le Jardin de l’aveugle est son quatrième roman après Season of the Rainbirds (1993, en cours de traduction), La Cité des amants perdus (Seuil, 2006), sélectionné par le Booker Prize, et La Vaine Attente (Seuil, 2009), salué partout comme un événement littéraire. Son œuvre est publiée dans plus de dix pays. Claude et Jean Demanuelli, agrégés d’anglais, universitaires, prix Rhône-Alpes du livre 2007 pour la traduction et prix Baudelaire 2010, ont signé ensemble ou séparément plus de soixante-dix traductions des œuvres de Virginia Woolf, Henry James, John Updike, Richard Powers, Susan Minot, Zadie Smith, Muriel Spark ou Rose Tremain, mais aussi de celles de représentants des littératures indienne et pakistanaise anglophones, dont Arundhati Roy, Hari Kunzru, Shashi Tharoor, Nadeem Aslam ou Kiran Desai.

Par Nadeem Aslam
Chez Seuil

0 Réactions |

Editeur

Seuil

Genre

littÉrature anglo-saxonne

trad. Claude Demanuelli, Jean Demanuelli
22/08/2013 412 pages 22,50 €
Scannez le code barre 9782021083712
9782021083712
© Notice établie par ORB
plus d'informations

Rohan reconnaît le seigneur de guerre à la photo qui est sur le mur à l’instant où celui-ci pénètre dans la pièce, le rubis dans la main, à l’évidence enchanté de sa beauté. L’homme est borgne, doté d’une grosse tête et d’une large carrure, et sa poitrine est bombée comme sous la poussée d’un coeur qui ne craint rien ni personne.

« Je suis venu voir celui qui m’a apporté ce présent », dit-il, tout sourire, en s’approchant de Rohan. « Vous pouvez emmener le garçon », ajoute-t-il, et il tend le bras pour une poignée de main.

Mais cette main, Rohan ne la prend pas, incapable de masquer ses sentiments, et l’homme cesse brutalement de sourire. Ses serviteurs, rassemblés derrière lui, se figent : la main tendue reste suspendue dans le vide. Rohan l’aurait giflé que l’insulte n’aurait pas été pire. Tout le monde attend, le rubis luit entre les phalanges de l’autre main. Cette pierre précieuse est associée au courage. Le courage de rechercher la vérité en toute circonstance. De regarder un tyran dans les yeux. Ce monde de chaos, de méchanceté et de destruction, où le sang des innocents ne compte pas, lui convient tout à fait, ainsi qu’aux gens de son espèce.

Retrouver tous les articles sur Le jardin de l'aveugle par Nadeem Aslam

0 Commentaires

 

Aucun commentaire.