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La guerre germano-sovietique 1941-1945

Bernard Nicolas

22 juin 1941. Violant le pacte de non-agression conclu le 23 août 1939, l’Allemagne nazie envahit l’URSS. S’ouvre alors une guerre aussi colossale qu’inexpiable, qui fauchera plus de trente millions de personnes, soit la moitié des pertes causées par la Deuxième Guerre mondiale. S’appuyant sur une ample documentation russe, allemande, anglo-saxonne, et s’affranchissant de plusieurs idées reçues, cette vaste fresque nous entraîne de « Barbarossa » à Moscou, de Stalingrad à Koursk, de la reconquête soviétique à la chute de Budapest et de Berlin, nous plongeant au cœur des opérations et des doctrines militaires dont elles procèdent. L’auteur déchiffre les calculs de Hitler et de Staline, mais fait aussi une large part aux péripéties diplomatiques, à la dimension économique de l’affrontement, au déchaînement de violence qu’il génère, notamment la « Shoah par balles » qui se traduira par l’assassinat de plus d’un million trois cent mille juifs soviétiques par les nazis. Sans oublier le vécu des obscurs et des sans-grades, « matériel humain » d’une guerre totale et absolue. « Ce que le lecteur retiendra, c’est la remarquable objectivité avec laquelle Nicolas Bernard traite les questions les plus délicates posées par cet affrontement titanesque entre deux tyrans, deux idéologies mortifères et deux peuples engagés malgré eux dans une guerre d’extermination. Même si certaines archives restent fermées à la recherche, il faudra sans doute bien des années avant qu’une œuvre aussi magistrale puisse être considérée comme dépassée. » François Kersaudy

Par Bernard Nicolas
Chez Tallandier

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Editeur

Tallandier

Genre

histoire essais

05/09/2013 797 pages 29,90 €
Scannez le code barre 9791021002746
9791021002746
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INTRODUCTION

 

 

Elle aime, elle aime le sang, la terre russe.

Anna Akhmatova

 

 

22 juin 1941. La Seconde Guerre mondiale n’a pas deux ans. À cette date, l’Allemagne d’Adolf Hitler contrôle la quasi-totalité de l’Europe, dont la France, vaincue l’année précédente en six semaines. Seule l’Angleterre s’obstine à résister. Sur tous les fronts, elle plie : ses armées, écrasées en Grèce, reculent en Afrique, et sa Royal Navy peine à déloger de l’Atlantique les sous-marins nazis qui s’acharnent, patiemment, à asphyxier l’archipel britannique en sectionnant ses artères maritimes. Et pourtant ! Ces heurts ne sont qu’un feu d’artifice, comparés à l’immense déflagration qui éclate ce jour-là. Sur la Manche ? Au Moyen-Orient ? Non : à l’Est, c’est à dire à la frontière de trois mille kilomètres qui, des confins du Grand Nord aux rives de la Mer Noire, sépare l’Europe nazie de l’Union soviétique. Violant avec éclat le pacte de non-agression conclu avec Staline le 23 août 1939, Hitler lâche ses armées à l’assaut du « judéo-bolchevisme », pour faire de son rêve psychotique, la conquête de « l’espace vital », une réalité. Éclate une guerre cataclysmique, qui fauchera trente millions de personnes, soit la moitié du bilan mortuaire du conflit mondial, et qui s’achèvera quatre ans plus tard, non par la consécration d’un « Reich millénaire », mais par sa défaite complète dans les ruines de Berlin emporté par l’Armée rouge.

Si, pour reprendre la formule d’Eric J. Hobsbawm, « le court XXe siècle » a bien été « l’âge des extrêmes », la Seconde Guerre mondiale en constitue sans doute le point d’incandescence. Ponctuant « l’ère des catastrophes » – Hobsbawm, toujours –, caractérisé par la fusion des guerres totales et des passions politiques, ce conflit a mis aux prises des systèmes et des philosophies aussi antinomiques que les démocraties libérales, le nazisme et le communisme.

À ce titre, comme l’admettra publiquement Staline le 3 juillet 1941, « On ne peut considérer la guerre contre l’Allemagne fasciste comme une guerre ordinaire. » Le heurt germano-soviétique a confronté deux dictatures dont la radicale nouveauté avait inauguré « l’ère des tyrannies », selon l’expression chère à Elie Halévy. Ces belligérants, après tout, se voulaient les maîtres d’œuvre de deux « religions séculières » parfaitement antagonistes, l’URSS proclamant avec force – mais aussi avec hypocrisie… – l’égalité que niait farouchement le régime national-socialiste.

Dans les deux cas, l’on prétendait incarner le sens de l’histoire, poser les bases d’une société meilleure, répudiant le christianisme ou les libertés individuelles, facteurs d’oppression, de décadence, d’inaction. Car, ajoutera Milan Kundera, « ce n’était pas seulement le temps de l’horreur, c’était aussi le temps du lyrisme ! Le poète régnait avec le bourreau ». Personnifié par Lénine, puis Staline, le régime communiste se faisait fort de promettre aux masses laborieuses, en URSS comme à l’étranger, les lendemains qui chantent, tandis que Mussolini à Rome, et Hitler à Berlin, réussissaient chacun à leur manière l’alchimie entre conservatisme et révolution, entre réaction et modernité, revendiquant un pouvoir total tout en s’appuyant sur les élites traditionnelles, flattant le peuple tout en l’encasernant, le tout pour accélérer l’avènement de « l’homme nouveau », défini plus particulièrement dans le cas des nazis par sa supériorité raciale. En d’autres termes, il n’était plus nécessaire d’attendre l’au-delà pour accéder au salut : l’utopie, enfin, deviendrait réalité, à condition de le vouloir. « Les communistes se sentent très près des bâtisseurs de cathédrale », écrivait Paul Vaillant-Couturier en 1932. Fasciné par les « cathédrales de lumière » des grands rassemblements nazis à Nuremberg, Robert Brasillach assénait de son côté : « Tout cela est fondé sur une doctrine, sur une intelligence, une sensibilité, et ces spectacles grandioses sont liés à une représentation du monde, aux idées les plus dures sur la valeur de la vie et de la mort. »

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