#Roman étranger

Nashville chrome

Rick Bass

Au début des années 1930, dans le sud de l'Arkansas, à Poplar Creek près de la frontière du Mississipi, Floyd Brown dirige une scierie. En plus des difficultés économiques qui touchent l'ensemble des États-Unis, les Brown sont confrontés à des problèmes domestiques : Floyd boit avec excès, travaille avec imprudence, et son fils cadet meurt accidentellement. Ses autres enfants, Maxine, Jim Ed et Bonnie, témoignent d'un talent musical exceptionnel. Plutôt que de jouer dans les bois, ils ont pris l'habitude de se produire dans les petits concerts et les " talent shows " du sud des États-Unis. Le frère et les deux soeurs se font bientôt connaître sous le nom de The Browns. Un impresario escroc, Fabor Robinson, leur fait signer un contrat auquel ils vont rester longtemps enchaînés. Ils connaissent un succès rapide. " Ils étaient aussi grands qu'Elvis ", à cause du son particulier de leurs voix, cet éclat soyeux et rauque forgé par la fumée provenant du travail des bucherons à proximité de chez eux, et un son qui prendrait le nom de " Nashville Chrome' ", ou de " son Brown " comme le dit Elvis Presley dans le livre. Les années 1955 et 1956 sont glorieuses : ils commencent à gagner de l'argent mais restent proches de leurs racines et de leurs amis d'enfance, parmi lesquels un certain Elvis Presley qui s'est épris de la jolie Bonnie. Le groupe demeure populaire dans les années 1960, mais leur étoile commence à pâlir. En 1962, ils enregistrent une dernière chanson avec leur célèbre producteur, Chet Atkins. Au début des années 1970, les Browns se séparent. Jim Ed se lance alors dans une brillante carrière en solo. Bonnie quitte le trio et Elvis pour épouser un médecin avec qui elle s'installe dans une ferme. Maxine, se marie quant à elle à un avocat, Tommy Russel, qui ne cesse de la tromper. Au fil des années, Maxine ne peut renoncer à l'idée de renouer avec le succès. Elle s'efforce de continuer, affrontant des hauts et des bas, tout en sombrant progressivement dans l'alcool. Rick Bass alterne le récit du parcours brillant du trio Brown, " le groupe américain préféré des Beatles ", avec " la vie aujourd'hui " de Maxine Brown dans les années 2000. Cette dernière est devenue une vieille dame impotente, ne s'est jamais remise du déclin de sa carrière fulgurante et a fini par renoncer à l'alcool " pour ne rien manquer des derniers mois de sa vie. " Habitée par la fureur plus que par la nostalgie, elle ne supporte pas d'être oubliée de tous. Aussi " l'ancienne reine de la country " dépose-t-elle une annonce dans l'épicerie de son quartier. Elle recherche un cinéaste disposé à filmer " une célèbre artiste ". Jefferson, un enfant surdoué âgé de douze ans, y répond. Il entreprend patiemment de la filmer " pour acquérir une connaissance artistique de sa vie ". Lorsqu'il projette le film dans son lycée, Maxine accède finalement à une nouvelle reconnaissance, applaudie par un public de jeunes élèves.

Par Rick Bass
Chez Christian Bourgois Editeur

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Genre

Littérature étrangère

trad. Anne Rabinovitch
15/03/2012 378 pages 25,00 €
Scannez le code barre 9782267023305
9782267023305
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Prologue

Pendant un moment, les enfants – Maxine, Jim Ed, Bonnie – furent trop jeunes pour connaître l’ampleur de leur don, ni même pour savoir que leur vie était dure. Leurs parents avaient toujours été pauvres, mais jamais à un point aussi désespéré. À aucune période de leur existence leurs talents – de chasseurs ou de fermiers, de voyageurs de commerce ou de tailleurs – n’avaient échoué à rassasier les bouches affamées de leur famille. On disait à présent dans le pays que la Grande Dépression était terminée, mais là où ils vivaient, dans l’Arkansas du centre sud, non loin du Mississippi – dans les marais, entre les crêtes dentelées qui dominaient Poplar Creek –, rien n’avait changé. La situation avait été difficile avant la Dépression, puis avait empiré pendant la crise, mais les gens ne remontaient pas encore la pente, même si le peu de nouvelles qui leur parvenait dans les collines indiquait que tout allait mieux.

Floyd et Birdie, les parents des enfants, souffraient encore cruellement de la faim, des privations – se demandant pourquoi ils se trouvaient sur terre, pourquoi on les avait mis au monde.

Mais pendant quelque temps, les frères et sœurs ne connurent pas ce désespoir. Ils auraient pu l’absorber comme les bancs de brouillard qui s’élevaient du marais certains soirs, ils auraient pu s’en imprégner nuit et jour, il aurait fini par envahir tout leur être, chassant peu à peu la vitalité dont ils avaient hérité à leur naissance : mais pas encore, pas alors. Floyd buvait beaucoup et travaillait plus dur : abattant les chênes et les noyers amers avec des haches et des tronçonneuses, les tirant hors du marais avec des mulets ou, quand les mulets étaient blessés, avec des hommes trop pauvres quelquefois pour s’acheter un peu d’essence pour leurs bulldozers et leurs tracteurs – ainsi leur grignotage des bois paraissait aussi infinitésimal qu’incessant. On avait l’impression que l’ancienne forêt repoussait au rythme où les bûcherons débitaient les troncs.

Là où ils travaillaient, des coins de ciel se dégageaient brièvement, laissant pénétrer des petites taches de clarté blanche où fougères et orchidées poussaient, fleurissaient et prospéraient un temps fugace jusqu’à ce que la voûte de jeunes rameaux se referme sur ces clairières.

Avant de découvrir leur vocation, les enfants s’asseyaient au bord de la rivière près de l’une de ces trouées et regardaient passer les eaux lentes et boueuses de Poplar Creek. La ville la plus proche, Sparkman, se trouvait à treize kilomètres. À leurs yeux le monde était encore beau, totalement. Ils restaient là sans rien dire, c’étaient leurs derniers jours de liberté avant qu’ils prennent conscience de leur don – un don qu’ils n’avaient pas demandé, ni acquis à force de travail, mais qui leur avait été imposé à la naissance –, et ils attendaient sans doute que les bouffées de désespoir et de misère imprègnent leur peau telle la fumée des chutes de bois qui brûlaient en tas, une fumée bleue suspendue dans des îlots de soleil au milieu des arbres, comme si une grande guerre faisait rage, une guerre dont ils ne savaient rien, qui se déroulait à leur insu.

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